Chapitre sept.

Chapitre sept.

 
 
Harry Styles
 
                Quelle merde. Je suis défoncé. Complètement défoncé. Je renifle en passant une main sous mes narines. Ça pique fortement, mais, d'un côté, j'ai l'impression d'être tellement loin de mon corps que je ne pense pas à me gratter. Mes yeux restent fixés sur Perrie, assise à quelques tables devant moi. Elle parle avec lui. Avec ce Tomlinson au bras plâtré et à la gueule d'ange. Ça me dégoûte, mais je ne peux rien dire.
Je renifle. Je ne peux rien dire car ce connard ne fait pas un seul faux pas. Il ne la touche pas. Il sait que je le surveille et il veut me prouver que je suis venu là pour rien. Connerie. Je suis sûr qu'il va craquer. Il va péter un plomb et l'embrasser. Et moi, je pourrais agir. Je pourrais enfin défouler tout l'énergie et la colère que j'ai en moi. Sauf que ça fait une heure que ce con ne passe pas à l'attaque et je commence à m'ennuyer. C'est pour ça que j'ai sniffé un rail tout à l'heure, j'avais un peu de réserve du week-end dernier. Je sais que ce n'est pas raisonnable, mais j'ai pris que quelques grammes, presque rien par rapport à d'habitude. Pour garder un ½il sur eux.
Je bifurque rapidement mon attention sur le reste du club, reniflant de nouveau. J'aime bien cet endroit, j'aime bien l'ambiance et la musique, mais ça me fait bizarre d'être là sans Azoff . Ça fait une semaine que je ne l'ai pas vu. Je crois que c'est le plus long qu'on a tenu.
Je lui ai expliqué toute l'histoire avec les Tomlinson. Il a pété un câble. Pas parce que j'ai raconté à mes parents que je m'étais brûlé le bras chez lui, mais parce que je ne l'ai pas appelé cette nuit-là. Et surtout parce que j'ai suivi cette saleté d'héritier jusqu'à son appartement et « putain t'es qu'un con d'inconscient », selon ses propres mots.
Je renifle en me frottant le nez. Après ça, il est parti furieux et il m'a laissé tout seul chez lui. J'ai senti qu'il allait faire une connerie alors j'ai appelé Gemma. On a eu chaud. Elle l'a récupéré à temps à Knightsbridge, en plein quartier Tomlinson. Il voulait leur casser la gueule, ce con. Il aurait juste envenimé la situation. Je ne lui parle plus depuis. Ce n'est pas que je sois en colère qu'il ait voulu me défendre –en réalité, ça m'a touché – mais je suis énervé qu'il soit entré dans ce conflit. Azoff  avait toujours été en dehors de ces conneries de disputes familiales. Mais, en faisant ça la semaine dernière, il a pris parti pour la première fois dans un clan. D'accord, ça semblait logique qu'il soit déjà dans le mien, mais, à la base, il s'en fichait de tout ça, lui. Il était mon monde extérieur.
Et puis là, il a mis ma s½ur en danger juste parce qu'il n'a pas été capable de maîtriser sa colère. Heureusement qu'aucun Tomlinson ne les a vus dans le quartier, car cela revient à enfreindre une de nos règles les plus importantes.
Bref, je renifle une nouvelle fois. Putain, ça me gratte. Je crois que j'ai besoin de plus. Je me retourne vers la table où Zayn et Perrie discutent toujours. Ils se bouffent littéralement des yeux et je vois bien que tout leur corps se retient de ne pas se sauter dessus. Je ne sais même pas si je réalise ce que j'ai sous les yeux. Je ne sais pas si je me rends bien compte qu'une Styles et un Tomlinson sont en train de se retenir de baiser en plein milieu d'un club et que je suis en train d'accepter ça.
Enfin, « accepter », je suis tellement en train de planer que je ne suis pas sûr de pouvoir m'étonner d'un gorille en train de baiser une gazelle. Je fixe les deux adolescents en rut en face de moi et explose de rire. Je les vois déjà, en fait. Le gorille et la gazelle. Putain, ce n'est même pas drôle, mais je suis mort de rire. Je passe une main sous mon nez et me relève de mon fauteuil. Il me faut plus de coke. Je m'ennuie là. J'en ai besoin.
Je me dirige vers les toilettes en titubant. Ça me fait bizarre de chercher un dealer des yeux, d'habitude, je l'ai sous la main. Je trouve finalement un mec un peu louche qui se tient dans le couloir des chiottes, alors je vais l'aborder. Je sors un billet de ma poche et le lui montre discrètement. Il hoche la tête et me suit à l'intérieur des toilettes.
 
— J'ai presque plus rien.
— Donne-moi ce qu'il te reste.
 
Je lui tends mon billet et je crois lui avoir donné beaucoup plus que ce que ça vaut, mais il ne le précise pas. Et puis, je m'en fiche, en fait. J'ai le sachet de poudre et il sort de la pièce. Moi, je rentre dans une toilette libre et referme la porte derrière moi. J'ai les mains qui tremblent, ça veut dire que je suis encore sous l'effet de mon dernier rail, mais je n'arrive pas à me contrôler. J'en veux plus. J'ai envie de rester dans cet état de béatitude car je sais que si je n'en reprends pas maintenant, je vais chuter. Je déteste ça. Les tremblements, les nausées, la peur qui me tiraille le ventre, l'irritabilité.
Je desserre mes doigts pour ouvrir le sachet de poudre. Et- Oh putain. Je tremble. J'en ai fait tomber par terre. Ok. Je me ressaisis. Je respire un grand coup puis avec toute la concentration du monde je pose une fine ligne de poudre sur la cuvette des toilettes. Ouais, je sais, c'est dégueulasse. Je ne suis pas en état de réfléchir non plus.
Je sors ma carte bancaire de ma poche pour reformer la ligne puis reprends un nouveau billet que je roule. Je sniffe. Tout d'un coup. Ça me fait trembler jusqu'aux orteils. Je me frotte le nez pour faire tomber la poudre blanche et me relève. Je tangue violemment et me vautre contre le mur des toilettes. Putain, saleté de dealer. Qu'est-ce qu'il m'a vendu ? Ce n'est pas comme d'habitude. La coke devait être coupée avec pleins d'autres substances de merde genre laxatif ou benzocaine. Il fait chier. J'ai toujours été habitué à la coke de qualité donc j'ai de mauvaises réactions quand je touche aux merdes premier prix. Je suis con. Je n'ai pas fais gaffe à qui j'achetais.
Je sors des toilettes, tremblant. Putain, j'ai mal au crâne et l'impression qu'on me hurle dans les oreilles. J'ai la langue sèche et je me dirige vers le lavabo. Les gens me regardent en riant, l'air de comprendre ce que je viens de faire, mais je m'en fiche. Je les pousse et fais couler l'eau du robinet. Je plonge mes mains dans le filet d'eau froide et m'asperge le visage.
« Visage ». Blague à part. J'asperge à cinq mètres autour de moi. J'ai les cheveux trempés et mon tee-shirt noir s'imbibe d'eau. Toute la flotte que je me prends me réveille soudainement. Putain. Zayn et Perrie. Le gorille et la gazelle. J'ai failli les oublier avec ces conneries de coke. Je sors des toilettes rapidement. Enfin, j'essaie. En réalité, je suis en train de me prendre tous les murs que je croise sur ma route.
Puis, après un temps interminable, je retrouve finalement leur table.
Mais ils n'y sont plus. Normal. Quel con.
Je me retourne d'un air paniqué vers le reste de la boite et manque de m'emmêler les pieds. Je trébuche et me vautre sur quelqu'un qui me repousse brutalement. J'arrive à me stabiliser et continue d'avancer dans le club. Je passe entre les danseurs et j'ai envie de leur vomir dessus. Ils sont tous sales et plein de sueur. Et ils m'énervent à hurler les paroles des chansons en même temps que de danser. Ils ne peuvent pas fermer leur gueule ? Il faut que je me concentre là, putain.
Je déambule pendant un bon quart d'heure dans la Fabric, avant de me rendre à l'évidence : ces enculés de bâtard se sont barrés pendant que j'avais le dos tourné. C'était probablement leur plan depuis le départ. Quel abruti. C'est pour ça qu'ils ne se sont pas sautés dessus pendant que je les regardais. Ils se sont dit qu'ils allaient m'amadouer et que j'allais baisser ma garde. Et bien, ça n'a pas loupé. Si j'étais sûr que je n'allais pas me vautrer, je me serais foutu une baffe.
Je sors de la boite sans même passer au vestiaire. Tant pis, je leur offre mon manteau. Je débarque dans la rue et le froid de la nuit me gélifie littéralement. Bordel. J'ai l'impression que je prends des décisions toutes plus connes les unes que les autres. Je vais tomber en hypothermie et les videurs ne me laisseront pas entrer de nouveau dans la boite. Vu mon état, je ne vais pas le leur reprocher.
Je m'adosse au mur du club derrière moi et tremble de tout mon corps. Putain de coke de merde. Je renifle d'un coup sec puis sors mon portable de ma poche. Je n'en reviens pas que je m'abaisse à faire un truc pareil, mais je n'ai pas d'autres choix. Je ne peux pas prévenir ma famille sinon je vais me faire défoncer.
Je sélectionne son numéro et attends que Tomlinson daigne décrocher. Je ne sais même pas quelle heure il est.
 
— Allô ? Me répond une voix endormie.
 
Donc tard, probablement.
 
— C'est moi. Styles.
— Boucle d'or ? Interroge-t-il, moqueur.
 
Même en planant à trente mille mètres au-dessus de la terre, j'arrive à le trouver encore plus insupportable que moi.
 
— Pourquoi tu m'appelles ? Reprend-il plus sèchement.
 
Probablement qu'il réalise enfin l'absurdité de mon appel.
 
— On a un problème.
— On ? S'étonne-t-il.
 
Je lui accorde. Ça fait bizarre ce « on » qui nous enveloppe tous les deux, comme si on partageait autre chose que notre haine.
 
— Ton cousin et ma cousine sont ensemble.
— Qui ça ?
— Zayn et Perrie.
— Où ? 
— Je ne sais pas où. Ils sont partis.
— Ils sont partis d'où ? S'emballe-t-il, Comment tu le sais ?
— J'étais avec eux.
— QUOI ?
 
Il vient de hurler dans le téléphone et je sens ma main trembler. J'ai l'impression que je vais bientôt lâcher mon portable alors j'abrège la conversation :
 
— Je t'explique plus tard, viens me chercher sur le parking de la Fabric.
— Va te faire foutre, je ne vais pas me faire avoir par un piège aussi con.
— Mais non putain, il n'y a que moi.
— Ouais, c'est ça, Styles.
 
Une nausée me prend le ventre et je me tords de douleur. Putain, j'ai mal partout. Au ventre, au nez, à la tête. Mais qu'il est con ce type. Il ne comprend jamais rien.
 
— Styles ?
— Viens, c'est tout.
 
Il ne répond pas et je me laisse tomber sur le trottoir. Mes fesses touchent le trottoir sale et froid tandis que je cale mon dos sur le mur derrière moi. J'ai envie de me frapper la tête, mais je me retiens. Je ne peux pas me laisser aller maintenant. Je ne peux pas craquer maintenant. Il faut que je retrouve Perrie. Elle est peut-être en danger avec l'autre abruti. Enfin, non, je ne crois pas qu'elle soit en danger parce que je me souviens du regard du gorille quand ils ont dansé à son anniversaire... Mais on ne sait jamais, ça peut être un bon comédien. Et puis, coup de foudre ou non, ça reste un Tomlinson. On ne croit pas un Tomlinson. Règle de base. Règle de vie.
Un coup de vent me fait frissonner et je repense à Azoff . J'aurais dû l'appeler. J'aurais dû m'excuser pour avoir évité ses appels. J'aurais dû lui demander de venir avec moi, ce soir. Il sait toujours me gérer, moi et mes crises de panique, moi et mes peurs irrationnelles, et moi qui ne sais pas me droguer correctement.
 
— Styles ?
 
Merde, je l'avais presque oublié celui-là.
 
— Hum.
— J'arrive dans dix minutes. Ne bouge pas.
— Je ne risque pas.
 
Je l'entends simplement raccrocher et relâche mes doigts. Mon portable tombe par terre et le choc fait valser la batterie quelques mètres plus loin. Merde. J'espère que Tomlinson va trouver le club parce que, là, clairement, je n'ai pas la force de me relever.
Je referme les yeux et puis je pense à Perrie. Et si Zayn lui faisait du mal ? Et si je l'avais vraiment mise en danger en acceptant son compromis débile ? Tout ça pour me protéger moi.
Putain, je me déteste, je ne pense jamais aux conséquences de mes actes. J'avais tellement peur qu'elle dise à mes parents que je me drogue que j'ai accepté qu'elle retrouve un Tomlinson. Ça ne tourne plus rond dans ma tête. En fait, je crois que ça tourne à l'envers et toujours autour du même point : moi. Moi. MOI. Je ne suis qu'un sale égoïste. Je suis halluciné de ma propre connerie. Alors même que je sais Perrie en danger, je reste là, assis comme un con sur le sol et je n'essaie même pas de récupérer mon portable pour l'appeler.
Je pousse le soupir du mec trop défoncé puis me laisse ramper misérablement pour attraper ma batterie. Les videurs de la Fabric me regardent, consternés. Il n'y en a pas un qui a l'idée de bouger son cul pour m'aider. Je crois que la misère est plus intéressante à regarder qu'à toucher. Je finis par récupérer la batterie et je la replace dans le téléphone. J'attends que le système se mette en route puis, après plusieurs minutes interminables, je sélectionne le numéro de Perrie. Les sonneries retentissent dans le vide et je finis par tomber sur son répondeur. J'entends sa voix joyeuse et ma gorge se serre. Je suis misérable.
 
 
 
 
Chapitre sept.
 
Louis Tomlinson
 
                Je coupe la radio qui résonne à fond dans ma Ferrari. Putain. Je n'en reviens pas. Je n'en reviens pas que Zayn ait rejoint Perrie alors que ses cousins lui ont explosé le bras. Je n'en reviens pas que le fils Styles ait osé m'appeler en plein milieu de la nuit. Et je n'en reviens pas de ma réaction. Quand j'ai entendu sa voix alors que je dormais encore, ça m'a fait un choc. Là encore, je suis choqué. Parce qu'il avait l'air de crever au téléphone et je ne comprends pas pourquoi ça me met dans cet état-là.
J'accélère encore un peu plus alors que je suis déjà au-dessus de la vitesse autorisée et essaie de me souvenir de l'adresse de la Fabric. Ça fait longtemps que je n'ai pas été dans ce club, j'y allais pendant mes années lycées avec Isaac, Aiden et Stan... À des années lumières de ma nouvelle vie.
Je conduis n'importe comment. En fait, je suis tellement énervé contre tout, que je ne fais pas gaffe à la route et ne compte même plus tous les trottoirs que j'ai failli me prendre depuis que je suis parti de chez moi. J'en ai marre putain. De cette route. De cette nuit. De ma vie.
Demain, j'ai une réunion avec mon père et nos actionnaires pour discuter du futur de la banque. Ouais, un dimanche. Ça me fait chier. Je m'étais couché tôt pour être en forme et je me retrouve à trois heures du matin en train de rouler dans Londres.
Je branche finalement mon GPS parce que j'en ai marre de tourner en rond. La voiture finit par se localiser sur la route et je me détends un peu parce que j'ai enfin l'impression d'aller quelque part. Je me rassure comme je peux. Je me dis qu'on va bientôt les retrouver. Peut-être qu'ils baiseront à l'arrière de la boite et je mettrais des années à me remettre de cette image immonde, mais au moins, on les aura retrouvés.
J'arrive devant la Fabric et me gare sur le trottoir sans faire attention à mon emplacement. Je souris, repensant à mes années lycées. La Fabric, le club électro de Clerkenwell, un quartier neutre. On n'a pas eu le choix de faire autrement, les deux clans voulaient cet endroit. Il faut dire que la notoriété du club amène pas mal de touristes et que les mâles de chaque famille n'ont pas lâché le morceau. Moi, j'ai passé l'époque de me taper ces arrogants de français.
J'avance vers le bâtiment et repère rapidement le fils Styles qui est assis à même le sol. En tee-shirt et trempé. Putain. Ce mec cherche-t-il à se tuer à chaque fois qu'il me voit ? Me déteste-t-il au point qu'il veuille que je sois accusé de sa mort ?
Je le rejoins et m'agenouille devant lui. Il a les lèvres bleuies par le froid et il tremble de partout.
 
— Styles ?
 
Il relève son regard vers moi brusquement, ce qui m'indique qu'il était tellement dans son monde qu'il ne m'avait même pas entendu arriver. Puis, il plonge son regard dans le mien et je vois ses pupilles dilatées comme jamais. Ah oui, d'accord. Je comprends mieux.
 
— Tu te fous de ma gueule ?
 
Il ne répond pas et j'enchaîne en me relevant :
 
— Je m'en branle de tes overdoses, moi. Ils sont où ?
— Chais pas, murmure-t-il tremblant, toujours assis comme une merde sur le trottoir.
— Mais pourquoi tu étais avec eux ? Tu les suivais ? Tu savais qu'ils allaient se voir ? Ou t'es tombé sur eux par hasard ? Et après, ils t'ont vu alors ils se sont barrés en courant ? Et toi, t'es tellement coké que t'es pas foutu de les rattraper, c'est ça hein ? Putain ! Mais réponds !
— Arrête de crier, j'ai mal à la tête.
 
J'hallucine. Le mec me réveille en pleine nuit puis il me demande de me la fermer. Il a un sérieux problème de cohérence. J'en ai marre, bon sang. Mon pied part voler dans une poubelle de la rue et je vois les videurs du club me lancer un regard noir. Je m'en fiche. Je me fiche de tout et j'ai envie de le hurler au monde entier.
 
— PUTAIN !
 
Je tape une nouvelle fois contre la poubelle déjà tombée par terre et Styles relève son regard vers moi. Il chiale. Encore. Il est le mec le plus paumé que je n'ai jamais rencontré.
 
— Ils sont où Styles ?! Ils sont partis où ?!
— Chai' pas.
— Mais réfléchis, tu les as vus partir par où ?
— Ils sont partis quand j'étais aux toilettes.
 
Il bafouille entre ses sanglots et tremble tellement que j'ai envie de le serrer contre moi pour qu'il arrête. Mais ma colère est plus forte que ma pitié à cet instant et je continue de m'époumoner :
 
— Mais pourquoi tu étais avec eux à la base ? Pourquoi tu n'as pas agis plus tôt ? Pourquoi tu...
— Ils s'aiment.
 
Je reste la bouche ouverte de stupéfaction. Il délire là. Ce sont des ados en mal de reconnaissance. Ils veulent baiser comme n'importe qui et traînent ensemble pour faire chier leur famille. C'est tout, ça ne va pas plus loin. Ce type est tellement con.
 
— Non, ils ne s'aiment pas.
— Bien sûr que si, reprend Styles la gorge nouée, Je l'ai vu dans leur yeux.
 
Que des conneries. Comme si je n'avais que ça à foutre de perdre mon temps en plein milieu de la nuit pour ses délires de drogué. Lui, ce n'est qu'un gamin, il s'en fout de tout ça. Il pourra dormir toute la journée de demain et recommencer toutes ces merdes le week-end prochain. Moi, je ne peux pas. Je ne peux plus. Ça me tue tellement que j'en veux à la terre entière. Et à lui, surtout à lui.
Je m'agenouille de nouveau devant lui et passe une main dans sa nuque pour qu'il me regarde dans les yeux. Ce qu'il fait, après un temps exagéré à essayer d'éviter mon regard.
 
— Tu sais ce que moi, je vois dans tes yeux, Styles ? Tu sais ce que je vois dans tes pupilles dilatées et tes paupières gonflées ? Je vois toute la merde que tu avales. Je vois ce que tu t'affliges jour après jour parce que tu ne supportes pas ta vie. Je vois de la haine, de la ranc½ur et de la peur. Alors, comment ces yeux-là, qui brillent de tout ce que le monde ne veut pas, pourraient voir de l'amour ? Comment tu pourrais reconnaître de l'amour lorsque tu ne le connaîtras jamais toi-même ?
 
Il tremble de tout son corps et les larmes perlent si fort dans ses yeux que ça donne encore plus de sens à tout ce que je viens de dire. Il me hait, mais il a peur. Il ne sait plus quel sentiment est plus fort que l'autre. Alors, il est paumé entre les deux. Et moi, je continue d'une voix dure :
 
— Zayn et Perrie ne s'aiment pas. Ils cherchent à se détruire. Et tu es tellement aveuglé par ta propre destruction que tu ne sais pas voir celle que les autres s'infligent. Maintenant, tu vas arrêter de ne penser qu'à ta gueule, tu vas te relever de ce putain de mur et tu vas m'aider à les chercher. Parce que si toi, tu mérites cette souffrance, je pense que tu es d'accord avec moi sur le fait que ta cousine mérite mieux que ça.
 
Il acquiesce de la tête et les larmes ne coulent plus sur ses joues même si elles restent cruellement dans ses yeux, comme s'il ne pourrait plus jamais s'en séparer désormais.
Il titube et se remet sur ses jambes. Je ne le porterai pas. J'ai assez donné. Et cette fois, c'est lui qui s'est mis dans cet état, donc il ne peut s'en prendre qu'à lui-même.
 
— Ok, on prend ma voiture et on va rouler doucement dans Londres. Ils sont peut-être encore quelque part dans la rue. De toute façon, ils ne peuvent pas rentrer chez eux.
 
Styles ne répond pas. Il se contente de me suivre et ça me va. Je rejoins ma voiture et il prend place côté passager. Il tremble toujours et je me demande à cet instant pourquoi cet abruti est en tee-shirt dehors en pleine nuit d'hiver. Bref, il est con, je crois que je vais arrêter de chercher plus loin.
Je démarre le moteur puis tends mon bras vers la banquette arrière pour attraper une couverture qui repose sur les sièges. Je lui balance et il me regarde d'un air interdit.
 
— Mets-la.
 
Je fais vibrer le moteur puis enfonce la pédale d'accélération pour reprendre notre route. Je sens du mouvement à côté de moi et comprends que Styles est en train de se recouvrir avec ma couverture. Putain, j'en ai marre de passer mon temps à lui sauver la vie. Je ne lui dois rien. Je ne comprends même pas comment je me fais embarquer dans ce genre de situation.
On roule en silence. Je n'allume pas la radio. Ça serait trop intime et ce n'est pas une promenade amicale. Loin de là. On essaie de récupérer nos cousins respectifs avant qu'ils ne fassent une connerie.
« Ils s'aiment ». Non, mais j'hallucine.
 
— Je ne pense pas qu'ils soient encore dehors.
 
Je me retourne vers Styles. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu le son de sa voix et ça me rassure, en quelque sorte.
 
— Ils seraient où ?
— Dans un hôtel ? Propose-t-il.
 
Je hoche la tête. En effet, c'est ce qui paraît le plus probable. Putain d'adolescents aux hormones détraquées. Moi aussi j'ai envie de baiser, mais ce n'est pas pour ça que je vais sauter sur un Styles.
 
— Lequel ?
— Peut-être le...
 
Il s'arrête au milieu de sa phrase, portant sa main à son nez d'un air paniqué. Du sang se met à couler le long de ses doigts et je pousse un soupir. Ça ne s'arrêtera donc jamais.
 
— Oh, merde.
 
Je l'entends se crisper à côté de moi. Je jette un rapide coup d'½il. Il essaye de faire stopper le sang de son nez sauf que ses mains tremblent trop et qu'il s'en met partout. Ça coule sur ses vêtements, sur ses lèvres, ses dents sont tachées de rouges et les larmes se remettent à couler le long de ses joues. Il panique. Il est en train de faire une crise de panique. Je sais les reconnaître car j'en ai eu pas mal pendant un temps.
 
— Styles, calme-toi.
— Arrête-toi ! Beugle-t-il, en larmes, alors que le sang coule abondamment de son nez qu'il n'arrive toujours pas à pincer correctement, parce que ses mains tremblent trop et que c'est une saleté de drogué.
— Mais deux secondes ! Je roule ! Calme-toi ! Je vais m'arrêter !
— Non, non !
 
Il hurle. Il gigote dans tous les sens et continue de pleurer. Putain, il va nous faire avoir un accident s'il continue. Et puis, il va tâcher les sièges de ma voiture, ce con.
 
— Mais bouche-toi le nez putain ! T'en fous partout !
— J'arri-ve. Pas. Mer-DE.
 
Je me gare brusquement sur le bas côté de la route et il actionne la portière pour se jeter sur le trottoir. Mais qu'est-ce qu'il fout, putain ? Je sors à mon tour de la voiture et la contourne rapidement pour le rejoindre. Styles est allongé par terre. Il est en train de se griffer les doigts en tentant d'accrocher le béton avec ses mains. Il pleure, littéralement à terre. Je ne sais pas quoi faire. Les crises de panique, je les ai vécues, pas vues. C'est vrai que c'est totalement déconcertant, surtout que lui continue de saigner du nez donc il donne l'impression d'être en train de mourir. C'est à cause de la coke ça. Sniffer affaiblit la cloison nasale, j'ai lu ça quelque part. Ça ne doit pas être la première fois que ça lui arrive, alors ça m'étonne un peu qu'il soit aussi angoissé.
 
— Styles ! Regarde-moi ! Tu dois te calmer.
 
Il ne m'écoute pas. On le dirait parti dans un autre monde. J'imagine que la drogue ne doit pas arranger son cerveau. Et puis, il continue de perdre du sang. Ça coule vraiment partout. Ses lèvres, son menton, son cou, tout est recouvert d'un sang rouge très foncé, presque noire. Je vais finir par paniquer, moi aussi. Putain, il faut vraiment que j'arrête de voir ce type. Il ne m'apporte que des emmerdes.
Je plonge ma main dans la poche de mon manteau et retrouve un paquet de mouchoir. Derechef, je le sors et en prends un avant de contourner Styles. Je le relève brusquement pour qu'il s'asseye sur le sol et le force à se caler sur mon ventre. Je l'encercle pour qu'il arrête de trembler et lui mets la tête en avant même s'il gigote car il n'a pas envie. Je pose ma main sur son front pour l'interdire de bouger, puis de mon autre main, je pose le mouchoir sur son nez et appuie sur la narine qui coule.
Je sens son c½ur qui bat même à travers son dos, ça me fait bizarre. Il continue de pleurer, mais il ne crie plus, c'est déjà ça.
 
— C'est bon, ok ? Je gère. Tu ne saignes plus, d'accord ?
 
Il se détend peu à peu, dans mes bras, mais ses larmes roulent toujours sur ses joues et je ne sais plus quoi faire. Il faut des médicaments pour les crises de panique. Ce ne sont pas mes bras qui vont l'aider. Et puis, je ne veux pas qu'il fasse une overdose en ma présence.
 
— Styles ? Tu m'écoutes ?
— Oui, geint-il, faiblement.
— Est-ce que... Est-ce qu'il y a quelqu'un à appeler quand tu fais tes crises ?
— Ou-Ouais. 
 
Je le sens gigoter sous moi et je comprends qu'il est en train d'essayer de prendre son portable dans sa poche.
 
— Ne bouge pas.
 
J'avance ma main qui tenait son front vers son bassin et la glisse dans la poche de son slim. On tressaille au même moment. Parce que c'est un contact trop intime et dont aucun de nous deux ne s'était attendu, pas même moi, alors que j'étais pourtant à l'initiative de ce geste. Je récupère son portable dans sa poche et sors rapidement ma main de là, parce qu'elle n'a vraiment rien à y faire.
 
— Je dois appeler qui ?
— Mon dealer.
— Ouais. Ça ne me dit pas son nom. 
— Azoff. 
 
Je parcoure son répertoire et tombe rapidement sur le numéro vu qu'il est en haut de la liste. J'appuie sur le bouton d'appel et colle son portable à mon oreille. Puis j'entends enfin une voix rauque et légèrement cassée :
 
— Tu t'es enfin décidé à me rappeler ?
— Euh... Non. Enfin, ce n'est pas Styles au téléphone.
 
Il me donne un coup de coude dans le ventre et je le regarde, interloqué. Quand je croise son regard, je comprends ce que je viens de faire. Je ne suis pas censé l'appeler Styles aussi sèchement parce que je ne suis pas censé être un Tomlinson.
 
— C'est qui ?
 
Je sens de la colère dans la voix de mon interlocuteur et j'ai l'impression qu'il est loin d'être con. Il sait qu'il se passe quelque chose de pas net et je ne peux que lui donner raison.
 
— Ton pote est en train de faire une crise, je réponds brièvement, Il faudrait que tu viennes le chercher.
— Il a pris de la coke ?
— Ouais.
— Il fait chier. C'est quoi l'adresse ?
 
Je regarde rapidement tout autour de moi avant de répondre vaguement :
 
— Route de Chaterhouse, pas loin de la Fabric, on est à quelques mètres de Holborn.
— Dis-lui que j'arrive... Quoi que- Non. Attends. Tu peux me le passer ? Il est où là ?
— Dans mes bras.
— Passe-le-moi.
 
Son ton est soudain devenu plus froid et je colle le téléphone à l'oreille de Styles. Je n'entends pas ce que ce type lui dit, mais je sens les battements de son c½ur ralentir instantanément. Ça me cloue sur place. Que ce mec arrive à faire ça juste avec sa voix alors que je me galère depuis bientôt dix minutes.
Styles finit par hocher la tête et murmure un « d'accord » à peine audible, je comprends qu'il a terminé de parler. Je reprends le téléphone et le colle à mon oreille de nouveau :
 
— Tu peux venir ?
— Ouais, je suis là dans vingt minutes maximum. Tu veux bien...
— Quoi ?
— Rester avec lui en attendant que j'arrive ? C'est con, je ne sais même pas qui t'es, mais je... Je ne peux pas rester au téléphone avec lui pendant que je conduis.
— Il est calme maintenant.
— Mais sa crise peut recommencer, rétorque-t-il, Il angoisse facilement. Ça ne suffit pas ce que j'ai fait.
— Alors je fais quoi ?
— Toi, rien. T'attends que j'arrive et je m'en occuperai. Surveille juste qu'il ne se jette pas sous une voiture... Et parle-lui de temps en temps.
 
Je soupire. De toute façon, ma nuit était perdue à l'instant où j'ai décroché ce foutu téléphone pour répondre à l'appel de Boucle d'or. Je n'aurais pas dû, mais la curiosité a été plus forte que ma logique.
 
— Tu peux le faire ? M'interroge le gars.
— Je dois le garder dans mes bras ?
 
Là, il met plus de temps à répondre, comme si ça le faisait chier, puis il soupire d'un air las :
 
— Euh... Ouais... C'est mieux... 'Fin comme tu veux.
 
Il raccroche et je n'ai même pas le temps d'en placer une. Je repose le téléphone portable sur le sol, juste à côté de moi et regarde Styles qui est toujours couché contre mon torse. Sauf que moi, je suis à genoux derrière lui et que ce n'est pas hyper confortable comme position, surtout si je dois attendre vingt minutes.
 
— Euh... On peut s'installer mieux ?
 
Il hoche doucement de la tête et je desserre mes bras qui tenaient son corps contre moi. Il relève son dos pour me laisser bouger et je recule jusqu'à ma voiture pour m'adosser contre la carrosserie. Je m'assois par terre et j'écarte les jambes avant de répliquer :
 
— C'est bon.
 
Styles se retourne vers moi. Il a posé sa main sur son nez pour tenir le mouchoir, mais elle tremble tellement que le sang recommence à couler jusqu'à ses lèvres. Il a l'air terrorisé. Je ne sais pas ce qu'il ressent, mais je n'aimerais pas être à sa place.
 
— Viens.
 
J'essaie de le rassurer comme je peux, mais je ne suis pas sûr que ma voix soit aussi reposante que celle du mec tout à l'heure car je n'ai juste aucune putain d'idée de ce que je suis en train de foutre. Styles recule doucement vers moi et il se glisse entre mes jambes avant de s'enfoncer contre mon torse. Je referme mes bras autour de lui puis je glisse ma main jusqu'à la sienne.
 
— Lâche.
 
Ses doigts se desserrent autour du mouchoir en papier et sa main retombe lourdement tandis que la mienne prend le relais. J'appuie doucement contre sa narine et je le force à mettre sa tête un peu plus en avant. Il respire bruyamment et son c½ur joue au tambour dans tout son corps.
 
— Parle-moi.
— Pourquoi ? M'interroge Styles, haletant à cause de sa poitrine qui doit être compressée comme jamais.
— Je ne sais pas, le mec a dit qu'il fallait que je te fasse parler.
— Tu veux que je te dise quoi ?
— Comme tu veux.
 
Il reste silencieux un moment puis lâche finalement :
 
— Je suis gay.
 
Pourquoi il me dit ça ? Je le sais déjà. Toute la ville le sait déjà.
 
— Toi aussi, non ?
— Oui, je réponds. 
— Tu as déjà eu un copain ?
— C'est quoi cette question ?
— Je ne vais pas parler tout seul.
 
Il n'a pas tort. Et puis, ça peut toujours m'occuper l'esprit.
 
— Ouais, j'ai déjà eu un copain.
— Vous avez rompu ?
— Oui.
— Pourquoi ?
 
Putain, j'ai l'impression de subir un interrogatoire, mais je réponds quand même :
 
— Parce qu'il ne voulait pas aimer quelqu'un comme moi.
— C'est quoi quelqu'un comme toi ?
 
Je connais la réponse, mais je ne crois pas qu'il ait envie de l'entendre. Puis je réalise que je m'en fiche de ce qu'il ressent et je ne comprends pas pourquoi ça me préoccupe. Alors, je lâche, sourdement :
 
— C'est quelqu'un capable de paralyser un gamin de quinze ans sans rien ressentir.
 
Je crois que je m'attendais à une réaction de sa part, mais pas celle-ci. Il se tait et sa respiration s'arrête brutalement. Je ne sais plus quoi dire. Je me sens con. Il est complètement inerte dans mes bras et je me demande s'il n'a pas tourné de l'½il. Sauf que je n'ose pas le regarder. Il reste dans mes bras et je ne dis plus rien, lui non plus. Ça dure comme ça, quelques minutes interminables.
 
— Lâche-moi.
 
Son ton est froid et je retire immédiatement mes bras parce que je sens dans sa voix qu'il ne plaisante pas. Je cale ma tête sur la carrosserie de ma voiture et l'observe se relever en titubant. Il a lâché sa narine, mais il ne saigne plus. Styles se remet debout. Il est toujours couvert de sang au niveau du menton, ses cheveux bouclés sont désordonnés sur sa tête, ses yeux brillent et je devine les muscles tendus derrière son tee-shirt. Putain. Il est tellement beau. Ça me brûle littéralement.
 
— C'est vrai ? Souffle-t-il.
— Que je l'ai poussé ?
— Que tu n'as rien ressenti ?
— Vous avez violé Eleanor.
— Pas à ce moment là ! Explose-t-il d'un seul coup, Pas à ce moment là ! T'as rien ressenti ? Au moment où tu l'as poussé, t'as rien ressenti ?
— Mais je ne sais plus, je réponds en me relevant car je n'aime pas la position supérieure dont il dispose, C'était il y a longtemps. Je ne sais pas ce que j'ai ressenti, mais je peux te dire que le jour où j'ai appris ce que ton cousin a fait à Eleanor j'étais heureux de ce qui était arrivé à Niall !
— Heureux ? S'étrangle Styles au bord du gouffre, Mais il n'avait rien demandé !
— Eleanor non plus ! Et nous, c'était un accident !
 
Je vois ses yeux se plisser de colère et il réduit brutalement la distance qui nous sépare. Il me pousse contre ma voiture et hurle en laissant finalement ses larmes dévaler ses joues tremblantes :
 
— Ce n'était PAS un accident ! Un accident c'est quand on ne fait pas exprès, quand on a du remord, quand ça arrive par hasard ! Ce n'était pas du hasard, Tomlinson ! Rien n'est du hasard quand ça vous concerne ! Vous êtes des monstres !
— Autant que vous !
— Mais tu n'as même pas conscience de ce que t'as fait !
 
Il se recule. Il tremble de tout son corps et je crois que je n'ai jamais vu quelqu'un pleurer autant. Les larmes déchirent son visage, le brûlent de l'intérieur et lui donnent des spasmes violents. Sauf qu'il continue parce que je crois qu'il a trop envie de sortir ce qu'il a sur le c½ur et qu'il l'a gardé trop longtemps pour lui :
 
— T'as pas juste foutu Niall en fauteuil, Tomlinson ! T'as détruit nos vies... À tous, t'as détruit ma famille ! Mon cousin est en prison. Ma tante en dépression. Mon oncle nous a abandonné et on ne le voit presque plus. Gemma est devenue une personne froide et sans c½ur. Edward est violent. Liam aussi. 
 
Ses propres mots lui brisent le c½ur. Il tremble de partout et je vois enfin son vrai visage. Un gamin totalement terrorisé.
 
— Et moi ! Explose-t-il finalement, Je me drogue ! Tout a commencé à ce moment là et, maintenant, je ne suis plus qu'une merde incapable de se gérer.
 
La façon dont il le dit montre tout le dégoût et la haine qu'il a contre lui-même. Je n'ai jamais vu autant de détresse dans un regard et mes yeux se voilent de larmes à leur tour. Je sais qu'il a mal, mais moi aussi, je souffre. Il n'est pas tout seul dans ce merdier.
 
— Et t'as aucun putain de remords ? S'étrangle-t-il alors que sa voix se brise sous la question.
— Tu veux jouer à ça Styles ? A qui souffre le plus ?
— Ce n'est pas un jeu, siffle-t-il.
— Alors, c'est quoi ton énumération débile, là ? Tu veux qu'on compte les points ?
 
Ça y est. Moi aussi, je m'énerve. Il faut dire qu'il m'a cherché avec son rôle de victime.
 
— Alors, à mon tour maintenant ? Ma cousine s'est fait violer par ton abruti de cousin, elle ne sort plus de chez nous. Ma s½ur de treize ans est traumatisée et se mutile pour se punir. Mes cousins vivent avec la culpabilité de ne pas avoir sauvé leur s½ur et ça les détruit. Nos mères sont devenues psychorigides. Mon père va crever sous peu et je vais devoir porter la société. Alors quoi, Styles ? T'es le seul à souffrir ? Tu ne penses pas que, vous aussi, vous avez détruit nos vies ?
 
Il se remet à trembler et du sang coule de son nez. Putain. Je sais que je devais le garder calme et j'ai seulement fait tout l'inverse. Je ne sais pas pourquoi j'ai engagé cette conversation. C'est ridicule, on ne se mettra jamais d'accord sur qui est le plus coupable entre nos deux familles. Mais ce n'est pas de ma faute. Je ne comprends même pas pourquoi c'est moi qui dois m'en occuper. J'en ai marre de m'occuper des gens, de porter leur responsabilité. Il se drogue. Tout est de sa faute. J'ai poussé son cousin, mais je ne l'ai pas forcé à sniffer de la merde. Il n'a pas le droit de m'accuser. C'est de sa faute, rien que de sa faute. Merde.
Le sang continue de couler sur ses lèvres et il porte la main à son nez. Il a déjà les doigts recouverts de sang séché. Mais Bon Dieu, je le déteste pour être aussi sexy à cet instant.
 
— Calme-toi, je reprends plus doucement.
 
Je le vois prendre de grandes inspirations et, soudainement, l'atmosphère se détend. Je crois qu'on en avait besoin, de se dire ce genre de choses, de reposer les bases et de se rappeler ce qu'on représente l'un pour l'autre. On avait besoin de hurler ça parce que notre relation était en train de se transformer en quelque chose qu'on ne voulait pas.
 
— Bouche ton nez.
 
Il essaie, mais n'y parvient pas. Je m'approche d'un pas.
 
— Ne me touche pas ! S'énerve-t-il en me voyant arriver.
 
Je me recule et retourne m'asseoir contre la voiture. Lui, il s'assoit plus loin, sur le trottoir, et son mouchoir imbibé de sang coule sur ses vêtements. Je ferme les yeux. Je ne sais pas ce que je fous encore ici. Je pourrais simplement prendre ma voiture et me barrer. Je pourrais retourner me coucher et oublier toute cette histoire.
 
— Pars, réplique Styles froidement, comme s'il lisait dans mes pensées.
— Pourquoi ?
— Je préfère crever tout seul que sous tes yeux.
 
Je souris. En toute circonstance, il garde sa fierté alors que, pour moi, il l'a perdu depuis que je l'ai retrouvé en train de chialer devant la Fabric. Ce con l'a même perdu une deuxième fois lorsque j'ai compris qu'il était tellement défoncé qu'il était incapable de se pincer le nez correctement.
On reste silencieux pendant un long moment, chacun sur notre bout de trottoir. Il fait froid et je le vois trembler, mais je n'ai pas envie de bouger.
J'écoute simplement le bruit des voitures qui passent sur la route à côté, jusqu'à ce que j'entende un grincement de pneus strident. Il est arrivé. Je ne bouge pas et attends qu'on me débarrasse de mon fardeau.
Ledit « Azoff  » contourne la voiture en courant puis il se jette sur le fils Styles pour le prendre dans ses bras. Il jure, regarde ses mains pleines de sang et inspecte son visage rapidement. Puis, comme ça, il plante ses lèvres sur les siennes.
Putain. C'est son mec. Un gosse de riche qui se tape son dealer. Classique. Il me déçoit un peu sur le coup. Je le croyais plus original que ça.
J'avale ma salive et me remets debout lentement. Mon mouvement lui fait remarquer ma présence et le type se retourne vers moi. Je reste médusé face à lui. Wow, il est vraiment canon, lui aussi. Brun, costaud, une barbe naissante et un regard profond et sévère. Soudain, je réalise qu'il s'agit du type que j'ai vu en photo sur le portable de Styles. Ça m'énerve.
 
— Pourquoi il est comme ça ? M'interroge-t-il sèchement, Il a pris quoi ?
— Les merdes que tu lui vends, je présume.
 
Le type me toise d'un regard noir. Probablement qu'il n'aime pas le ton dédaigneux que je viens de prendre avec lui.
 
— T'es qui ?
— Personne, répond Styles à ma place.
— Alors, qu'est-ce qu'il fout avec toi ?
— Je passais par là, je mens. 
 
Et puis, non, finalement, ce n'est pas tellement un mensonge. Je suis passé par là par hasard. Dans sa vie, je veux dire, j'y suis passé et sans me l'expliquer, j'y suis resté. Sauf que maintenant, il est temps que je parte.
 
— Je te le laisse.
 
Puis je tourne des talons et je retourne dans ma voiture sans me retourner vers eux. 
 
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
04h28. T'es mort ?
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
04h30. Tu aimerais ?
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
04h30. Non.
04h32. Je ne me suis pas donné la peine de te sauver pour que tu crèves une semaine plus tard.
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
04h32. Pourquoi t'es tu donné la peine de m'abîmer ?
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
04h32. Tu es déjà abîmé.
 

<<Look into my eyes
It's where my demons hide
Don't get too close
It's dark inside>>


____________________

Voici le chapitre sept ! Qu'en avez-vous pensé ?
Pour les lectrices qui suivent AIB,
vous savez que je pars en Erasmus à Istanbul demain.
Le prochain chapitre viendra donc dans quelques jours, 
le temps que je m'installe dans le pays :) 
Je vous embrasse et j'ai hâte de lire vos avis ♥

  

Tags : #RunUpfic - #Acte1

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Comments :

  • RunningUp

    10/02/2017

    SachaTchbn wrote: "Je sais même pas quoi dire tellement je ressens des sentiments différents en lisant ta fic. C'est sublime vraiment."

    merci, contente que ça te plaise ♥

  • SachaTchbn

    10/02/2017

    Je sais même pas quoi dire tellement je ressens des sentiments différents en lisant ta fic. C'est sublime vraiment.

  • resteavecmoific

    31/10/2016

    OUH LA LA !! J'ai TROP aimé ce chapitre. Faut que j'essaie d'y repenser dans l'ordre. Bon Perrie et Zayn c'est franchement des abrutis, ils sont hyper blasant mdr Ils savent déjà qu'ils sont dans la merde et ils en rajoute une énorme couche. Genre les gars ils creusent leur tombe et ils s'enterrent tout seul xD Ils se sont pris pour Tristan et Iseult xD

    Puis alors Harry mais ... je ressens vraiment de la peine pour lui ! C'est horrible. Mon coeur est brisé tellement il est perdu. Comment on peut être paumé à ce point ? Puis Louis là : "Tu sais ce que moi, je vois dans tes yeux, Styles ? Tu sais ce que je vois dans tes pupilles dilatées et tes paupières gonflées ? Je vois toute la merde que tu avales. Je vois ce que tu t'affliges jour après jour parce que tu ne supportes pas ta vie. Je vois de la haine, de la ranc½ur et de la peur. Alors, comment ces yeux-là, qui brillent de tout ce que le monde ne veut pas, pourraient voir de l'amour ? Comment tu pourrais reconnaître de l'amour lorsque tu ne le connaîtras jamais toi-même ?" mais c'est un fou malade de dire ça ? J'avoue que c'est super juste. C'était trop une belle tirade mais contiens toi garçon, l'autre est à moitié en train de mourir devant toi, t'es prié de pas l'achever comme ça.

    J'crois que j'aime bien Azoff même si c'est son fucking DEALER. Il faudrait que quelqu'un aide Harry parce que là, il coule trop, il va vraiment finir par se jeter du pont ce con (ou glisser xD). Ou finir mort dans une ruelle en hypothermie. Chaque fois il est sur le point d'être irrécupérable et c'est même pas agaçant comme Marissa Cooper dans The OC mdr, c'est juste super triste. Il est perdu p'tit bout. :(

    Bon c'est bien qu'ils se soient dit tout ça sur leur famille respective, ça remet les pendule à l'heure malgré tout même si Louis le sans coeur m'a un peu effrayée. Il a paralysé un gars mais yolo. Et ça m'a choqué qu'il dise "VOUS avez violé Eleanor". C'est juste un mec et il est en prison (j'le veux pas dans ma Team lui, j'aime pas les gars comme ça. c'est un fou). Ils mélangent tous leurs conflits et c'est pour ça que ça ne s'arrête pas. Y a personne qui sait vraiment où il en est et c'est un joyeux bordel. Mais Azoff surveille Harry, on est sauvé.

    Et Louis, il peut pas s'empêcher de s'inquiéter pour Harry MOUHAHAHAHAH. Ça c'est MUY CALIENTE. Je les ai trouvé vraiment trop tendre sur leur bout de trottoir (même si c'était une situation horrible), je sais pas. J'ai eu l'impression que c'était important qu'ils vivent ça, ce câlin un peu forcé. J'ai trop aimé.

    Bon aller, je continuerais plus tard ou demain mais J'ADORE. Même si je sens que ça ne va pas aller en s'arrangeant. Ah ouais et Louis se la raconte grave avec sa caisse. Moi aussi j'essaie de faire vibre le moteur de ma twingo mais étrangement c'est pas le même délire lol. Tss le craneur. VOILA VOILA ❤

  • RunningUp

    27/07/2016

    pizzafeatluke wrote: "encore une fois, cette détresse, c'est fou, frappant, poignant, ça prend aux tripes. c'est des personnages à bout de souffle, une série de putain de dommages collatéraux. bizarrement, toute cette douleur, je trouve ça magnifique.
    z.
    "

    merci merci merci ♥

  • pizzafeatluke

    12/07/2016

    encore une fois, cette détresse, c'est fou, frappant, poignant, ça prend aux tripes. c'est des personnages à bout de souffle, une série de putain de dommages collatéraux. bizarrement, toute cette douleur, je trouve ça magnifique.
    z.

  • RunningUp

    22/03/2015

    Mend wrote: "Hiiii;
    Tes chapitres sont longs et ça c'est cool, vraiment.
    Roméo et Juliette... Harry a foiré c'était sur mais du coup on a vu Louis yay!!!
    C'est vraiment magnifique!
    Chapeau l'artiste :) xx
    "

    "artiste" ohoh t'es trop mignonne ♥
    merci pour ton commentaire en tout cas !
    bisous xx

  • Mend

    22/03/2015

    Hiiii;
    Tes chapitres sont longs et ça c'est cool, vraiment.
    Roméo et Juliette... Harry a foiré c'était sur mais du coup on a vu Louis yay!!!
    C'est vraiment magnifique!
    Chapeau l'artiste :) xx

  • ThugLifeIsNotLasting

    06/03/2015

    D'accord :D

  • RunningUp

    06/03/2015

    ThugLifeIsNotLasting wrote: "Je les écoute toutes ;)"

    géniale ♥ certaines d'entre elles ont littéralement inspiré toute l'histoire !!

  • ThugLifeIsNotLasting

    06/03/2015

    Je les écoute toutes ;)

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