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Chapitre deux. 18/08/2014

 
 
 
Chapitre deux.

 
Harry Styles
 
                 Je descends les escaliers en titubant, une gueule de bois encore tenace et le nez qui me démange. Je le gratte, c'est presque devenu machinal, comme pour vérifier qu'il n'y reste pas de poudre blanche. La soirée de la vieille a été difficile et je ne sais même pas comment j'arrive à faire avancer mon cadavre jusqu'à la cuisine. Je me laisse tomber sur une chaise au hasard et regarde la table remplie de nourriture. Je n'ai pas faim et encore moins l'envie d'aller au lycée. Je déteste les débuts de semaine, principalement parce que mes week-ends se résument à trois nuits blanches interminables. Vendredi. Samedi. Dimanche.
 
— Tu prends quoi, Harry ?
 
Mona, la gouvernante de la maison, me sort de mon demi-coma et je la regarde avant de répondre.
 
— Un grand verre d'eau.
— Nuit difficile ?
 
Je me retourne vers Liam, mon cousin. Il a un an de plus que moi, mais il a redoublé l'année dernière donc on est ensemble au lycée. Je hoche la tête pour répondre à l'affirmative à sa question, mais, vu la gueule que je tire, il n'attendait pas spécialement de réponse.
 
— Tu aurais pu m'inviter, enchaîne-t-il.
— J'étais avec Azoff , je bafoue.
— Coucou les gars ! J'espère que vous avez déjà vos masques pour le week-end prochain ?
 
Liam et moi, on relève la tête vers la tornade blonde qui vient de pénétrer dans la pièce. Perrie ne marche pas, elle sautille, tout le temps, et c'est totalement insupportable. Elle se jette sur Mona, plante un baiser sur sa joue, et s'installe en face de nous tandis qu'Liam lui répond d'un air nonchalant :
 
— Je persiste à dire que c'est une idée stupide.
— Ce sont mes seize ans, rétorque-t-elle, Vous êtes obligés de faire ce que je veux.
 
Ça me gonfle déjà, d'entendre parler de cette soirée, parce que ça veut dire un week-end sans coke et avec mes parents. Mais je me rassure parce qu'Liam tire la même tronche que moi, donc j'en conclus qu'il n'est pas plus emballé que moi par l'anniversaire de notre cousine. Et puis, une soirée masquée, merci, on n'a plus dix ans.
 
— Ça va être drôle, réplique Perrie en mordant dans une brioche.
 
Cette fille respire tellement la joie de vivre que s'en est presque consternant. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi heureuse. Sincèrement, je ne vois pas ce qui peut encore la faire sourire. De nous tous, je crois bien que c'est sa famille qui a le plus souffert du conflit avec les Tomlinson.
 
— « Drôle » si on était à un goûter d'anniversaire, Perrie.
 
J'ignore pourquoi je me suis donné la peine de participer à la conversation, mais je l'ai fait et je le regrette déjà. Elle se retourne vers moi en fronçant des sourcils d'un air mauvais. Je n'aime pas quand elle fait cette tête. Parce que, malgré tout, j'adore la voir sourire. Ça fait du bien dans cette maison.
 
— Harry, tu porteras un masque comme tout le monde et, crois-moi, ça nous fera du bien de ne pas voir ta gueule de con pendant toute une soirée.
 
Je m'apprête à répondre, mais mon père entre dans la cuisine. On sait qu'il va se mettre à parler. Et, quand il parle, tout le monde l'écoute, c'est comme ça et ça l'a toujours été. La famille patriarcale par excellence. Un père tout-puissant, une femme transparente et des enfants dévoués.
 
— Bonjour tout le monde, en forme aujourd'hui ? Ne m'attendez pas pour manger ce soir, je rentrerai tard, j'ai une réunion avec des investisseurs brésiliens, mais Maura sera là.
 
On retient tous un rire jaune parce qu'on ne voit pas vraiment la différence quand Maura est là ou pas, mais personne ne commente. Mona se dirige vers lui et il attrape le thermos de café qu'elle lui a préparé, comme tous les matins. Parce que Desmond Styles est un homme occupé, il ne prend pas le temps de prendre son petit-déjeuner avec sa famille.
 
— Gemma ! Appelle-t-il, Dépêche-toi !
 
Je vois ma s½ur entrer à son tour comme une furie dans la pièce. Elle ne me regarde pas, mais passe tendrement sa main dans mes bouclettes brunes. Elle porte un tailleur comme d'habitude et elle a l'air tellement professionnel qu'on a l'impression, vu comme ça, qu'elle aime ce qu'elle fait. Elle s'empare d'un verre dans un placard et fait tomber un comprimé effervescent à l'intérieur avant de remplir le récipient avec l'eau du robinet. Elle a déjà mal à la tête et je comprends vu la journée qu'elle va passer.
 
 — Quelqu'un peut aller réveiller Niall, s'il vous plaît ? Enchaîne mon père, Il m'énerve à rester dans son lit toute la journée, celui-là !
 
On baisse tous les trois notre visage vers la table en bois, comme si on n'avait pas entendu. Ça ne se fait pas, je le sais. Mais moi, je crois que je préfère le laisser dans son lit plutôt que de voir sa tête de déprimée dès le matin.
 
 — J'y vais, déclare Perrie en se relevant de sa chaise, Le fauteuil est dans sa chambre ?
 
Mon père acquiesce et, avec Liam, on la regarde partir. Cette fois, on sait que le sourire affiché sur ses lèvres n'est pas sincère. Elle a mal, elle aussi, mais elle essaie de ne pas le montrer. Parce que c'est son frère et qu'elle rêve secrètement de le revoir rire un jour. Alors, elle se dit qu'en lui souriant, peut-être qu'une fois, il le lui rendrait. Mais ça n'est jamais arrivé et je doute de plus en plus que ça se produise.
Tout est tellement stupide dans cette histoire. C'est arrivé il y a deux ans. Un soir, ils sont tous sortis. Mes cousins que je considère comme mes meilleurs amis, Liam et Niall, et leurs frères respectifs, Edward et Greg. Ils étaient bourrés et ils marchaient dans Londres, ils faisaient les cons, comme d'habitude, quand ils sont ensemble. Moi, j'étais avec Azoff , cette nuit-là. Ils sont tombés sur les Tomlinson. Le noyau dur, j'entends. Il y avait Louis et ses cousins. Sans grande surprise, ils se sont tapés sur la gueule. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement, ils ne me l'ont jamais vraiment expliqué, mais Niall s'est pris un coup et il est salement tombé sur la colonne vertébrale. Sentence irrévocable : paralysie des jambes.
Je me souviens du jour où on lui a annoncé qu'il ne pourrait plus jamais remarcher. Pire encore, je me souviens de son regard quand il a compris qu'il était impuissant. Il s'est mis à hurler et je me rappelle à quel point mes propres larmes me brisaient de l'intérieur. Il criait qu'il ne pourrait jamais baiser de sa vie, qu'il ne connaîtrait jamais ça, qu'il n'aurait pas de copines et pas d'enfants. J'avais quinze ans, moi aussi et, ce soir-là, je perdais ma virginité à l'arrière d'un bar friqué de la capitale. C'était immonde et douloureux. Encore aujourd'hui, j'ignore pourquoi j'ai fait ça. L'autre mec avait trente ans, j'aurais pu le faire tomber pour détournement de mineur, mais j'ai renoncé. C'était de ma faute, de toute façon, je l'avais chauffé toute la soirée et j'avais encore de la poudre dans le nez. D'ailleurs, c'était une première, ça aussi, comme quoi ce n'était pas ma soirée.
Bref, ça fait bientôt deux ans que Niall est en fauteuil et il en pleure encore. Le soir, je l'entends dans sa chambre. C'est à partir de ce moment-là que tout a dérapé avec les Tomlinson, enfin, vraiment dérapé.
Greg, le frère de Niall, était tellement en colère contre eux, qu'un soir, il est parti tout seul. On savait qu'il allait faire une connerie, mais personne ne l'a vraiment retenu, parce que je crois qu'on voulait tous notre vengeance. Il a violé Eleanor, la cousine de Louis. Les Tomlinson avaient pris les jambes de notre cousin, on prenait l'innocence de la leur. Justice était rendue. Je n'ai pas cherché plus loin. Bien sûr, les juges n'ont pas été de mon avis. Aujourd'hui, Greg est en prison et il purge sa peine, mais je crois qu'il ne se punit pas pour ce dont on l'a accusé. Il s'en fout d'Eleanor, lui. D'ailleurs, moi aussi, je m'en fous. C'est pour Niall qu'il s'en veut, parce que c'était lui le grand frère et que c'était son rôle de le protéger. Le plus triste, dans cette histoire, c'est qu'il n'est pas plus prisonnier que Niall. On sait que Greg sortira un jour de sa cage, alors que son frère est assis dans la sienne pour la vie.
 
— Allez, on y va, déclare Harold, A demain les enfants.
 
Personne ne lui répond, mais il ne se brusque pas sur ce genre de détails. Je vois Gemma attraper un morceau de brioche sur la table puis elle sort de la cuisine à son tour en nous faisant un signe de la main à Liam et moi. Je sais que ça fait bizarre, qu'on vive tous sous le même toit, mais ça a toujours été comme ça. C'est mon grand-père qui l'a décidé et on a toujours respecté son choix, même après sa mort. Il disait qu'on était une famille unie et qu'on devait le rester pour toujours. Il a acheté une immense baraque en plein c½ur de Mayfair et on y vit tous ensemble, depuis notre naissance. Moi et mes cousins. J'ai le culot de penser qu'ils ont de la chance d'avoir mes parents, parce que les leurs ce ne sont pas des cadeaux.
D'abord, il y a la s½ur de mon père, Karen, et son mari, Geoff. Ils ne vivent plus ici. Ils sont partis s'installer en Chine pour ouvrir une filiale de notre banque. Maintenant, ils attendent qu'Liam ait fini le lycée pour qu'il les rejoigne, lui et son frère Edward. Moi, ça ne m'emballe pas du tout cette histoire, parce qu'Liam est mon meilleur ami depuis toujours et que je n'ai pas envie de me retrouver tout seul avec Niall. Liam non plus, d'ailleurs, ça ne l'emballe pas cet avenir. Et je le comprends, la Chine, ça ne fait rêver personne.
Et puis, il y a aussi la petite s½ur de mon père, Maura, et son mari, Bobby. Alors eux, c'est une autre histoire. Maura est bourrée d'anxiolytiques et d'antidépresseurs, elle alterne entre les crises de dépression et les tentatives de suicide. Et Bobby, il s'en fout de tout ça. Enfin non, j'exagère. C'est seulement qu'il s'est réfugié dans le travail pour oublier. Je n'arrive pas trop à leur en vouloir. Avec un fils en taule et un autre en fauteuil, je crois que tout le monde aurait des envies de meurtre à leur place. Alors, tant que c'est dirigé contre eux-mêmes, on ne peut rien leur dire. C'est juste dommage pour Perrie. Elle n'a pas demandé à vivre dans cette famille de tarés. Heureusement qu'elle nous a. Moi, Gemma, Liam et Edward. Les Styles au complet.
 
— Tu ne parles pas beaucoup ce matin, me fait remarquer mon cousin.
— C'est cette histoire de bal masqué, je réponds en soupirant, Ça me gonfle. Il n'y aura que des lycéens.
— On est lycéens.
— Harry, tu manges.
 
Je relève la tête vers Mona et son regard sévère me dissuade de lui tenir tête ce matin. J'attrape une tartine de pain grillé sur la table et croque dedans sans grand appétit.
 
— Excuse-moi, Liam, mais on ne se tape pas tous des lycéennes de quinze ans. Donc, si, ça me gonfle de traîner avec des lycéens.
 
Mon cousin me lance un regard noir en m'intimant de me taire. Ce con, il baise avec la meilleure amie de Perrie, qui n'est pas encore au courant, bien sûr. Enfin, je dois reconnaître qu'ils s'en sortent plutôt bien, lui et Jade. En public, ils s'adressent à peine un regard, je crois que je ne les ai même jamais vu s'échanger une seule parole depuis que je les connais. Faut dire qu'ils s'échangent autre chose, apparemment.
 
— Azoff  va venir ? M'interroge Liam pour changer de conversation, au cas où notre cousine a l'idée de réapparaître maintenant.
— Heureusement qu'il vient, tu veux que je me tire une balle ?
 
Il hausse les épaules, l'air vexé que sa présence ne soit pas suffisante pour couvrir mes envies de suicide. 
 
— Tu seras planqué dans les chiottes avec Jade, qu'est-ce que ça change ?
— Putain, ça t'arrive de fermer ta gueule ?
 
Je m'apprête à m'offusquer, mais je comprends pourquoi il se brusque. Perrie vient de rentrer dans la cuisine, suivit de son frère, Niall, qui fait rouler son fauteuil jusqu'à la table. Encore une fois, elle a dû insister pour qu'il daigne se lever.
Je croise le regard d'Liam. Il a l'air encore furieux. Pourtant, je suis certain que Perrie n'a pas entendu ce que je lui ai dit. En fait, c'est plus que certain sinon elle hurlerait déjà dans tout le quartier.
Je me renfonce dans mon siège et sens Liam en faire de même, tandis que Perrie s'occupe du petit-déjeuner de son frère. Niall ne parle pas. Il n'a jamais été du matin, mais depuis qu'il est dans son fauteuil, il n'est pas non plus du midi, de l'après-midi ou de la soirée. En fait, il n'est plus, tout simplement. Ça fait tellement mal au c½ur que je n'arrive même pas à le regarder en face.
Je termine ma tartine grillée sous le regard inquisiteur de Mona puis me lève de table pour rejoindre ma chambre et récupérer mon sac de cours. On a un chauffeur avec une voiture spécialisée pour le fauteuil de Niall qui nous emmène au lycée tous les matins. Je ne la prends jamais. Je préfère marcher, ma musique dans les oreilles et les mains dans les poches. De toute façon, je ne crains rien, on est tous scolarisés dans un quartier étiqueté « Styles ».
Je rentre dans ma chambre et m'affale sur mon lit, instantanément. J'ai encore dix minutes avant de partir, mais, si je m'endors maintenant, je suis sûr de ne pas me relever. Avec tout l'effort du monde dans les bras, je m'extirpe du lit moelleux que je n'ai côtoyé que deux petites heures la nuit passée. Je me dirige vers mon bureau et allume mon ordinateur portable. Mon fond d'écran, c'est la vue du pont de Westminster. Je repense à Tomlinson, soudainement. Il est revenu une seule fois, au pont. Il s'est assis à quelques mètres de moi et il n'a rien dit. Puis il est parti au bout de dix minutes. Il n'est jamais revenu depuis, ça va faire pratiquement deux mois.
Et, à cet instant, je me demande pourquoi ça me pose un problème.
 
 
 
 
Chapitre deux.
 
 
 
Louis Tomlinson


  ♫   Showtek ft. We Are Loud & Sonny Wilson - Booyah
 
                   J'avale une gorgée de mon Whisky-Coca en m'affalant dans le canapé rouge dans mon dos. Instinctivement, je pose mes pieds sur la table basse comme si je m'installais tranquillement devant la télévision. Ce n'est pas le cas. Je ne suis pas chez moi. Enfin, c'est tout comme. Je suis au Boujis, un club privé de la capitale situé à la sortie de South Kensington. Cet endroit est un peu ma deuxième adresse. J'y suis presque tous les week-ends.
Je n'apprécie pas spécialement de passer mes nuits avec la haute bourgeoisie londonienne, mais, vu que j'en fais partie, je me force. Comme tout le monde, en fait. Et puis, avec un peu d'alcool dans le sang, c'est supportable. La musique résonne à fond entre les murs opaques et sombres. Des néons de toutes les couleurs brillent partout autour de nous et j'ai l'impression de planer dans un rêve. Enfin, l'histoire des lumières, c'est plutôt pour faire genre, parce que ce n'est pas ça qui me fout dans cet état, mais plutôt les joints et l'alcool du début de soirée.
Ma nuque se cale contre le dossier et je regarde les gens ivres qui se trémoussent sur la piste de danse. Je regarde les corps s'entrechoquer et les langues se mélanger comme si ce n'était pas profondément dégueulasse. Mon regard s'arrête sur un mec au corps d'Apollon, de larges épaules, grand, musclé, un sourire de rêve. Mes yeux se perdent sur son fessier rebondi et je pousse un soupir à peine perceptible lorsque j'entends la voix d'Aiden à côté :
 
— Vas-y, suce-le, ça t'évitera de baver.
— Je ne fais pas ça, moi.
— C'est vrai, reprend mon cousin en passant son bras autour de mes épaules, Toi, tu ne te mets pas à genoux. Tu es Louis Tomlinson.
 
Je lui lance un regard assassin même si je ne peux pas m'empêcher de rire. Parce que, oui d'accord, ça sonne arrogant dit comme ça, mais il n'a pas tort. Je suis gay, ça, toute la ville est au courant, mais je ne suis pas le genre de garçon à chercher ma proie. Je déteste draguer ou faire du rentre-dedans. Je préfère qu'on vienne à moi, si le mec est assez intéressant pour que je l'écoute plus de trente secondes, il finit généralement dans mon lit. Et encore, même à ce moment-là, je ne m'abaisse pas à le sucer. Je ne vois pas l'intérêt de lui donner du plaisir si je n'en reçois pas en retour. Je n'ai jamais connu quelqu'un qui méritait que je fasse ce sacrifice.
 
— T'es chaud ce soir, Louis.
— Ça fait longtemps que je n'ai pas baisé, c'est tout.
— Quoi ? Deux jours ?
— Trois semaines.
— Et bien ! S'étonne Aiden en s'emparant de son verre sur la table, J'en connais un qui va demander à papa de sortir.
 
Je le regarde, blasé, parce que ça fait vraiment beauf comme remarque. Aiden est le grand frère de Stan et Eleanor. Il est le plus âgé de notre bande, mais, paradoxalement, il en est aussi le plus con. Et puis, il pouffe de rire, fier de sa blague, avant de se retourner vers la piste de danse.
Je me renfonce dans mon siège, bien calé dans notre coin VIP. Mon autre cousin, Stan, est en train de danser sur la piste de danse... Enfin « danser », il donne des coups de reins contre le corps d'une blondasse bien sculptée, sa langue enfoncée dans sa bouche. Je commence à sentir mon entrejambe me démanger, moi aussi. Il n'avait pas totalement tort, l'autre abruti. Ça fait vraiment longtemps que je n'ai pas baisé.
D'un côté, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi, ces dernières semaines. Le cancer de mon père est en train d'empirer et tout s'accélère autour de moi. Les réunions, les meetings, les déjeuners. On veut me faire entrer au plus vite dans le milieu sauf que, pour ça, il faut gagner la confiance des gens. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ça ne s'achète pas. Je discute avec les amis de mon père, je réponds à leurs questions parce que je sens bien qu'ils me testent et que je n'ai pas le droit à l'erreur. Ce n'est pas un métier que j'ai sur le dos, mais une des plus grosses fortunes du pays et l'honneur de ma famille. Alors, forcément, ça occupe l'esprit un avenir comme le mien.
Mon regard traverse la piste de danse. J'ai vraiment besoin de baiser. De m'échapper quelques heures de tout ce fardeau. Mes yeux parcoururent les différents hommes. Les gros, les petits, les trop vieux, les trop jeunes et rien ne me tente. Je serre mon verre d'alcool dans ma main et avale son contenu d'une traite. Je n'ai pas trop le choix, ce soir, donc je vais devoir boire un maximum pour ne pas faire le difficile. L'alcool passe mon ½sophage et me réchauffe. Je n'en avais pas vraiment besoin vu qu'on a déjà l'impression d'être dans un four.
 
— Je viens de payer une quatrième tournée, déclare soudainement Isaac en se vautrant sur le canapé à côté de moi.
 
Je regarde mon cousin. Puis je regarde l'alcool qui déborde sur la table.
 
— T'es sérieux ? On a à peine fini la troisième.
— Et alors ? Réplique-t-il d'un haussement de sourcils, Quand on l'aura finie, on n'aura pas à attendre, comme ça.
 
J'approuve d'un geste de la tête. De toute façon, je viens de me convaincre de me mettre une mine, autant y aller en beauté.
 
— Toi, c'est comme ça que je t'aime, enchaîne Aiden à son attention.
 
Puis les deux débiles se font un check au-dessus de ma tête avant qu'Isaac ne se retourne vers la piste de danse.
 
— On dirait que ton frère s'amuse bien.
— Ouais... Enfin, j'espère qu'il ne va rien se chopper, ce con, la dernière fois, c'est moi qui ai dû gérer son traitement.
— Tu es vraiment le frère le plus protecteur au monde, je me fous de sa gueule.
 
Je me raidis, instantanément. Putain, quel con, pourquoi j'ai dit ça ? Je vois le sourire d'Aiden disparaître et je m'en veux. Je n'ai pas réfléchi. Alors, je reprends, gêné :
 
— Désolé, je ne voulais pas faire référence à...
— C'est bon, me coupe-t-il, Je sais. Ce n'est pas grave.
 
Mais je vois bien dans ses yeux que ça ne va pas.
 
— Ce n'est pas de ta faute, Aiden.
 
Il ne répond pas, principalement parce qu'il pense que j'ai tort. On a déjà eu un milliard de fois cette conversation et j'imagine qu'il n'a pas particulièrement envie de relancer le sujet. D'ailleurs, moi non plus, ça ne m'intéresse pas d'en reparler sans cesse. Ça fait deux ans maintenant que sa s½ur s'est fait violer. Alors, oui, on se déteste parce qu'on n'était pas là pour la protéger et qu'on aurait dû se douter que les Styles se vengeraient de ce qui est arrivé à Niall. Mais lui, il se hait presque aussi fort qu'il hait l'autre clan et ça me rend malade. Parce que les pourritures dans cette histoire, ce sont ces saletés de Styles, comme toujours.
 
— Hey, vos verres sont vides, les gars ! S'exclame Isaac pour détendre l'atmosphère, C'est quoi ce bordel ?
— Sers-nous à la place de parler.
 
Isaac s'empare de nos deux verres qu'il remplit de nouveau de Whisky-coca. Je le regarde faire et souris. Je l'aime bien Isaac, pourtant il ne fait pas vraiment partie de la famille. Enfin, pas par le sang, en tout cas. Isaac est le fils de Jackson Grant, le nouveau mari de ma tante, Patricia, la mère de mes deux autres cousins : Zayn, dix-sept ans et totalement en crise d'adolescence et Waliyha, une gamine adorable de dix ans. Isaac n'est que leur demi-frère, mais il prend soin d'eux autant que je le fais avec mes s½urs. Il a le sens des responsabilités et la famille est sa priorité en toutes circonstances. Il me tend mon verre et je trinque avec mes cousins. Puis, le dernier de la bande se ramène, sans sa blondasse sous le bras – merci bien – et réplique avant de s'affaler sur le canapé, avec nous :
 
— Et moi, on ne me sert pas à boire ?
— Non, on te laissait chopper ta MST en toute tranquillité, ironise son frère.
 
Stan pouffe de rire même si je ne vois pas ce qu'il trouve de drôle vu qu'il en a déjà eu une, ce con, mais je ne relève pas.
Il enchaîne fièrement :
 
— Vous devriez plutôt me remercier.
— De tout faire pour disparaître de cette terre ? Oui, c'est vrai que l'effort est à saluer.
 
Les deux frères se fusillent du regard et je retiens un éclat de rire.
 
— Mais non, la meuf que je viens de me taper. C'est Isa Cyrus.
— Et qui est Isa Cyrus ? L'interroge Isaac.
— Une meuf qui est dans la classe de Perrie Styles.
 
Là, toute la table se penche vers lui et on est tous suspendus aux lèvres de Stan.
 
— Perrie fête ses seize ans le week-end prochain et Isa peut s'arranger pour nous avoir des cartons d'invitation.
— Tu n'es pas sérieux ? Bégaye son grand frère.
— C'est une soirée masquée. On peut entrer facilement.
 
Je me redresse sur le canapé et l'arrête derechef :
 
— T'es malade. Il y aura de la sécurité partout. Aucun moyen qu'on entre là-dedans. Si on se fait chopper, on est morts.
— Et qu'est-ce qu'on irait foutre à l'anniversaire de cette gamine ? Enchaîne Isaac.
Si je disais que je l'aimais bien tout à l'heure, c'est aussi parce qu'il se range toujours de mon côté.
— Vous êtes sérieux ? S'exclame Stan en frappant d'un coup ferme sur le dossier du canapé, On a un moyen de rentrer chez les Styles ! On va foutre la merde à leur soirée, ça va être jouissif de voir leurs gueules de cons ! Allez, bande de tapettes – oh désolé Louis, ce n'était pas une insulte contre ta communauté, mais une façon de parler – on va faire ça pour s'amuser !
— Moi et ma communauté, on te prie d'aller te faire enculer Stan et non, c'est mort.
— Pourquoi tu prends toujours les décisions ?
 
J'ai bien envie de lui répondre « parce que c'est moi le chef », mais ça sonnerait trop prétentieux et, connaissant Stan, il se rendrait tout seul à la soirée juste pour ne pas aller dans mon sens.
 
— Parce que ton idée est encore plus stupide que ta personne, je réponds.
— On ne se fera pas prendre ! Continue-t-il d'insister, C'est une soirée masquée. Personne ne nous reconnaîtra !
— Et quel est l'intérêt d'y aller si personne ne sait qu'on y est ? L'interroge son frère d'un froncement de sourcils.
— Justement ! On se la joue discret, on se rapproche de Perrie, de Niall, d'Liam... Peut-être même que, si on est bons, on peut chopper Harry.
 
Un sourire amusé se devine sur mes lèvres et Stan continue sans rien remarquer :
 
— Et une fois qu'on les a éloigné de leur clan et qu'on est seuls avec l'un d'entre eux, BAM !
— Et « bam » ça veut dire quoi dans ton langage ? L'interroge Isaac d'un air sceptique, Tu veux les buter ?
 
On se met à sourire, parce que l'idée nous a tous traversé l'esprit.
 
— On se venge, corrige Stan.
— Moi, je ne touche pas aux Styles, réplique de suite Isaac, Je ne veux pas finir en taule.
— On peut juste leur faire peur.
— Et une fois qu'on est découvert par notre victime, c'est quoi la suite ? On se retourne vers le reste des Styles et on essaie de ne pas finir en bouillie ?
 
Tout le monde se retourne vers moi, l'air d'approuver ma remarque. Trop fier de m'être redonné de la crédibilité, je continue :
 
— Et puis, c'est con ton histoire. On n'entrera pas, je te dis. Il y aura la sécurité à l'entrée.
— Juste une personne à l'entrée pour vérifier les cartons, rétorque Stan comme s'il y avait déjà réfléchi, Et on les aura, donc pas de problème. Et, franchement, réfléchissez... Comment vous voulez que les Styles imaginent une seule seconde qu'on se ramène à leur soirée ? Ça paraît tellement suicidaire que ça ne leur traversera jamais l'esprit.
— Ça ne « paraît » pas suicidaire Stan, ça l'est vraiment, rétorque son grand frère.
— Oh sérieux, je vous ai connus plus drôles que ça ! Soupire-t-il en se laissant tomber contre le dossier du canapé, Pourquoi vous flippez autant ? Imaginez plutôt le kiff international de rentrer à cette soirée sans que personne ne le sache... Imaginez juste leurs gueules quand ils sauront comment ils se sont fait avoir à leur propre fête. Putain, les mecs, on a une occasion en or de casser du Styles ! Ils y seront tous ! Les grands, les petits, les parents ! On va même pouvoir rencontrer les gamins qu'ils nous cachent encore. On n'aura même pas besoin de révéler qui on est ! On reste masqués toute la soirée. On a juste à tout gâcher et observer le spectacle.
 
Et là, je sens que cet abruti arrive moitié à nous convaincre. Bien sûr, je persiste à penser que c'est une idée à la con et que ça va nous retomber dessus. Mais, je ne sais pas, ça me donne envie d'essayer. En fait, je crois que j'ai juste envie de faire un truc complètement stupide avant que mon père clamse et que je me retrouve à la tête de la société. J'ai envie de m'amuser et de profiter des derniers moments avec mes cousins. Et puis, ce goût d'interdit me fait palpiter le c½ur. Tant pis pour les conséquences.
 
— Elle pourrait vraiment nous avoir des cartons d'invitation ta copine ?
 
Je vois les lèvres de Stan se relever en un sourire victorieux. Il a gagné et il le sait.
 
— Oui, on en a parlé tout à l'heure. Elle déteste Perrie et c'est elle qui a eu l'idée.
— Pourquoi elle est invitée alors ? Interroge Isaac qui semble être le seul à ne toujours pas être convaincu.
— Perrie a invité presque tout son lycée, genre... « Fête de l'année », tu vois. C'est une Styles donc classique, elle veut être le centre de l'attention.
— Il y a les noms sur les cartons d'invitation ? Enchaîne-t-il toujours aussi sceptique.
— Ouais... Mais Perrie lui a dit qu'elle pouvait inviter des amis à elle. Isa donnera des faux noms.
— Ils ne vont pas vérifier sur les cartes d'identité ?
— Il y a au moins 400 invités, rétorque Stan, Ils ne le feront pas... Et s'ils le font, on dira qu'on a oublié nos cartes chez nous. C'est bon, on ne va pas chez la reine d'Angleterre non plus !
 
J'en doute sincèrement. Les Styles sont aussi paranos que nous en termes de sécurité. Mais, après tout ce qu'il s'est passé entre nos deux familles, je ne pense pas qu'on ait tort de s'embrigader, comme on le fait depuis quelques années.
 
— Alors ? M'interroge Stan en se retournant vers moi, On s'incruste au bal des Styles ?
C'est une mauvaise idée. Une putain de mauvaise idée qui va nous coûter cher.
— Oui, on y va.
 
Mais je crois que je m'en fous.
 
____________________
 
 
Un avis à partager pour ce deuxième chapitre ? 
Beaucoup de personnages apparaissent dans ce nouvel extrait donc j'espère que vous n'êtes pas trop perdus. Un arbre généalogique va être publié dans les prochains articles pour vous resituez dans l'histoire.
Je ne l'ai pas mis avant pour ne pas spoiler certaines relations :)
 


 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

Chapitre trois. 19/08/2014

 
 
 
Chapitre trois.



Louis Tomlinson

 
— Je t'en supplie ! 
— C'est non, laisse tomber.
 
Zayn soupire et relâche mon bras. Il me fait la gueule, je le sais. Je l'entends taper contre le mur du couloir et je crois qu'il se fait mal à la main car il camoufle un cri dans son poing. Je me retourne vers lui et il m'assassine du regard.
 
— Cette tête de caniche désespéré ne me fera pas changer d'avis Zayn.
— Mais pourquoi ? Explose-t-il en venant se raccrocher à mon bras, Pourquoi tu ne veux pas ?
— Trop dangereux.
— Mais vous y allez tous ! Je suis toujours exclu.
— Parce que tu es trop jeune.
— J'ai dix-sept ans ! S'exclame-t-il en resserrant son étreinte sur mon bras, comme pour me prouver qu'il n'est plus un gamin, À mon âge, tu faisais déjà des trucs comme ça !
— Non, on n'a jamais fait quelque chose d'aussi risqué... Donc, c'est mort, tu ne viens pas.
 
Je l'entends grogner et m'insulter, mais je ne relève pas. Je comprends qu'il soit en colère et qu'il en ait marre d'être exclu de notre groupe. Il nous voit sortir avec les cousins, traîner dans des clubs, boire et fumer, sans que nos parents ne disent rien.
 
— Tu n'étais pas comme ça avant.
 
Je me retourne vers lui et je remarque désormais qu'il a les yeux rougis. Passée la colère, il est désormais submergé par la tristesse. Et je le comprends parce qu'il a raison. Je n'étais pas comme ça avant. En fait, on s'entendait même très bien. Au fond, on a que trois ans de différence tous les deux, c'est presque rien, c'est même moins que moi et Aiden qui a vingt-cinq ans. Alors, il ne comprend pas pourquoi je l'exclus. Enfin, je lui ai expliqué des millions de fois que je voulais seulement le protéger, que si les Styles s'en étaient pris à Eleanor – une gamine de quatorze ans qui n'avait jamais rien demandé – ils étaient tout à fait capables de s'en prendre à lui. Je le connais Zayn, c'est un impulsif. Il se ferait griller dès le départ et je n'ose même pas imaginer le sort que lui réserveraient les Styles. Alors, c'est toujours non, même si je sais qu'il me déteste comme jamais à cet instant.
 
— Je vais le dire à nos parents.
 
La menace, classique.
 
— Si tu le fais, je raconterai à Patricia comment tu as perdu ta virginité avec une de ses couguars de copine.
 
Il ferme sa gueule. Et, là, je vois vraiment qu'il essaie de se retenir de me frapper. Je sais que ça ne se fait pas ce que je viens de lui dire. Il m'avait fait confiance le soir où il m'a raconté cette histoire et je viens de la lui balancer à la gueule d'une manière totalement dégueulasse. Mais tant pis, il ne peut pas venir, je ne prendrai pas ce risque.
 
— T'es qu'un putain d'enfoiré Tomlinson.
 
Je me raidis parce que je n'ai pas l'habitude de l'entendre utiliser notre nom de famille comme ça, comme si c'était une insulte. 
 
— De toute façon, je ne vois pas pourquoi tu viens m'en parler à moi. Tu sais très bien qu'Isaac ne sera pas d'accord.
— Justement, j'espérais que tu puisses le convaincre pour que je puisse vous accompagner.
 
Il délire complètement là. Convaincre Isaac de mettre son frère en danger, il a vu la vierge.
 
— Il ne voudra jamais Zayn et tu le sais aussi bien que moi.
— Mais ce n'est même pas mon vrai frère !
 
Putain, ça y est. Il m'a cherché. Je me retourne brusquement vers lui et l'empoigne par le col de sa chemise en crachant à son visage :
 
— Tu redis encore la moitié de cette merde et je t'arrache les yeux !
— Lâche-moi !
— Ferme-la Zayn ! Tu veux savoir pourquoi on ne veut pas de toi dans le groupe ? Parce que j'ai un scoop pour toi, ce n'est pas une question d'âge, mais de maturité. Tu n'es qu'un gamin, Zayn. Tes caprices de diva et toutes tes merdes, on en a marre ! Isaac est le meilleur frère qu'on puisse rêver d'avoir et toi, tu l'as et tu lui craches dessus à longueur de journée. Parce que MERDE quoi- T'as de la merde dans les yeux ou t'es juste trop con pour reconnaître tout ce qu'il fait pour toi ?
 
Je vois ses yeux se baisser vers le sol et il marmonne un « ouais, je sais » à peine compréhensible. Je relâche ma poigne et mon cousin se recule instinctivement. Je ne me mets pas souvent en colère, enfin moins depuis que j'ai mon traitement, mais lorsque ça arrive, il vaut mieux ne pas être dans le coin. Il disparaît dans sa chambre et j'essaie de me calmer. Ma respiration se fait moins bruyante et je sens mes muscles se détendre peu à peu. Puis j'entends un mouvement à côté de moi et me retourne vers une jolie brunette aux sourcils froncés.
 
— Tout va bien. Ne t'inquiète pas.
— Pourquoi tu criais Louis ? 
 
Je regarde Eleanor et je sens mon c½ur se pincer. Elle a seize ans. Et, elle aussi, elle aurait pu organiser une superbe soirée d'anniversaire, mais elle en est privée à cause des Styles. Parce qu'Eleanor ne sort presque plus, parce qu'elle suit des cours à domicile et parce qu'elle n'a plus une seule amie, hormis ma s½ur.
 
— Tout va bien, je m'engueulais juste avec Zayn.
— Pourquoi tu t'engueulais ?
— Pour des conneries. Tout va bien, je t'assure.
 
Eleanor acquiesce d'un geste de la tête puis retourne s'enfermer dans sa chambre. Je n'en peux plus. Je suis fatigué de tout ça. Je sens mes jambes faiblir et je me réfugie dans la salle de bains que je referme à clef derrière moi. Je laisse mon dos descendre le long de la porte jusqu'à ce que mes fesses touchent le carrelage froid. Je n'en peux plus. Je vais craquer. Je n'en peux plus de voir de la douleur, toute la journée.
Eleanor, c'est qu'une partie du problème, c'est elle qui souffre, mais elle a entraîné tellement de monde dans sa chute. À commencer par ma s½ur, Lottie. Ça fait deux ans qu'elle ne vit presque plus. Elle se punit parce qu'elle était là le jour de l'agression, cachée derrière une poubelle pendant que sa cousine se faisait violemment agresser. Elle nous a expliqué qu'elle ne pouvait pas bouger, que ce connard de violeur avait un couteau et qu'il l'aurait tuée si elle était partie chercher de l'aide. Et on l'a crue. On n'a jamais remis sa parole en cause. Sauf qu'elle s'en veut. Qu'elle se le fait payer par tous les moyens. La dernière fois, c'était avec un ciseau planté dans sa cuisse. 
Et puis, il y a ma mère et ma tante aussi, elles sont totalement dévastées et terrifiées à l'idée de sortir de nos quartiers. Elles s'embrigadent, comme les riches indiens dans leurs castes qui refusent de voir la misère autour d'eux. Mais elles sont pires parce qu'elles refusent aussi de voir la misère qu'il y a chez elles, dans leur propre maison. Ça m'énerve. Que tout le monde fasse comme si tout allait bien. C'est aussi pour ça que j'ai pris un appartement. Pour ne plus entendre Eleanor pleurer parce qu'elle ne peut pas sortir, pour ne plus entendre mes parents crier sur Lottie parce qu'elle se fait du mal, ne plus entendre Zayn et ses caprices de diva qui n'a rien vécu. Je veux juste ne plus entendre la douleur. Je crois que c'est pour ça que j'aime autant le silence.
Je passe mes mains sur mon visage et j'empêche à tout prix mes larmes d'y couler. Putain. Je déteste être comme ça. Je déteste craquer et être aussi faible. Tout ça à cause des Styles. Je les hais d'une force que je serais incapable de décrire. Ils doivent payer. Ils doivent souffrir comme nous on souffre, c'est le juste retour des choses.
Je ne sais pas encore ce qu'on va faire ce soir, mais j'ai envie que ça fasse mal. J'ai envie que leurs yeux brillent de la même douleur que ceux d'Eleanor, ou de Lottie, ou de ma mère et ma tante. Je veux qu'ils souffrent. Je veux qu'ils payent le simple fait d'exister sur cette terre.
Mes poings se crispent et ma respiration devient de plus en plus saccadée. Et encore, mes problèmes de colère refont surface. Parfois, mes crises sont si fortes que je peux à peine respirer.
Je fais tomber ma tête sur la porte derrière moi et essaie de prendre de grandes inspirations comme les médecins m'ont montré. Je sens mon c½ur ralentir et je réalise que ça marche un peu, leur connerie. Je me détends enfin et relâche mes muscles. Je me félicite moi-même, j'y échappe de mieux en mieux ces derniers temps, alors que je ne prends presque plus mes médicaments.
Je me relève de ma position pour me diriger vers le lavabo. Mes mains passent sous l'eau froide du robinet et j'asperge mon visage pour retrouver une température normale. Des fines gouttes d'eau coulent le long de mes joues et on pourrait les confondre avec les quelques larmes que je laisse échapper à ma vigilance. J'attrape une serviette en coton à côté de moi et j'enfouis mon visage à l'intérieur. Et, lorsque j'en ressors, tout est parti. Le masque a repris sa place et plus aucune émotion ne traverse mon visage.
Je me regarde dans le miroir et apprécie ce que je vois. Tout simplement parce que je suis redevenu Louis Tomlinson et que, ce soir, les Styles sauront ce que ce nom signifie vraiment.
 
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Chapitre trois.
 
Harry Styles
 
 
       Je pousse un soupir, regardant tout autour de moi. Je ne sais même pas pourquoi je suis venu ici. Enfin si, je sais, parce que je n'ai pas vraiment eu le choix. Perrie a insisté pour que je vienne l'aider à décorer la salle de réception. Ce que j'ignore, par contre, c'est la raison pour laquelle j'ai accepté.
— Harry, tu penses que j'accroche le cadre photo à l'entrée ou au niveau du buffet ?
— Et toi, tu penses que j'en ai quelque chose à foutre ?
 
Elle lève les yeux au ciel, telle une incomprise et part avec son cadre sous le bras pour demander un avis plus pertinent que le mien. Je m'affale sur une chaise derrière moi et observe les employés en train de s'agiter dans la salle de réception. Ma famille a loué un château à quelques minutes de Londres pour les seize ans de Perrie. C'est un rituel chez nous. Le passage à l'âge adulte, bien que je n'ai pas particulièrement l'impression que ce soit l'âge de la maturité. Mais on aime bien faire les choses rapidement chez les Styles.
Je regarde une employée de l'hôtel aux cheveux frisés répandre des plumes blanches sur le sol. Perrie a insisté pour avoir un anniversaire de princesse. Je me dis que ça lui correspond bien, d'enjoliver la réalité. On se croirait dans un conte de fée et ça me retourne le c½ur. Tout est blanc, tout est doux, tout est beau. Et c'est bien trop pur pour nous ressembler.
Je rumine mes pensées noires et à quel point je préférerais échapper à cette soirée lorsque la voix de ma mère m'interpelle au loin :
 
— Dis Harry, quitte à être inutile, tu ne veux pas remplacer la plante verte dans l'entrée ?
 
Je me retourne vers elle, un sourire sarcastique sur les lèvres. Anne se tient en face de moi, une main sur la hanche, et me fixe de ses grands yeux marron. Je l'aime, ma mère, mais elle me fait de la peine. Écrasée dans cette trop grande famille, écrasée dans cette stupide guerre des gangs, écrasée tout court. Parce qu'on ne lui demande jamais son avis, à elle.
Je me relève de ma chaise et la rejoins en traînant des pieds.
 
— Avec un sourire, s'il te plaît.
 
Je tire sur les muscles de mon visage jusqu'à le déformer et elle pouffe de rire en m'assénant d'un coup à l'épaule.
 
— Mais qu'est-ce que j'ai fait au monde pour avoir un fils aussi stupide ?
— J'apprends du maître.
— Ce n'est certainement pas moi qui t'ai donné cette éducation.
— Parce que tu m'as donné une éducation ?
 
De nouveau, elle me frappe à l'épaule et je pouffe de rire.
 
— Où est Azoff  ?
 
Je vois ses yeux pétiller quand elle me pose la question et je laisse les miens rouler d'une manière exagérée.
 
— Quoi ? Interroge-t-elle innocemment, Tu as le droit de ramener ton petit-copain ici. Ça ne me dérange pas, tu sais.
— Azoff  n'est pas mon copain, mais mon plan cul.
 
Ma mère s'offusque, mais elle fait semblant. Elle sait bien comment fonctionne le monde d'aujourd'hui. Elle sait que l'amour est une vaste connerie à laquelle plus personne ne croit. Elle sait qu'il n'y a que le cul qui retient les gens et que c'est déjà pas mal, d'avoir quelqu'un capable de me retenir. Alors Azoff , elle l'a plus ou moins accepté comme moi, je l'ai accepté dans ma vie. Comme une parenthèse.
Elle et mon père ont bien réagi à mon homosexualité. Ce jour-là, j'aurais pu leur annoncer qu'il pleuvait demain qu'ils auraient tiré la même gueule. Ça peut paraître étonnant que mon orientation sexuelle ne pose pas de problème dans une famille où la lignée et les liens du sang sont aussi importants, mais ce n'est pas le cas. Principalement parce que l'honneur des Styles, c'est Gemma. Une des conditions pour épouser la fille parfaite sera de prendre notre nom de famille. Et, franchement, je ne connais personne qui pourrait refuser vu notre renommée... À part un Tomlinson, bien sûr, mais la question ne se pose même pas. Mes parents ont mis tout leur espoir en Gemma donc le cadet peut bien baiser qui il veut, quand il veut, ce n'est pas ça qui les empêche de dormir le soir.
 
— Tata ! Se met soudainement à hurler Perrie en traversant la salle de réception en courant, Le fleuriste a oublié la moitié des roses ! Il y a eu une erreur sur le bon de commande !
 
Les yeux de ma mère s'ouvrent d'un air paniqué et je les regarde toutes les deux totalement hébété. J'hallucine, elles sont capables de s'arracher les cheveux pour de pauvres fleurs dont personne n'a rien à foutre.
 
— Harry ! S'exclame ma mère en se retournant brutalement vers moi.
 
Et là, je me dis que si j'avais été intelligent, j'aurais déguerpi avant qu'elle ne se souvienne de mon existence.
 
— S'il te plaît chéri, est-ce que tu veux bien aller acheter les roses qui manquent ?
— Il en faut combien ?
— A peu près deux cents, me répond Perrie.
— Quoi ? Mais vous êtes malades ! Qu'est-ce que vous allez foutre de tout ça ?
— C'est de la décoration, se défend-elle.
— Oui... Pas un parterre de fleurs.
 
Ma mère fronce des sourcils, l'air de me dire de la fermer, et je soupire d'un air las :
 
— Mais aucun fleuriste n'aura deux cents roses pour ce soir.
— C'est pour ça qu'il faut que tu fasses tous les fleuristes de la ville, achètes-en le plus possible à chaque endroit.
— Vous vous foutez de ma gueule ?
— Harry ! Insiste Perrie en m'attrapant le bras avec désespoir, Ce sont mes fleurs préférées !
— Des roses blanches ? Mais tu sors de quel conte de fées ?
— S'il te plaît, fais ça pour ta cousine adorée.
 
Elle prend sa petite voix mielleuse et me fait les yeux doux. Ah putain. Elle m'énerve. Je craque à chaque fois.
 
— Ok, j'y vais.
 
Ma mère et Perrie se tapent dans la main d'un air victorieux et je me dirige vers la sortie de la salle. D'un côté, ça va me faire prendre l'air et je ne servais vraiment à rien, planté comme un con au milieu de tout ce bordel.
 
— Appelle Paul ! Me crie ma mère, Il te conduira.
— Pas la peine.
 
Je sors de la pièce sans donner plus d'explications. De toute façon, elle sait très bien qui je vais appeler. Je marche un peu dans le jardin à l'entrée du château et je me décide à fumer une cigarette avant de partir à la recherche de ces putains de fleurs. Je coince la clope entre mes lèvres et l'allume avec mon briquet avant de ranger celui-ci dans la poche de mon slim.
J'en profite pour récupérer mon portable à l'intérieur et enfonce la touche numéro un. Les sonneries retentissent et j'entends sa voix ensommeillée. Le con, il dormait encore.
 
— Allô ?
— J'ai une faveur à te demander.
— Je te déteste déjà.
— Je n'ai pas fini.
— Ouais, mais ne commence pas, merci.
 
Je tire une taffe sur ma cigarette et je reprends même s'il m'a clairement fait comprendre que ça ne l'intéressait pas.
 
— Je dois acheter deux cents roses pour l'anniversaire de Perrie. Faut que je me tape tous les fleuristes du coin.
— Genre ? Te les taper vraiment ?
— Tu peux arrêter deux secondes dans ta vie d'être con ?
— Non.
— Bref, tu m'emmènes ?
— Tu n'as pas un putain de chauffeur pour ce genre de truc ?
— Si, il s'appelle Azoff , je te le présenterai un jour.
— Putain, tu saoules là, j'ai autre chose à foutre.
 
Je connais ce ton et je sens que je vais avoir du mal à gagner. Alors, j'aurais préféré ne pas utiliser cette méthode mais... Tant pis.
 
— Je te récompenserai ce soir si tu m'aides.
— Quel genre de récompense ?
— Comme si t'avais pas déjà deviné.
 
Je l'entends grommeler derrière le combiné et je souris, amusé. Ce mec ne pense vraiment qu'avec sa bite.
 
— J'arrive.
 
Il raccroche et je range mon téléphone dans ma poche tout en terminant ma clope. Ça fait longtemps que le tabac ne me détend plus, mais je continue de fumer, plus par principe qu'autre chose. Et puis, je sais que ce soir je ne pourrai pas toucher à ma came donc autant m'habituer à la cigarette et son effet pathétique.
Je relève mon visage vers le ciel. On est au mois de février. Le ciel est grisâtre et dégueulasse, à l'image de la soirée qui m'attend.
 
— Tu fais quoi planté là ?
 
Je me retourne vers Edward, le frère d'Liam, qui vient de s'arrêter devant moi, un carton rempli de photographies dans les mains.
 
— Je vais acheter des fleurs.
— Flagrant.
— Tu fais quoi avec tout ça ?
— C'est ta mère qui m'a demandé de les sortir du grenier. Elle veut recouvrir un mur avec ces vieilles photos.
 
On esquisse tous les deux un sourire avant qu'Edward ne fasse tomber le carton sur le sol. On se penche au-dessus et on attrape chacun un paquet pour les regarder. Je me mets à rire parce que, putain, c'qu'on était moches à cet âge là.
Je vois des photos de moi, Liam et Niall, des dents en moins et affublés de vieux joggings de toutes les couleurs que plus personne n'oserait porter aujourd'hui. Il y a aussi beaucoup de photos de Perrie. Des photos de toutes ses comédies musicales qu'elle nous faisait chier à aller voir tous les ans. Des photos d'elle à l'équitation, une de ses nombreuses passions. Des photos d'elle dans notre jardin, toujours prête à faire des conneries.
Puis mon regard s'arrête sur une vieille image écorchée au coin. Et là, ça me brise littéralement le c½ur. Cette photo est une des plus récentes. Une qui date de l'époque où ma vie n'était pas cette merde sans nom. On voit Perrie au milieu d'un terrain de foot, entourée de ses deux frères. Niall porte la tenue de l'équipe de Chelsea. Normal, il jouait dans ce club depuis ses douze ans. La photo a été prise le jour d'une finale importante que son équipe a remporté. Il était excellent dans ce sport et s'il n'y avait pas eu ce putain d'accident, je pourrais mettre ma main à couper qu'il serait devenu professionnel. Sur la photo, il a un immense sourire. Un sourire comme il est rare d'en voir. Ça me fait mal parce que son grand frère, Greg, a exactement le même. Sauf que quelques semaines plus tard, il se retrouvait en taule et je ne crois pas qu'il sourira ainsi de si tôt.
 
— On n'est pas obligés de mettre celle-là, murmure finalement Edward.
— On n'est pas obligés de les oublier non plus.
 
Je remets mon paquet de photos dans le carton avec celle du foot bien en évidence, sur le dessus.
 
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Pas besoin de le dire, tu le fais très bien sans parole.
— Je t'emmerde Harry. Ce n'est pas moi qui ai abandonné mon meilleur pote.
 
Je me tais parce que je sais qu'il a raison et il en rajoute une couche :
 
— Parce que moi je vais le voir en taule Greg alors que toi, tu ne te donnes même pas la peine de parler à Niall.
— J'étais pas...
— Ouais, je sais, que t'étais pas là le soir de l'accident, il me coupe, Tu l'as assez répété pour qu'on le comprenne. Je sais que tu nous en veux de l'avoir embarqué avec nous. Je sais que c'est de notre faute s'il est dans ce foutu fauteuil alors, putain, prends t'en aux bonnes personnes ! Niall, il souffre déjà assez de la situation pour en plus supporter ton indifférence. T'es qu'un sale égoïste Harry... Donc, ouais, t'étais pas là le soir de l'accident et ce n'est pas de ta faute. Mais t'as jamais été là après, t'as jamais été là quand il en avait le plus besoin, alors je te le dis, ça, c'est de ta putain de faute.
 
Edward se penche vers le sol et attrape le carton plein de photos avant de me tourner le dos pour rejoindre le château, derrière nous. Je reste comme un con, planté sur le trottoir. J'ai mal à la tête et au ventre. Cette soirée de merde me saoule.
Un coup de klaxon me sort de mon état de stupéfaction après quelques minutes d'absence totale et je me retourne vers la route. Je vois Azoff  dans sa voiture, les vitres baissées alors qu'il doit faire moins quarante dehors. Putain, il a fait vite. 
 
— Bon, tu te magnes ?
 
Je me dirige vers la voiture et m'engouffre à la place du passager.
 
— On commence par où ?
— Chez toi.
 
Azoff  se retourne vers moi, l'air de ne rien comprendre à ce que je lui raconte.
 
— On ne va pas acheter des fleurs ?
— Je m'en branle de leurs fleurs. J'ai besoin de coke. On va chez toi.
 
Il fronce ses sourcils puis il finit par faire démarrer le moteur sans rien ajouter de plus. J'adore ce type. Il me connaît si bien maintenant qu'il sait quand il doit fermer sa gueule ou pas. Et là, je le remercie de ne pas sortir un mot de tout le trajet. 
 
 
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Un avis sur ce chapitre ? 
Ça fait toujours plaisirs d'avoir le ressenti des lecteurs,
surtout au début d'une nouvelle histoire ! 
Bientôt le chapitre du bal qui va vraiment "ouvrir" l'intrigue.. 
Bisous ♥
 
 


 

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20/08/2014

 
 
Hey, voici des arbres généalogiques pour replacer un peu mieux les prénoms. Désolée c'est un peu complexe mais le plus important de toute façon ce sont les enfants des deux familles donc pas la peine de prendre tous les noms en compte :) 
 

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Chapitre quatre. 19/08/2014

 

 
Chapitre quatre.
 
 
 
Harry Styles
 
             Tout se brouille autour de moi et je me demande si les plumes qui volent devant mes yeux sont réelles. Je plane complètement. Je délire même. Je n'arrive plus à reconnaître les gens autour de moi, c'est à cause de ces masques à la con. Je ne vois plus personne et me demande pourquoi ça me dérange, parce qu'il y a quelques heures, j'aurais tout donné pour que la soirée se passe ainsi, c'est-à-dire, sans moi. Sauf que je n'aime pas ça. J'ai trop de drogue dans le sang et je ne supporte pas ce sentiment de ne rien contrôler. Enfin si, d'habitude j'adore ça. Mais là, ça me fait peur. Parce qu'il y a mon père, ma mère et toute ma famille, et je ne veux pas qu'ils me voient comme ça. Je ferme les yeux et essaie de reprendre mon équilibre, mais je n'y arrive pas. Tout tangue. Alors, je recule d'un pas et m'adosse contre le mur derrière moi. Et putain, c'que ça fait du bien.
 
— T'es qu'une merde, Harry.
 
Belle entrée en matière. Je me retourne vers Liam et le toise d'un air mauvais tandis que mon cousin reprend sèchement, s'adossant contre le mur, juste à côté de moi :
 
— Franchement, tu me fais de la peine. Tu ne peux pas passer une putain de soirée sans ta coke ?
— Je t'emmerde.
— Belle répartie.
 
Je m'en fous de ce qu'il pense. Je me retourne vers la salle de réception et je regarde les gens danser. J'aimerais trouver la force de me barrer d'ici parce qu'il commence à me saouler à me fixer comme ça, mais je ne la trouve pas.
 
Je reste planté près du mur et ce con d'Liam en profite pour continuer :
 
— Tu ne pouvais pas faire un effort pour l'anniversaire de Perrie ?
— Je suis là, c'est un effort.
— T'es là, mais dans quel état ?
 
Un sale état, je le lui accorde.
 
— Tu as les yeux défoncés, même à travers ton masque on le voit.
— T'as qu'à pas me regarder.
 
Liam soupire et se relève du mur pour rejoindre la soirée. Je suis soulagé de m'en être débarrassé, mais je pense déjà à demain matin et à tout ce que je vais devoir faire pour récupérer cette connerie. Et ce n'est pas gagné. Tant pis, je n'ai pas envie de réfléchir à ça pour le moment.
Je me relève à mon tour du mur et avance sans but dans la salle de réception. Toutes les plumes qui étaient sur le sol sont en train de voler autour de nous et je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Est-ce que ce sont les mouvements des danseurs ? Est-ce qu'il y a un ventilateur quelque part ? Mes pensées s'embrouillent et je continue de déambuler au rythme de la musique crachée dans les haut-parleurs. Je suis dans un sale état, mais je pense être assez lucide pour reconnaître que cette soirée est une réussite. C'était con, son truc de plume, mais c'que c'est beau quand on se promène à l'intérieur. On se croirait dans un rêve. 
 
 
La musique change. Elle s'adoucit et ça me fait du bien. Ça ne crie plus dans mes oreilles. C'est juste beau et mélodieux. C'est juste... Parfait pour le moment. Je déambule entre les danseurs, j'ai l'impression de flotter avec eux, même si je ne doute pas que je doive juste tituber comme un con. Mais je m'en fous. Je me sens tellement bien et c'est tellement rare que je me contente d'en profiter.
Je lève les yeux vers le plafond, je vois les plumes qui tombent, qui volent, qui dansent. J'ai envie de danser avec elles, mais, si je tourne maintenant, je vais m'écrouler et il en est hors de question. Je suis trop bien pour gâcher ce moment. Les couples tournent autour de moi, ils valsent les yeux dans les yeux, et je dois les déranger à traîner comme ça, au milieu de tout cet amour, toute cette perfection.
Mes yeux s'habituent aux plumes blanches qui volent dans l'air et là, je la vois, Perrie. Putain, il n'y a pas plus magnifique que cet instant. Elle porte une robe blanche qui fait ressortir son teint de porcelaine. Son masque lui couvre la moitié du visage. Il est pailleté d'or et il brille, comme elle. Cette fille est un putain de rayon de soleil. Cette fille est mon rayon de soleil. 
Alors, je m'approche pour la voir de plus près et je vois qu'elle danse déjà avec quelqu'un. Merde, elle se fait plaisir la petite. Son partenaire est sublime. Tellement sublime que ça m'étonne de ne l'avoir jamais vu. Je m'approche encore tandis qu'ils valsent au milieu de la piste. J'ai envie de crier à tout le monde d'arrêter de danser pour qu'ils regardent la beauté de ce qui se passe sous mes yeux. Ils sont tellement beaux, ils dansent tellement bien. Je vois la main du garçon encercler sa taille. Et ils tournent, ils continuent de tourner, sans jamais arrêter de se fixer. Les yeux sont le miroir de l'âme. Ça n'a jamais eu autant de sens. Ça crève d'amour. Ça crève de beauté, de jeunesse et d'amour. Et putain, j'aimerais être à sa place, j'aimerais qu'on me regarde ainsi. Mes yeux se perdent partout sur eux, comme si je voulais ne pas louper une seconde de ce qui se passait là.
Ils ne se regardent plus, ils se dévorent, littéralement. Et moi, je suis son cousin. Mon rôle, mon devoir même, c'est de m'offusquer de ce trop plein de passion, de m'offusquer de ce type sorti de nulle part et qui emmène ma cousine dans un autre monde, juste avec son regard. Mais je n'arrive même pas à m'offusquer tant je suis scotché. Parce que, merde, je viens de vivre un coup de foudre sans en faire partie. Je ne sais pas si ça doit m'inquiéter ou me faire rire.
Ils dansent encore et je la vois rire. J'imagine déjà ce qui se passe dans sa tête de petite fille qui rêve encore de conte de fées. Je la vois déjà s'esclaffer comme une folle, frapper ses neurones les uns contre les autres pour faire le maximum de bruit possible. 
Je m'arrête. Je crois que je délire complètement là. Si ça se trouve, je viens de rêver. Si ça se trouve, il n'existe pas, ce type. Je me concentre sur ce qui se passe devant moi et je me dis qu'il a l'air bien réel. Ses cheveux ébène, sa peau légèrement basanée, ses yeux sombres et envoûtants. Il est bien réel, mais je ne sais pas de quel foutu monde il est sorti.
La musique s'arrête tout doucement et j'ai envie de m'approcher pour les voir de plus près. J'ai envie de leur parler et qu'ils me confirment que je ne suis pas complètement fou. Je m'avance tout doucement lorsque j'entends un bruit sourd derrière moi.
Je me retourne et je vois Niall, par terre, parce qu'il vient de se jeter littéralement sur un type en costume noir. Et je reste tétanisé lorsque mon cousin se met à crier :
 
— C'est un Tomlinson !
 
Deux iris bleus et mon monde de plume s'écroule. Je revois le pont de Westminster, je revois la roue de Londres, je revois la nuit qui nous enveloppe. Et ces deux yeux bleus. 
 
 
Louis Tomlinson
 
 
                Je regarde mes cousins et un sourire se devine sur mes lèvres. On est entrés. On est entrés chez les Styles sans problème. C'était trop facile, j'en suis presque déçu. On s'avance dans l'immense pièce remplie de plumes blanches et je me retiens de rire. Qu'ils sont kitsch, putain. Mais d'un côté, je trouve que ça les représente bien. Beaucoup de paillettes et de doré pour pas grand-chose. C'est superficiel, à l'image de leur famille.
Je lance un regard en biais à Isaac. J'ai finalement réussi à le convaincre de venir alors qu'il était vraiment contre, à la base. Maintenant, il sourit donc ça me rassure. Je ne voulais pas qu'il se force pour me faire plaisir. Je voulais qu'il profite, comme moi, de notre dernière connerie tous ensemble. Je vois Stan se diriger vers le buffet d'alcool et ça m'étonne à peine. Aiden l'observe partir et je vois bien qu'il le surveille parce que ça l'inquiète qu'il soit ici.
Moi, j'essaie de ne pas y penser. Si jamais on se fait prendre, je pense qu'on est morts. Littéralement, morts. Enterrés dans leur jardin après avoir été découpés en morceaux. Je frissonne à cette pensée et me rassure comme je peux. La plupart des gens ici ne connaît pas mon visage et, pour les rares qui le connaissent, ils sont probablement occupés à autre chose que de scruter l'allure de leurs quatre cents invités.
 
— Je n'ai toujours pas compris ce qu'on foutait là, mais c'est cool.
 
Je me retourne vers Isaac et lui rends son sourire. Ouais, c'est plutôt cool. Je n'en reviens toujours pas qu'on ait eu le culot de s'incruster à cette soirée d'anniversaire pour lycéens.
 
— J'ai faim, enchaîne-t-il, Tu viens ?
— Je te rejoins.
 
Isaac part sans moi vers le buffet de nourriture et je lance un coup d'½il circulaire à la pièce. J'essaie de me convaincre que je ne le cherche pas du regard, mais c'est faux.
La musique s'adoucit soudainement et je vois plusieurs couples se rejoindre sur la piste de danse. Et là, je me sens percuté. Instinctivement, j'attrape sauvagement le bras de l'homme qui vient de me pousser parce que je n'ai pas l'habitude de me faire bousculer et de fermer ma gueule. Sauf que, cette fois, je relâche ma prise à l'instant où je croise le regard du type. Putain. Zayn. Zayn. Zayn. 
Il fuit, ce con. Il profite de mon moment d'hébétude pour disparaître à travers les danseurs. Je veux le poursuivre, mais je n'y arrive pas, j'ai les pieds cloués au sol. C'est un pur délire. J'ai rêvé. J'ai trop fumé. Il ne peut pas être là. Mon cousin ne peut pas être là. Il n'a pas eu de carton d'invitation. Et puis, je lui avais interdit de venir, il ne m'aurait pas désobéi ? Non. Non. Non. J'ai mal vu. C'est quelqu'un qui lui ressemble, c'est tout. Sauf que j'ai vu ses yeux et que je suis sûr que c'est lui. Je le cherche du regard de nouveau et je le vois danser avec une jeune fille blonde au masque doré.
Mais, putain, il n'a que ça à foutre, cet abruti ? Je suis tellement en colère que je ne préfère pas y aller maintenant sinon je vais tous nous griller et on aura l'air encore plus con. Faut que je réfléchisse. Non, faut d'abord que je me calme. Mon pouls s'accélère et ma respiration devient bruyante. Merde. Ce n'est pas bon du tout. Il faut que je trouve Isaac. Il saura quoi faire. C'est le plus raisonnable d'entre nous. Il a toujours une solution. Oui, il faut que je trouve Isaac avant d'agir n'importe comment et de me laisser emporter par ma colère. Je regarde de nouveau Zayn. Il danse et je n'ai pas l'impression qu'il va bouger de là. Mais je dois faire vite, on ne sait jamais.
Je reprends de grandes inspirations pour calmer les palpitations de mon c½ur. Relax, Louis. Tout va bien se passer. Tu vas trouver Isaac et il va t'apporter une solution. Il va peut-être même te dire que ce con n'est pas son demi-frère et que tu t'es fait un délire comme le paranoïaque que tu es.
Je détourne mon regard de la piste de danse et me dirige vers le buffet. Je suis sûr qu'Isaac y est encore. J'avance rapidement entre les danseurs, et j'en pousse même certains, je m'en fiche. Il faut que je trouve Isaac. Soudain, mes jambes percutent quelque chose de dur et un cri plaintif s'échappe de mes lèvres.
 
— Oh, désolé.
 
Je baisse mon regard pour voir d'où vient cette voix et reconnais de suite Niall, assis dans son fauteuil, et qui vient sérieusement de s'excuser.
Il me regarde dans les yeux et là, il me reconnaît. Parce qu'on reconnaît forcément le regard de l'homme qui vous a brisé la vie.
Je n'ai même pas le temps de réagir qu'il se jette sur moi. Complètement. Il se propulse de son fauteuil à l'aide de ses bras et me plaque sur le sol. Je tombe et ma tête cogne le carrelage blanc. Je sens tous les regards converger vers nous et j'entends le garçon hurler :
 
— C'est un Tomlinson !
 
Bordel. Je me relève brusquement et laisse Niall comme une merde, cloué au sol, alors qu'on me fusille du regard, l'air de ne pas vouloir y croire.
 
— Niall ! S'exclame une dame brune en s'approchant du garçon encore par terre, Mais qu'est-ce qu'il se passe ici, bon sang ?
— C'est un Tomlinson ! C'est lui... C'est lui qui m'a...
— Ne vous approchez pas de lui !
 
Tout le monde se retourne vers la voix qui vient de hurler et je crois que si ma mâchoire avait pu se décrocher, elle serait tombée par terre.
Putain de bordel de merde.
Mais qu'est-ce qu'il fout ? Un cri d'effroi s'échappe de la foule lorsque les invités comprennent que le mec devant eux est en train de les braquer avec un flingue. Et moi, je suis toujours sur le cul. Je suis bloqué sur l'image de Stan avec une arme dans les mains. Mon cousin de vingt-deux ans. Une arme dans les mains. Mais où il l'a eu ? Et puis non, on s'en fout de ça, qu'est-ce qu'il est en train de foutre ?
 
— Ne l'approchez pas.
 
Il continue, comme ça, les mains aussi tremblantes que sa voix. Ça ne lui va pas. Ce flingue, ce regard, ces menaces en l'air. Putain, ce n'est pas lui, ça.
 
— Calmez-vous, murmure soudainement la dame brune de tout à l'heure, Reposez ça doucement. Nous sommes à une soirée de famille.
 
Une tête bouclée se plante soudainement devant la femme. Le garçon la protège, il place ses bras autour d'elle pour la cacher derrière lui. Je percute alors qu'il s'agit probablement de la mère d'Harry Styles.
 
— Dégage ça d'elle tout de suite.
 
Ses mots sont froids et il détache bien chaque syllabe pour lui montrer qu'il n'a pas peur de lui. Et moi aussi, j'aimerais dire à Stan de reposer son flingue et d'arrêter ses putains de conneries, mais je suis toujours tétanisé par le retournement de situation. 
 
— On va partir.
 
Je me retourne vers Isaac. Alléluia, il est là.
 
— Vous êtes combien au juste ? Interroge un mec en s'approchant de nous.
 
Je crois que c'est Edward. Son visage me dit vaguement quelque chose. À moins que ça soit son petit-frère, Liam. Je ne sais plus, ça fait longtemps que je ne les ai pas vus et encore moins en pleine lumière, comme ce soir.
 
— Juste nous, enchaîne Aiden en se joignant au groupe, On va partir. Laissez-nous sortir et on ne tirera pas.
 
Je le regarde avec des yeux ronds. Bien sûr qu'on ne tirera pas. Il est taré. On n'est pas des assassins dans cette famille. Il me lance un regard qui me dit de la fermer et je comprends qu'il les fait juste marcher. Putain, oui, je suis con.
 
— D'accord, déclare soudainement une voix féminine.
 
Cette voix, je l'ai assez entendue dans ma vie pour savoir qu'elle appartient à Gemma Styles. Je la toise rapidement du regard et le sien est tellement froid et dédaigneux qu'il me fait presque frissonner. Je déteste cette fille jusque dans mes os et c'est réciproque au point qu'on n'arrive même pas à croiser nos regards sans avoir envie de vomir.
 
— Dégagez maintenant.
 
Là, c'est son petit-frère qui parle. Bouclette est toujours postée devant sa mère qui serre ses mains sur sa taille, l'air affolé de finalement comprendre que son fils est en train de la protéger d'un fou furieux avec un flingue. Je la trouve égoïste de rester derrière ce mec alors que tout le monde sait que le clan Tomlinson veut sa peau à lui. Ou bien, elle est inconsciente. Ou elle a trop peur pour réfléchir correctement. Enfin, je ne sais pas, mais c'est con, en tout cas.
 
— Oui, reprend Stan avec le flingue toujours braqué devant lui, On part. Et personne ne nous suit ou je tire.
— D'accord, répond le fils Styles sèchement, Barrez-vous.
 
Je suis tellement hébété que je remercie Isaac de m'attraper par le bras pour m'emmener avec lui. On sort tous les quatre de la salle sous le regard noir des invités. Les gens s'écartent à notre passage. Normal, Stan continue de leur braquer son flingue dessus.
On rejoint rapidement ma voiture et on entre à l'intérieur sans même parler. Mon cousin a toujours son arme dans la main, au cas où on nous bloque la route. Je fais démarrer la voiture et mes mains tremblent tellement que j'ai peur qu'on se prenne un fossé. En plus, il fait nuit, je ne vois rien du tout. Quel con, je n'ai pas allumé les phares. Je le fais et la lumière éclaire soudainement la route. On est seuls. Pas suivis. Et sortis d'affaire.
Je me relâche complètement tandis que j'entends mes cousins soupirer à côté de moi. Puis, je réalise soudainement ce qu'il s'est passé et je freine brutalement en plein milieu de la route. On cale. Ils crient derrière sous l'effet de surprise, mais je me laisse exploser :
 
— Mais PUTAIN c'était quoi cette connerie ! Un flingue mec ? Mais t'es sérieux ? MAIS PUTAIN D'ABRUTI ! Je vais te buter ! Mais t'es débile ma parole ! Bordel- Merde de conneries- de branleurs... Un flingue quoi- Mais... PUTAIN !
 
Là, ça commence à ne plus avoir de sens, mais ils me laissent me défouler alors je continue d'insulter la terre entière avant de me calmer. Enfin, c'est Isaac qui pose sa main sur mon c½ur et ça me fait comprendre que je ne vais pas tarder à faire une crise et ce ne serait vraiment pas le moment. Je ferme les yeux et je prends de grandes inspirations. Ça va mieux. Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça. Juste assis derrière le volant à reprendre ma respiration. Les gars ne disent rien, ils attendent et Stan a rangé son flingue car il comprend que je ne veux plus jamais voir ça dans ses mains.
Tout doucement, mon pouls reprend un rythme régulier et je rallume le moteur. On recommence à rouler en silence. Stan ne parle pas car je crois qu'il n'a rien à dire pour sa défense. Je continue mes respirations calmement et je coupe la radio au moment où Isaac a voulu l'allumer. Il murmure un « désolé » et son regard bifurque vers le paysage.
Moi, je reste concentré sur la route. Je repense à la soirée et, là, j'ai un putain de déclic qui fait mal au c½ur. Mon pied enfonce la pédale de frein et on cale pour la deuxième fois, encore plus brusquement.
 
— Oh putain ! Explose finalement Aiden, On sait que tu es en colère, mais pas besoin de nous tuer !
— Zayn.
— Quoi Zayn ? Interroge Isaac en fronçant des sourcils d'un air inquiet.
 
Je me retourne vers lui, totalement paniqué et prêt à clamser une deuxième fois.
 
— On l'a laissé là-bas.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il est chez nous.
— Non. Il est là-bas. Je l'ai vu. Je voulais te le dire et puis je suis tombé sur Niall... Oh putain.
— T'es... Putain- Non... T'es pas sérieux ? Dis-moi que tu déconnes.
 
Je vois Isaac blanchir. Il sait que je suis sérieux. Je ne pourrais pas plaisanter sur un truc pareil. Pas sur son frère. Je ne me le permettrais jamais.
 
— Oh bordel, souffle Aiden en se laissant tomber sur le dossier de la voiture, Mais qu'est-ce qu'on fait ?
— On va le chercher.
Je redémarre la voiture et je fais demi-tour, sans même réfléchir, alors que Stan beugle derrière :
— Mais t'es taré ! Tu veux tous nous faire tuer ?!
— Ta gueule.
— Mais réfléchis ! Reprend Aiden qui semble, pour une fois, rangé de l'avis de son petit-frère, On leur a dit qu'il n'y avait que nous, ils ne vont pas en chercher d'autre. Si Zayn n'est pas trop con et qu'il a vu ce qu'il s'est passé, il va partir tout seul !
— Je ne prends pas le risque.
 
J'appuie sur l'accélérateur pour leur faire comprendre que je ne reviendrai pas en arrière.
 
— T'es en train de tous nous condamner !
— Non. J'irai tout seul.
— Hors de question, rétorque Isaac.
— J'y vais tout seul. Point barre. Si on y va tous ensemble, ils vont se sentir agressés. J'y vais tout seul et je le récupère.
— T'es malade, m'arrête de nouveau mon cousin, Je ne te laisserai pas.
— J'aurais besoin de quelqu'un à l'extérieur si jamais ça se passe mal. Mais laissez-moi essayer tout seul. Si au bout de quinze minutes, Zayn n'est pas revenu à la voiture, vous venez voir ce qu'il se passe.
 
Plus personne ne me répond parce qu'ils savent que quand j'ai décidé quelque chose, on le fait.
 
 
Harry Styles


 
                J'allume ma cigarette en sentant mes doigts trembler. Putain, je n'en reviens pas. Les Tomlinson ont osé venir ici, chez nous, à l'anniversaire de ma cousine de seize ans. J'ai le c½ur qui bat encore tellement vite que je n'arrive même pas à fumer tranquillement et je m'étouffe à chacune de mes taffes.
Il fait froid dehors, un temps horrible, mais je m'en fiche. Le vent frais me tient éveillé et empêche mes yeux de pleurer. Ils ont braqué un flingue sur ma mère. Ils ont vraiment braqué un putain de flingue sur ma mère. Je suis choqué. Je suis choqué malgré toutes les crasses qu'on s'est déjà faites. Nos deux familles ont fait des choses dont elles ne sont pas fières, je le sais, mais de là à menacer à mort l'autre camp. Ce n'était jamais arrivé. Mais je sens que ça risque de se reproduire désormais. Une fois la limite franchie, c'est bien plus facile de la repasser. Et c'est étrange parce que, au fond, je me demande ce qu'il se serait passé s'ils n'avaient pas eu de flingue. On ne les aurait pas laissé partir. Alors quoi ? On aurait demandé une rançon ? On les aurait tabassés à mort ? Je n'en ai aucune putain d'idée, mais je crois que je ne préfère pas savoir la réponse.
Alors, une infime partie de moi est soulagée qu'ils aient eu ce flingue sous la main. Parce qu'ils sont partis et qu'il n'y a pas eu de blessés. Depuis l'accident de Niall, je ne crois pas être capable d'assumer un autre dommage collatéral.
 
— Je vais les dégommer. Je te jure, je ne sais pas encore ce que je vais leur faire, mais on ne les laissera pas s'en tirer comme ça.
 
J'entends Edward qui parle avec ses potes, du clan Styles bien évidemment, des garçons qui soutiennent notre famille depuis leur adolescence. Le visage de mon cousin est rouge et je sens bien qu'il bouillonne de rage, mais qu'il essaie de se contenir parce qu'il y a nos parents pas loin.
Je me retourne vers Liam qui fume juste à côté de moi. Il ne parle pas. Je crois qu'il s'en veut d'avoir loupé la confrontation. Tout ça parce qu'il était en train de baiser avec Jade dans les toilettes.
Je tire une autre taffe sur ma cigarette et, là, je m'étouffe littéralement. Je suis stupéfait. Louis Tomlinson. Ça ne peut pas être lui. Ça ne peut pas être lui qui revient vers nous.
 
— Il déconne là ?!
 
C'est la voix d'Edward. D'un pas rapide, il rejoint Tomlinson qui lève les mains en l'air pour nous montrer qu'il n'a pas de flingue. Mais il est suicidaire ce type à revenir tout seul, qu'est-ce qu'il nous veut ?
Je me rapproche, comme tous ceux qui sont dehors, en fait, et Edward lâche sèchement, en se plantant devant lui :
 
— Je te donne trois secondes avant de t'exploser la gueule.
— Il nous en manque un.
— Un quoi ?
— Un Tomlinson.
 
On se regarde tous, se demandant s'il ne se fout pas de notre gueule. Je vois Edward resserrer son poing sauf que la voix de ma s½ur l'arrête avant qu'il n'ait le temps de le défigurer :
 
— Je gère. Edward, tu ne le touches pas.
 
Gemma se plante devant Tomlinson et le toise d'un regard qui ferait trembler le pays entier. Elle a la classe, ma s½ur. Je l'ai toujours su, mais là, ça saute tellement aux yeux que je ressens presque de la fierté. Il n'y a plus aucun bruit autour et ils se fixent tous les deux. C'est un peu con de penser ça, mais je trouve cet instant magique. Les deux futurs héritiers de chaque clan, l'un devant l'autre, la haine au fond des pupilles comme seul point commun. 
 
— Pourquoi tu es revenu ?
— Il y a encore un Tomlinson à l'intérieur. Je suis venu le récupérer.
— Pourquoi est-ce que tu as imaginé qu'on te le rendrait ?
— Il n'a que dix-sept ans. Il n'a jamais participé au conflit. Laissez-le.
— En échange de quoi ?
— Moi.
 
Je sens mon c½ur se contracter dans ma poitrine. Alors, ouais, il se la joue un peu héros ténébreux à se sacrifier pour sa famille, mais il est tellement beau que ça rend son geste profondément dramatique. Il se rend compte qu'il n'aura plus de visage après ça ? Ou, potentiellement, plus de vie ?
 
— Quel intérêt de tabasser un Tomlinson si on peut en avoir deux ? Interroge Edward.
 
Je vois l'héritier se crisper car ses poings se resserrent et qu'il perd peu à peu le contrôle. Son masque se fissure parce qu'il est inquiet pour son cousin et, d'un côté, ça le rend plus humain.
 
— S'il te plaît, Gemma, il n'a rien à avoir là-dedans... S'il te plaît.
 
Ça lui écorche les lèvres, bien sûr, de s'abaisser à faire ça. Mais c'est rassurant de constater que la protection de sa famille passe avant son sale honneur.
 
— Il ressemble à quoi ?
— Non, Gemma, tu n'es pas sérieuse ! Explose Edward en fusillant ma s½ur du regard, On ne leur rend pas ! Ils ont apporté un flingue à notre fête. Je ne comprends même pas pourquoi on n'est pas déjà en train de lui éclater la gueule.
— Il a l'âge d'Harry, murmure Gemma, On leur rend.
 
Le regard de Tomlinson bifurque vers moi et nos yeux se fixent l'un à l'autre. En fait, non, on ne se regarde pas. On se percute, violemment. Je me perds si loin dans la profondeur de ses yeux bleus que j'en oublie de respirer. Les yeux sont le miroir de l'âme. Putain, ça n'a plus aucun sens maintenant. C'est impossible de lire dans son âme.
 
— Je t'interdis de regarder mon frère.
 
Tomlinson détourne son visage pour observer ma s½ur.
 
— Tu le regardes encore une fois et je te crève les yeux.
 
Je vois un sourire à peine perceptible sur sa face. Parce que, oui, forcément, il se doute que Gemma n'est pas au courant qu'on s'est déjà croisés, même parlés. Mon Dieu, ça me paraît à des années-lumière tant ce qu'ils ont fait ce soir me fait regretter chacun de mes mots. J'aurais dû le pousser quand j'en avais eu l'occasion.
 
— Alors ? Enchaîne-t-elle, À quoi il ressemble, ton cousin ?
— Tu crois que je suis assez con pour te le décrire sans que je vous accompagne ? Je viens avec vous le récupérer.
— Pas moyen que tu rentres de nouveau là-dedans, l'arrête Edward.
— Tu n'es pas en position de négocier, ajoute Gemma, Donc dépêche parce qu'on n'a pas que ça à foutre.
 
Il hésite. Je le vois dans son regard. J'avoue, qu'à sa place, je ne sais même pas si j'aurais confiance en nous. D'ailleurs, c'est le cas. Je ne sais pas ce que Gemma et Edward ont en tête. S'ils veulent sa description pour lui faire passer un sale moment ou pour le rendre aux Tomlinson. Je n'en ai juste aucune idée.
 
 — Dépêche, insiste Edward que son poing démange affreusement.
— Vous ne lui ferez rien ? Vous me donnez votre parole ?
 
Notre parole. J'ai envie d'en rire. Elle ne vaut rien, pas plus que la sienne.
 
— Oui, répond Gemma.
— Il est brun, taille moyenne, la peau mate.
 
J'ai l'impression de recevoir un coup-de-poing dans le ventre. Perrie. Les mots sortent de mes lèvres sans que je ne le contrôle et je vois ma s½ur qui se retourne vers moi, l'air de ne pas comprendre ce que le nom de notre cousine vient foutre là. Putain, je sens mes jambes défaillir. Elle est avec un Tomlinson. Je l'ai laissé à un Tomlinson. Non, non, NON. Pas elle. Juste pas elle.
Je me retourne et pars en courant vers la salle de réception. J'entends Liam m'appeler, mais je ne réponds pas. Je continue de courir et m'engouffre dans le bâtiment de marbre en hurlant à plein poumons :
 
— PERRIE ! PUTAIN, PERRIE !
 
Ma mère débarque affolée et m'attrape par les épaules.
 
— Qu'est-ce qu'il y a, Harry ?
— Perrie, elle est où... Perrie... Maman, ELLE EST OÙ ?
— Mais je ne sais pas, qu'est-ce qui se passe ?
 
Je n'ai pas le temps de lui répondre. Je sais que je viens de l'inquiéter, mais, tant pis, il y a plus urgent. Je me mets à courir dans la salle. Je passe entre tous les invités et j'ai envie de leur arracher leur masque. D'ailleurs, je le fais, aux jeunes filles blondes. Elles poussent toutes des cris d'indignation, mais aucun ne sort des lèvres de ma cousine. Bordel, elle est introuvable. Le mec basané non plus. Elle n'est plus là. Ce n'est pas son genre. C'est sa soirée d'anniversaire. Elle devrait être là, au milieu de la piste de danse, en train de sourire. Mais elle n'est pas là. Mon Dieu, je me jure à cet instant que si ce mec l'a touché, je le tue de mes propres mains. Même si je finis en taule comme Greg, je n'en ai rien à foutre, je le tue.
Je finis par m'avouer vaincu. Elle n'est plus là. J'ai envie de pleurer, mais ma haine est tellement forte qu'elle m'en empêche. Elle me lacère le c½ur. Je vais le tuer. Je vais tous les tuer. Tous les Tomlinson, un à un.
Je ressors de la salle et je me dirige vers le jardin à l'entrée. Tomlinson y est toujours, entouré de Gemma, Edward, Liam et leurs amis. Putain. Il va passer un sale quart d'heure. Ils me regardent tous revenir et je vois dans les yeux d'Liam qu'il est mort de trouille. Moi aussi. Mais j'essaie de ne pas le montrer. Je me jette sur Tomlinson. J'accroche son col de smoking trop soyeux et hurle :
 
— Elle est où ?! Il lui a fait quoi ?!
 
Il se dégage d'un coup brusque et je n'ai même plus la force de le retenir. Mes bras retombent le long de mon corps. Je suis pathétique.
 
— Mais de quoi tu parles ?
— Perrie ! Putain ! Ton connard de cousin est avec Perrie !
 
Je sens un crissement général. Le poing d'Edward va partir. On le ressent tous. Il y a trop de violence dans l'air pour que ça ne parte pas en baston.
 
— Je n'en sais rien, bafouille Tomlinson qui semble aussi surpris que nous.
— Te fous pas de notre gueule, crache Edward, Tu fais diversion, c'est ça ? Pendant que tes potes sont en train de l'embarquer ?
— Tu ne repartiras pas d'ici vivant si tu ne nous dis pas où elle est maintenant.
 
Là, c'est Liam qui a parlé. Ça m'étonne que ces mots sortent de sa bouche bien qu'il a l'air convaincant... Et convaincu, surtout. C'est bien ça qui fait le plus peur.
 
— Non, mais vous êtes paranos ! Il ne la touchera pas. Et puis je ne sais pas où elle est !
 
Je vois dans son regard qu'il panique. Je comprends, parce que là, il va passer un sale moment.
 
— Je te donne cinq secondes pour nous dire où elle est, reprend Gemma froidement.
— Mais, putain, pourquoi je serais venu vous parler de Zayn si on avait prévu qu'il se barre avec elle ? Vous êtes débiles, ma parole ! Je ne suis pas au courant. Je ne sais pas où il est. Je ne sais pas où elle est. Moi, je voulais juste récupérer mon cousin !
 
C'est vrai que ça se tient, son raisonnement, mais je crois qu'on est à une heure de la nuit où on n'a pas envie de trop réfléchir.
 
— Et nous, on veut juste te péter la gueule, renchérit Edward.
— Dix personnes contre un gars tout seul ? Très classe, les mecs.
 
On se retourne tous vers le son de la voix et je reconnais un autre des Tomlinson. Un grand avec des cheveux un peu bouclés, comme les miens, mais beaucoup plus courts. Du coup, c'est moche.
Derrière le type, il y a deux autres gars. Ils doivent être frères parce qu'ils se ressemblent énormément. On dirait deux jumeaux bien qu'il y en ait un qui soit beaucoup plus costaud. Et plus âgé aussi, je suppose, parce qu'il porte une barbe mal rasée alors que l'autre, celui qui avait le flingue, a encore un visage d'enfant. 
 
— Je sens qu'on va bien s'amuser.
 
Je regarde Edward et sa remarque me fait vomir. Il sourit, comme si c'était marrant. Comme s'il avait vraiment envie de revivre une bagarre générale qui a déjà coûté les jambes à notre cousin.
Je sens Gemma me prendre la main et me retourne vers elle brusquement.
 
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Tu ne restes pas là.
— Quoi ?
— Tu ne restes pas là, Harry... Et, Liam, tu viens aussi.
 
Son ton et son regard me font frissonner. C'est bien une Styles, elle. Quand elle ordonne quelque chose, personne ne désobéit. C'est comme ça. Je la laisse glisser son bras dans le mien et elle m'emporte vers la salle de réception. Liam nous suit aussi. Je crois qu'il n'avait pas très envie de rester.
Puis, là, Gemma se retourne vers Edward et elle lâche d'une voix si neutre que j'en reste estomaqué :
 
— Vas-y. Envoie. 
 
Le premier coup retentit derrière moi et je reconnais le cri de Tomlinson. En fait, je ne sais même pas comment je le reconnais parce que je lui ai très peu parlé, mais je sens que c'est lui. Les coups continuent. Les cris aussi. Putain, je ne veux pas entendre ça. Je me mets à trembler et je sens Gemma qui me serre le bras. Je ne sais pas comment elle fait pour supporter cette vie. Comment elle fait pour donner l'ordre de tabasser quatre types sans rien ressentir de particulier. Et là, tout de suite, j'ai mal de voir ma s½ur faire ça sans regret. J'ai peur pour Perrie. J'ai peur de la vengeance des Tomlinson qui va être terrible. J'en ai marre d'avoir peur. Marre de ce merdier dans lequel je m'enfonce tous les jours un peu plus.
Gemma lâche soudainement ma main pour retrouver notre mère. Elle va la rassurer, pas comme moi, son con de fils qui est incapable de gérer un foutu problème.
Liam pose sa main sur mon épaule et il murmure doucement :
 
— Ne t'inquiète pas, on va la retrouver.
 
J'ai envie de me foutre une baffe à cet instant. Parce que, putain, j'arrive encore à penser qu'à ma gueule alors que notre cousine a disparu. Edward avait raison ce matin. Je suis qu'un pauvre égoïste. J'arrive presque à penser que je devrais me faire tabasser à la place des Tomlinson. J'en arrive à un point où je suis même fatigué de me détester.
 
— Occupe-toi de lui.
 
C'est Liam qui vient de parler, mais je ne sais pas à qui il s'adresse. En tout cas, ça n'a pas l'air d'être à moi. Je relève mes yeux vers lui et je le vois s'éloigner après avoir posé sa main sur l'épaule de Azoff. 
 
— Eh, murmure-t-il, Tu vas bien ?
— J'ai l'air d'aller bien ?
— Tu n'as jamais l'air d'aller bien, me fait remarquer Azoff. 
— Tu peux, pour une fois, juste fermer ta gueule et me prendre dans tes bras ?
 
Il sourit puis m'attrape fermement pour me serrer contre lui. Je ferme les yeux, je me laisse aller contre son corps musclé et sa chaleur. Je ferme les yeux et j'essaie de ne plus penser à rien.
 
— Je suis là, me murmure-t-il à l'oreille, Je suis là et je ne laisserai jamais ces bâtards te toucher.
 

 
 
Chapitre quatre.
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Voilà le chapitre du bal masqué ! Il vous a plu ? 
Et donc, comme vous l'avez compris,
"Roméo" et "Juliette" ne sont pas les personnages principaux de cette fiction ;) 
En espérant que la suite vous plaise ! 




 

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