Chapitre un.

 
 
Chapitre un.



Harry Styles
 
                Cocaïne dans le sang. Vision brouillée par l'alcool. Suçon encore brûlant de désir plaqué sur la peau de ma nuque. Londres endormie. Ma ville. Mon monde. Et cette fin de nuit qui m'appartient. Il doit être six heures du matin et je déambule dans les rues avec un sourire niais sur le visage. Je crois que les gens me reluquent d'un air mauvais. Je les emmerde. Eux et leur vie parfaite. Eux qui partent au travail et moi qui déambule, sans but et sans destination. J'ai mes écouteurs dans les oreilles et j'écoute ma chanson. Les paroles résonnent. Ça danse à l'intérieur de moi et je me sens bien, je me sens vivant. Jolie ironie pour quelqu'un complètement défoncé à la cocaïne.
J'avance encore et m'arrête sur le pont de Westminster. Je regarde la Tamise en dessous et pose mes mains sur la peinture verte écaillée. J'adore cet endroit. J'adore ce pont et la neutralité qu'il représente. Cette zone tampon entre deux mondes. Le nôtre et le leur. Styles contre Tomlinson. J'observe le London Eye au loin. Je sens ma tête qui tourne, mais je m'en fiche. Je ne m'arrête pas pour autant. Mes mains se resserrent sur la rambarde et je passe une jambe par dessus. J'essaie de me stabiliser, je me concentre. Comme d'habitude, je sens mon c½ur qui palpite dans ma poitrine. Je pourrais tomber, m'enfoncer dans l'eau sombre de la Tamise. Pour être honnête, je ne suis pas certain que cela me dérangerait. Mais je ne tombe pas, pas ce soir du moins. Je m'assois sur le rebord, les pieds dans le vide et le vent dans mes cheveux bouclés. Je souris face à la facilité de mon existence et je souris parce que je ne sais même pas comment je fais pour y croire encore. Je ferme les yeux et respire. Je suis tellement bien. Et j'aimerais tellement me sentir comme ça plus souvent, sans avoir besoin de me foutre de la merde dans le sang.
 
— Oh putain, pas ce soir.
 
Je rouvre les yeux. Je crois que ça m'est adressé. Mais je n'ai pas envie de parler, je n'ai même pas envie de me retourner. Je referme les yeux en priant pour que ce silence glacial soit à la hauteur du dédain que je ressens pour le pauvre type qui a osé m'adresser la parole. 
 
— Non putain, j'ai autre chose à foutre que de sauver un gamin dépressif.
 
Et là, je me retourne, furieux. Le type ne me parle pas. Il parle au ciel. Putain, il est encore plus débile que ce que je pensais. Je l'observe de bas en haut et le méprise déjà. Le gars se tient à quelques mètres de moi. Des traits fins, des cheveux châtains brossés, un regard présomptueux et un sourire arrogant. Il porte un slim noir retroussé au niveau des chevilles, des derbies noires cirées dans les pieds et un blazer avec un revers en soie qui laisse apparaître un tee-shirt gris anthracite. Un fils à papa. Un peu comme moi, en fait.
 
— Tu ne veux pas descendre de ce truc et te tuer plus loin si ça te chante ? Et de préférence, loin de ma vue.
 
Cette fois, il me parle à moi. Parce que je crois qu'il n'est pas assez con pour croire que Dieu lui aurait répondu.
 
— Je ne vais pas sauter, je réponds.
— Alors qu'est-ce que tu fous assis là-dessus ?
— J'oublie.
— Qu'est-ce que tu oublies ?
— Quel serait l'intérêt de mon geste si je m'en souvenais ?
 
Il reste sans voix. Je crois qu'il n'a pas réfléchi à la débilité de sa question.
 
— Ah, commente-t-il simplement, Ça doit être efficace.
 
Je ne sais même pas pourquoi je viens sur ce pont. Je n'ai jamais eu envie de sauter dans le vide, enfin je crois. Je pourrais le faire, il n'y a pas tant de choses qui me retiennent sur Terre, mais je ne l'ai jamais fait. Je préfère laisser pendre mes pieds dans le vide en écoutant ma chanson. Je préfère libérer mon esprit en regardant le soleil se lever sur la Tamise. Parce que, dès que je suis perché là-haut, j'oublie pourquoi je devrais sauter.
 
— Donc, je peux partir sans craindre d'être arrêté pour « non-assistance à personne en danger » ?
Il est toujours là, celui-là ? Je me retourne vers lui. J'ai envie de lui dire de partir et de me foutre la paix, mais ce sont d'autres mots qui sortent de mes lèvres.
— Tu me retiendrais ?
— Pardon ?
— Si je sautais, tu me retiendrais ?
— J'arriverais trop tard.
 
Je le regarde pendant un instant. Ses yeux d'un bleu océan me font douter l'espace d'une seconde que tout ceci est bien réel.
 
— Es-tu un Styles ? Reprend-il, un air sérieux sur le visage. 
 
Je m'arrête, le souffle coupé. Je n'ai pas l'habitude de croiser des Tomlinson, mais là, ça me paraît évident. Tellement évident que je me demande pourquoi je ne l'ai pas réalisé plus tôt. Cette arrogance dans le regard, cette nonchalance, cette classe. Il fait forcément partie de l'autre clan.
 
— Si je te réponds oui, tu me pousseras dans le vide ?
— J'aurais de bonnes raisons de le faire.
 
Il n'a pas tort. Si je lui réponds « oui » maintenant, je lui donne un milliard de bonnes raisons de me pousser. Alors, je suis peut-être encore trop bourré ou défoncé pour réfléchir correctement, mais je réponds « oui ». Je réponds même avec fierté parce qu'un Styles est toujours fier de porter ce nom. Je vois ses lèvres se retrousser et ses yeux se plisser de colère.
 
— Donc ma première impression était la bonne, reprend-il sèchement, Tu es bien un suicidaire.
— Qu'est-ce qu'un Tomlinson fait ici ?
 
Je sais que ma question n'a pas de sens. Tout simplement parce qu'on est dans une zone tampon et que nos deux familles ont le droit d'y être. Ça paraît ridicule cette histoire de quartiers délimités, mais c'est l'unique initiative qu'on a à peu près réussie dans ce conflit. Les Styles ont leur coin dans Londres, les Tomlinson aussi, et tout le monde s'en porte mieux. Et puis, il y a ces histoires de quartiers libres, des coins « pacifiques » où on n'a pas le droit de se sauter dessus, où on a juste le droit de s'ignorer comme on aurait dû le faire depuis le départ. Moi, j'y vais souvent. J'aime bien ces coins-là et puis, j'y suis tranquille. Les Tomlinson n'y vont pas. Je le sais parce qu'ils sont cachés dans leurs résidences de riches à Knightsbridge, le quartier le plus huppé et détestable de Londres. Enfin, détestable parce que pour moi ça sonne « Tomlinson» et je ne m'imagine même pas fouler de mes pieds ces rues qu'ils traversent tous les jours. Alors, pour moi, ces quartiers libres sont hors du temps, hors du conflit, ce sont des quartiers où je suis Harry sans Styles. Ça m'énerve de le voir là, dans mon endroit.
 
— Et qu'est-ce qu'un Styles de ton âge fait ici ?
 
Je le regarde pendant qu'il me toise d'un air mauvais. On pourrait penser que je suis dans une position de faiblesse, parce que je suis assis dans le vide à quelques mètres de la mort. Ce n'est pas le cas. Il ne me fait pas peur. Je n'ai jamais eu peur des Tomlinson. Je ne sais pas pourquoi il a pris ce ton dédaigneux, comme si j'étais un gamin de six ans pris à faire une bêtise. Je ne suis pas encore majeur, mais je porte mes dix-sept ans sans honte. Je sors, je bois, je baise. Mes parents sont au courant et, de toute façon, je ne me cache pas vraiment.
Dans le fond, je crois qu'ils s'en fichent. Je ne suis pas l'aîné de la fratrie, je n'ai pas des milliards de livres de responsabilité sur le dos. C'est Gemma, ma grande s½ur, qui va reprendre la société de mon père, Desmond Styles. C'est elle qui va porter l'entreprise familiale, elle qui va devoir se confronter à Louis Tomlinson, le futur héritier de l'autre clan. Et moi, je suis là, bien présent dans le conflit, même s'il a assez peu de valeur à mes yeux. À la base, c'était une histoire de fric entre les deux familles les plus riches d'Angleterre. Maintenant, c'est juste une histoire de fierté et de revanche.
 
— Aurais-je l'honneur d'avoir rencontré le fameux Harry Styles ? 
 
Mes sourcils se froncent tandis que je me rends compte que l'autre abruti continue de me parler. Je me retourne vers lui et, là, je me dis que je suis courageux, mais pas suicidaire.
Je réponds simplement :
 
— Mon cousin ne fréquente pas ces lieux.
— Pas faux, commente le garçon d'un air songeur, Il doit être embrigadé à Mayfair.
 
Mayfair, c'est mon quartier, enfin le quartier de mon père, donc le lieu principal du clan Styles. Il n'a pas totalement tort. Mes parents me tueraient s'ils me savaient ici, en « zone libre ». En fait, c'était des conneries ce que je disais tout à l'heure. Elles ne sont pas libres ces zones, elles sont même tout le contraire parce qu'on ne peut pas y marcher sans se retourner sur son chemin pour être sûr de ne pas faire une mauvaise rencontre. C'est devenu dangereux. Pour chacun des deux clans. La haine s'est tellement envenimée qu'on en vient aux mains facilement. C'est pour ça que les Tomlinson n'ont jamais vu mon visage. Moi non plus, je ne sais pas trop à quoi ils ressemblent, disons « le noyau dur », puisque, bien entendu, j'ai déjà rencontré les toutous dont leur clan s'entoure, des familles en manque de gloire et d'attention qui sont prêtes à entrer dans le conflit juste pour faire partie d'un tout. Je critique, mais il y en a de notre côté aussi. Heureusement, je crois, parce que ce sont eux qui prennent à notre place.
 
— Donc, vu ton jeune âge, tu es... Liam ?
 
Je ne réponds pas. Je ne sais même pas pourquoi cet abruti a appris les prénoms de mes cousins.
 
— Ou alors Niall ?
 
Je me crispe et il le sent. Il sourit avant de répliquer avec ironie :
 
— Ah non... Il ne pourrait pas se tenir ainsi.
 
J'aurais dû le tuer pour avoir osé me sortir ça, mais je suis tellement choqué que je préfère me taire. Il me provoque et je sais que je ne dois pas tomber dans son piège. Je préférerais me jeter de ce putain de pont que de lui montrer qu'il m'a touché droit au c½ur. Alors, je reprends ses mots, avec tout le dédain et l'ironie dont je suis capable :
 
— Et moi... Aurais-je l'honneur d'avoir rencontré le fameux Louis Tomlinson ?
 
Le nom m'écorche les lèvres parce que tout son être m'écorche l'âme.
 
— Mon cousin ne fréquente pas ces lieux.
 
Je crois qu'il ment. Enfin, j'en suis presque sûr parce qu'on dirait qu'il rit dans son regard. Alors, c'est peut-être ce Louis. Je ne sais pas. Je n'en ai aucune idée. Je ne sais pas de quoi il a l'air ce foutu héritier, mais je crois que je voudrais à tout prix qu'il ne ressemble pas à l'ange que j'ai sous les yeux.
 
— Et tu restes planté là parce que ... ?
 
Ma question a l'air de l'amuser parce qu'il se met à sourire. Et là, je dois admettre qu'il est vraiment beau, ce con.
 
— Je réfléchis.
— C'est possible ?
— Ça m'arrive.
 
Il n'a même pas l'air vexé. En même temps, il doit s'en foutre de ce que je pense de lui. Il est un Tomlinson et je suis un Styles. C'est presque un miracle qu'on ne se soit pas encore sautés dessus. D'ailleurs, c'est probablement à ça, qu'il réfléchit. À se demander si ça vaut le coup de me casser la gueule à cette heure-là de la nuit. Peut-être qu'il se dit que j'ai un trop joli visage pour ça.
Je m'arrête, blasé par mes propres réflexions. La seule chose à laquelle j'aurais dû penser, c'est lui éclater la gueule et non qu'il épargne la mienne.
 
— Et tu comptes attendre là jusqu'à ce que je saute ?
— Parce que tu t'es enfin décidé à le faire ?
— Je ne te donnerai pas ce plaisir.
 
Il hausse les épaules, l'air de le penser lui aussi. Parce que ma mort, je suppose qu'il l'imagine autrement.
 
— Je ne sauterai pas ce soir.
— Alors je vais devoir revenir ici plus souvent.
— Si tu as du temps à perdre.
 
Il me regarde pendant un instant puis, il sourit. Il plante les mains dans les poches de son slim bien trop serré et il réplique :
 
— Ce fut un honneur de te rencontrer, Harry Styles.
 
Et là, je le sais, je le sens. C'est Louis Tomlinson. L'unique héritier de HBG, le Tomlinson Banking Group, un géant bancaire britannique. Enfin, un géant parmi les autres.
Nous, entre autres.
 
 
Louis Tomlinson
 
                 Je tire une dernière taffe sur mon joint avant de me laisser tomber sur mon canapé. Mon corps s'enfonce dans le cuir et je ferme les yeux. Je laisse la beuh s'infiltrer dans toutes les parcelles de mon corps, dans chaque recoin oublié, et, enfin, je me détends. Mes muscles se relâchent et un sourire éclaire mon visage.
Louis Tomlinson. Vingt ans. Héritier de la plus grosse fortune du pays et d'un métier de merde. Bel autoportrait.
Je me crispe, comme à chaque fois que j'y pense. Je ne suis pas comme l'autre salope de Gemma Styles, je ne vais pas me la couler douce jusqu'à mes quarante ans pour récupérer une entreprise déjà pleine aux as. Moi, je la récupère dans quelques mois, quelques années, au mieux. Mon père, Mark Tomlinson, a un cancer du sang. Il va clamser sous peu et il le sait. J'ai arrêté mes études après mon diplôme pour apprendre le métier. Ça fait deux ans que je bouffe ses réunions tous les jours, que je le suis dans tous ses déplacements, et que j'essaie d'apprécier ça.
Je regarde l'horloge accrochée dans mon salon. Il est cinq heures du matin, je reviens d'une soirée avec Isaac, Aiden et Stan, mes cousins, et je pars bosser dans quelques heures. Parce que, dans mon monde, on bosse aussi le dimanche. En fait, on bosse chaque putain de minute de notre existence. Je ne sais toujours pas si c'est de l'acharnement ou de l'ambition.
Je passe une main sur mon visage et regarde par la baie vitrée. J'adore la vue de Londres qu'on a de mon appartement, situé en plein c½ur de Kensington, avec vue sur Hyde Park. J'ai décidé l'année dernière de quitter la résidence familiale pour m'installer tout seul. J'avais besoin de mon indépendance et, surtout, de ramener mes conquêtes sans avoir le regard pesant de ma mère et de mes s½urs. Mon père, lui, il s'en fiche, il trouve ça normal que je m'amuse. Et puis, je ne suis pas parti très loin. Kensington est juste à côté de Knightsbridge, c'est un peu notre quartier par extension. Je sais que les Styles font pareil. Ils étendent leur frontière dans Londres dès qu'un de leurs gamins surprotégés décide de quitter la demeure familiale.
Et là, sans me l'expliquer, je repense au gamin aux cheveux bouclés que j'ai rencontré il y a deux semaines. J'ai tout de suite su qu'il s'agissait d'Harry Styles. Je l'ai reconnu, en quelque sorte. Pourtant, je ne l'avais vu qu'une seule fois. Mauvais timing. On rentrait tous les deux de vacances avec nos parents, on était à l'aéroport Charles de Gaulle, à Paris. J'ai senti mon père m'attraper fermement par le bras et me cacher dans son dos. J'avais sept ans et, même à cet âge, j'ai compris ce qu'il se passait. Alors, j'ai regardé derrière son bras et j'ai vu le gamin Styles. La seconde d'après, sa mère l'attrapait dans ses bras et cachait son visage dans le creux de son cou.
Je ne sais même pas pourquoi je me suis arrêté sur ce pont, cette nuit là. Enfin si, peut-être parce que c'était lui, justement, et que j'avais besoin de mettre un visage sur ce nom qu'on m'avait appris à détester. Je pousse un nouveau soupir et étends mes jambes sur ma table basse. Je n'y suis pas retourné. Pourquoi le ferais-je ? Je regarde une fois de plus Londres, plongée dans la nuit, et je me dis qu'il doit y être en ce moment, peut-être même qu'il va sauter, ou qu'il a déjà sauté.
Et je fais le truc le plus con du monde. Je me lève, attrape mon manteau et sors de l'appartement. J'ignore pourquoi je fais ça. Je descends les marches de l'escalier parce que je n'ai même pas envie d'attendre l'ascenseur. Je sors dans la rue et me dirige vers le parking privé de l'immeuble, je joue avec mes clefs dans ma poche. Putain, qu'est-ce que je suis con. Mais je n'ai même pas le temps de m'insulter que le moteur de ma Ferrari démarre en un ronronnement sonore. Je traverse Londres. Je ne prends même pas la peine de mettre la radio. Je crois que j'ai besoin de silence.
En quelques minutes, j'arrive au pont de Westminster et m'arrête sur le trottoir. J'hésite. Je me dis que je ferais mieux de partir. J'observe le pont au loin et vois une ombre assise sur la rambarde. Je sors de la voiture et je crois que j'oublie même de la verrouiller. Je marche vers le pont et l'ombre se dessine. Ses boucles en désordre, d'abord, puis son visage. Il écoute sa musique. Il ne m'a pas vu. Il a l'air bien, paisible. Je me demande pourquoi je veux déranger ça, pourquoi je ne lui fous pas la paix, alors que c'est probablement le seul moment de sa vie où il arrive à se supporter lui-même. Et puis, je me dis qu'il ne mérite pas ce moment de tranquillité. Parce que c'est un Styles. Parce que c'est Harry Styles.
Je m'accoude sur le rebord et je le vois sursauter. Il ne tombe pas, dommage.
 
— Toujours pas ce soir.
 
Je me retourne vers lui et souris. Je sais qu'il ne va pas sauter ce soir. Il n'a aucune raison de sauter, ni ce soir, ni aucun autre soir. Après tout, c'est Gemma qui reçoit toute la pression de sa famille. Lui, c'est le cadet, il a juste à profiter du fric des Styles sans se poser de questions. Je ne dis pas ça comme ça. Je le sais. Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent sur lui. Je sais qu'il sort tout le temps alors qu'il n'est encore qu'un gamin de lycéen. Je sais qu'il se fait prendre par toutes les pédales de Clapham. Je sais qu'il est coké. Mais je m'en fous. Ce soir, je m'en fous.
 
— Tu veux monter ?
 
Il m'interroge. Moi ? Monter sur ce pont ? Il délire ce type.
 
— T'es malade. Je sais que tu me pousseras.
— Si je le faisais, tu me ferais tomber dans ta chute, non ?
— Ce serait donc un suicide collectif ?
— Ou un meurtre raté ? Propose-t-il, Je suppose que je n'ai pas prévu de mourir avec toi.
 
Mes mains parcourent la peinture écaillée du pont. Ça n'a pas l'air si dangereux. Je relève les yeux vers la Tamise et écoute le bruit de l'eau qui coule sous nos pieds.
 
— Tu montes ?
 
Je regarde Styles et je suis incapable de lui répondre. Je ne comprends pas pourquoi je fais ça. Après tout ce que sa famille a fait à la mienne, la seule pensée qui devrait embrouiller mon esprit, serait de savoir si je le pousse dans l'eau. Il n'y aurait aucune trace. Vu la vie qu'il mène, les enquêteurs concluraient à un suicide. Sauf que je ne pense pas à ça, enfin, pas complètement parce que l'autre partie de mon cerveau se demande si je peux monter sur ce pont avec lui. J'hésite. Je regarde la grande roue de Londres, devant moi. Puis mes mains s'agrippent au rebord et je passe une jambe et l'autre. Et là, comme ça, je suis assis à quelques mètres de Styles. J'ai mis assez de distance entre lui et moi pour qu'on ne s'entretue pas, pas ce soir, du moins. Et puis, tout son être me dégoûte. Je ne peux pas être à côté de lui, je ne peux pas le toucher ni même le sentir. Il y a une aura tout autour de lui, quelque chose de malsain. Honnêtement, je crois que je préfère m'éloigner parce que je pourrais si facilement le pousser que je me fais peur moi-même. J'ai peur de toute cette violence que j'ai à l'intérieur.
Je me retourne vers l'horizon pour ne plus penser qu'il est aussi proche de moi. J'ai les pieds dans le vide et le vent sur mon visage. Je suis encore défoncé par les joints que je me suis enfilé dans la soirée et je crois que c'est le truc le plus inconscient que je n'ai jamais fait. Pour la première fois de ma vie, un sentiment étranger m'envahit. Une bouffée de chaleur qui s'immisce dans mes veines, qui efface peu à peu la colère et la haine, qui efface la rage et la peine, qui efface la pression et l'avenir morose qui m'attend. Je comprends ce qu'il voulait me dire. Il oublie. Il oublie parce qu'il pourrait se donner la mort en si peu d'efforts que ses problèmes paraissent futiles.
Je sens le vent dans mes cheveux et me mets à trembler parce qu'il fait froid. Mais je suis bien. Je remercie le ciel que Styles ne me parle pas et qu'il me laisse profiter de mon premier moment de liberté. Je ne crois pas que ce soit de la gentillesse de sa part. Je pense juste qu'il s'en fout que je sois là ou pas. Il remet ses écouteurs dans ses oreilles et il plonge son regard dans l'horizon. Je me demande quel genre de musique il écoute, puis je réalise que je m'en fiche. Je me fiche de tout ce qui concerne ce type. Cet être arrogant à qui tout est trop facile. Je déteste ce genre de gamin superficiel. Des fois, je me dis que j'ai de la chance, finalement, d'être l'aîné de ma famille, l'héritier. Parce qu'au moins, j'ai quelque chose à porter, quelque chose à "être".
Lui, il n'a rien à faire, il a juste à suivre les autres. Ça doit être fatigant d'être aussi inutile. Il pourrait ne pas exister que ça ne changerait rien pour personne. C'est pour ça qu'il se drogue. Enfin, je pense. Pour avoir l'impression de vivre quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus intense. Et là, tout de suite, il me fait de la peine. 




Chapitre un.



Un avis pour ce premier chapitre ? 
Je sais que c'est très différent de "Always is bullshit",
l'histoire est beaucoup plus sombre mais aussi bien plus libre dans l'imaginaire  ;)
 


Tags : #RunUpfic - #Acte1

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Comments :

  • Lucie

    30/04/2017

    J'aime beaucoup. Une amie me l'a conseillé et maintenant je comprends pourquoi;). Je ne m'attarde pas trop dans les commentaires, j'ai hâte de lire la suite.

  • resteavecmoific

    31/10/2016

    Louis est super agaçant mais y a un truc quand même, une pression comme ça sur les épaules, ça doit rendre un peu zinzin. Il est sûr de lui, arrogant. Mais il n'a pas poussé Harry donc.... xD
    Harry il a l'air paumé un peu. Déjà il a une petite réputation sympa mais j'ai l'impression que c'est une force tranquille. Voilà. Du coup, premier chapitre, j'peux pas dire grand chose de plus. J'ai jamais été spoiler sur ta fiction, imagine comment c'est possible ? xD Du coup j'sais pas où je vais, mais j'y vais.
    J'aime bien ton écriture, c'est super fluide et on sent la différence de personnalité en fonction des narrateurs j'trouve ça cool *o*
    Je vais lire la suite héhéhéhéhé.

  • RunningUp

    02/08/2016

    Tona-wairua-larry wrote: "WOW. Franchement WOW. Je viens de tomber sur ta fiction et rien que le premier chapitre me donne des frissons ! T'écris vraiment bien et j'adore l'ambiance que tu as réussi à créer en seulement un chapitre! J'en ai beaucoup entendu parler de ton histoire et je crois que je vais pas être déçue. En tout cas je continue ma lecture tout de suite et je te laisse mes kiff et commentaires en route ! Xx"

    ahah génial ! ça me fait trop plaisir de revivre les émotions des lecteurs qui commencent cette histoire alors fais-toi plaisir ! j'espère que ça va te plaire ♥

  • Tona-wairua-larry

    02/08/2016

    WOW. Franchement WOW. Je viens de tomber sur ta fiction et rien que le premier chapitre me donne des frissons ! T'écris vraiment bien et j'adore l'ambiance que tu as réussi à créer en seulement un chapitre! J'en ai beaucoup entendu parler de ton histoire et je crois que je vais pas être déçue. En tout cas je continue ma lecture tout de suite et je te laisse mes kiff et commentaires en route ! Xx

  • Ecris-moi-dans-ton-coeur

    16/04/2016

    j'ai adoré ton style d'écriture ce chapitre est vraiment bien écrit

  • RunningUp

    11/04/2016

    MiissTextes wrote: "Ca ressemble un peu à l'histoire des deux familles de Roméo & Juliet. J'aime bien, puis t'écris bien et y a de réelle grosse fautes d'orthographe, c'est cool :)
    Je vais essayer de revenir pour lire la suite de ton histoire :)
    "

    ahah oui en effet c'est une réécriture moderne de roméo et juliette ! merci en tout cas :)

  • MiissTextes

    10/04/2016

    Ca ressemble un peu à l'histoire des deux familles de Roméo & Juliet. J'aime bien, puis t'écris bien et y a de réelle grosse fautes d'orthographe, c'est cool :)
    Je vais essayer de revenir pour lire la suite de ton histoire :)

  • RunningUp

    16/10/2015

    Kalel91 wrote: "Hey bonsoir. J'ai trouvé ton histoire conseillée sur l'article de quelqu'un sur Wattpad et ça avait l'air bien donc me voilà. Et finalement, je trouve ça vraiment très bien. "

    hey salut ! ça me fait plaisir de savoir que tu as connu ma fic sur wattpad car je n'ai pas posté dessus donc c'est vraiment géniale ! :) j'espère que l'histoire va te plaire !!!

  • Kalel91

    14/10/2015

    Hey bonsoir. J'ai trouvé ton histoire conseillée sur l'article de quelqu'un sur Wattpad et ça avait l'air bien donc me voilà. Et finalement, je trouve ça vraiment très bien.

  • RunningUp

    22/06/2015

    BabeBlueEyes wrote: "j'écris une fiction aussi, je viens de la commencer parce que je suis nouvelle et du coup c'est un peu la galère ... Ca me ferait plaisir que quelqu'un avec ton talent puisse passer lire et me donner son avis. :) stp"

    je ne suis pas trop disponible en ce moment, j'ai déjà à peine le temps d'écrire run up, mais cet été quand ma vie se sera calmée (retour en france en aout bouh bouh) je pourrais passer voir ta fiction, pas de soucis :)

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