Chapitre cinq.

 
Chapitre cinq.

 
 
 
Harry Styles
 
                Je plante mes mains dans les poches de mon slim en frissonnant. Putain, une vraie nuit d'hiver. Il fait si froid que je n'ai même pas envie de passer par le pont de Westminster. Pour le moment, la seule chose dont je rêve est de me blottir dans ma couette au chaud, même si je sais que mon réveil va sonner dans quelques heures. C'est con. J'aurais pu rester dormir chez Azoff, je sors tout juste de chez lui. Mais... Je ne sais pas. On est souvent tous les deux et je ne sais pas trop ce qu'il représente pour moi. Alors, de temps en temps, je rentre chez moi après qu'on ait baisé. Pour qu'il se souvienne que je ne lui appartiens pas et qu'on n'est pas ensemble.
Franchement, c'est con ces moments-là parce que j'aurais vraiment bien voulu rester emmitouflé dans ses bras. Au moins pour cette nuit. Il fait tellement froid que quelques flocons finissent par tomber du ciel. Si j'avais été un romantique, j'aurais trouvé ça beau. Mais je trouve ça moche. C'est froid, c'est sale et ça glisse. Je n'aime pas la neige. J'essaie d'enfoncer mes mains un peu plus loin dans mes poches pour les réchauffer, mais c'est encore ces foutus jeans trop serrés... Il y a à peine de la place pour mes jambes, alors mes mains. Je laisse tomber. Je les retire et je les laisse pendre dans le vide.
J'ai encore une bonne vingtaine de minutes de marche. Je sais que je pourrais prendre un taxi, mais je crois que j'ai un problème avec le fait de tout faire à pied. J'adore marcher. Je mets mes écouteurs et j'écoute ma musique. J'aime cette sensation. Même si, ce soir, je m'en serais bien passé vu le temps dégueulasse.
Je tourne à l'angle d'une rue en fredonnant les paroles du bout des lèvres, lorsque je sens soudainement une main m'attraper sauvagement le bras. J'ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que je reçois un violent coup sur la tête.
... Est-ce que j'ai été inconscient ? Je ne sais pas. Je rouvre les yeux et je suis allongé par terre, dans une ruelle sombre et isolée, alors je suppose que j'ai dû perdre connaissance à un moment donné parce que je n'étais pas là, à la base. Et puis, il y a plus de neige sur le sol que tout à l'heure. Je laisse mes yeux s'habituer à l'obscurité et, après un temps interminable, je percute que je suis en danger. Parce que ce n'est pas normal que je sois allongé sur le sol, pas normal que je sois dans un endroit où je ne me suis pas rendu et pas normal que j'ai aussi mal à la tête.
Je pose ma main à l'arrière de mon crâne et je sens une croûte, du sang séché probablement. Je sors mon portable de ma poche, prêt à enfoncer la touche numéro un lorsque l'on me prend l'objet des mains. Putain de merde, je ne suis pas seul. Je crois que je suis le mec le plus abruti de cette ville. Je ne pense même pas à regarder autour de moi. Enfin, je relève les yeux vers mes agresseurs et je suis à peine étonné de reconnaître les Tomlinson.
Je ne peux pas m'empêcher de sourire parce qu'ils ont tous une sale gueule après la raclée qu'ils ont reçue à l'anniversaire de ma cousine. Pourtant, ça fait déjà deux semaines. Mais on voit encore les marques sur leur peau, les endroits plus enflés et violacés.
D'abord, il y a ce grand mec aux cheveux bouclés. Il se tient devant moi, les bras croisés contre sa poitrine, un geste qu'il doit supposer intimidant... Je ne lui ferai pas le plaisir de lui donner raison. Puis, derrière, les deux frères de la dernière fois, un sourire salace sur leur sale visage. Et le meilleur d'entre eux. Louis Tomlinson.
Lui, il ne se donne même pas la peine d'avancer. Il a le dos calé contre le mur de brique de la ruelle dans laquelle on se trouve, à quelques mètres de nous. Au début, je me dis qu'il doit être en train de surveiller que personne n'arrive et puis ça m'étonne qu'on lui ait donné ce rôle. Je réalise qu'en fait, s'il est là-bas, c'est qu'il s'en fout de ce qu'il va se passer. Il s'en fout de ce qu'ils vont me faire. Il est comme Gemma. Il donne les ordres et, ensuite, il les regarde, il ne les applique pas lui-même, il ne se salit pas les mains.
Mes yeux s'arrêtent sur lui, mais il refuse de me regarder. Je vois bien qu'il fait exprès de ne pas croiser mon regard. Ça m'énerve. Putain, il n'est même pas foutu d'assumer ce qu'il fait.
Un violent coup au niveau de l'estomac me sort brutalement de mes pensées et je me retourne vers mes agresseurs.
 
— Tu sais pourquoi on est là ? M'interroge froidement l'homme aux cheveux bouclés.
— Vous voulez me casser la gueule. Je ne crois pas que vous ayez besoin d'une raison pour le faire.
 
Il sourit, mais je suis loin de le déstabiliser. Et puis, qu'est-ce que je crois ? Bien sûr que je suis loin de le déstabiliser. Ils sont trois et je suis tout seul. Ils savent se battre et je n'ai jamais frappé quelqu'un de ma vie. Ils sont forts et musclés et, moi, je ne suis qu'un gamin de lycéen de dix-sept ans. Et, merde, j'ai juste envie de rentrer chez moi. Je me retiens de pleurer parce que je sais que je prendrais encore plus cher tandis que le gars continue :
 
— Vous n'avez pas respecté votre parole. On ne respecte pas la nôtre.
— Quelle parole ?
— Vous aviez promis de ne pas toucher à Zayn.
 
Je ne sais même pas où je trouve la force d'esquisser un sourire, mais je le fais et ça ne leur plaît pas du tout.
 
— Vous touchez à nos enfants, on touche à vos enfants, reprend le grand baraqué à la barbe mal rasée.
— Je ne suis pas un enfant.
 
J'ignore pourquoi je me défends sur ce genre de détails insignifiants. On s'en fout. Je devrais plutôt essayer de me sortir de cette situation.
 
— Liam a frappé Zayn parce qu'on l'a choppé en train d'embrasser ma cousine... Même s'il n'avait pas été un Tomlinson, il se serait pris un poing. C'est comme ça.
— Il ne s'est pas pris un poing, il a été à l'hôpital, crevard. Ton abruti de cousin lui a cassé le bras.
 
Je reconnais la voix de l'héritier et, cette fois, c'est moi qui refuse de le regarder. Je me fiche de ce qui est arrivé à son cousin. En réalité, on en a à peine parlé de ce foutu anniversaire. Je crois que tous les Styles se sont accordés sur le fait qu'il était préférable de prétendre que rien ne s'était passé ce soir-là. Même pour Perrie. Tout le monde s'est convaincu intimement qu'elle s'était faite avoir par Zayn, que si Liam et moi n'étions pas arrivés à temps, elle se serait faite violer comme Eleanor. Sauf que moi, je sais que c'est faux. J'ai vu comment ils ont dansé tous les deux, j'ai vu comment ils se sont regardés et, putain, j'ai vu comment ils se sont embrassés. Ça m'éc½ure tellement que je préfère oublier. Alors que Zayn soit allé à l'hôpital, je n'en ai juste rien à foutre. Je voudrais même qu'il y reste le plus longtemps possible et qu'il n'approche plus jamais Perrie de sa vie.
 
— C'est l'heure de la vengeance. 
 
Ça m'étonne à peine, cette phrase. Notre conflit ne se résume qu'à ça. Des coups bas, puis des vengeances. Ça se succède tellement qu'on ne sait plus très bien dans quelle étape on est. Peut-être qu'ils se vengent, ou peut-être que c'est nous qui nous vengerons après. Mais à ce moment précis, je n'en ai pas grand-chose à faire.
Les deux frères arrivent vers moi et me prennent chacun un bras. J'essaie de me défendre, mais je ne fais pas beaucoup d'efforts car je sais que ça ne servira à rien, alors autant ne pas s'épuiser maintenant. Le gars bouclé, Isaac je crois, s'allume une cigarette pendant que les deux autres me tiennent fermement. Il n'a vraiment que ça à foutre ce con ? Ils comptent vraiment me torturer toute la nuit ?
Je préfère ne pas y penser et me retourne vers Louis. Il est toujours adossé contre le mur et il me regarde, enfin. Enfin, non, ce n'est pas vraiment son regard. Je ne sais pas, c'est indescriptible. Il n'y a rien qui passe dans ses yeux, un vide monstrueux et effrayant. Un vide à l'image de son âme. Il n'y a rien dans ce type, juste sa haine et sa ranc½ur. Je me demande pourquoi je ne l'ai pas vu plus tôt.
 
— Prêt ?
 
Je me retourne vers l'abruti qui a osé me poser cette question. Comme si j'allais répondre « oui » à cet enfoiré de première. Donc, sans trop de suspens, il n'attend pas ma réponse et soulève brusquement la manche gauche de mon manteau, laissant mon avant-bras à l'air libre. Putain. Je viens de capter. La cigarette. Je donne un violent coup de bras, mais ces bâtards me tiennent fermement. Alors je m'apprête à hurler, mais le type à la barbe pose sa main sur ma bouche et couvre mon cri de désespoir. C'est trop tard. J'aurais dû réagir avant et ne pas attendre sagement comme un débile, ne pas me contenter de regarder cet abruti de Louis Tomlinson pendant que l'autre abruti faisait chauffer sa cigarette.
Et le voilà qui arrive justement. Isaac tient la cigarette entre ses doigts et je vois le bout du tabac rougir sous le crépitement du feu. Et ce con ne fait pas durer le suspens. Il enfonce la clope dans la peau de mon avant-bras et, putain, la douleur est intolérable. Je hurle, mais la main puissante du gars derrière moi couvre si bien ma bouche que je me contente de lui baver dessus. Je me mets à chialer comme une merde en me débattant. Je gigote dans tous les sens, mais ils me tiennent si fort au niveau des poignets que j'ai l'impression que je suis en train de me les tordre. La sensation sur ma peau est atroce. Ça brûle, ça pique, j'ai l'impression de me consumer dans un feu. Ce bâtard enfonce une deuxième fois la cigarette sur mon avant-bras, à l'intérieur, à l'endroit où la peau est sensible. Et il la laisse, il la laisse, il la laisse. Bon Dieu, je vais tourner de l'½il. Je me mets à convulser sous la douleur et j'ai envie de vomir tellement c'est insoutenable Je n'en peux plus. Je veux que ça s'arrête maintenant. Il retire la cigarette, mais le mal est toujours là. Ma peau est tellement brûlée qu'elle semble se consumer lentement. 
Je continue de hurler même si j'entends bien qu'aucun son ne sort de cette ruelle pourrie. Putain, j'ai tellement mal. J'observe Isaac d'un air paniqué, je le supplie du regard d'arrêter cette torture parce que là, je n'ai plus rien à perdre, même me ridiculiser devant un Tomlinson.
Alors, j'en ai rien à foutre de ressembler à une victime apeurée parce que c'est ce que je suis. Je suis qu'une putain de victime moi, et je n'ai jamais demandé à entrer dans leur conflit de merde. Je ne l'ai pas violée Eleanor, ce n'est pas moi qui ai frappé Zayn, pas moi qui ai ordonné leur passage à tabac à la soirée d'anniversaire de Perrie. Moi, j'ai juste rien fait, mais je souffre comme si je recevais toute leur haine, leur ranc½ur et leur peine. Je n'en suis pas à l'origine, bordel.
Putain, foutez-moi la paix.
Je pleure, je pleure toutes les larmes de mon corps et je continue de trembler. Ça brûle. Tout brûle autour de moi. J'ai besoin d'eau froide. Et j'ai peur, mon Dieu. Je suis à deux doigts d'appeler ma mère à l'aide comme un gosse désespéré. Désespéré au point d'être prêt à faire n'importe quoi pour que ça s'arrête.
Mais ça ne s'arrête pas et je sens une troisième brûlure sur mon bras, juste en dessous de la première. C'est toujours aussi douloureux. Je ne m'y habitue pas. J'ai même l'impression que je pourrais clamser s'il me fait revivre ça une quatrième fois. Je pleure encore. Mes larmes coulent sur mes joues car c'est la seule chose censée que j'arrive à faire, la seule chose qu'il me reste pour canaliser la douleur.
 
— C'est bon.
 
Honnêtement, je ne sais pas qui leur a demandé d'arrêter, mais je m'en fous. Ils me lâchent, tous les trois, et je m'écroule comme une merde sur le sol. Mon bras convulse et je le plante dans la neige. C'est froid et ça fait du bien. Tant pis pour les risques d'infections. J'ai trop mal pour réfléchir correctement. Je me retourne vers les Tomlinson. Je veux les voir une dernière fois. Je veux voir leur lâcheté une dernière fois. Je veux voir dans leur regard s'ils réalisent qu'ils viennent de torturer un gamin de dix-sept ans juste pour se venger d'une connerie qu'ils avaient provoquée. Mais ça me tue parce que je ne vois pas ça. Je vois juste leur sourire satisfait et Isaac qui écrase sa cigarette sur le sol gelé du trottoir.
Mon regard tombe sur l'héritier et je crache malgré toute la douleur qui me prend au corps :
 
— CONNARD !
 
J'aurais pu le dire à mes tortionnaires, mais, dans mes lèvres, c'est à lui que s'est adressé. Parce que, même s'il n'a pas de sang sur les mains, c'est lui qui le répand. Lui qui répand sa haine en reprenant la société de son père, lui qui continue ce conflit insensé. L'intouchable Louis Tomlinson. Il me dégoûte. Je sais que, théoriquement, Gemma est comme lui. Elle est puissante et elle en profite pour faire mal au clan adversaire. Mais non, je ne sais même pas pourquoi je les compare. Ma s½ur n'est pas le monstre que j'ai sous les yeux.
Ma tête tombe sur le trottoir et tout se brouille autour de moi. Je crois que c'est à cause du froid, mais je n'en suis pas sûr. Je me sens partir et c'est tout ce dont j'ai besoin. Je veux m'en aller, ne plus rien ressentir.
Je les entends s'éloigner et je tends mon autre bras pour attraper mon portable, mais je me souviens soudainement qu'ils me l'ont pris et je ne sais pas où ils l'ont foutu. Et je n'ai pas la force de chercher maintenant.
Je ferme les yeux, tant pis, je reste là. Je ne suis pas si mal, couché sur le ventre, le bras planté dans la neige et les larmes qui continuent de couler sur mes joues. Je ne sais même pas où je suis et j'ai peur. J'ai bien l'idée d'appeler à l'aide mais, vu le quartier, je crains que ça ne m'amène plus d'emmerdes qu'autre chose. Je devrais peut-être attendre demain matin. Si je suis encore vivant à ce moment-là, bien sûr. Je frissonne et, en même temps, je crève de chaud. Je ne capte plus rien. Je ne sais même plus ce que je ressens, je ne sais même plus quel bras est brûlé.
Et, là, comme ça, je crois que je finis par perdre connaissance.
  
 
 


 
Chapitre cinq.
 
 
 
Louis Tomlinson
 
 
                Je gare ma voiture sur le trottoir et je reste là, les mains fixées sur mon volant. Je lance un coup d'½il à ma gauche et je regarde la petite ruelle dans laquelle on a brûlé le bras du fils Styles. Je sens ma respiration s'accélérer. J'essaie de convaincre mon cerveau d'appuyer sur la pédale d'accélérateur pour continuer ma route, mais mon corps ne semble pas réagir. Putain. Je frissonne et je ne sais pas quoi faire. Ça fait déjà deux heures. Il est parti. Il est forcément parti. Mais s'il... Non. Je m'arrête de penser à ça. Faut que j'arrête de penser tout court.
Il l'a mérité. Son clan l'a mérité. Ce sont eux qui ont commencé. Ils avaient promis de ne pas toucher à Zayn et ils lui ont éclaté le bras juste après cette putain de promesse. On ne peut pas leur faire confiance. On ne peut jamais faire confiance à un Styles.
Je frissonne de nouveau et je regarde la neige tomber. Putain, il fait vraiment froid. Si jamais il est resté là-bas, il ne risque pas de passer la nuit. Oh merde. Je ne sais plus quoi faire. Je n'en peux plus de rester là sans rien faire. Mes mains se décrochent du volant et je quitte ma voiture. Faut que j'en aie le c½ur net. Faut que je voie cette ruelle vide et-
Merde. Putain de merde. Mais qu'est-ce qu'il fout encore là, ce con ?
Je m'approche rapidement du corps étalé dans la neige et le secoue. Il a les yeux fermés. Il dort. Quel abruti. Ce n'est pas franchement le moment de dormir. Puis là, j'ai envie de me foutre une claque monumentale. Bien sûr que non, il ne dort pas, il est en train de crever. Il y a un gamin de dix-sept ans qui est en train de crever à cause de moi et je trouve encore le temps de l'insulter.
Je pose une main sur le front de Styles. Il est brûlant de fièvre. J'attrape son bras toujours planté dans la neige et je retiens un haut-le-c½ur. C'est immonde. Putain, on est immondes. Il y a trois énormes trous sur son avant-bras qui suintent. J'ai envie de vomir. Son bras est totalement gelé. Il a mis sa peau dans la neige et le froid a encore plus brûlé la peau. Elle est rouge vif et contraste avec la blancheur de son teint naturel.
 
— Styles !
 
Je le secoue, mais il ne répond pas. Putain, il fait trop chier. Et puis, pourquoi je suis revenu d'abord ? Je suis vraiment stupide.
 
— Styles !
 
Je le vois rouvrir un ½il doucement. Oh putain, merci. Il n'est pas totalement mort.
 
— Caas- se ttt-oii.
 
Il a du mal à parler et il utilise ses dernières forces restantes pour me dire ça. Quel abruti. Je ne peux pas le laisser comme ça. Je n'ai même pas le droit de le laisser comme ça. C'est écrit dans la loi. C'est de la « non-assistance à personne en danger ». Enfin, dans l'hypothèse où c'est moi qui l'aie mis en danger, je ne sais plus très bien si ça marche ce truc-là. Bref, on s'en fout.
 
— Tu peux te lever ?
 
Styles me regarde comme si j'étais le dernier des abrutis. Je ne peux pas trop lui en vouloir. Il n'arrive même pas à parler et moi, je lui demande s'il peut se mettre debout. Je crois que la situation me dépasse. Je me retourne dans la ruelle, j'espère trouver une réponse quelque part. Je ne sais pas, un truc écrit sur un mur qui me dirait quoi faire. Mais il n'y a rien. Je vois juste son portable tombé plus loin sur la route et je pars le ramasser. Ça n'aide pas beaucoup, mais c'est déjà ça.
 
— Dé- Dé-gaage...
 
Je baisse mon regard vers lui. Cette fois, ces yeux sont bien ouverts et il pleure. Il pleure parce qu'il souffre et qu'il a peur. Ça se voit sur ses traits enfantins.
Je l'interroge :
 
— Sérieusement ? Tu veux vraiment que je te laisse tout seul ?
— Ou-Oui.
 
C'est sa fierté qui le fait parler, mais j'ai la mienne aussi. Alors, je tourne des talons et je me barre. J'avance dans la ruelle sans me retourner vers lui même si je sens son regard dans mon dos. Il va craquer. Il a besoin d'aide et il le sait.
 
— Put- Putain...
 
Je m'arrête sans me retourner vers lui pour autant et je l'entends continuer d'une voix haletante :
 
— Re- R'viens...
 
Il pleure. J'entends les sanglots étrangler sa voix et mes poings se resserrent.
 
— Je- J'veux... Pas... Cre-ver là.
 
Je suis le pire des enculés. Je lui ai infligé ces brûlures, je l'ai laissé crever deux heures dans la neige et là, je m'amuse encore à le torturer en lui faisant croire que je vais partir et le laisser mourir tout seul. Putain. Je me déteste. Depuis quand je suis devenu comme ça ? Ce n'est qu'un gamin. Un gamin arrogant, drogué et détestable. Mais un putain de gamin qui a l'âge de Zayn.
 
— Steu-plé.
 
Je me retourne brusquement vers lui et je le rejoins en courant. Maintenant, j'arrête les conneries. Je ne suis plus un Tomlinson et il n'est plus un Styles. Je dois m'en persuader, je dois le croire. Là, c'est juste un gamin qui a besoin d'aide et je suis la seule personne présente.
Je passe ma main dans sa nuque et le relève. Il tombe dans mes bras et je le serre quelques instants contre moi, sans trop savoir pourquoi. Pour le réchauffer, probablement, il est mort de froid malgré sa fièvre qui rend son visage brûlant. Sa tête tombe contre ma nuque et je sens sa bouche s'échouer sur ma peau. Ses lèvres sont bouillantes et le souffle qui se répand dans mon cou me fait frissonner. Il va me mourir dans les bras si je ne me bouge pas très vite.
Je ne suis pas très costaud et il est plutôt grand donc je prends une grande inspiration et je puise dans toute la force qu'il me reste de cette fin de nuit. Je descends mon bras dans le creux de son dos et je nous relève tous les deux bien que Styles soit toujours vautré contre moi.
 
— Tu peux... Tu peux essayer de bouger les jambes ? Je te tiens, mais il faut qu'on aille jusqu'à la voiture et je ne peux pas te porter.
 
— Ok.
 
Je sens encore son souffle chaud contre ma nuque et j'avance d'un pas. Il me suit, avec difficulté, je vois ses jambes se mouvoir bien qu'elles tremblent si fort que je me demande comment il parvient à rester debout. Je resserre mon étreinte au niveau de son dos. Nos hanches sont quasiment collées l'une à l'autre. On sort de la ruelle après des minutes qui me paraissent interminables.
 
— Ma voiture est juste là.
 
Je le vois relever son regard vers l'endroit que je lui indique et il sourit d'un air soulagé. On est à seulement quelques pas de la délivrance. Je m'arrête finalement devant ma Ferrari et ouvre la portière arrière.
 
— Allonge-toi là. On est chez moi dans quinze minutes.
 
Styles se crispe et je le comprends. « Chez moi », chez les Tomlinson. Je sais bien qu'il ne va pas applaudir mon idée, mais je n'ai pas d'autres solutions. Enfin si, il y en a des millions. Appeler ses parents, ses cousins, une ambulance, l'hôpital, les pompiers... Mais non, c'est trop risqué. Ça veut dire que je reste avec lui et ce serait impossible à expliquer à nos deux familles.
Et puis, je sais que je peux y arriver tout seul. Ça ne doit pas être si grave quelques brûlures et une mauvaise grippe. Styles a l'air de le penser lui aussi parce qu'il entre dans la voiture. En même temps, c'est ça ou mourir sur le trottoir, il n'a pas beaucoup hésité.
Il s'allonge sur la banquette après un cri de douleur lorsque son bras effleure le cuir des fauteuils et moi, je m'assois à ma place, derrière le volant. Je démarre le moteur et j'entends derrière moi :
 
— Bande d'enculés.
 
Je regarde dans mon rétroviseur et il est en train d'observer son bras, un air dégoûté sur le visage. Je reconnais qu'on ne l'a pas loupé. Je roule en silence jusqu'à mon appartement et je n'arrive pas à réfléchir correctement avec l'autre qui geint de douleur derrière moi.
Putain, qu'est-ce que je suis en train de foutre ?
Je ramène un Styles dans mon quartier, c'est presque suicidaire. Je ne sais pas ce que je fais et je me gare en catastrophe devant mon immeuble. Putain, heureusement que je vis seul. Mais si on me voyait ? Si un Tomlinson me voyait ? Maintenant, mes cousins savent à quoi il ressemble. 
Je chasse ces sombres idées de ma tête et j'ouvre ma portière arrière. Il ne parlait plus depuis quelque temps et je comprends pourquoi vu qu'il a de nouveau tourné de l'½il. Et merde. Je suis sûr qu'il est en hypothermie. Il ne pourrait pas être dans cet état pour des brûlures au bras. Je grommelle et essaie de le tirer de la voiture.
Putain. Il est trop lourd, je n'y arriverai jamais. Je le laisse choir sur la banquette arrière et je cours jusqu'à mon immeuble. Je me précipite vers le gardien, à l'entrée. Il fait presque trois fois mon poids. Je me mets à trembler comme un con en arrivant à sa hauteur :
 
— Besoin d'aide ! Venez !
 
Il ne réfléchit pas plus longtemps et me suit jusqu'à ma voiture. Je lui montre Styles sans vraiment chercher à m'expliquer davantage sur la situation et ajoute mal à l'aise :
 
— Vous pouvez le porter jusque chez-moi, s'il-vous-plaît ? Il est trop lourd.
 
L'homme acquiesce et je me sens soulagé. Je le vois prendre Styles par la taille et il le cale sur son épaule.
 
— Faites attention à son bras !
 
Il me toise d'un regard mauvais, l'air de me dire « Débrouille-toi tout seul si tu n'es pas content » et je me tais. On avance tous les trois vers l'immeuble et le mouvement réveille Styles qui regarde tout autour de lui. Mais il a l'air trop épuisé pour commenter cette situation surréaliste. D'ailleurs, moi aussi, je m'en étonnerai plus tard. Là, j'ai autre chose à faire. Le gardien le repose devant les ascenseurs et j'actionne le bouton d'appel tandis qu'il m'interroge:
 
— C'est bon ?
— Oui, merci.
 
L'homme s'éloigne et je vois Styles pouffer de rire bien qu'il soit vautré contre le mur car il n'arrive pas à se tenir debout tout seul. Je me retourne vers lui et je cingle sèchement :
 
— Quoi ?
— Tu lui as sérieusement demandé de me porter parce que tu n'avais pas assez de force?
— Je t'emmerde.
— D'un côté, vu que tu te contentes de regarder les autres se faire tabasser, je comprends.
— Va te faire Styles. Tu veux que je te laisse crever dehors ?
— Mais ne l'as-tu pas déjà fait ?
 
Je ne réponds pas parce qu'il m'énerve. Alors, je me tourne vers l'ascenseur et, lorsque les portes d'acier s'ouvrent, je m'y engouffre sans même chercher à savoir s'il me suit. J'appuie sur le bouton de mon étage et les portes se referment. Sauf que je suis tout seul. Je pousse un soupir en appuyant sur le bouton arrêt de la machine avant de ressortir dans le hall. Styles est toujours vautré contre le mur.
 
— Putain, tu me fais chier ! Dépêche, je n'ai pas que ça à foutre !
— Pourquoi je te suivrais ?
— J'aide, là.
— Je n'aurais pas besoin d'aide si tu n'avais pas ordonné à tes toutous de me torturer.
 
« Torturer ». Tout de suite les grands mots. Ce n'est pas un Styles pour rien celui-là.
 
— Viens. Tu ne vas pas rester dans le hall d'entrée. C'est un quartier Tomlinson ici. On ne peut pas te voir là.
— Je n'ai pas confiance en toi, tu es...
— Quoi ? Le méchant ?
— Oui.
 
Je me foutais de sa gueule et ça m'étonne qu'il ait répondu oui, du coup.
Je continue en pouffant de rire :
 
— Ouais, c'est ça, tu as raison. Je suis le grand méchant loup. Et toi, tu es quoi au juste ? Boucle d'or ?
— Ce n'est pas le même conte, abruti.
 
Je ne commente pas et l'attrape par son bras valide pour le tirer vers l'ascenseur. Bien entendu, ce con s'écroule sur moi et je repose de suite mon bras dans le creux de son dos pour le maintenir debout. J'enfonce le bouton de mon étage et les portes se referment sur nous.
 
— Tu ne vas pas me violer ? M'interroge Styles. 
— Je vous laisse cette spécialité.
 
Il ferme sa gueule. Tant mieux parce que j'étais vraiment à deux doigts de le laisser se vautrer par terre. Je n'en reviens pas qu'il ose blaguer sur ce genre de choses. Il me dégoûte. Je ne sais même pas pourquoi j'essaie de le sauver. Il ne le mérite pas. Même s'il n'a jamais rien fait, il soutient l'action des autres et c'est tout aussi critiquable.
L'ascenseur s'arrête à mon étage, au quatrième, et on sort tous les deux de la cage d'acier. On ne parle pas. Je crois qu'on mesure à quel point chacun de nous déteste l'autre et à quel point le fait qu'on soit collés ainsi n'est pas cohérent.
Je le dirige vers la porte de mon appartement et sors les clefs de ma poche bien que ça soit difficile avec le poids de Styles contre moi. J'arrive à attraper le trousseau et tourne la clef dans la serrure. On entre chez-moi et je referme la porte derrière nous en donnant un coup de pied dedans. La chaleur de l'appartement a l'air de détendre Styles car je le sens se détacher un peu de moi. Je le lâche doucement et il se remet debout, passant une main dans ses cheveux trempés à cause de la sueur.
 
— Va t'allonger sur mon lit, je vais te chercher un médicament.
— Et je suis censé savoir où se trouve ta chambre ?
 
Ah putain, il m'énerve avec son air dédaigneux. C'est un loft, ce n'est pas si compliqué de deviner où est ma chambre. Je suppose que sa fièvre l'empêche de réfléchir correctement. Je lui indique un mur en pavé de verre au bout de la grande pièce, derrière lequel on devine un lit. Il hoche de la tête et s'y dirige sans rien dire. Je l'entends s'affaler dessus et me permets de lâcher un long soupir.
Putain. Réfléchis Louis. Réfléchis.
Je regarde tout autour de moi et essaie de calmer ma respiration. Ce n'est absolument pas le moment de faire une crise. Ok. J'inspire. J'expire. J'inspire. J'expire. C'est bon.
Je me dirige vers ma salle de bains et ouvre les étagères au-dessus du lavabo. Je prends tous les médicaments que j'ai à l'intérieur : des compresses, des pansements, des préservatifs, des- Que ? Quoi ? Je m'empare de la boite et je la balance derrière moi. Comme si j'allais avoir besoin de ça. Je me concentre sur mon étagère. Je n'ai que du paracétamol et de l'aspirine. Je ne vais pas aller très loin.
Je ne sais pas quoi faire. Non, je ne dois pas me laisser aller. Pas maintenant.
Je sors de la pièce et me précipite vers mon bureau. Je démarre mon ordinateur portable et le temps qu'il s'allume, je prépare le médicament de Styles. Je mets trois comprimés dans un verre, vu son état, il en aura besoin, et fais couler l'eau du robinet à l'intérieur.
Je rejoins ma chambre avec le verre dans les mains. Il n'est pas endormi, mais il pleure en regardant son bras. Sauf qu'au moment où il me voit arriver, il essuie rageusement ses larmes sur ses joues et il se relève.
 
— Vous êtes des monstres.
— Pas le moment de s'attarder sur ce sujet... Bois.
 
Je lui tends le verre et il le regarde d'un air sceptique.
 
— Si j'avais voulu te tuer, je t'aurais laissé là-bas, je n'aurais pas pris la peine de te ramener ici pour t'empoisonner.
 
Il prend le verre en continuant de me fixer puis lâche amèrement :
 
— La culpabilité ne te rend pas plus humain, Tomlinson. 
 
Je sais. Sauf qu'elle est là alors j'essaie de m'en sortir comme ça. Je sors de la pièce et me dirige vers l'ordinateur. J'ouvre internet et recherche sur Google comment soigner des brûlures de cigarette. Je lis les pages qui s'ouvrent devant mes yeux et je suis prêt à tourner de l'½il. Ils disent qu'il faut appeler les pompiers de toute urgence si les brûlures dépassent le deuxième degré. Mais qu'est-ce qu'ils appellent premier, deuxième, troisième degrés ? Je n'en ai aucune putain d'idée. Je lis les instructions. Il faut désinfecter les plaies. Je n'ai pas de désinfectant. Je passe mes mains sur mon visage et j'ai mal au ventre. Je me relève de ma chaise et retourne dans la chambre. Styles a fini son verre et l'a reposé sur la table de chevet.
 
— Il faut te déshabiller et te mettre sous ma couette pour te réchauffer.
— Je le fais tout seul.
— T'es sûr ?
 
Il commence à se mouvoir pour enlever son manteau, mais je vois une grimace de douleur se dessiner sur ses traits. Putain, la fierté, qu'est-ce que ça rend con. Je crois que je suis assez bien placé pour le savoir également.
 
— Laisse.
 
Je m'avance vers le lit et m'assois sur le bord. J'attrape la manche de son bras valide et l'aide à la retirer. Je fais glisser le manteau derrière son dos. Il porte juste un tee-shirt blanc en dessous et celui-ci est trempé de sueur. On arrive à la deuxième manche. Elle est toujours relevée jusqu'à son coude et je me demande comment on va réussir à la faire passer sans frotter ses brûlures.
 
— Tu es prêt ?
— Ouais.
 
Je tire au maximum sur la manche et la fais glisser le long de son bras. J'arrive à ne pas toucher les plaies et lui retire totalement le manteau que je laisse tomber sur le sol.
 
— Tu devrais aussi enlever ton tee-shirt. Il est trempé.
— Hors de question.
— Comme tu veux.
 
Je me relève du lit et me dirige vers la sortie en ajoutant :
 
— Je vais à la pharmacie de nuit, je reviens dans dix minutes, reste là.
 
Il pouffe de rire, l'air de dire qu'il ne risque pas d'aller bien loin de toute façon et je sors de ma chambre. Je prends un papier sur mon bureau et écris les soins dont je vais avoir besoin dessus. Je sors de l'appartement puis de l'immeuble rapidement, croisant le gardien de tout à l'heure. Il me regarde d'un ½il noir, se demandant probablement pourquoi il m'a aidé vu que je n'ai pas l'air très net, mais il ne dit rien et ouvre la porte pour me laisser sortir.
Je rentre dans ma voiture et pars pour la pharmacie de nuit. Elle n'est pas très loin de chez moi. Je me gare en double file devant le magasin et vais directement à la caisse. Il n'y a aucun client. Pas étonnant à cette heure-là de la nuit. J'explique brièvement la situation à la pharmacienne et achète tout ce qu'elle me conseille. Je ne pense même pas à regarder le papier que je me suis fait.
Puis je repars avec mes courses et, en quelques minutes, je suis de retour chez moi. Le gardien me lance encore un regard blasé, me faisant comprendre qu'il en a marre de voir ma gueule ce soir et je me dirige vers les ascenseurs en lui souriant, histoire de le faire chier une dernière fois.
Une fois arrivé dans mon loft, je retourne directement dans ma chambre. Styles y est encore, bien sûr, mais il colmate sur mon lit. Je pose une main sur son front, il est toujours brûlant. Je pousse un soupir avant de me ressaisir. Je vide le sac plastique de la pharmacie et tous les produits tombent sur la couverture.
Je place ma main dans la nuque de Styles et le soulève pour le remettre debout. Je l'entends grommeler contre moi et glisse mes mains dans son dos pour soulever son tee-shirt.
 
— Qu'est-ce que tu fais ? Souffle-t-il dans mon cou.
— Laisse-moi te l'enlever.
 
Il ne répond rien donc je prends sa réponse pour un oui. Je lui enlève son tee-shirt en passant d'abord son bras valide, puis sa tête et je n'ai plus qu'à retirer brièvement le vêtement en prenant soin de ne pas toucher son autre bras. Il se laisse tomber contre mon torse et je sens sa peau brûlante contre la mienne. Étonnement, ses bras se resserrent autour de mon corps et ses doigts agrippent ma veste en jean. Il pleure encore. Je crois qu'il n'a pas conscience de ces gestes, ni de qui je suis. Les comprimés de tout à l'heure et sa fièvre doivent le faire planer et c'est surprenant pour un drogué comme lui. Je le pensais plus résistant.
 
— Allonge-toi Styles. Tout va bien.
 
Il ne bouge pas alors je suis obligé de me baisser vers l'avant pour l'obliger à se recoucher. Il glisse lentement vers le matelas, accroché à mon dos, et je me retrouve complètement au-dessus de lui alors que sa tête se cale dans mon oreiller.
 
— Lâche-moi. Je dois soigner ton bras.
 
Ses doigts relâchent ma veste et ses deux bras retombent de part et d'autre de son corps. Je reste un instant couché sur lui. Je ne l'avais jamais vu de si près. Ses lèvres charnues, sa peau blanche, ses yeux verts et un frisson dans mon corps inexplicable.
 
— Ne me regarde pas comme ça... T'as pas le droit.
 
Sa voix me fait sortir de mes pensées et je me relève brutalement. J'attrape les produits sur le lit que je viens d'acheter et me remémore les conseils de la pharmacienne. Je prends son bras délicatement et le désinfecte avec une compresse et de l'alcool. Je laisse sécher en soufflant un peu dessus puis applique une crème pour calmer la douleur, avant de bander son bras. Je le repose à côté de lui alors qu'il m'a observé faire sans rien dire. Je crois que ses yeux veulent me dire merci, mais je sais qu'il ne s'abaissera pas à le faire. Je me contente de me relever du matelas et murmure simplement avant de m'éclipser :
 
— Tu peux dormir ici.
 
Je rejoins mon salon et m'affale dans le canapé. Putain. Je n'en reviens pas. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Et qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je suis complètement paumé. Ma tête tombe vers l'avant et je la retiens à l'aide de mes deux mains. Je pousse un long, très long soupir. Quelle merde.
Je me relève légèrement et mon dos s'enfonce dans le dossier du canapé tandis que je plonge mes mains dans les poches de mon manteau. Je sens un objet dur au bout de mes doigts. Son portable. Je ressors l'objet et l'observe, dévoré par la curiosité. Il n'a pas mis de code alors je vais dans sa bibliothèque. Je parcoure les photos et je vois souvent un mec revenir. Je ne sais pas qui sait, je ne l'ai jamais vu, donc je ne crois pas qu'il fasse partie de la famille Styles.
Puis je tombe sur une image de Gemma et je frissonne. Tout son être me répugne que je ne suis même pas capable de la regarder plus longtemps. Je sors de la galerie photo et parcoure sa musique. Je suis surpris, un instant, parce qu'il n'y a qu'une seule chanson, Running Up That Hill, la reprise de Placebo. Je ne comprends pas bien l'intérêt d'écouter en boucle le même morceau.
Je continue de fouiller dans son portable puis le referme. Je n'ai même pas envie d'aller lire ses textos. Ça ne me regarde pas. D'ailleurs, rien ne me regarde le concernant et j'ignore pourquoi j'ai regardé dans son portable à la base. Je repose l'objet sur ma table basse puis ferme les yeux.
Je ne dors pratiquement pas de la nuit... Enfin, « nuit », disons, les trois dernières heures qu'il me reste. Je suis dans mon salon alors la lumière du jour éclaire rapidement la pièce. Je me relève et me dirige vers ma cuisine d'un air las pour préparer du café. Il est six heures du matin et il faut que je me prépare pour aller bosser.
D'ailleurs, on doit être lundi et je suppose que l'autre débile doit se rendre au lycée. Je ferais mieux de le réveiller avant que tout le quartier en fasse de même et le reconnaisse dans la rue.
Je rentre dans ma chambre et le vois profondément endormi. Le con. Je me tape une nuit blanche alors que lui s'est reposé tranquille dans mon pieu. Enfin, d'un côté, moi, je n'ai pas l'état de son bras.
J'appuie sur l'ouverture automatique des volets et l'entends grommeler lorsque la lumière commence à s'échouer sur mon lit. La peau de son torse brille légèrement parce qu'elle est humide et une fine pellicule de sueur coule le long de sa mâchoire.
 
— Lève-toi.
— Ta gueule.
— Faut que tu te casses d'ici Styles. T'as lycée.
 
Putain, on dirait un père qui parle à son adolescent. Je devrais simplement tirer la couette et le foutre dehors parce qu'il a l'air d'aller mieux. Mais je n'ai pas besoin de le faire car il rouvre enfin les paupières. Il se relève brutalement du lit, l'air de se souvenir de la veille, et observe son bras bandé les yeux écarquillés.
 
— Tu m'as touché ?
 
Je lève mon regard au ciel en soupirant. Ce mec est d'un dramatique, c'est consternant. Et là, par contre, je ne m'attends pas du tout à ce qui arrive. Parce qu'il se relève brusquement du lit, se plante devant moi et me crache à la gueule. Comme ça. Et sans d'autres explications, il attrape son tee-shirt resté sur le sol et son manteau sans prendre la peine de les enfiler. Il quitte ma chambre et, moi, je reste cloué au sol avant de sentir sa bave couler le long de ma joue et toucher ma lèvre. Je passe ma main sur mon visage d'un air dégoûté avant de hurler brutalement :
 
— Styles ! Je vais te buter !
 
Je débarque dans mon salon et le vois enfiler son tee-shirt. Il grimace à cause de son bras et je trouve que c'est bien fait pour lui. Quel gosse capricieux et arrogant. J'ai bien envie de lui rappeler qu'il faisait moins le fier quand il chialait dans mes bras comme la merde qu'il est et qu'il a toujours été.
 
— Ne m'approche plus jamais Tomlinson, rétorque-t-il en enfilant son manteau.
— Oh c'est bon, tu crois que j'ai pitié de toi, Styles ? Oui, tu as pris pour ton clan hier soir mais, rassure-toi, tu connaîtras des choses pires dans ta vie.
— Pire que la lâcheté que j'ai pu voir dans tes yeux ? M'interroge-t-il, amer. 
 
Puis il passe une main dans ses cheveux et ajoute sèchement en plantant son regard dans le mien:
 
— Et, tu as raison, garde ta pitié pour toi. Tu en as plus besoin que moi.
 
Il tourne des talons pour quitter mon loft, mais je l'arrête, avant qu'il ne franchisse la porte :
 
— Ton portable. Table basse.
 
Styles se retourne d'un geste brusque et fait demi-tour en soupirant. Il s'empare de son téléphone qu'il glisse dans la poche de son manteau et je l'interroge sans réussir à retenir mes propres mots:
 
— Pourquoi tu n'as qu'une seule musique ?
— Tu as fouillé dans mon portable ?
— Oui. Pourquoi tu n'as qu'une seule musique ? 
 
Il fronce des sourcils, l'air de réfléchir à la question avant de répondre:
 
— Parce que je suis quelqu'un de très exclusif.
 
Et il referme la porte de l'appartement sur ces mots.
 

 
 
 
____________________
 
Un avis ou un kiff pour ce nouveau chapitre ?
Parce que ça fait toujours plaisirs :) 
J'espère que l'histoire vous plait. 
xx
 
 
 

 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

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Comments :

  • RunningUp

    07/12/2016

    Emily wrote: "Je relirais ce chapitre un million de fois !"

    hihi là ou tout commence ! ;)

  • Emily

    03/12/2016

    Je relirais ce chapitre un million de fois !

  • RunningUp

    06/11/2016

    Léat91 wrote: "Wouuuuua j'adore c'est mon chapitre préfèré jusqu'à maintenant ! T'écris vraiment bien, j'ai ressentis un truc dans mon ventre 😊😊
    Breff jvais lire la suite maintenant ! 😍
    "

    merci beaucoup ! j'espère que la suite va te plaire !

  • Léat91

    01/11/2016

    Wouuuuua j'adore c'est mon chapitre préfèré jusqu'à maintenant ! T'écris vraiment bien, j'ai ressentis un truc dans mon ventre 😊😊
    Breff jvais lire la suite maintenant ! 😍

  • resteavecmoific

    31/10/2016

    EUUUUUUUUUH PAR OÙ COMMENCER ??????

    Après le bras pété, tu fais ça. Ça va, ça m'a mis moins de haut-le-coeur mais franchement c'est affreux. Et ouais, je crois que le pire poste dans tout ça, c'est Louis. Qui regarde en prétendant qu'il n'a rien fait alors qu'il a donné les ordres et qu'il a regardé sans rien dire et qui ne dit mot consent. Mais je serais curieuse de savoir ce qui a été le déclic pour qu'il se sente coupable. Pourquoi il est revenu alors que, vu la haine qu'il nourrit pour les Styles, y a aucune raison qu'il s'inquiète de savoir s'il est encore sur le trottoir ou pas... (sans transition, si c'est les Ferrari qu'on a l'habitude de voir, j'crois que c'est un coupé bc voiture de sport donc c'est une trois portes et y a pas de porte arrière). Bref, je me demande comment il a pu avoir une crise de conscience xD

    Autrement j'ai adoré le chapitre parce que, même s'ils se détestent, bah c'est un premier vrai contact. C'était marrant. Louis il a donné sa vie pour pas qu'il meurt et la première chose qu'il lui dit quand il est sur pied c'est "je vais te buter". Et c'est marrant aussi cette façon qu'il a de dire d'Harry que c'est un gamin alors qu'ils n'ont que trois ans d'écart. Comme si c'était la fin du lycée qui déterminait la fin de l'enfance à leurs yeux. (réflexion philosophique du commentaire).

    Du coup, je reste une team Styles pour l'instant. (main sur le coeur et tout ça).

    Cette méchanceté me brusque quand même, la haine ça pousse tellement loin. Parce que je comprends l'esprit de vengeance quand t'es d'un point de vue, puis de l'autre (j'adhère pas mais je comprends) et tu te dis mais mdr c'est des fous malades, ils ont été chopper un pauvre gars pour le cramer dans une ruelle ????????? À quel moment dans ta vie tu prémédites ça si t'as pas un trouble mental ? C'est trop moche l'effet de groupe, ça rend les gens stupides et inhumain. Voilà.

    J'aime bien l'humour d'Harry et aussi son caractère, il a de la fierté mais pas trop quand même et c'est chouette. Ça veut dire que c'est pas quelqu'un de butter qui est incapable d'évoluer.

    "Parce que je suis quelqu'un de très exclusif." Ça j'ai adoré, c'est sjkfhgkdjfhg sur l'avenir de leur relation. La punchline que tu te prends dans la gueule après des années de mariage quand t'as trompé ton mec genre "j'croyais que t'étais quelqu'un d'exclusif" et t'es brisé à l'intérieur MDRRRRR

    Bon ils sont pas les Roméo et Juliette de l'histoire à proprement parler mais ils le sont un peu quand même et même s'ils ne sont pas ensemble ni rien, le fait qu'Harry ait dormi chez Louis sans être mort, j'trouve ça dingue en fait. Ils ont joué avec le feu (le jeu de mot c'est juste pour toi MDR) et là je rigole mais j'crois que j'en profite parce qu'un jour je vais pleurer. J'la sens mal cette histoire là. Ça va tourner au vinaigre. Y a trop de haine. Et y a bien un trou du cul qui va se prendre pour Tybalt et butter un Mercutio ? Je m'y prépare, on sait jamais.

    Mon commentaire n'a ni queue ni tête mais du coup, j'ai vraiment trop aimé ce chapitre, il était cool ! ❤

  • RunningUp

    05/10/2016

    madxlarry wrote: "Mon chapitre préféré pour l'instant :) j'a-dore vraiment.
    Mais tout le long j'étais "mais noon ptn arrêtez de vous parler comme ça" limite je pleurais ! :')
    Sinon t'es trop talentueuse, vraiment. Ça fait très longtemps que je dois lire ta fiction, presque 1 an et demi voire 2 ans puisque j'ai découvert Degradation ya un peu de 2 ans :))
    Breff bravo !
    "

    merci beaucoup ! j'espère qu'elle va te plaire ! :D

  • madxlarry

    28/09/2016

    Mon chapitre préféré pour l'instant :) j'a-dore vraiment.
    Mais tout le long j'étais "mais noon ptn arrêtez de vous parler comme ça" limite je pleurais ! :')
    Sinon t'es trop talentueuse, vraiment. Ça fait très longtemps que je dois lire ta fiction, presque 1 an et demi voire 2 ans puisque j'ai découvert Degradation ya un peu de 2 ans :))
    Breff bravo !

  • RunningUp

    27/07/2016

    pizzafeatluke wrote: "running up that hill ♥♥♥♥
    au risque de me répéter, c'est consternant. jamais, en 15 ans d'existence, j'ai lu quelque chose qui se rapproche autant de la véritable humanité, des hommes de chair et d'os, des histoires vécues par des personnes réelles. j'ai vraiment l'impression d'être dans la tête du personnage. bordel, je ressens des trucs en lisant ton histoire, je ressens la douleur de Harry, les doutes et les contradictions de Louis, leurs fiertés familiales et personnelles, la haine qui les oppose, leur notion de la famille. c'est humain, vraiment.
    z.
    "

    wow merci ! ce commentaire est vraiment très très touchant, ça me fait super plaisir de lire ça ♥

  • pizzafeatluke

    12/07/2016

    running up that hill ♥♥♥♥
    au risque de me répéter, c'est consternant. jamais, en 15 ans d'existence, j'ai lu quelque chose qui se rapproche autant de la véritable humanité, des hommes de chair et d'os, des histoires vécues par des personnes réelles. j'ai vraiment l'impression d'être dans la tête du personnage. bordel, je ressens des trucs en lisant ton histoire, je ressens la douleur de Harry, les doutes et les contradictions de Louis, leurs fiertés familiales et personnelles, la haine qui les oppose, leur notion de la famille. c'est humain, vraiment.
    z.

  • RunningUp

    28/03/2016

    beadlesbaabe wrote: "cette chanson est incroyable, normal d'être exclusif pour cela aha"

    oui elle est parfaite ♥

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