Chapitre dix.

 
 
Chapitre dix.

 
 
Harry Styles
 
                On est à fond sur l'autoroute. Je ne sais pas à combien de kilomètres à l'heure on roule, mais j'ai l'impression qu'on va bientôt décrocher les étoiles. Tomlinson a ouvert le toit de sa Ferrari et le vent est si fort sur mon visage que je ne peux rien faire d'autre que de respirer à m'en crever les poumons. On ne peut même pas parler à cause du bruit, mais je ne crois pas que Tomlinson en ait vraiment envie. Je ne crois pas qu'il ait quelque chose à me dire.
Honnêtement, je ne sais même pas pourquoi il m'a envoyé ce message. Je ne sais même pas pourquoi j'ai accepté. La situation est tellement étrange qu'aucun de nous deux n'a vraiment envie de la commenter. Alors, on s'en fout. On roule depuis déjà trente minutes, sans parler, sans se regarder et sans savoir où on va. Enfin, si. Lui, je suppose qu'il sait où il va, car il a l'air de suivre des panneaux depuis tout à l'heure, mais je n'ose pas lui demander plus d'informations. Et puis, je préfère quand même qu'il se concentre sur la route vu la vitesse à laquelle on roule. Je ne dis rien. Je me contente de fermer les yeux. Je suis bien. Je crois.
Après plusieurs minutes, je sens la voiture ralentir et je réalise qu'on a quitté l'autoroute. Je regarde le paysage pour voir où on est et il me semble reconnaître Brighton, une ville au sud du pays plutôt appréciée dans la capitale et connue pour ses plages de galets. J'y allais souvent quand j'étais enfant. Je souris, ça m'amuse de repenser à cette période parce que je me demande parfois si elle a réellement existé.
La voiture s'arrête sur un parking quasiment désert et Tomlinson coupe le moteur. Il se retourne brièvement vers moi puis sort de sa bagnole sans un mot. Je le suis, mais je me demande de plus en plus ce que je fais ici. Parce que je viens de croiser son regard, pour la première fois depuis cette nuit, et j'ai vu ses yeux rouges. Il a pleuré. J'en suis sûr. Ça me fait réaliser que j'aurais peut-être dû me poser plus de questions. Mais je ne le fais toujours pas.
Je continue de le suivre jusqu'à la plage et on s'arrête à quelques mètres de la mer, là où on peut voir les vagues s'échouer sur les galets en un bruit apaisant. On s'assoit sur le sol, presque au même moment, comme si on avait décidé d'un commun accord que c'était l'endroit parfait pour y rester la nuit. Juste en face de nous, on aperçoit une masse de fer rouillée qui s'avance dans la mer. Il me semble que ce sont les restes du West Pier, un ancien bâtiment qui a succombé à plusieurs incendies. Il n'en reste aujourd'hui que le squelette. Un squelette sombre et imposant.
J'entends Tomlinson attraper les galets sur le sable pour les lancer plus loin et puis, je me lance, sans trop savoir pourquoi :
 
— Tu sais, tout à l'heure, quand tu roulais à fond sur l'autoroute. Je me suis dis qu'on allait avoir un accident. Genre, un grave, où on risquait de mourir... Mais ça ne m'a pas fait peur.
 
Il se retourne vers moi et je percute ses yeux bleus que je suis incapable de déchiffrer. Je percute tout son être, en fait, comme si je réalisais soudainement qu'il était assis juste à côté de moi. Mes yeux se posent sur lui. Sur sa peau légèrement dorée, ses cheveux châtains qui lui tombent sur le front, son profil élégant... Comme si chaque élément de son visage s'était parfaitement et harmonieusement installé là où il fallait être, le rapprochant d'une éc½urante perfection.
Je continue en détournant mon regard vers l'horizon :
 
— Quel genre de vie je mène si je supporte aussi bien l'idée de ma propre mort ?
 
Ma question le laisse un instant déconcerté, puis il finit par me répondre, en se retournant vers la mer à son tour :
 
— Le même genre de vie que la mienne.
 
Je trouve ça tellement triste comme réponse que je ne trouve rien d'autre à ajouter. Je ne sais pas quoi lui dire, je ne sais pas quoi faire, je ne sais même pas ce que je fous là.
Tomlinson s'allonge sur les galets, les yeux plantés vers le ciel étoilé et je suis son mouvement, en prenant soin toutefois de mettre assez de distance entre nos deux corps. Putain. Qu'est-ce que j'aimerais être dans sa tête à cet instant précis.
Je me retourne vers lui et murmure du bout des lèvres :
 
— Tu peux la mettre ? Notre chanson. 
 
 
 
 
Louis Tomlinson
 
                Je crois qu'il vient de me provoquer une crise cardiaque. Notre chanson. Putain. Je sens mon c½ur qui essaie de repartir après cet arrêt brutal et inattendu. Notre chanson. Je plonge ma main dans la poche de mon manteau et je vois s'afficher sur l'écran tous les appels en absence de mon père et les messages qui s'accumulent dans ma boîte vocale. Je les ignore même si je sens mon c½ur se pincer car cette connerie m'a quand même ramené à la réalité. Je vais vraiment passer un sale moment en rentrant.
Puis je regarde Styles et je réalise que lui, il s'en fout d'être là ou pas. Que personne ne va le tuer pour avoir fuit toute une nuit alors que mon père va crever en me détestant. Ça me saoule. Ça me rappelle pourquoi on est si différent et pourquoi je le déteste au plus profond de moi.
Je retiens un rire de s'échapper de mes lèvres. Ce n'est pas de la haine que je ressens pour lui, mais de la jalousie. Une putain de jalousie qui me bouffe les entrailles et me fait perdre la tête.
 
— Tu ne veux pas la mettre ?
 
Je me retourne vers lui en me remémorant soudainement sa demande. J'en sais rien. J'en sais rien si je veux la mettre. J'en sais rien si je veux prétendre qu'on a une chanson.
 
— Pas grave, laisse tomber.
 
Styles repose sa nuque sur les galets et regarde les étoiles. Alors, j'en fais de même. J'ai froid, mais regarder le ciel m'apaise. Je n'en reviens pas que j'ai osé faire ça. Que je suis parti. Que j'ai laissé mon père en plan au Doll House. Que j'ai roulé jusqu'ici. Que j'ai emmené le fils Styles dans ma fuite. Que j'aime ça. Cette sensation. Cette liberté. Ce goût d'interdit.
 
 
 
 
Alors, juste, merde. Je prends mon portable et je sélectionne la musique. Everybody hurts. Il se retourne vers moi et je crois que je lis un Merci dans son regard. Je réponds De rien avec le mien et ça me fait bizarre parce que je crois qu'il a compris. Je me dis que ça devient grave si on arrive à communiquer sans parler. 
Je replace ma nuque contre les galets pour me concentrer sur l'univers. Je me sens tellement petit face à cette immensité. Tellement misérable et tellement remis à ma place.
Je me crispe soudainement au contact de ses doigts. Il vient de m'effleurer la main. Je pense qu'il ne l'a pas fait exprès car je sens son corps se contracter à mon toucher. Sauf qu'aucun de nous deux ne prend l'initiative de bouger. On reste là. Comme ça. Sans parler. Avec nos mains l'une à côté de l'autre. Ce n'est qu'un effleurement, presque rien, on se touche si peu que l'air passe encore entre nos deux peaux. Mais c'est là, quand même. Cette chaleur. Ce contact. C'est là. Je le sens si fort que ma main semble être la seule partie de mon anatomie à réagir.
Je ne le regarde pas. Je ne veux pas le regarder. Je ne veux pas comprendre ce qui se passe. C'est tellement con, putain. Qu'il me retourne le cerveau juste en effleurant ma main. Tout semble irréaliste à côté, toute cette violence, toute cette ranc½ur, ce conflit qu'on n'arrive même plus à justifier. Parce que je réalise brusquement que notre point commun n'a jamais été la haine, mais la douleur qu'elle engendre. Et cette souffrance s'efface un peu quand on est ensemble. Elle n'a aucune raison rationnelle de s'effacer, mais elle le fait. Lentement. Doucement. Sûrement.
 
 
 
 
Harry Styles
 
                Je ne sais pas depuis combien de temps sa main effleure la mienne. C'est tellement inattendu, incohérent, doux, effrayant, horrible, poignant, brutal, sincère, incompréhensible, agréable. Putain. Je suis juste complètement paumé. J'ai l'impression que sa main est la seule chose qui me reste pour m'accrocher à la réalité. Et encore, je ne suis pas sûr que ce soit réel. Il n'y a jamais rien qui m'a fait planer comme ça, pas même la drogue. Alors, ce n'est pas sa main, ce n'est pas cette musique, ce n'est pas cette nuit et ce n'est pas son souffle régulier qui va m'emmener là où je n'ai jamais pu aller.
Je ne peux pas laisser ça arriver. Je ne peux pas laisser cette atmosphère m'envahir parce que ce n'est qu'un mirage et que je ne veux pas souffrir de cette illusion.
Alors, je me relève brusquement.
 
 
 
 
 Louis Tomlinson 
 
                Un violent spasme me secoue lorsque je sens sa chaleur s'éloigner, lorsque tout s'écroule soudainement et que je sens cet abruti se relever pour se mettre debout. Ma main est vide de tout contact. J'ai même l'impression qu'elle se glace sous l'effet du vent.
 
— On va se baigner ?
 
Je regarde Styles avec des yeux ronds, pas certain de comprendre sa question. Mais il est malade, ce type. On est en plein mois de mars. L'eau doit être pire que glacée et on a rien pour se sécher.
 
— Oui.
 
Putain, je crois que je suis encore plus con que lui. Ou alors c'est lui qui me rend con. Enfin, peu importe. Il me donne envie de le suivre.
 
 
 
Harry Styles
 
                Un cri d'effroi s'échappe de mes lèvres lorsqu'une vague glacée s'échoue au niveau de mes genoux. Je suis frigorifié. Littéralement. J'ai l'impression que je pourrais m'évanouir tellement j'ai froid. Je me retourne vers la plage. Tomlinson n'a mis que les pieds dans l'eau et il me regarde comme si je faisais le truc le plus ouf de toute ma vie. C'est peut-être le cas d'ailleurs. C'est totalement suicidaire de se baigner dans cette eau à cette période de l'année. Même en été, c'est difficile, alors, en plein hiver...
Mon regard se perd sur son corps dénudé, sur ses abdominaux légèrement dessinés sous sa peau et ses muscles contractés à cause du froid. Il est juste en caleçon et il hésite à me rejoindre. Je vois la lune éclairer sa poitrine et ma tête se met à tourner.
Non, il faut vraiment que je me calme. Il faut que je me refroidisse. Maintenant. Je plonge totalement sous l'eau.
 
 
 
 Louis Tomlinson 
 
                Je vois Styles disparaître dans les vagues et son nom s'échappe de mes lèvres. Mais quel con. Il est malade. L'eau est bien trop froide. Il va juste crever. Il ne remonte pas, cet abruti. Je m'enfonce un petit peu plus loin dans la mer. Putain. C'est tellement froid. J'ai l'impression de recevoir des coups de poignards dans les jambes. C'est tellement douloureux que ça m'empêche d'avancer. Je trébuche contre les galets sous mes pieds. L'eau est si froide qu'elle me brûle la peau.
 
— STYLES !
 
Je vois soudainement sa tête brune remonter à la surface et il se remet totalement debout en hurlant à mort.
 
— PUTAIN C'EST TROP FROID !
— Abruti ! Mais pourquoi tu as plongé ?
— PUTAIN D'SA MERE. JE SENS PLUS MES COUILLES.
 
Je le regarde en explosant de rire. J'en ai presque un sursaut. Merde. Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas entendu mon rire que je me demande si ce son rauque qui est sorti de mes lèvres m'appartient réellement.
Le fils Styles se tient à quelques mètres devant moi et je n'ai vraiment pas la force de m'enfoncer plus loin dans la mer. L'eau lui arrive à la taille. La zone sensible. Je n'ose même pas m'imaginer à sa place.
 
— PUTAIN DE BORDEL DE MERDE. J'AI ENVIE DE CHIALER TELLEMENT J'AI FROID.
 
Son corps entier est pris de spasmes violents et, même de ma position, je vois ses lèvres bleuies par le froid. Mais qu'il est con, bordel. L'eau coule le long de son torse éclairé par la lune. Et qu'il est beau, bordel.
 
— JE CROIS QUE JE SUIS EN HYPOTHERMIE TOMLINSON.
— MAIS SORS DE L'EAU !
 
Les vagues continuent de s'échouer sur ma peau nue et j'ai l'impression de recevoir des coups de fouet à chacune d'elles.
 
— DÉPÊCHE STYLES !
 
Il finit par me rejoindre, lentement et en grimaçant à chaque pas. Les gouttes d'eau dégoulinent de ses bouclettes brunes et glissent le long de son cou, puis de sa poitrine, pour finir par s'échouer jusqu'à sa taille. Je vois l'élastique de son boxer ressortir peu à peu de la surface, à mesure qu'il se rapproche de moi et je déglutis péniblement.
Oh Bon Dieu. Non. Ça fait trop longtemps que je n'ai pas baisé.
Je remercie presque la nature de nous avoir fait une eau aussi froide car je ne suis pas certain que j'aurais pu contrôler mon corps dans le cas contraire.
 
— C'était une putain de mauvaise idée, déclare Styles en arrivant à ma hauteur. 
— C'était ton idée.
— Ça ne change rien au fait qu'elle était mauvaise, réplique-t-il.
 
Je veux répondre quelque chose, mais il se jette sur moi. Je veux dire, littéralement. Moi aussi, je crois. On se jette dans les bras l'un de l'autre, comme un noyé se jetterait sur une bouée de sauvetage. Son torse gelé et tremblant s'enfonce dans le mien et je sens ses doigts accrocher ma peau. Mes bras se resserrent autour de son corps sans trop savoir pourquoi. Mais on s'en fout, non ? Que ce ne soit pas cohérent ? Que ce ne soit pas bien ? On s'en fout. C'est bien pour ça que je suis parti. Pour m'en foutre. De tout. Juste une nuit.
Ma main glisse dans la courbe de son dos. Sa peau est glacée, mais je crois qu'elle brûle au contact de mes doigts. Je sens son visage s'enfoncer un peu plus dans mon cou. Je sens ses bras me serrer encore en peu plus contre son torse. Je sens son souffle sur ma nuque s'intensifier et je crois que j'en perds le mien.
 
— Pourquoi tu voulais t'enfuir Tomlinson ?
 
Sa question me laisse comme un con. Je ne pensais pas qu'il me la poserait. Il continue, en me serrant toujours un peu plus fort contre lui :
 
 — Qu'est-ce qui se passe ?
— Ma vie, je murmure, Il y a ma vie qui passe et je ne peux rien faire pour l'arrêter.
— Comme le commun des mortels.
— Mais le commun des mortels n'a pas ma vie.
 


Harry Styles
 
          Je sais. Je sais que personne n'a sa vie et que personne ne voudrait l'avoir. Je suis bien placé pour le savoir. Moi qui, chaque jour, remercie le ciel d'être le deuxième de ma famille. Alors, qu'est-ce que je peux lui dire ? Je n'ai pas l'habitude de réconforter les gens. Et puis, c'est un Tomlinson. Ce n'est pas comme si c'était mes affaires... Pourquoi je le serre dans mes bras, putain ?! Ce n'est pas une case qui me manque, mais un cerveau tout entier.
 
— Mon père va mourir, reprend-il.
— Je sais.
— Je vais être promu PDG de la société.
— Je sais.
— Je n'ai pas envie.
— ... Je sais.
 
On reste silencieux. On est juste serrés l'un contre l'autre, comme si on était une seule et même personne. Les vagues continuent de nous briser les jambes et le monde continue de tourner, sans nous. Comme il l'a toujours fait, en réalité.
 
— Qu'est-ce qu'il a ? Je demande, Ton père ?
— Lymphome.
— Je ne suis pas médecin.
 
Je le sens sourire contre ma peau puis il me répond :
 
— C'est un cancer des ganglions... Il est tellement pourri de l'intérieur que son propre sang est en train de le détruire.
 
J'entends la haine dans sa voix et je le serre encore plus fort contre moi. Parce que je le comprends trop bien. Parce que je sais qu'on leur en veut. À nos parents. De nous avoir fait naître ici. Dans ce conflit de merde et dans toute cette violence. Dans ce fric et dans cette jalousie. Dans ce trop plein de paraître et d'indifférence. J'en veux même à la terre entière d'avoir reçu cette vie. J'en veux au monde de ne rien aimer et de ne rien vouloir. Et je lui en veux un peu à lui aussi, de me ressembler, parce qu'il me montre à quel point je suis pathétique et banal.
Il frissonne contre ma peau et je réalise soudainement que je suis un putain de bloc de glace.
Je reprends :
 
— C'est très émouvant tout ça, mais si on allait crever autre part ?
 
Il rit contre ma peau et on relève tous les deux notre visage. Mais on n'est plus l'un contre l'autre. On est l'un en face de l'autre. Ça me fait bizarre.
 
— J'ai tellement froid, putain.
 
Tomlinson me regarde en souriant.
 
— Tu es un abruti.
— Tu m'as suivi.
— Mais je n'ai pas plongé, me fait-il remarquer.
 
Donc là, comme l'idiot que je suis, je passe ma jambe droite derrière les siennes et je le fais tomber dans l'eau. Sauf que ce con était bien accroché et que je m'affale avec lui. Putain. C'est presque plus douloureux que la première fois. Ce froid qui s'insinue dans les parties sensibles du visages ; les narines, les paupières, les gencives. C'est atroce. Je sens Tomlinson se débattre sous moi et je m'éloigne de lui pour remonter à la surface. Il met plus de temps à le faire donc j'en profite pour partir en courant parce que je sais qu'il va me tuer. Je l'entends déjà hurler derrière moi :
 
— STYLES ! T'ES UN HOMME MORT !
 
Je continue de courir dans l'eau, mais avec la force des vagues et mes jambes paralysées par le froid, ça s'avère plus difficile que prévu. Alors je trébuche, presque à chaque pas, je m'enfonce dans l'eau. Mais Tomlinson n'est pas prêt de me rattraper parce que je l'entends jurer dans mon dos et je sais qu'il a autant de mal que moi à avancer.
 
— SÉRIEUX T'ES MORT ! LA PROCHAINE FOIS QU'ON SE VOIT AU PONT JE TE POUSSE DANS L'EAU. T'AS COMPRIS ?
 
Je m'arrête pour me retourner vers lui et je répète halluciné :
 
— La prochaine fois ? Tu as prévu de me revoir ?
 
Ses yeux se plissent sous la colère et il rectifie aussitôt :
 
— Non. Je vais te tuer MAINTENANT.
 
Je me remets à courir et sors enfin de l'eau. Le vent me fait l'effet de lames de couteaux qui s'enfoncent dans ma peau nue. Je suis tellement absorbé par ma lente agonie que je n'entends pas Tomlinson arriver derrière moi.
Je tombe par terre. Percuté de plein fouet.
 
— Pourquoi t'as fait ça ? M'interroge t-il en se mettant face à moi.
 
Je déglutis. Ce con est à demi-allongé sur moi. Beau comme un Dieu, en caleçon et trempé. Si c'est comme ça qu'il veut ma mort, il l'aura.
 
— Pour rire. Détends-toi.
— Ce n'est pas drôle. Il gèle dehors et on n'a rien pour se sécher.
— Tu penses trop Tomlinson. Agis dans l'instant présent sans penser aux conséquences. C'est ça, être jeune.
— Crois-moi, tu ne veux pas que j'agisse dans l'instant présent.
— Pourquoi ? Je l'interroge, Tu penses à m'égorger ?
 
Il fixe mes lèvres pendant trois secondes qui me semblent interminables puis il lâche :
 
 — Non. Pas ça.
 
Tomlinson ne me laisse pas le temps de répondre et se relève brusquement pour se remettre debout. Et moi, je reste allongé, comme un con. Je ne suis pas sûr d'avoir compris l'insinuation. Enfin si, je crois que j'ai compris, mais, ce que je ne comprends pas, c'est ma réaction. J'ai tellement chaud tout d'un coup que je repense sérieusement à aller me jeter à la mer.
 
— Debout, Styles. On va mettre le chauffage à fond dans ma bagnole.
 
Il s'éloigne et je suis toujours allongé sur le sol. Putain. Faut vraiment que je réagisse. Mais j'en suis incapable. Est-ce qu'il a vraiment insinué qu'il voulait m'embrasser ? Ah bon sang. Je revois son regard brûlant se poser sur mes lèvres. 
 
— Styles ! S'exclame Tomlinson, Je sais que tu aimes frôler la mort tous tes putains de week-ends, mais, moi, j'ai autre chose à foutre.
 
Je me relève lentement et le vent glacial qui s'échoue sur mon visage me ramène brusquement à la réalité. Je passe une main dans mes cheveux et des gouttes d'eau se mettent à couler le long de mon dos, m'extirpant un frisson.
Je suis debout, devant Tomlinson. Il est en train d'enfiler son pantalon, enfin... Son bas de smoking et les muscles de ses bras sont tendus par l'effort et le froid. Il grimace à cause du vent puis finit par remonter son pantalon jusqu'à la taille, me privant de la délicieuse vision de son entrejambe. Puis il ramasse sa chemise et l'enfile lentement. J'ai l'impression qu'il cherche juste à me torturer, mais, en fait, je réalise qu'il doit juste avoir trop froid et que ses mouvements sont ralentis.
 
— Tu peux arrêter de baver sur mon corps ?
 
Ah merde. Quel con.
 
— Dans tes rêves Tomlinson. Je ne tape pas dans cette came-là, moi.
— Oui, je connais ta came Styles.
— Non. Je voulais dire...
— Tu voulais dire ?
— Tu n'es pas mon genre.
— C'est quoi ton genre ? Les dealers des bas-quartiers qui te tapent dessus ? M'interroge-t-il.
 
Je ne réponds pas, préférant ne pas engager cette conversation. Puis, il continue en me toisant du regard, remarquant probablement que j'étais toujours en caleçon :
 
— Donc, laisse-moi deviner, tu es le dominé au lit ?
— Le dominant, je rectifie aussitôt, Je l'ai toujours été.
— Habille-toi.
 
Je ne sais pas pourquoi je lui obéis à cet instant précis, mais j'ai froid alors, je me contente de me baisser sur le sol pour attraper mon jean. Je l'enfile tout en l'interrogeant :
 
— Et toi ? Dominé ou dominant ?
— Dominant, me répond-il comme si c'était une évidence.
— Oh. Alors, il va y avoir une incompatibilité entre nous deux.
 
Je le vois sourire et je ramasse mon pull que j'enfile par dessus mon torse gelé. La sensation du vêtement sur ma peau nue me fait un bien fou. Je remonte la capuche sur ma tête pour protéger mes cheveux mouillés du vent hivernal. 
 
— Elle existait avant notre naissance, reprend Tomlinson.
— De quoi ?
— Notre incompatibilité.
 
Il plante ses mains dans ses poches et commence à marcher vers le parking. Je le suis, sans commentaire. Tomlinson ouvre sa bagnole, referme le toit et allume le chauffage à fond tandis que je me glisse sur le siège passager. Et, comme ça, sans trop réfléchir, je me décide enfin à lui répondre :
 
— « Exister », je ne crois pas. Mais « créer », oui, elle l'a été avant notre naissance.
— Ça ne revient pas au même ?
— Tout dépend si on décide de respecter les règles.
 
Il me lance un regard en coin. Je vois une lueur indescriptible, pendant une seconde, jusqu'à ce que ses yeux se voilent légèrement et qu'il lâche sourdement :
 
— Tu n'es qu'un gamin Styles. Tu ne peux pas comprendre.
— Comprendre quoi ?
— Que les règles sont là pour être respectées. Sans elles, ce serait le chaos.
— Et que penses-tu des règles qui instituent le chaos ?
 
Il ne répond pas et je vois sa main se resserrer sur le levier de vitesse de sa voiture.
 
— On devrait rentrer à Londres.
— Pour que tu reprennes ta vie emmerdante à mourir ? Je l'interroge, Vas-y, je te regarde faire.
— J'ai des responsabilités, Styles.
— Et un libre-arbitre ? Je propose, amer.
 
Tomlinson démarre le moteur et je laisse tomber, ce gars ne voudra jamais rien entendre, il a été programmé comme ça à sa naissance.
 
— Parler de libre-arbitre est assez malvenu de ta part, reprend-il lorsque l'on sort enfin du parking.
— Pourquoi ça ?
— Parce que tu n'en as pas assez pour arrêter de te droguer.
 
Il s'arrête à un feu rouge et me regarde dans les yeux, comme pour me montrer qu'il ne dit pas ça en l'air ou pour me provoquer. Comme s'il... S'inquiétait pour moi ?
 
— Ce n'est pas le libre-arbitre qui me manque pour arrêter, je murmure.
— C'est quoi alors ?
— La volonté ? Je propose, Le courage de le faire.
 
Tomlinson acquiesce de la tête. Lui aussi, je crois qu'il en manque pour s'échapper de cette vie merdique et déprimante. Je le comprends. Ce n'est pas si facile. Je ne sais même pas où ça se trouve, ce courage-là. Je ne sais même pas si ça existe vraiment.
La voiture commence à accélérer sur la route, mais il ne va pas aussi vite qu'à l'aller.
 
— On peut brancher ta musique dans la voiture ?
 
Il se retourne vers moi brusquement et m'interroge d'un air blasé :
 
 — Quoi ? Tu veux encore l'écouter ?
— Je veux tout écouter. Toute ta musique.
— Je croyais que tu étais quelqu'un d'exclusif.
— Le courage ça commence par changer ses habitudes, non ?
 
Il a l'air d'approuver ma remarque et glisse sa main dans son pantalon de smoking. Il en ressort son portable et le branche rapidement à la chaîne hifi de sa bagnole.
 
— Qu'est-ce que tu veux écouter ? Me demande t-il.
— Mets ce que tu veux.
 
On a roulé toute la nuit, la musique à fond. Je crois qu'il a fait un énorme détour parce qu'on a presque mis le triple de temps de ce qu'on avait fait à l'aller.
Mais je m'en fous. Parce que je suis bien, putain, et que je n'ai pas besoin de me mettre de la merde dans le sang pour ça.
 
 
 
 
 
 
Chapitre dix.
 
<< Everything that kills me makes me feel alive >>
 
____________________
Et voici la fin de l'Acte 1,
J'espère que cette première partie vous aura plus et vous donnera envie de lire la suite de l'histoire :)  
Enjoy xx
 
 
 
 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

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Comments :

  • RunningUp

    06/11/2016

    resteavecmoific wrote: "Cet acte 1 était FOUFOU !! skjfhgkljsfh Evidemment, j'ai adoré ce chapitre, ça signe le début de quelque chose parce que plus on se l'interdit, plus on y pense, plus on y pense, plus on en a envie et plus on en a envie, plus on se l'interdit. C'est sans fin, ça monte sans s'arrêter. J'ai peur que ça finisse mal mais pour l'instant ça commence à peine. Il y a comme un renouveau, il y a presque de l'espoir même si je me doute que le retour sera tendu. En tout cas, c'était agréable de lire ça, j'ai pas mal ri dans la flotte, ils sont couillons (surtout Harry) mais c'était chouette ! Du coup, j'ai hâte de lire la suite MOUHAHAHAHAHAHAH "

    hihi merci beaucoup pour tous tes commentaires, ça me fait trop plaisir que tu lises cette histoire et c'est drôle trop de lire tes réactions à chaque fois, ça me replonge dans les premiers chapitres et ça me rend presque nostalgique ahah ! en tout cas cas je suis contente que tu aies aimé l'acte 1, j'espère qu'il en sera de même pour la suite, mais si je vais t'avouer entre nous que je trouve que l'acte 1 est le meilleur des 4, peut-être parce que j'aime bien justement écrire le début de la relation, je ne sais pas trop. Après pour le coup on découvre plus les autres personnages aussi, surtout Gemma. J'espère que tu l'aimeras bien, c'est mon personnage favori :D Bisous bisous xx

  • resteavecmoific

    02/11/2016

    Cet acte 1 était FOUFOU !! skjfhgkljsfh Evidemment, j'ai adoré ce chapitre, ça signe le début de quelque chose parce que plus on se l'interdit, plus on y pense, plus on y pense, plus on en a envie et plus on en a envie, plus on se l'interdit. C'est sans fin, ça monte sans s'arrêter. J'ai peur que ça finisse mal mais pour l'instant ça commence à peine. Il y a comme un renouveau, il y a presque de l'espoir même si je me doute que le retour sera tendu. En tout cas, c'était agréable de lire ça, j'ai pas mal ri dans la flotte, ils sont couillons (surtout Harry) mais c'était chouette ! Du coup, j'ai hâte de lire la suite MOUHAHAHAHAHAHAH

  • RunningUp

    04/08/2016

    Tona-wairua-larry wrote: "ET COMMENT QU'ELLE M'A PLU CETTE PREMIÈRE PARTIE !! Je t'avoue que je m'attendais à ce qu'ils s'embrassent (pourtant si près du but.. je ris) mais bon pas déçue pour autant! Pas le moins du monde même! J'aime ta fiction, c'est hyper original et le fait qu'on les "force" à se détester depuis tout petit rajoute ce petir truc.. on dirait qu'ils arrivent pas à se faire confiance, et malgré le fait qu'ils se rapprochent ya toujours cette petite voix dans leurs têtes qui le leur interdit et... j'sais pas c'est.. ça fout un truc au fond du ventre que j'arrive pas à expliquer.

    Voilà j'essaie de te donner mes avis sur ta fiction parce qu'elle vaut franchement le coup. Je vais continuer ma lecture (je crois que je vais pas la lâcher de la nuit, heureusement que je suis en vacances haha) xxx
    "

    je suis contente que ça te plaise autant, même si j'ai déjà cru apercevoir tes autres commentaires et que ça va pas durer, oups ;)

  • Tona-wairua-larry

    02/08/2016

    ET COMMENT QU'ELLE M'A PLU CETTE PREMIÈRE PARTIE !! Je t'avoue que je m'attendais à ce qu'ils s'embrassent (pourtant si près du but.. je ris) mais bon pas déçue pour autant! Pas le moins du monde même! J'aime ta fiction, c'est hyper original et le fait qu'on les "force" à se détester depuis tout petit rajoute ce petir truc.. on dirait qu'ils arrivent pas à se faire confiance, et malgré le fait qu'ils se rapprochent ya toujours cette petite voix dans leurs têtes qui le leur interdit et... j'sais pas c'est.. ça fout un truc au fond du ventre que j'arrive pas à expliquer.

    Voilà j'essaie de te donner mes avis sur ta fiction parce qu'elle vaut franchement le coup. Je vais continuer ma lecture (je crois que je vais pas la lâcher de la nuit, heureusement que je suis en vacances haha) xxx

  • RunningUp

    26/07/2016

    pizzafeatluke wrote: "je me préparais déjà a un truc de fou pour ce chapitre, et la j'ai lu le mot "brighton" et dans ma tête ca q fait un peu "ORH!". brighton, c'est ma vie, l'un de mes plus beaux souvenirs, bref on s'en fout.
    comment dire? c'est merveilleux. c'est un peu mon relationship goal, en fait, ce moment.
    bref: brighton+nuit+larry+musique+étoiles+ton écriture = ♥
    z.
    "

    merci !!! J'aimerais trop y aller à Brighton !

  • pizzafeatluke

    13/07/2016

    je me préparais déjà a un truc de fou pour ce chapitre, et la j'ai lu le mot "brighton" et dans ma tête ca q fait un peu "ORH!". brighton, c'est ma vie, l'un de mes plus beaux souvenirs, bref on s'en fout.
    comment dire? c'est merveilleux. c'est un peu mon relationship goal, en fait, ce moment.
    bref: brighton+nuit+larry+musique+étoiles+ton écriture = ♥
    z.

  • RunningUp

    08/11/2015

    larry-goal wrote: "j'adoooore brdl de dieu de merde c'est tellement bien écris, bien pensé, bien réalisé, bien tout ce que tu veux
    T'as un vrai talent c'est incroyable
    "

    hey ! trop contente d'avoir l'avis d'une nouvelle lectrice ! je viens de voir que tu as débuté l'histoire donc j'espère que j'aurais ton retour de temps en temps au fur et à mesure que la fic va avancer ! hate d'avoir de nouveau de tes nouvelles ! bisous xx

  • larry-goal

    08/11/2015

    j'adoooore brdl de dieu de merde c'est tellement bien écris, bien pensé, bien réalisé, bien tout ce que tu veux
    T'as un vrai talent c'est incroyable

  • RunningUp

    31/08/2015

    Visiteur wrote: "C'est parfait **"

    merci :)

  • Visiteur

    29/08/2015

    C'est parfait **

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