Chapitre six.

 
 
Chapitre six.
 
 
 
Louis Tomlinson
 
                Je passe mes mains sur mon visage pour au moins la millième fois de la matinée. Je vois mon père me fusiller du regard alors je me relève légèrement de ma chaise et tente de me concentrer sur la conversation vidéo qu'on entretient avec des investisseurs russes.
Le rétroprojecteur nous diffuse l'image de ses hommes d'affaires au teint blanchâtre sur le mur de notre salle de réunion. Ils ont tous une sale gueule, mais je réalise qu'on ne doit pas avoir meilleure mine. On est une vingtaine de l'équipe dans la salle et on a tous un visage déconfit. Moi, parce que je n'ai pas dormi de la nuit et que je me demande toujours pourquoi j'ai sauvé le fils Styles. Les autres parce qu'ils ont une vie de merde et qu'ils le réalisent un peu plus à chaque seconde de leur existence. C'est ce que j'imagine, en tout cas.
Je retiens de nouveau un bâillement quand je vois le regard froid de mon père qui se tient à côté de moi. Je suis le futur président de l'entreprise. Je n'ai pas le droit de bâiller devant notre nouveau contrat de je-ne-sais-combien de millions de dollars. Je fronce des sourcils, l'air de m'intéresser à ce que ces hommes racontent. Mais les mots m'échappent. Il y a leur accent tout pourri que je ne comprends pas et que je n'ai pas envie de comprendre non plus. Parce que je repense sans arrêt à hier soir. Je repense à Styles allongé dans la neige, je repense à tout ce que j'ai fait pour l'aider et je repense à tout ce que ça aurait pu me coûter. L'entreprise. Clairement. Je crois que mon père serait capable de me déshériter s'il savait que j'ai aidé un Styles. Il se ficherait bien que ça soit moi qui l'ai mis dans cet état avant. Lui, ce qu'il veut, c'est le résultat. Et un Styles en moins, même de dix-sept ans, je suis sûr qu'il serait assez cruel pour s'en réjouir.
J'entends des bruits de chaise à côté de moi et sors de mes pensées brusquement. Putain, la réunion s'est terminée sans que je ne m'en rende compte et je n'ai pas remercié nos nouveaux investisseurs. Mon père va me tuer. Je le sens par son regard noir dirigé dans ma direction.
Nos collègues s'échappent un à un de la salle de réunion, rejoignant leur bureau, et moi, je reste comme un con, assis sur ma chaise. J'attends que Mark daigne m'adresser la parole, mais ça ne vient pas. Bien sûr que ça ne vient pas. Mon père ne fait aucun effort. Jamais. C'est à nous de venir vers lui, même si on sait que c'est pour se faire engueuler. Ça paraît débile parce que, au fond, je pourrais juste sortir de la salle sans demander mon reste, mais je n'ai pas été habitué à faire ça. La colère de mon père, je la connais, d'autant plus maintenant qu'il est malade et qu'il se sait condamné. Je connais sa colère et je l'accepte. Je me retourne vers lui, je plante mes yeux dans les siens et je déclare, sans baisser le regard :
 
— Désolé pour la réunion, je n'ai pas été assez réactif.
— J'ai remarqué.
— Ça ne se reproduira plus.
— J'en doute.
— Je...
— Tu ne pourras pas tenir cette banque si tu sors en boite tous les soirs Louis, me coupe-t-il sèchement, Il faut savoir faire des sacrifices dans la vie. Je pense que des millions de dollars valent le sacrifice de beuveries pour adolescents mal baisés.
 
Mon père a toujours été comme ça. Il parle crue et sans aucune arrière-pensée. Mais, même en étant habitué, ça me fait mal de l'entendre.
 
— Je serai plus sérieux désormais.
— Regarde tes yeux, tu n'as pas dormi de la nuit, enchaîne-t-il exaspéré, Et ton visage tuméfié. Grandis un peu.
— Je vais bien, je te le jure, je suis capable de reprendre la société. Tu le sais.
 
Mon père esquisse un sourire en se relevant de sa chaise. Il réajuste sa chemise hors de prix dans son pantalon de smoking qui l'est tout autant et il ajoute, narquois :
 
— Je sais surtout que tu en as l'arrogance... Mais pas le talent.
 
Je reste assis sur ma chaise sans rien dire et il part. Cette discussion fut claire et concise, à l'image de la relation que j'entretiens avec lui.
Je pose mes mains de part et d'autre de ma tête en soupirant. Putain, je suis fatigué et j'ai juste envie d'aller me coucher. Sauf que j'ai encore tout un après-midi à tenir ici et je n'ai pas le droit à l'erreur.
 
— Hey !
 
Je me relève en sursautant et vois Isaac qui se tient à la porte du bureau. Mon sourire se tend directement vers le haut et mon cousin enchaîne :
 
— Tu as le temps pour une pause-déjeuner avec moi ?
— J'ai le temps pour tout ce qui me sortira de cet enfer.
 
Je le rejoins tandis qu'il me rend mon sourire. Isaac est scolarisé dans une école de commerce à côté de notre banque et on se rejoint souvent pendant nos pauses. Ça me fait putain de bien parce que c'est la seule personne de mon âge que je côtoie dans la journée.
Je tire un peu sur ma cravate pour la desserrer et on s'engouffre tous les deux dans l'ascenseur tandis qu'Isaac m'interroge :
 
— McDo ?
 
Je voudrais répondre « oui » parce que j'ai envie de bouffer dans un fast-food comme les jeunes de mon âge. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus.
 
— Non. Nos partenaires ne doivent pas me voir dans ce genre d'endroit, ça ne fait pas sérieux de voir leur futur patron s'enfiler un Big Mac.
— Je te l'accorde. On va où ?
— Au restaurant de l'autre côté de la rue ?
 
Il acquiesce, mais je vois bien qu'il est un peu déçu. Il aurait préféré se goinfrer de frites et de Coca-Cola. Et moi aussi, bon sang.
 
— Il y a un truc que je ne comprends pas, Louis, reprend Isaac en sortant de l'ascenseur.
 
Je suis ses pas et il continue, se retournant vers moi :
 
— Pourquoi tu ne dis pas à ton père que tu ne te sens pas prêt à reprendre la banque ?
— T'es malade.
— Non, mais je ne dis pas que tu ne la reprendras jamais, mais juste... Je ne sais pas, pas tout de suite quoi. T'es jeune, tu n'as que vingt ans, il peut comprendre que tu n'as pas les épaules pour porter ce fardeau.
— Bien sûr, qu'il le comprend et ça ne lui fait pas plaisir que je sois obligé de la reprendre aussi tôt, mais il va crever Isaac, il n'a pas le choix.
— Arrête, souffle-t-il alors qu'on sort tous les deux de l'immeuble, Il pourrait la transmettre à notre oncle le temps que tu grandisses un peu. Ou alors au C.A. Et puis toi, tu continuerais de te former tranquillement jusqu'à ce que tu te sentes prêt.
 
Ce n'est pas comme si je n'y avais jamais pensé alors ça me fait mal au c½ur quand ça sort de ses lèvres. Ça paraît tellement simple dit comme ça, mais ça ne l'est tellement pas en réalité.
 
— Mark ne voudra jamais, il n'a pas confiance. Il veut que la société me revienne. Il connaît les actionnaires. Ils font tout pour le profit et ils n'en ont rien à foutre des valeurs familiales. Ils ne me redonneront jamais les parts, je ne suis même pas diplômé d'une école de commerce, je n'ai rien fait depuis le lycée.
— Et Dan alors ?
— Mon père n'a pas confiance non plus. Il craint qu'il refile la société à un de ses fils... Et, soyons honnêtes, Aiden et Stan sont beaucoup trop cons pour ça.
— Pas faux, commente Isaac d'un haussement de sourcil. 
— Et puis, laisse tomber, je reprends en soupirant, Quand mon père a une idée en tête, c'est impossible de le faire changer d'avis. Il est le fils aîné de sa famille et a repris l'entreprise de son père. Je suis le fils aîné de la mienne donc je dois faire pareil. Point barre.
 
Isaac me lance un regard en biais, un sourire peiné sur le visage, j'enchaîne brusquement :
 
— Bref, donc on peut parler d'autre chose ?
 
Il acquiesce tandis qu'on s'engouffre dans le restaurant. Comme à notre habitude, on va s'installer dans le fond de la pièce pour être tranquilles. La serveuse nous apporte les cartes puis s'éloigne tandis qu'Isaac reprend, l'air pensif :
 
— Tu crois que Styles est toujours dans la ruelle ?
 
Je sursaute légèrement et mes mains se crispent sur mon carton. Je repose la carte dans mon assiette avant de répondre le plus naturellement possible :
 
— Non, je ne pense pas.
— Ouais, murmure Isaac songeur, On ne l'a quand même pas loupé.
— Tu, je rectifie.
 
Il fronce des sourcils d'un air hébété. C'est la première fois que je sous-entends qu'on n'a pas fait un coup ensemble. En plus, c'est terriblement faux. On a décidé tous les quatre de ce plan et je l'ai validé. Je ne sais même pas pourquoi j'ai dit ça.
Je tente de me rattraper désespérément :
 
— Je veux dire que tu as bien géré. Il souffrait le martyr et je ne suis pas sûr que l'un d'entre nous aurait été capable d'aller jusqu'au bout. Donc... Félicitations.
— J'ai juste repensé à Zayn, marmonne-t-il d'un haussement d'épaules, Et ça justifiait sa souffrance.
— Oui, je sais.
— Sinon, reprend Isaac, As-tu enfin baisé ?
 
Je pouffe de rire en voyant son air sérieux. Putain, enfin une conversation de notre âge. Ça avait fini par me manquer.
 
 — Toujours pas, je réponds, Je n'en peux plus !
— Mais BAISE, qu'est-ce que tu attends ?!
 
Bien sûr, la serveuse choisit de se rappliquer à ce moment là et je la vois esquisser un sourire en me regardant.
 
— Pas besoin de lui faire les yeux doux, il est pédé comme un phoque.
 
Je regarde Isaac qui ne perd jamais une occasion de mettre les gens mal à l'aise et la serveuse se met à rougir brusquement. Mon cousin pouffe de rire, fier de sa connerie, tandis que je commande mon repas et le sien pour abréger la honte de cette pauvre fille. Elle s'éclipse rapidement puis je me retourne vers Isaac en soupirant.
 
— T'es vraiment con comme mec. 
— Je te remercie, rétorque Isaac de son plus beau sourire.

 
 
 
 
 
Chapitre six.


Harry Styles
 
— Je te promets qu'on ne laissera pas passer ça, Harry.
 
Je lance un coup d'½il discret à ma mère qui grommelle dans sa barbe depuis le retour de l'hôpital. Je ne réponds pas et elle se gare devant notre garage en continuant :
 
— Je ne te laisserai jamais revoir ce garçon. Je peux te jurer que quand ton père verra l'état de ton bras, tu vas passer un sale quart d'heure.
— Papa est en déplacement.
— Je l'ai appelé ce matin.
 
Je rouvre grand les yeux en me retournant brusquement vers ma mère alors qu'elle coupe le moteur de la voiture et détache sa ceinture l'air de rien.
 
— Tu as fait quoi ?! Mais pourquoi tu lui as dit ?
— Il rentre ce soir en toute urgence.
— Maman !
 
Elle ne m'écoute pas et sort de la voiture en claquant violemment la portière derrière elle. Je la suis en continuant d'un air exaspéré :
 
— Ce n'est pas si grave ! Les médecins de l'hôpital nous ont dit que Azoff m'avait fait les bons soins !
— Sauf que Azoff n'aurait pas eu besoin de t'en faire s'il t'avait arrêté avant que tu ne te mutiles ! Explose ma mère furieuse, Donc tu peux être sûr que tu ne referas pas de soirée avec ce garçon.
 
Je pousse un soupir en la suivant jusqu'à la maison puis j'ajoute d'un air las :
 
— Je ne me suis pas mutilé, c'était juste un jeu.
— Ahah, très drôle, tu m'as habitué à plus intelligent Harry.
 
Puis ma mère me plante là et monte les étages sans même prendre la peine de se retourner vers moi. Putain. Je déteste quand elle est comme ça. Là, elle n'est pas en colère, juste profondément déçue. Et c'est insupportable. Insupportablement douloureux. Je donnerais tout pour lui dire la vérité, lui expliquer que ce sont les Tomlinson qui m'ont infligé ça et que ce n'est pas de ma faute. Mais je ne peux pas le faire. Je ne peux rien dire. Alors, j'ai dû trouver la première excuse qui m'est venu à l'esprit ce matin. J'ai raconté que j'étais trop bourré à la soirée de Azoff  hier et qu'on m'a lancé le pari stupide de me brûler le bras avec une cigarette. Et, moi, trop fier et trop soûl pour réaliser la portée de mon geste, je l'ai fait. 
Je rigole intérieurement quand je pense que ma mère a gobé une histoire pareille. Ça paraît tellement stupide que je suis presque vexé qu'elle m'en croit capable. Enfin, au moins elle ne sait rien hormis le fait qu'elle est désormais persuadée d'avoir engendré un débile profond.
J'avale ma salive, me dirigeant d'un pas lent vers la cuisine où j'aperçois Perrie en train de prendre son goûter. Je sais qu'elle revient du lycée parce qu'elle porte encore son uniforme. Moi, je n'y ai pas été à cause de toute cette histoire de mutilation et ma mère qui ne m'a pas lâché de la journée.
Je m'assois en face d'elle et la regarde d'un air mauvais. Tout est de sa faute. Si elle n'avait pas fricoté avec un Tomlinson à sa soirée d'anniversaire, on n'en serait pas là.
 
— Quoi ? Me lance-t-elle froidement.
— Tu es fière de toi ?
— Ça va faire deux semaines Harry, tu peux passer à autre chose ?
 
Elle se relève de sa chaise pour reposer son verre de lait dans l'évier et je continue de l'interroger sèchement :
 
— Tu l'as revu ?
— Non.
— Tu ne le reverras jamais ?
— Occupe-toi de tes affaires.
 
Mes affaires. J'hallucine. On m'a bousillé le bras à cause de ses affaires et elle ose me parler comme ça. J'en ai marre. Tout me gonfle dans cette famille et je me relève brusquement de ma chaise. Perrie se crispe au son strident de la chaise sur le parquet puis se retourne vers moi pour me faire face.
 
— Sérieux Perrie, j'ai envie de te frapper ! Tu devrais plutôt t'estimer heureuse que je n'aie rien dit aux parents de tes sales fréquentations.
— Mes sales fréquentations ? Répète-t-elle hébétée, Excuse-moi, mais ce n'est pas moi qui ai un copain qui me regarde me mutiler en soirée sans rien dire.
 
Je m'arrête. Putain, ils ont vraiment tous gobé mon mensonge. D'ailleurs, je suis en train de me dire qu'il va peut-être falloir que j'informe Azoff de l'histoire et lui non plus risque de ne pas beaucoup apprécier le rôle que je lui ai donné.
 
— Il n'était pas avec moi à ce moment là, je finis par m'expliquer brièvement, Mais ce n'est pas de ça qu'on parle ! Un Tomlinson ! Tu es sérieuse ?
— Chut ! Siffle-t-elle d'un air paniqué, regardant tout autour d'elle.
 
Je pousse un long soupir. J'en ai marre de ces histoires, putain, j'en ai trop marre.
 
— Je ne le reverrai plus, l'histoire est close, rétorque Perrie brièvement.
— Bien.
 
Mais je ne crois pas spécialement qu'elle me dise la vérité.
 
— Et Pâris ? Je l'interroge.
— Quoi Pâris ?
— Tu as pu le voir à ton anniversaire, il est sympa non ?
— Très sympa, répond-elle si distraitement que je me demande si elle avait vraiment vu de qui il s'agissait vu qu'elle était obnubilée par l'autre connard.
— Tu vas le revoir, lui ?
— Je ne cautionne pas les mariages arrangés.
— Moi, ce sont les amants maudits que je ne cautionne pas donc j'espère que tu ne feras pas de conneries.
 
Je vois qu'elle veut répondre, mais elle se tait soudainement alors je me retourne vers ce qu'elle regarde d'un air inquiet. C'est Gemma. Elle se tient debout devant l'entrée, un regard inexpressif sur le visage.
 
— Tu es déjà rentrée ? S'étonne Perrie.
— Je dois parler à mon frère.
 
Son ton est si froid que je frissonne instantanément. Putain. Ma mère, je suis sûre qu'elle est montée dans sa chambre et qu'elle a prévenu sa fille aînée que j'étais rentré pour que Gemma puisse reprendre le contrôle de la situation. Parce que c'est devenu comme ça, chez nous. En bonne grande s½ur protectrice, Gemma a endossé le rôle du chef, que ce soit dans l'entreprise ou dans la famille. Je serais à peine étonné qu'ils pensent que les deux se dirigent de la même façon. Du management familial, c'est ce qu'elle fait. Elle tient ses employés d'une main ferme, tout ça pour rendre à la célèbre famille Styles le prestige qu'elle a perdue il y a bien longtemps.
J'avance vers elle, d'un pas lent. Je sais que je vais me faire tuer. Mes parents ne savent pas pour la coke. Elle, si. Enfin, je ne lui ai jamais dit, mais elle est loin d'être conne alors elle s'en doute. Elle ne me dit rien tant que ça reste en soirée et que ça ne me détruit pas. Connerie mise à part.
 
— Dans ma chambre, murmure-t-elle, les lèvres pincées.
 
Elle aurait pu dire « mon ancienne chambre », mais ça aurait sonné faux. Bien qu'elle ait pris un appartement dans un quartier voisin de Mayfair, plus proche de notre banque, Gemma passe presque toutes ses nuits dans la demeure familiale. Parce que c'est bien ce qu'un chef ne peut pas lâcher, son entreprise.
Je la suis, en silence. On monte les escaliers puis on s'engouffre dans la grande pièce. Elle s'avance vers le fond de la chambre, passe ses mains dans sa longue chevelure blonde et je l'entends soupirer à de multiples reprises. Je ne sais plus où me mettre et referme la porte derrière moi. Putain. Je déteste devoir mentir à ma s½ur.
 
— Ce sont les Tomlinson qui t'ont fait ça.
 
Je m'arrête, littéralement, le souffle coupé. Le pire, c'est que ce n'est même pas une question. Elle s'est retournée vers moi et, désormais, ce n'est plus de la colère dans ses yeux, mais une profonde inquiétude qui me retourne le c½ur. Oh merde.
 
— Non.
 
Ce fut un murmure si faible que je ne suis même pas sûr qu'elle l'ait entendu.
 
— Qui t'a fait ça ? Aiden ? Stan ? Isaac ?
 
Je reprends une grande inspiration et essaie de me calmer. Je ne dois pas repenser à ce qu'il s'est passé hier soir sinon je risque de défaillir et, là, je serais incapable de mentir plus longtemps. Alors, je me concentre sur ma haine et ma ranc½ur et je mets la peur de côté pour répondre :
 
— C'est moi qui me suis fait ça, Gemma. C'était un pari.
— N'essaie même pas de me faire gober ce mensonge. Qui t'a fait ça ?
— Moi.
— Harry !
— Moi.
— Putain, mais qui est-ce que tu protèges, bon sang ?!
 
Elle est en train d'exploser. Je le sais parce que ses joues rougissent et que ses mains tremblent contre ses cuisses qu'elle masse d'une manière exagérée. Et elle répète sèchement :
 
— Qui tu protèges Harry ?
 
Toi ! Ai-je envie de lui hurler. Toi, putain, et Liam, Perrie, Edward, Niall et toute ma famille. Ce sont eux que je protège. Ça me tue que personne ne le comprenne. Je sais que si je leur dis ce que les Tomlinson m'ont fait, ça va repartir en troisième guerre mondiale et je ne le veux pas. Je veux juste qu'on les ignore, qu'on ne les voit plus jamais, qu'on n'entende plus parler d'eux. J'en ai marre de subir les dommages collatéraux de ce conflit ridicule. On a cassé le bras de Zayn, ils ont brûlé le mien. On est à égalité. Sauf que Gemma ne comprendrait jamais ça alors je ne peux pas lui dire ce qu'il s'est vraiment passé.
 
— C'était un pari.
— Azoff ne t'aurait jamais laissé te faire subir ça.
— Il n'était pas là.
— Il ne te lâche pas des yeux lorsque tu es coké ! S'exclame-t-elle furieuse en empoignant mes épaules pour m'obliger à la regarder dans les yeux, Je sais qu'il te protège. Ton histoire n'a aucun sens, putain ! Arrête de me prendre pour une conne. Je sais que tu me mens et ça me tue. Dis-moi ce qu'il s'est passé Harry. 
 
Sa voix tremble et je sais qu'elle est inquiète pour moi. Les larmes perlent dans ses yeux et ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal car Gemma ne se laisse jamais aller. Elle porte un masque en permanence. Un masque de fierté qui est en train de se fissurer devant mes yeux. Ça m'emporte. Sa détresse me fait palpiter le c½ur et je plonge dans ses bras. On se serre l'un contre l'autre, ça me fait bizarre. On s'entend bien avec Gemma, mais on n'est pas particulièrement tactiles. Pourtant c'est tellement agréable. De sentir ses bras m'encercler, de sentir son souffle contre mon cou. Elle est morte de peur. Elle sait que quelque chose ne va pas et elle est la seule à l'avoir vu. Je l'aime tellement à cet instant précis de ne pas m'avoir pris pour un coké suicidaire que je la serre encore plus fort contre moi.
 
— Ils t'ont menacé, c'est ça ? Me murmure-t-elle dans l'oreille, Ils t'ont dit que tu n'avais pas le droit de m'en parler ? Tu ne dois pas les croire Harry. Moi, je suis là. Je vais te protéger. Ils ne feront rien contre toi. Je te le promets.
— Ce n'est pas ça.
— Arrête.
— Je ne veux pas que vous vous vengiez.
 
Je la sens se crisper contre moi. Parce que, même si elle savait déjà ce qu'il s'est passé, mon aveu vient effacer les doutes qu'elle avait encore.
 
— Qui t'a fait ça ?
— Ça n'a pas d'importance Gemma. Ne vous vengez pas.
— On doit répondre.
— S'il te plaît.
 
Ma voix s'étrangle. Mon Dieu, non. Je ne veux pas qu'elle se venge. Je me fiche de ce qui pourrait leur arriver et je pense même qu'ils mériteraient de souffrir. Mais je ne veux pas que, ensuite, ils se vengent. Parce que depuis hier soir, je sais de quoi ils sont capables. Et, en toute honnêteté, ils me font terriblement peur.
 
— On a cassé le bras de Zayn, je reprends, Et on a reçu ça en retour. C'est tout.
— C'est tout ? S'étrangle-t-elle, Ils n'ont pas le droit de te toucher. Pas toi. Pas après ce qu'ils ont fait à Niall. 
— Alors ignore-les. Arrête ce conflit stupide.
— C'est trop tard. 
 
Peu à peu, je la sens se retirer de moi et j'ai envie de pleurer. Parce que je sais qu'elle est en train de reprendre son masque et que, bientôt, ses yeux doux et protecteurs ne crieront que vengeance et destruction. Je déteste voir ce visage sur ma s½ur. Je déteste voir cette haine parce que je la ressens jusque dans mes os. Elle détourne le visage et s'éloigne plus loin dans sa chambre en murmurant :
 
— Je te promets qu'ils ne te toucheront plus jamais.
— Fais attention à toi.
 
Elle acquiesce, mais je sais qu'elle n'a pas écouté. Elle ne m'écoutera plus tant que son plan de vengeance n'aura pas détruit les Tomlinson. Ça m'insupporte quand sa vie ne tourne plus qu'autour de ça. Sans rien ajouter de plus, je quitte sa chambre et rejoins la mienne. Je m'arrête devant la porte, lorsque je vois Liam affalé sur mon lit.
 
— Qu'est-ce que tu fous là ?
— Je viens juste de rentrer du lycée, Perrie m'a dit ce qu'il s'était passé avec Azoff , à la soirée.
— Oh, mais foutez-lui la paix à Azoff  !
 
Il me regarde avec des yeux ronds, l'air de ne pas comprendre ma réaction et je lâche en me laissant tomber à côté de lui :
 
— Azoff  m'a soigné. Je me suis brûlé tout seul.
— Ok, si tu veux.
— C'était bien le lycée ?
— Tu me poses vraiment la question ?
 
Je me tais parce que, en effet, je ne sais même pas pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche. Comme si j'en avais quelque chose à foutre, de toute façon. Puis Liam se retourne vers moi pour m'interroger :
 
— Je peux prendre ton portable pour appeler mon père ? Je n'ai plus de batterie sur le mien et il voulait que je l'appelle à dix-sept heures.
— Ouais.
 
Je plonge ma main dans la poche de mon slim et lui tends l'objet tandis qu'il parcoure le répertoire avant de froncer les sourcils.
 
— Bah... C'est qui ça ?
— Qui quoi ?
— « Grand méchant loup » ?
 
Je lui reprends le portable des mains brusquement et regarde le nouveau contact affiché sous mes yeux. Oh putain, le con.
 
— C'est qui ? M'interroge Liam, de plus en plus curieux.
— Euh... Juste quelqu'un que j'ai rencontré à la soirée d'hier.
— Celui qui t'a cramé le bras ? Pouffe mon cousin.
 
Je le regarde, un air absent sur le visage. L'ironie de la situation est à son apogée, je crois.
 
— N'importe quoi, c'est moi je t'ai dit.
— Oui je sais, t'es vraiment un abruti.
 
Liam me reprend mon portable puis sélectionne finalement le numéro de son père avant de sortir de ma chambre pour l'appeler.
Je me rallonge sur mon lit, fixant mon plafond. Un soupir s'échappe de mes lèvres. Je suis enfin seul. Je ne l'avais pas été depuis ce matin. Au moment où j'ai franchi la porte de chez moi, ma mère m'a sauté dessus et fait une crise parce que j'avais découché un dimanche soir. Puis, elle a découvert l'état de mon bras et, là, crise de larmes et baffe monstrueuse qui a longtemps laissé sa marque sur ma joue.
Je passe mes deux mains dans mes cheveux bouclés tout en repensant à ma conversation avec ma s½ur. Elle va se venger, mais on est tranquille pendant un petit bout de temps car Gemma n'agit jamais sous le coup de la colère. Greg l'a fait et il en a subi les frais.
Ma s½ur est plus intelligente et manipulatrice. Je sais qu'elle va préparer son coup en douce, elle va travailler chaque détail pour faire mal là où il faut, elle va attaquer le point sensible, puis elle va attendre le moment où ils n'y penseront même plus, où ils auront baissé leur garde et elle va frapper. Fort. Très fort.
Je laisse mon bras blessé tomber contre le matelas.
Je connais la suite de l'histoire. Les Tomlinson vont se venger. Mais pas sur elle, bien sûr. Parce qu'ils veulent faire mal et qu'est-ce qui fait plus souffrir que de s'en prendre à un innocent ? Comment mieux réveiller la douleur et la haine qu'en blessant une personne qui n'a rien à voir là-dedans ?
Je sais que c'est comme ça qu'ils pensent parce que c'est comme ça que nous pensons. C'est comme ça que les Tomlinson ont pensé quand ils ont poussé mon cousin et lui ont fracassé la colonne vertébrale. C'est comme ça que Greg a pensé lorsqu'il a violé une gamine de quatorze ans qui n'avait fait de mal à personne. C'est comme ça que tout le monde pense et c'est comme ça que je pense.
Sauf que, pour la première fois de ma vie, ça me tue.
 
 
  SMS de Numéro inconnu à Grand méchant loup
22h58. T'es sérieux à me donner ton numéro ?
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
23h10. « Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis ».
23h15. Et, au passage, tu me dois 26 £.
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
23h16. ??
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
23h16. Pharmacie de nuit.
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
23h16. Et toi tu me dois un bras, connard.
 
 
____________________
.
Voici le nouveau chapitre ! 
Vos avis, kiffs, sont les bienvenues ;) 
En espérant que vous accrochez à l'histoire ♥
 
 
 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

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Comments :

  • RunningUp

    02/08/2016

    Tona-wairua-larry wrote: "Il luia vraiment donné son numéro ? Genre vraiment ? Puis ces noms de contacts vraiment bien choisis haha
    Je fangirl depuis tout à l'heure j'te jure ! Les petits cris que je lâche me font me questionner sur ma santé mentale :') je continue ma lecture, ça me plaît trop !
    "

    hihi tant mieux ♥

  • Tona-wairua-larry

    02/08/2016

    Il luia vraiment donné son numéro ? Genre vraiment ? Puis ces noms de contacts vraiment bien choisis haha
    Je fangirl depuis tout à l'heure j'te jure ! Les petits cris que je lâche me font me questionner sur ma santé mentale :') je continue ma lecture, ça me plaît trop !

  • RunningUp

    27/07/2016

    pizzafeatluke wrote: "ouaouh, Gemma Styles serait donc humaine? non, franchement, ça m'a brisé le coeur de la voir comme ça, même si je ressentais aucune sympathie pour elle. c'est très touchant, et là aussi on voit bien le mode de pensée de Gemma.
    j'aime beaucoup Perrie, son petit côté princesse, à vrai dire c'est à elle que je m'identifie le plus (si elle était un peu plus dark ce serait parfait!)
    bref, encore un excellent chapitre!
    z.
    "

    ahah je trouve que tous les personnages sont déjà pas mal dark, donc perrie ça fait un peu du bien qu'elle soit pas dépressive, non ? :p

  • pizzafeatluke

    12/07/2016

    ouaouh, Gemma Styles serait donc humaine? non, franchement, ça m'a brisé le coeur de la voir comme ça, même si je ressentais aucune sympathie pour elle. c'est très touchant, et là aussi on voit bien le mode de pensée de Gemma.
    j'aime beaucoup Perrie, son petit côté princesse, à vrai dire c'est à elle que je m'identifie le plus (si elle était un peu plus dark ce serait parfait!)
    bref, encore un excellent chapitre!
    z.

  • RunningUp

    28/07/2015

    @Ihave5crush twitter wrote: "J'avais jamais commenté ici, mais vu que je peux pas fe faire de long paragraphes sur twitter je vais le faire là haha !
    Tu as une imagination débordante, mais genre, vraiment, vraiment. Réussir à créer quelque chose comme ça, je n'aurais jamais réussis, et peu de personnes y arriverait, je pense. J'adore l'univers, c'est sombre, ça fait peur et c'est complexe, et j'adooore. Trop de fanfictions Larry sont juste deux mecs qui tombent amoureux de l'autre au lycée et basta ; ton histoire est totalement différente. En plus, les deux sont détruits par ces guerres de familles, ça leur donne un point commun.
    J'adore vraiment ton style d'écriture. Que ce soit pour Always is Bullshit ou celle-ci. Elles sont très différentes d'ailleurs, ici tu n'as pas les contraintes du contexte 1d.
    Big up, parce qu'écrire deux fanfictions complètement différentes en même temps ça doit pas être évident !
    Bref j'ai trop parlé, je continue.
    Bisous!
    [sinon, je retrouve les touches d'humour, et j'adooooore] [en fait, j'adore beaucoup de choses dans tes fictions :p]
    - Mila :)
    "

    merci beaucoup pour ton commentaire ! ça me fait très plaisir :)
    juste pour rendre les choses plus claires j'ai commencé AIB avec ma soeur jusqu'à mon départ en Turquie ou j'ai décidé de commencer run up, je ne pouvais pas faire les deux en même temps, c'était un peu compliqué, donc ma soeur a continué AIB sans moi et moi j'ai continué de donner mon avis et corriger ses textes :)
    elle en fait de même pour run up d'ailleurs !
    voila gros bisous à toi aussi x

  • @Ihave5crush twitter

    26/07/2015

    J'avais jamais commenté ici, mais vu que je peux pas fe faire de long paragraphes sur twitter je vais le faire là haha !
    Tu as une imagination débordante, mais genre, vraiment, vraiment. Réussir à créer quelque chose comme ça, je n'aurais jamais réussis, et peu de personnes y arriverait, je pense. J'adore l'univers, c'est sombre, ça fait peur et c'est complexe, et j'adooore. Trop de fanfictions Larry sont juste deux mecs qui tombent amoureux de l'autre au lycée et basta ; ton histoire est totalement différente. En plus, les deux sont détruits par ces guerres de familles, ça leur donne un point commun.
    J'adore vraiment ton style d'écriture. Que ce soit pour Always is Bullshit ou celle-ci. Elles sont très différentes d'ailleurs, ici tu n'as pas les contraintes du contexte 1d.
    Big up, parce qu'écrire deux fanfictions complètement différentes en même temps ça doit pas être évident !
    Bref j'ai trop parlé, je continue.
    Bisous!
    [sinon, je retrouve les touches d'humour, et j'adooooore] [en fait, j'adore beaucoup de choses dans tes fictions :p]
    - Mila :)

  • RunningUp

    21/03/2015

    Mend wrote: "Hiii,
    C'est officiel, je suis accro à cette fiction. Tout est parfait, genre.. réellement. Boucle d'or, trop mignon je fonds. Je sais pas jusqu'où va aller cette histoire mais c'est bien complex!
    xx
    ps: J'écoute la chanson de placebo en boucle ha-ha
    "

    oh mon dieu, cette chanson est devenue ma vie je crois, je l'adore tellement ♥
    merci pour ton commentaire en tout cas !

  • Mend

    20/03/2015

    Hiii,
    C'est officiel, je suis accro à cette fiction. Tout est parfait, genre.. réellement. Boucle d'or, trop mignon je fonds. Je sais pas jusqu'où va aller cette histoire mais c'est bien complex!
    xx
    ps: J'écoute la chanson de placebo en boucle ha-ha

  • ThugLifeIsNotLasting

    05/03/2015

    Oooups, j'ai envoyé mon commentaire avant de le terminer xD
    Passons donc à la partie de Louis. Je pense que son père n'a pas tort, mais ceci dit, Louis n'est pas prêt et merde quoi, il n'a que vingt ans, comme le dit Isaac, et il pourrait attendre au lieu de se forcer à être comme il devrait être ... Et puis un Macdo, c'est pour tout le monde ça xD Bref, j'espère qu'il ne sera pas obligé de reprendre l'entreprise de suite au bout du compte ...

  • ThugLifeIsNotLasting

    05/03/2015

    Gemma ... Si seulement elle pouvait arrêter tout ça. Je comprends totalement le point de vue d'Harry, et je ne sais pas pourquoi mais moi aussi j'aurais raconté un mensonge pour justifier ce qu'il s'est passé.
    Sinon, Louis qui a rentré son numéro dans le portable d'Harry, ça m'a fait rire, je ne m'y attendais pas !! ^^

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