Chapitre deux.

 
 
 
Chapitre deux.

 
Harry Styles
 
                 Je descends les escaliers en titubant, une gueule de bois encore tenace et le nez qui me démange. Je le gratte, c'est presque devenu machinal, comme pour vérifier qu'il n'y reste pas de poudre blanche. La soirée de la vieille a été difficile et je ne sais même pas comment j'arrive à faire avancer mon cadavre jusqu'à la cuisine. Je me laisse tomber sur une chaise au hasard et regarde la table remplie de nourriture. Je n'ai pas faim et encore moins l'envie d'aller au lycée. Je déteste les débuts de semaine, principalement parce que mes week-ends se résument à trois nuits blanches interminables. Vendredi. Samedi. Dimanche.
 
— Tu prends quoi, Harry ?
 
Mona, la gouvernante de la maison, me sort de mon demi-coma et je la regarde avant de répondre.
 
— Un grand verre d'eau.
— Nuit difficile ?
 
Je me retourne vers Liam, mon cousin. Il a un an de plus que moi, mais il a redoublé l'année dernière donc on est ensemble au lycée. Je hoche la tête pour répondre à l'affirmative à sa question, mais, vu la gueule que je tire, il n'attendait pas spécialement de réponse.
 
— Tu aurais pu m'inviter, enchaîne-t-il.
— J'étais avec Azoff , je bafoue.
— Coucou les gars ! J'espère que vous avez déjà vos masques pour le week-end prochain ?
 
Liam et moi, on relève la tête vers la tornade blonde qui vient de pénétrer dans la pièce. Perrie ne marche pas, elle sautille, tout le temps, et c'est totalement insupportable. Elle se jette sur Mona, plante un baiser sur sa joue, et s'installe en face de nous tandis qu'Liam lui répond d'un air nonchalant :
 
— Je persiste à dire que c'est une idée stupide.
— Ce sont mes seize ans, rétorque-t-elle, Vous êtes obligés de faire ce que je veux.
 
Ça me gonfle déjà, d'entendre parler de cette soirée, parce que ça veut dire un week-end sans coke et avec mes parents. Mais je me rassure parce qu'Liam tire la même tronche que moi, donc j'en conclus qu'il n'est pas plus emballé que moi par l'anniversaire de notre cousine. Et puis, une soirée masquée, merci, on n'a plus dix ans.
 
— Ça va être drôle, réplique Perrie en mordant dans une brioche.
 
Cette fille respire tellement la joie de vivre que s'en est presque consternant. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi heureuse. Sincèrement, je ne vois pas ce qui peut encore la faire sourire. De nous tous, je crois bien que c'est sa famille qui a le plus souffert du conflit avec les Tomlinson.
 
— « Drôle » si on était à un goûter d'anniversaire, Perrie.
 
J'ignore pourquoi je me suis donné la peine de participer à la conversation, mais je l'ai fait et je le regrette déjà. Elle se retourne vers moi en fronçant des sourcils d'un air mauvais. Je n'aime pas quand elle fait cette tête. Parce que, malgré tout, j'adore la voir sourire. Ça fait du bien dans cette maison.
 
— Harry, tu porteras un masque comme tout le monde et, crois-moi, ça nous fera du bien de ne pas voir ta gueule de con pendant toute une soirée.
 
Je m'apprête à répondre, mais mon père entre dans la cuisine. On sait qu'il va se mettre à parler. Et, quand il parle, tout le monde l'écoute, c'est comme ça et ça l'a toujours été. La famille patriarcale par excellence. Un père tout-puissant, une femme transparente et des enfants dévoués.
 
— Bonjour tout le monde, en forme aujourd'hui ? Ne m'attendez pas pour manger ce soir, je rentrerai tard, j'ai une réunion avec des investisseurs brésiliens, mais Maura sera là.
 
On retient tous un rire jaune parce qu'on ne voit pas vraiment la différence quand Maura est là ou pas, mais personne ne commente. Mona se dirige vers lui et il attrape le thermos de café qu'elle lui a préparé, comme tous les matins. Parce que Desmond Styles est un homme occupé, il ne prend pas le temps de prendre son petit-déjeuner avec sa famille.
 
— Gemma ! Appelle-t-il, Dépêche-toi !
 
Je vois ma s½ur entrer à son tour comme une furie dans la pièce. Elle ne me regarde pas, mais passe tendrement sa main dans mes bouclettes brunes. Elle porte un tailleur comme d'habitude et elle a l'air tellement professionnel qu'on a l'impression, vu comme ça, qu'elle aime ce qu'elle fait. Elle s'empare d'un verre dans un placard et fait tomber un comprimé effervescent à l'intérieur avant de remplir le récipient avec l'eau du robinet. Elle a déjà mal à la tête et je comprends vu la journée qu'elle va passer.
 
 — Quelqu'un peut aller réveiller Niall, s'il vous plaît ? Enchaîne mon père, Il m'énerve à rester dans son lit toute la journée, celui-là !
 
On baisse tous les trois notre visage vers la table en bois, comme si on n'avait pas entendu. Ça ne se fait pas, je le sais. Mais moi, je crois que je préfère le laisser dans son lit plutôt que de voir sa tête de déprimée dès le matin.
 
 — J'y vais, déclare Perrie en se relevant de sa chaise, Le fauteuil est dans sa chambre ?
 
Mon père acquiesce et, avec Liam, on la regarde partir. Cette fois, on sait que le sourire affiché sur ses lèvres n'est pas sincère. Elle a mal, elle aussi, mais elle essaie de ne pas le montrer. Parce que c'est son frère et qu'elle rêve secrètement de le revoir rire un jour. Alors, elle se dit qu'en lui souriant, peut-être qu'une fois, il le lui rendrait. Mais ça n'est jamais arrivé et je doute de plus en plus que ça se produise.
Tout est tellement stupide dans cette histoire. C'est arrivé il y a deux ans. Un soir, ils sont tous sortis. Mes cousins que je considère comme mes meilleurs amis, Liam et Niall, et leurs frères respectifs, Edward et Greg. Ils étaient bourrés et ils marchaient dans Londres, ils faisaient les cons, comme d'habitude, quand ils sont ensemble. Moi, j'étais avec Azoff , cette nuit-là. Ils sont tombés sur les Tomlinson. Le noyau dur, j'entends. Il y avait Louis et ses cousins. Sans grande surprise, ils se sont tapés sur la gueule. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement, ils ne me l'ont jamais vraiment expliqué, mais Niall s'est pris un coup et il est salement tombé sur la colonne vertébrale. Sentence irrévocable : paralysie des jambes.
Je me souviens du jour où on lui a annoncé qu'il ne pourrait plus jamais remarcher. Pire encore, je me souviens de son regard quand il a compris qu'il était impuissant. Il s'est mis à hurler et je me rappelle à quel point mes propres larmes me brisaient de l'intérieur. Il criait qu'il ne pourrait jamais baiser de sa vie, qu'il ne connaîtrait jamais ça, qu'il n'aurait pas de copines et pas d'enfants. J'avais quinze ans, moi aussi et, ce soir-là, je perdais ma virginité à l'arrière d'un bar friqué de la capitale. C'était immonde et douloureux. Encore aujourd'hui, j'ignore pourquoi j'ai fait ça. L'autre mec avait trente ans, j'aurais pu le faire tomber pour détournement de mineur, mais j'ai renoncé. C'était de ma faute, de toute façon, je l'avais chauffé toute la soirée et j'avais encore de la poudre dans le nez. D'ailleurs, c'était une première, ça aussi, comme quoi ce n'était pas ma soirée.
Bref, ça fait bientôt deux ans que Niall est en fauteuil et il en pleure encore. Le soir, je l'entends dans sa chambre. C'est à partir de ce moment-là que tout a dérapé avec les Tomlinson, enfin, vraiment dérapé.
Greg, le frère de Niall, était tellement en colère contre eux, qu'un soir, il est parti tout seul. On savait qu'il allait faire une connerie, mais personne ne l'a vraiment retenu, parce que je crois qu'on voulait tous notre vengeance. Il a violé Eleanor, la cousine de Louis. Les Tomlinson avaient pris les jambes de notre cousin, on prenait l'innocence de la leur. Justice était rendue. Je n'ai pas cherché plus loin. Bien sûr, les juges n'ont pas été de mon avis. Aujourd'hui, Greg est en prison et il purge sa peine, mais je crois qu'il ne se punit pas pour ce dont on l'a accusé. Il s'en fout d'Eleanor, lui. D'ailleurs, moi aussi, je m'en fous. C'est pour Niall qu'il s'en veut, parce que c'était lui le grand frère et que c'était son rôle de le protéger. Le plus triste, dans cette histoire, c'est qu'il n'est pas plus prisonnier que Niall. On sait que Greg sortira un jour de sa cage, alors que son frère est assis dans la sienne pour la vie.
 
— Allez, on y va, déclare Harold, A demain les enfants.
 
Personne ne lui répond, mais il ne se brusque pas sur ce genre de détails. Je vois Gemma attraper un morceau de brioche sur la table puis elle sort de la cuisine à son tour en nous faisant un signe de la main à Liam et moi. Je sais que ça fait bizarre, qu'on vive tous sous le même toit, mais ça a toujours été comme ça. C'est mon grand-père qui l'a décidé et on a toujours respecté son choix, même après sa mort. Il disait qu'on était une famille unie et qu'on devait le rester pour toujours. Il a acheté une immense baraque en plein c½ur de Mayfair et on y vit tous ensemble, depuis notre naissance. Moi et mes cousins. J'ai le culot de penser qu'ils ont de la chance d'avoir mes parents, parce que les leurs ce ne sont pas des cadeaux.
D'abord, il y a la s½ur de mon père, Karen, et son mari, Geoff. Ils ne vivent plus ici. Ils sont partis s'installer en Chine pour ouvrir une filiale de notre banque. Maintenant, ils attendent qu'Liam ait fini le lycée pour qu'il les rejoigne, lui et son frère Edward. Moi, ça ne m'emballe pas du tout cette histoire, parce qu'Liam est mon meilleur ami depuis toujours et que je n'ai pas envie de me retrouver tout seul avec Niall. Liam non plus, d'ailleurs, ça ne l'emballe pas cet avenir. Et je le comprends, la Chine, ça ne fait rêver personne.
Et puis, il y a aussi la petite s½ur de mon père, Maura, et son mari, Bobby. Alors eux, c'est une autre histoire. Maura est bourrée d'anxiolytiques et d'antidépresseurs, elle alterne entre les crises de dépression et les tentatives de suicide. Et Bobby, il s'en fout de tout ça. Enfin non, j'exagère. C'est seulement qu'il s'est réfugié dans le travail pour oublier. Je n'arrive pas trop à leur en vouloir. Avec un fils en taule et un autre en fauteuil, je crois que tout le monde aurait des envies de meurtre à leur place. Alors, tant que c'est dirigé contre eux-mêmes, on ne peut rien leur dire. C'est juste dommage pour Perrie. Elle n'a pas demandé à vivre dans cette famille de tarés. Heureusement qu'elle nous a. Moi, Gemma, Liam et Edward. Les Styles au complet.
 
— Tu ne parles pas beaucoup ce matin, me fait remarquer mon cousin.
— C'est cette histoire de bal masqué, je réponds en soupirant, Ça me gonfle. Il n'y aura que des lycéens.
— On est lycéens.
— Harry, tu manges.
 
Je relève la tête vers Mona et son regard sévère me dissuade de lui tenir tête ce matin. J'attrape une tartine de pain grillé sur la table et croque dedans sans grand appétit.
 
— Excuse-moi, Liam, mais on ne se tape pas tous des lycéennes de quinze ans. Donc, si, ça me gonfle de traîner avec des lycéens.
 
Mon cousin me lance un regard noir en m'intimant de me taire. Ce con, il baise avec la meilleure amie de Perrie, qui n'est pas encore au courant, bien sûr. Enfin, je dois reconnaître qu'ils s'en sortent plutôt bien, lui et Jade. En public, ils s'adressent à peine un regard, je crois que je ne les ai même jamais vu s'échanger une seule parole depuis que je les connais. Faut dire qu'ils s'échangent autre chose, apparemment.
 
— Azoff  va venir ? M'interroge Liam pour changer de conversation, au cas où notre cousine a l'idée de réapparaître maintenant.
— Heureusement qu'il vient, tu veux que je me tire une balle ?
 
Il hausse les épaules, l'air vexé que sa présence ne soit pas suffisante pour couvrir mes envies de suicide. 
 
— Tu seras planqué dans les chiottes avec Jade, qu'est-ce que ça change ?
— Putain, ça t'arrive de fermer ta gueule ?
 
Je m'apprête à m'offusquer, mais je comprends pourquoi il se brusque. Perrie vient de rentrer dans la cuisine, suivit de son frère, Niall, qui fait rouler son fauteuil jusqu'à la table. Encore une fois, elle a dû insister pour qu'il daigne se lever.
Je croise le regard d'Liam. Il a l'air encore furieux. Pourtant, je suis certain que Perrie n'a pas entendu ce que je lui ai dit. En fait, c'est plus que certain sinon elle hurlerait déjà dans tout le quartier.
Je me renfonce dans mon siège et sens Liam en faire de même, tandis que Perrie s'occupe du petit-déjeuner de son frère. Niall ne parle pas. Il n'a jamais été du matin, mais depuis qu'il est dans son fauteuil, il n'est pas non plus du midi, de l'après-midi ou de la soirée. En fait, il n'est plus, tout simplement. Ça fait tellement mal au c½ur que je n'arrive même pas à le regarder en face.
Je termine ma tartine grillée sous le regard inquisiteur de Mona puis me lève de table pour rejoindre ma chambre et récupérer mon sac de cours. On a un chauffeur avec une voiture spécialisée pour le fauteuil de Niall qui nous emmène au lycée tous les matins. Je ne la prends jamais. Je préfère marcher, ma musique dans les oreilles et les mains dans les poches. De toute façon, je ne crains rien, on est tous scolarisés dans un quartier étiqueté « Styles ».
Je rentre dans ma chambre et m'affale sur mon lit, instantanément. J'ai encore dix minutes avant de partir, mais, si je m'endors maintenant, je suis sûr de ne pas me relever. Avec tout l'effort du monde dans les bras, je m'extirpe du lit moelleux que je n'ai côtoyé que deux petites heures la nuit passée. Je me dirige vers mon bureau et allume mon ordinateur portable. Mon fond d'écran, c'est la vue du pont de Westminster. Je repense à Tomlinson, soudainement. Il est revenu une seule fois, au pont. Il s'est assis à quelques mètres de moi et il n'a rien dit. Puis il est parti au bout de dix minutes. Il n'est jamais revenu depuis, ça va faire pratiquement deux mois.
Et, à cet instant, je me demande pourquoi ça me pose un problème.
 
 
 
 
Chapitre deux.
 
 
 
Louis Tomlinson


  ♫   Showtek ft. We Are Loud & Sonny Wilson - Booyah
 
                   J'avale une gorgée de mon Whisky-Coca en m'affalant dans le canapé rouge dans mon dos. Instinctivement, je pose mes pieds sur la table basse comme si je m'installais tranquillement devant la télévision. Ce n'est pas le cas. Je ne suis pas chez moi. Enfin, c'est tout comme. Je suis au Boujis, un club privé de la capitale situé à la sortie de South Kensington. Cet endroit est un peu ma deuxième adresse. J'y suis presque tous les week-ends.
Je n'apprécie pas spécialement de passer mes nuits avec la haute bourgeoisie londonienne, mais, vu que j'en fais partie, je me force. Comme tout le monde, en fait. Et puis, avec un peu d'alcool dans le sang, c'est supportable. La musique résonne à fond entre les murs opaques et sombres. Des néons de toutes les couleurs brillent partout autour de nous et j'ai l'impression de planer dans un rêve. Enfin, l'histoire des lumières, c'est plutôt pour faire genre, parce que ce n'est pas ça qui me fout dans cet état, mais plutôt les joints et l'alcool du début de soirée.
Ma nuque se cale contre le dossier et je regarde les gens ivres qui se trémoussent sur la piste de danse. Je regarde les corps s'entrechoquer et les langues se mélanger comme si ce n'était pas profondément dégueulasse. Mon regard s'arrête sur un mec au corps d'Apollon, de larges épaules, grand, musclé, un sourire de rêve. Mes yeux se perdent sur son fessier rebondi et je pousse un soupir à peine perceptible lorsque j'entends la voix d'Aiden à côté :
 
— Vas-y, suce-le, ça t'évitera de baver.
— Je ne fais pas ça, moi.
— C'est vrai, reprend mon cousin en passant son bras autour de mes épaules, Toi, tu ne te mets pas à genoux. Tu es Louis Tomlinson.
 
Je lui lance un regard assassin même si je ne peux pas m'empêcher de rire. Parce que, oui d'accord, ça sonne arrogant dit comme ça, mais il n'a pas tort. Je suis gay, ça, toute la ville est au courant, mais je ne suis pas le genre de garçon à chercher ma proie. Je déteste draguer ou faire du rentre-dedans. Je préfère qu'on vienne à moi, si le mec est assez intéressant pour que je l'écoute plus de trente secondes, il finit généralement dans mon lit. Et encore, même à ce moment-là, je ne m'abaisse pas à le sucer. Je ne vois pas l'intérêt de lui donner du plaisir si je n'en reçois pas en retour. Je n'ai jamais connu quelqu'un qui méritait que je fasse ce sacrifice.
 
— T'es chaud ce soir, Louis.
— Ça fait longtemps que je n'ai pas baisé, c'est tout.
— Quoi ? Deux jours ?
— Trois semaines.
— Et bien ! S'étonne Aiden en s'emparant de son verre sur la table, J'en connais un qui va demander à papa de sortir.
 
Je le regarde, blasé, parce que ça fait vraiment beauf comme remarque. Aiden est le grand frère de Stan et Eleanor. Il est le plus âgé de notre bande, mais, paradoxalement, il en est aussi le plus con. Et puis, il pouffe de rire, fier de sa blague, avant de se retourner vers la piste de danse.
Je me renfonce dans mon siège, bien calé dans notre coin VIP. Mon autre cousin, Stan, est en train de danser sur la piste de danse... Enfin « danser », il donne des coups de reins contre le corps d'une blondasse bien sculptée, sa langue enfoncée dans sa bouche. Je commence à sentir mon entrejambe me démanger, moi aussi. Il n'avait pas totalement tort, l'autre abruti. Ça fait vraiment longtemps que je n'ai pas baisé.
D'un côté, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi, ces dernières semaines. Le cancer de mon père est en train d'empirer et tout s'accélère autour de moi. Les réunions, les meetings, les déjeuners. On veut me faire entrer au plus vite dans le milieu sauf que, pour ça, il faut gagner la confiance des gens. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ça ne s'achète pas. Je discute avec les amis de mon père, je réponds à leurs questions parce que je sens bien qu'ils me testent et que je n'ai pas le droit à l'erreur. Ce n'est pas un métier que j'ai sur le dos, mais une des plus grosses fortunes du pays et l'honneur de ma famille. Alors, forcément, ça occupe l'esprit un avenir comme le mien.
Mon regard traverse la piste de danse. J'ai vraiment besoin de baiser. De m'échapper quelques heures de tout ce fardeau. Mes yeux parcoururent les différents hommes. Les gros, les petits, les trop vieux, les trop jeunes et rien ne me tente. Je serre mon verre d'alcool dans ma main et avale son contenu d'une traite. Je n'ai pas trop le choix, ce soir, donc je vais devoir boire un maximum pour ne pas faire le difficile. L'alcool passe mon ½sophage et me réchauffe. Je n'en avais pas vraiment besoin vu qu'on a déjà l'impression d'être dans un four.
 
— Je viens de payer une quatrième tournée, déclare soudainement Isaac en se vautrant sur le canapé à côté de moi.
 
Je regarde mon cousin. Puis je regarde l'alcool qui déborde sur la table.
 
— T'es sérieux ? On a à peine fini la troisième.
— Et alors ? Réplique-t-il d'un haussement de sourcils, Quand on l'aura finie, on n'aura pas à attendre, comme ça.
 
J'approuve d'un geste de la tête. De toute façon, je viens de me convaincre de me mettre une mine, autant y aller en beauté.
 
— Toi, c'est comme ça que je t'aime, enchaîne Aiden à son attention.
 
Puis les deux débiles se font un check au-dessus de ma tête avant qu'Isaac ne se retourne vers la piste de danse.
 
— On dirait que ton frère s'amuse bien.
— Ouais... Enfin, j'espère qu'il ne va rien se chopper, ce con, la dernière fois, c'est moi qui ai dû gérer son traitement.
— Tu es vraiment le frère le plus protecteur au monde, je me fous de sa gueule.
 
Je me raidis, instantanément. Putain, quel con, pourquoi j'ai dit ça ? Je vois le sourire d'Aiden disparaître et je m'en veux. Je n'ai pas réfléchi. Alors, je reprends, gêné :
 
— Désolé, je ne voulais pas faire référence à...
— C'est bon, me coupe-t-il, Je sais. Ce n'est pas grave.
 
Mais je vois bien dans ses yeux que ça ne va pas.
 
— Ce n'est pas de ta faute, Aiden.
 
Il ne répond pas, principalement parce qu'il pense que j'ai tort. On a déjà eu un milliard de fois cette conversation et j'imagine qu'il n'a pas particulièrement envie de relancer le sujet. D'ailleurs, moi non plus, ça ne m'intéresse pas d'en reparler sans cesse. Ça fait deux ans maintenant que sa s½ur s'est fait violer. Alors, oui, on se déteste parce qu'on n'était pas là pour la protéger et qu'on aurait dû se douter que les Styles se vengeraient de ce qui est arrivé à Niall. Mais lui, il se hait presque aussi fort qu'il hait l'autre clan et ça me rend malade. Parce que les pourritures dans cette histoire, ce sont ces saletés de Styles, comme toujours.
 
— Hey, vos verres sont vides, les gars ! S'exclame Isaac pour détendre l'atmosphère, C'est quoi ce bordel ?
— Sers-nous à la place de parler.
 
Isaac s'empare de nos deux verres qu'il remplit de nouveau de Whisky-coca. Je le regarde faire et souris. Je l'aime bien Isaac, pourtant il ne fait pas vraiment partie de la famille. Enfin, pas par le sang, en tout cas. Isaac est le fils de Jackson Grant, le nouveau mari de ma tante, Patricia, la mère de mes deux autres cousins : Zayn, dix-sept ans et totalement en crise d'adolescence et Waliyha, une gamine adorable de dix ans. Isaac n'est que leur demi-frère, mais il prend soin d'eux autant que je le fais avec mes s½urs. Il a le sens des responsabilités et la famille est sa priorité en toutes circonstances. Il me tend mon verre et je trinque avec mes cousins. Puis, le dernier de la bande se ramène, sans sa blondasse sous le bras – merci bien – et réplique avant de s'affaler sur le canapé, avec nous :
 
— Et moi, on ne me sert pas à boire ?
— Non, on te laissait chopper ta MST en toute tranquillité, ironise son frère.
 
Stan pouffe de rire même si je ne vois pas ce qu'il trouve de drôle vu qu'il en a déjà eu une, ce con, mais je ne relève pas.
Il enchaîne fièrement :
 
— Vous devriez plutôt me remercier.
— De tout faire pour disparaître de cette terre ? Oui, c'est vrai que l'effort est à saluer.
 
Les deux frères se fusillent du regard et je retiens un éclat de rire.
 
— Mais non, la meuf que je viens de me taper. C'est Isa Cyrus.
— Et qui est Isa Cyrus ? L'interroge Isaac.
— Une meuf qui est dans la classe de Perrie Styles.
 
Là, toute la table se penche vers lui et on est tous suspendus aux lèvres de Stan.
 
— Perrie fête ses seize ans le week-end prochain et Isa peut s'arranger pour nous avoir des cartons d'invitation.
— Tu n'es pas sérieux ? Bégaye son grand frère.
— C'est une soirée masquée. On peut entrer facilement.
 
Je me redresse sur le canapé et l'arrête derechef :
 
— T'es malade. Il y aura de la sécurité partout. Aucun moyen qu'on entre là-dedans. Si on se fait chopper, on est morts.
— Et qu'est-ce qu'on irait foutre à l'anniversaire de cette gamine ? Enchaîne Isaac.
Si je disais que je l'aimais bien tout à l'heure, c'est aussi parce qu'il se range toujours de mon côté.
— Vous êtes sérieux ? S'exclame Stan en frappant d'un coup ferme sur le dossier du canapé, On a un moyen de rentrer chez les Styles ! On va foutre la merde à leur soirée, ça va être jouissif de voir leurs gueules de cons ! Allez, bande de tapettes – oh désolé Louis, ce n'était pas une insulte contre ta communauté, mais une façon de parler – on va faire ça pour s'amuser !
— Moi et ma communauté, on te prie d'aller te faire enculer Stan et non, c'est mort.
— Pourquoi tu prends toujours les décisions ?
 
J'ai bien envie de lui répondre « parce que c'est moi le chef », mais ça sonnerait trop prétentieux et, connaissant Stan, il se rendrait tout seul à la soirée juste pour ne pas aller dans mon sens.
 
— Parce que ton idée est encore plus stupide que ta personne, je réponds.
— On ne se fera pas prendre ! Continue-t-il d'insister, C'est une soirée masquée. Personne ne nous reconnaîtra !
— Et quel est l'intérêt d'y aller si personne ne sait qu'on y est ? L'interroge son frère d'un froncement de sourcils.
— Justement ! On se la joue discret, on se rapproche de Perrie, de Niall, d'Liam... Peut-être même que, si on est bons, on peut chopper Harry.
 
Un sourire amusé se devine sur mes lèvres et Stan continue sans rien remarquer :
 
— Et une fois qu'on les a éloigné de leur clan et qu'on est seuls avec l'un d'entre eux, BAM !
— Et « bam » ça veut dire quoi dans ton langage ? L'interroge Isaac d'un air sceptique, Tu veux les buter ?
 
On se met à sourire, parce que l'idée nous a tous traversé l'esprit.
 
— On se venge, corrige Stan.
— Moi, je ne touche pas aux Styles, réplique de suite Isaac, Je ne veux pas finir en taule.
— On peut juste leur faire peur.
— Et une fois qu'on est découvert par notre victime, c'est quoi la suite ? On se retourne vers le reste des Styles et on essaie de ne pas finir en bouillie ?
 
Tout le monde se retourne vers moi, l'air d'approuver ma remarque. Trop fier de m'être redonné de la crédibilité, je continue :
 
— Et puis, c'est con ton histoire. On n'entrera pas, je te dis. Il y aura la sécurité à l'entrée.
— Juste une personne à l'entrée pour vérifier les cartons, rétorque Stan comme s'il y avait déjà réfléchi, Et on les aura, donc pas de problème. Et, franchement, réfléchissez... Comment vous voulez que les Styles imaginent une seule seconde qu'on se ramène à leur soirée ? Ça paraît tellement suicidaire que ça ne leur traversera jamais l'esprit.
— Ça ne « paraît » pas suicidaire Stan, ça l'est vraiment, rétorque son grand frère.
— Oh sérieux, je vous ai connus plus drôles que ça ! Soupire-t-il en se laissant tomber contre le dossier du canapé, Pourquoi vous flippez autant ? Imaginez plutôt le kiff international de rentrer à cette soirée sans que personne ne le sache... Imaginez juste leurs gueules quand ils sauront comment ils se sont fait avoir à leur propre fête. Putain, les mecs, on a une occasion en or de casser du Styles ! Ils y seront tous ! Les grands, les petits, les parents ! On va même pouvoir rencontrer les gamins qu'ils nous cachent encore. On n'aura même pas besoin de révéler qui on est ! On reste masqués toute la soirée. On a juste à tout gâcher et observer le spectacle.
 
Et là, je sens que cet abruti arrive moitié à nous convaincre. Bien sûr, je persiste à penser que c'est une idée à la con et que ça va nous retomber dessus. Mais, je ne sais pas, ça me donne envie d'essayer. En fait, je crois que j'ai juste envie de faire un truc complètement stupide avant que mon père clamse et que je me retrouve à la tête de la société. J'ai envie de m'amuser et de profiter des derniers moments avec mes cousins. Et puis, ce goût d'interdit me fait palpiter le c½ur. Tant pis pour les conséquences.
 
— Elle pourrait vraiment nous avoir des cartons d'invitation ta copine ?
 
Je vois les lèvres de Stan se relever en un sourire victorieux. Il a gagné et il le sait.
 
— Oui, on en a parlé tout à l'heure. Elle déteste Perrie et c'est elle qui a eu l'idée.
— Pourquoi elle est invitée alors ? Interroge Isaac qui semble être le seul à ne toujours pas être convaincu.
— Perrie a invité presque tout son lycée, genre... « Fête de l'année », tu vois. C'est une Styles donc classique, elle veut être le centre de l'attention.
— Il y a les noms sur les cartons d'invitation ? Enchaîne-t-il toujours aussi sceptique.
— Ouais... Mais Perrie lui a dit qu'elle pouvait inviter des amis à elle. Isa donnera des faux noms.
— Ils ne vont pas vérifier sur les cartes d'identité ?
— Il y a au moins 400 invités, rétorque Stan, Ils ne le feront pas... Et s'ils le font, on dira qu'on a oublié nos cartes chez nous. C'est bon, on ne va pas chez la reine d'Angleterre non plus !
 
J'en doute sincèrement. Les Styles sont aussi paranos que nous en termes de sécurité. Mais, après tout ce qu'il s'est passé entre nos deux familles, je ne pense pas qu'on ait tort de s'embrigader, comme on le fait depuis quelques années.
 
— Alors ? M'interroge Stan en se retournant vers moi, On s'incruste au bal des Styles ?
C'est une mauvaise idée. Une putain de mauvaise idée qui va nous coûter cher.
— Oui, on y va.
 
Mais je crois que je m'en fous.
 
____________________
 
 
Un avis à partager pour ce deuxième chapitre ? 
Beaucoup de personnages apparaissent dans ce nouvel extrait donc j'espère que vous n'êtes pas trop perdus. Un arbre généalogique va être publié dans les prochains articles pour vous resituez dans l'histoire.
Je ne l'ai pas mis avant pour ne pas spoiler certaines relations :)
 


 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.196.135.90) if someone makes a complaint.

Comments :

  • RunningUp

    16/09/2014

    DivergentLarryFic wrote: "Je suis triste pour Niall. C'était un accident malheureux. Qui va mener a la déroute deux familles...... j'ai hâte de lire le bal masqué. Pour le moment j'arrive a peu près a suivre les personnages :-) merci pour ce second chapitre."

    Oui je suis d'accord avec toi, Niall est celui qui souffre le plus du conflit et qui en souffrira le plus car il va devoir garder les conséquences de cet accident toute sa vie..

  • DivergentLarryFic

    16/09/2014

    Je suis triste pour Niall. C'était un accident malheureux. Qui va mener a la déroute deux familles...... j'ai hâte de lire le bal masqué. Pour le moment j'arrive a peu près a suivre les personnages :-) merci pour ce second chapitre.

  • RunningUp

    27/08/2014

    toujoursvivresesreves wrote: ""On sait que Greg sortira un jour de sa cage alors que Niall est assis dans la sienne pour la vie." Cette phrase m'a mis un haut le coeur. C'était un chapitre dur. L'accident de Niall, le viol, la mise en prison. Au final on n'arrive même plus à savoir dans ce monde de haine qui est méchant. C'est tellement remplie de haine que ils en deviennent tous blessant. Je vois aucune issue possible et favorable dans ce monde. Et l'incruste des Tomlinson au bal donné pour Perrie je la sens mal. J'ai peur. Mais j'avoue avoir surtout peur pour Harry car au final j'ai l'impression que vu que c'est le petit gate de la famille c'est celui qui va s'en prendre plein la gueule. J'avoue que j'ai peut etre pas retenu bien qui est qui. Mais je pense en avoir saisi l'essentiel surtout étant donné que tu as gardé les vraies noms de familles des membres des One D. J'ai aussi eu mal au coeur pour Harry et Niall pour le fait que Harry a donné sa virginité a n'importe qui et que Niall ne pourra jamais la donner. Franchement ces scènes sont écrites avec des mots violents parfois cru j'ai autant adoé que détesté. Puis Louis le gay haut de gamme j'ai envie de dire ahah ! En tout cas c'est vrai que cette fiction est differente de votre première mais j'accroche vraiment bien. Ce monde de haine donne envie d'en savoir plus et de savoir l'issue bien que je sens que je vais chialer encore et encore. "

    Oui je te l'accorde, ça a vraiment rien avoir avec AIB. Tant dans l'histoire que dans la façon de la raconter. Vu que je me mets dans la tête de personnages j'utilise un vocabulaire violent (avec pas mal d'insultes), à l'image de leur vie. Des fois ça me fait bizarre et je trouve que c'est "mal écrit" mais d'un côté c'est de cette façon qu'on entre le mieux dans la tête de Harry et Louis donc voila, et puis ça change un peu de AIB, ça me permet de me défouler ahah :)
    Après l'univers est très sombre et je sais que dans ce chapitre on en apprend beaucoup d'un coup (l'accident de Niall, le viol d'Eleanor, etc..) mais je trouvais important qu'on sache rapidement ce qu'il en est. Dans le premier chapitre on voit pas forcément l'enjeux du conflit, on pense juste que ça concerne deux familles ennemies à cause de leur société mais dans ce chapitre on apprend à quel point c'est parti loin et que, comme tu dis, on voit pas de solution possible après tout le mal qu'ils se sont fait. Maintenant reste à savoir si ils seront capable un jour de passer au dessus de toute cette haine..

  • toujoursvivresesreves

    26/08/2014

    "On sait que Greg sortira un jour de sa cage alors que Niall est assis dans la sienne pour la vie." Cette phrase m'a mis un haut le coeur. C'était un chapitre dur. L'accident de Niall, le viol, la mise en prison. Au final on n'arrive même plus à savoir dans ce monde de haine qui est méchant. C'est tellement remplie de haine que ils en deviennent tous blessant. Je vois aucune issue possible et favorable dans ce monde. Et l'incruste des Tomlinson au bal donné pour Perrie je la sens mal. J'ai peur. Mais j'avoue avoir surtout peur pour Harry car au final j'ai l'impression que vu que c'est le petit gate de la famille c'est celui qui va s'en prendre plein la gueule. J'avoue que j'ai peut etre pas retenu bien qui est qui. Mais je pense en avoir saisi l'essentiel surtout étant donné que tu as gardé les vraies noms de familles des membres des One D. J'ai aussi eu mal au coeur pour Harry et Niall pour le fait que Harry a donné sa virginité a n'importe qui et que Niall ne pourra jamais la donner. Franchement ces scènes sont écrites avec des mots violents parfois cru j'ai autant adoé que détesté. Puis Louis le gay haut de gamme j'ai envie de dire ahah ! En tout cas c'est vrai que cette fiction est differente de votre première mais j'accroche vraiment bien. Ce monde de haine donne envie d'en savoir plus et de savoir l'issue bien que je sens que je vais chialer encore et encore.

Report abuse