Chapitre quatre - Partie 2.

 
 
Chapitre quatre - Partie 2.

 
 
Louis Tomlinson
 
                 Je m'élance de toutes mes forces pour frapper dans la balle. Celle-ci part s'échouer dans les filets du but, quelques secondes plus tard, sous le regard interloqué de Zayn qui fait le gardien.

— Et bien, Louis, commente-t-il, Quelle violence ! Tu es frustré sexuellement ou quoi ?
— Ta gueule.

Zayn pouffe de rire, l'air de comprendre qu'il n'avait pas tort, et récupère le ballon dans la cage des buts. On échange nos places en trottinant. Je m'installe dans les buts pendant qu'il place son ballon sur le terrain. On est au mois de mai. La journée tire sur sa fin. Mon père m'a laissé partir plus tôt du boulot. J'ai sauté sur l'occasion pour proposer un foot à mes cousins. Ce sport me manque tellement. Aiden et Stan ont répondu non, car ils devaient se préparer pour une soirée ou je ne sais quoi. Zayn s'est proposé pour m'accompagner. Ça m'a un peu étonné au début car on ne se parle plus beaucoup depuis quelques temps. Mais j'étais tellement content de trouver un partenaire de jeu que je n'ai pas cherché à comprendre. Peut-être qu'à lui aussi, je lui manque un peu.

— T'es prêt, Louis ? M'interroge-t-il en sautillant devant sa balle.
— Mais tire, abruti !

Zayn s'élance et frappe le ballon de toutes ses forces. Elle arrive rapidement, mais je parviens à la rattraper. Enfin, je la reçois en plein ventre, en réalité, et m'écroule par terre en un cri de douleur. Mais, au moins, elle n'est pas rentrée dans le but. Ce petit a pris de la force ces derniers temps. Il n'est plus l'adolescent innocent dont je me faisais l'idée.

— J'aurais peut-être dû tirer plus bas ? Suggère Zayn en m'observant me relever, mes deux mains sur le ventre, Ça t'aurait soulagé, non ?
— C'est qui l'obsédé du cul entre nous deux, là ? Je rétorque, Tu ne parles que de ça depuis tout à l'heure ! Qu'est-ce que t'as, bordel ?
— Euh rien, répond-il, visiblement troublé par le retournement de situation.
— Quoi ? Je pouffe, Tu as besoin de conseils sur la sexualité et tu n'oses pas me demander ?
— Ferme-là.
— Tu sais que tu peux tout me dire Zayn, je murmure en me rapprochant de lui, le ballon entre les mains, Je suis de ta famille.
— Mais tu ne comprends pas.
— Je suis gay, certes, mais j'ai de l'expérience, crétin. Raconte.

Je lance le ballon de foot à Zayn qui l'attrape en plein vol. J'en profite pour me rapprocher de mon cousin tandis qu'il fait rouler la balle entre ses doigts.

— J'ai juste... Peur de mal faire, finit-il par lâcher.
— Tu as déjà eu ta première fois. Le pire est passé.

Son regard se voile. Je sais qu'il déteste que je parle de sa première fois. Et d'un côté, moi aussi, ça me répugne. Il a perdu sa virginité avec une copine de sa mère. Une couguar de trente ans. Il en avait quinze, il me semble. Il s'est laissé porter par ses hormones. À cet âge-là, on n'est pas vraiment cohérent. Je suis le seul à savoir. Et, pourtant, j'aurais aimé en parler à Patricia pour qu'elle se débarrasse de cette bouffonne, mais je sais que Zayn aurait eu trop honte que sa mère le sache. Il a déjà mis plusieurs mois à me l'avouer. Je pense que, s'il l'a fait, c'est parce qu'il avait besoin de se débarrasser de ce fardeau.

— Je ne l'ai jamais refait depuis... Enfin, tu sais, continue-t-il.
— Je vois, je murmure, Tu as envie de le faire avec quelqu'un d'important maintenant et tu stresses comme si c'était ta première fois ?
— Ouais.

J'ai envie de sourire parce que je le trouve adorable à me confier ses peurs, mais je réalise soudainement ce qu'il est en train de m'avouer.

— Attends, tu as une copine ?!
— Pas encore.
— Comment ça pas encore ? Je l'interroge, C'est qui ?
— Tu ne connais pas.

Putain de douche froide d'un seul coup. Bordel. Son mensonge crève les yeux. Pourquoi il me gâche mon seul moment de répit de la journée ? Il n'avait pas le droit. Mais pourquoi est-ce qu'il me complique autant la vie, ce con ? Je vois noir d'un seul coup et j'ai envie de tout faire péter.

— Putain ! J'explose, Tu déconnes, j'espère ? Perrie ? Perrie des Styles ?

Son visage se décompose brutalement et je beugle de plus en plus fort :

— Tu me croyais vraiment assez con pour n'avoir rien remarqué ? Je ne t'ai rien dit Zayn parce que c'était fini ! Ne me fais pas l'affront de recommencer cette connerie !
— Comment... Comment tu l'as su ?

Oh putain. Je ne vais pas me faire avoir une deuxième fois. Et puis, merde, Zayn est moins réactif que Stan de toute façon.

— Parce que c'est mon rôle, putain. Je t'interdis de faire ça.
— Tu ne m'interdis rien du tout.
— Hors de question que tu sois avec elle.
— Je vais tout faire pour la récupérer.

Dialogue de sourds.

— Tu as écouté ce que je viens de te dire ?! Je m'emporte.
— Je n'ai pas peur de toi, Louis, ni d'aucun d'entre vous.
— C'est dommage parce que Stan est au courant aussi et je pense qu'il est moins tendre que moi.

Le visage de Zayn se décompose une deuxième fois. Je me sens mal d'un coup. Parce que, oui, clairement, ça devient évident que c'est moi qui lui ai tout raconté.

— Tu fais pitié, Louis.
— Va te faire foutre.
— Et depuis quand t'es autant soumis à Stan ? Relance-t-il en me foutant le ballon de foot dans les mains, Depuis quand tu n'es pas foutu de gérer le clan tout seul ?
— Je n'ai pas besoin de Stan. Je te préviens juste qu'il est au courant.
— Parce que tu lui as dit ! Explose-t-il, Parce que t'es un putain de lâche ! Stan serait un meilleur chef que toi, sérieux !

Je laisse le ballon tomber à mes pieds. Il roule sur le terrain tandis que je m'approche de Zayn, accrochant son tee-shirt parce que je ne supporte pas qu'on m'insulte de cette manière.

— Ferme-la. Tu ne sais pas de quoi tu parles, Zayn. Si jamais j'apprends que tu t'es remis avec Perrie, tu vas passer un sale moment, crois-moi. Mais, si jamais c'est Stan qui apprend que tu t'es remis avec cette fille-là, c'est elle qui va passer un sale moment. Parce que Stan s'en prend aux plus faibles. Parce que Stan appuie là où ça fait mal. Parce que Stan est violent et égoïste. Alors, ferme ta putain de gueule et ne redis jamais un truc comme ça.

Il se tait car il sait que j'ai raison. Stan n'aurait aucun scrupule à s'en prendre à Perrie Styles, parce que Styles dans un nom, ça justifie tout, même l'horreur. Même si je ne la porte pas dans mon c½ur, je serais incapable de m'en prendre à cette gamine.

— Pourquoi vous faites ça ? Il m'interroge, d'une voix tremblante.
— Faire quoi ?
— M'empêcher d'être heureux.
— On te protège, abruti.
— Protège de quoi ? Demande Zayn, Tu n'es pas un modèle, Louis. T'es malheureux. T'es frustré. T'es en colère. Parce que t'es enfermé. Et je ne comprends pas pourquoi tu cherches à m'enfermer avec toi. T'as la trouille d'être tout seul dans ta prison dorée, c'est ça ? Tu veux tous nous enfermer avec toi parce que ça justifierait un peu mieux ta vie de merde ?
— Ta gueule.
— Ouais. Ça aussi, ça te fait du bien ? Qu'on ferme tous notre gueule ? Qu'on ne t'ouvre pas les yeux sur ta lâcheté ? Je ne vous laisserais pas me faire enfermer, Louis. Moi, j'ai le courage d'avoir ce que je veux. Je n'en ai pas peur. Et qu'elle soit une Styles, j'en ai rien à foutre. Ce n'est pas mon conflit. Et si tu veux savoir, je ne pense même pas que ce soit le tien ou celui de Stan et Aiden. Ce n'est rien. Ça n'a pas de sens. Vous vous cachez juste derrière parce que ça vous occupe. Haïr les autres pour ne pas regarder à quel point vous êtes pathétiques.

Je n'arrive même plus à parler. Je n'arrive même plus à réagir. Je devrais, pourtant. Je devrais lui foutre un poing pour qu'il ferme sa gueule. Je devrais lui hurler de regarder Eleanor plus souvent, de voir la détresse dans les yeux de ses frères, de s'occuper de Lottie quand elle s'enfonce un ciseau dans la cuisse, de protéger nos mères au bord de la psychose, d'accompagner mon père chez le médecin pour comprendre que ce n'est pas la maladie qui est en train de le tuer, mais juste sa vie. Sa vie à travailler, sa vie à haïr, sa vie à vouloir dominer. Je devrais lui dire tout ça pour qu'il n'ose plus jamais dire que ce conflit ce n'est « rien ». Parce que c'est tout, justement. C'est tout ce qui nous a foutu dans la merde. Tout ce qui nous bousille la vie depuis notre naissance. Il pense qu'il peut l'ignorer comme ça ? Qu'il peut tout balayer d'un revers de la main parce que monsieur est amoureux d'une Styles ? Je déteste l'entendre prétendre que c'est possible. Je le déteste tout court. La façon dont il me regarde. La façon dont il ne changera pas d'avis. Ça me répugne. Ça me brise. Ça me tue.

— T'as peur, Louis, continue-t-il, T'es terrorisé. Et je crois que, même toi, tu ne comprends pas pourquoi.

Il tire violemment dans le ballon arrivé à ses pieds, puis sort du terrain. Juste comme ça. Sans un regard pour moi. Je le déteste encore plus. Parce que, putain, ouais, il a raison. 
 

 
 
Chapitre quatre - Partie 2.

 
       Harry Styles
 
          J'enfile ma veste d'uniforme par dessus ma chemise blanche tout aussi « cliché britannique » et sors de la salle de physique de mon lycée. Un soupir s'échappe de mes lèvres. La semaine est enfin terminée. Je sais qu'il n'y a rien de vraiment rassurant parce qu'on approche des examens de fin d'année et le mot « fac » se murmure sur toutes les lèvres. Mon c½ur se tord encore à cette pensée. Pour moi, l'année prochaine ne se résume pas à la fac. Elle se résume au départ d'Liam et Edward en Chine. Elle se résume à moi tout seul dans cette ville, sans mon meilleur ami.
J'ai presque envie de lui demander de louper encore une fois cet examen à la con. Je veux qu'il reste avec moi. Je ne veux pas qu'on soit séparés, jamais. Mais ça ferait trop fleur bleue alors je garde ça pour moi. Même si je crois qu'il n'en mène pas plus large que moi.
D'ailleurs, je l'aperçois en sortant du lycée, avachi contre les grilles et clope au bec. Il m'attend. Je le rejoins rapidement et desserre ma cravate. Putain d'uniforme de merde.


— Hey.
— Hey, répète-t-il en retour, On fait quoi ce soir ?
Whisky Mist ? Je propose.


Il acquiesce. On ne sort plus beaucoup à la Fabric depuis sa bagarre avec Stan. Déjà parce qu'on n'a plus le droit. Et, ensuite, parce qu'on est débiles de ne pas avoir pensé au Whisky Mist plus tôt. C'est un bar VIP en plein c½ur de Mayfair, notre quartier. Un coin plutôt sympa et surtout sans Tomlinson.


— Tu penses que Perrie aura le droit de ressortir avec nous ? M'interroge-t-il en tirant sur sa cigarette.
— Perrie ou Jade ?


Il sourit en coin. Qu'il est con.


— Alors, ça y est ? Vous avez remis le couvert ?
— C'est quoi cette expression de gros naze ? Rétorque-t-il en fronçant des sourcils.


Je m'arrête moi aussi. Wow, il va falloir que je contrôle mes mots plus souvent. Je passe vraiment pour un con, des fois.


— Ouais, enfin, tu la baises maintenant ? Je reformule plus explicitement.
— On ne baise pas, commente-t-il, On fait l'amour.
— Abruti.
— Attends, c'est pour des conneries comme ça qu'elle est allée se jeter dans les bras de l'autre enflure, alors si j'ai juste à changer mon vocabulaire, ça me va.


Bien sûr que ça lui va. Au final, ça revient au même.


— Bref, reprend-il en écrasant sa cigarette sur le trottoir, Tu penses que ton père l'autorisera à ressortir ? Ça fait presque deux mois quand même.


Je hausse les épaules. Je n'en sais foutrement rien. Est-ce que c'est ma faute, à moi, si sa mère est totalement bourrée au Prozac et que son père est tellement perdu dans son travail qu'ils ne sont pas foutus de prendre la décision à la place de mon père ?


— Au pire, invite Jade sans Perrie.
— Ça va se savoir, t'es malade.
— Ouais, bah si t'es tellement emballé à lui faire l'amour, pourquoi tu ne l'assumes toujours pas ?
— Différence d'âge, murmure-t-il.


Je le regarde blasé. Il n'est pas sérieux, quand même ?


— Vous n'avez que trois ans d'écart, abruti, ce n'est rien.


C'est vrai quoi, ce n'est rien trois ans. C'est la différence entre Tomlinson et moi. Stop. C'est quoi cette comparaison débile ?


— Ouais, mais je suis majeur et pas elle, réplique-t-il, Et ferme-la, il y a Perrie qui arrive.


Je me retourne vers ce qu'il regarde, derrière moi et, en effet, une tornade blonde se plante devant nous.


— Les gars, j'ai besoin que vous me couvriez !
— Non, je réponds à l'unisson avec Liam.
— Putain ! S'énerve-t-elle, frustrée, Vous n'avez même pas écouté ce que j'allais vous dire !
— C'est toujours non, je réplique en sortant mon paquet de cigarettes de ma poche.
— Mais merde !
— Oh vas-y, balance, soupire Liam.


Le faible. C'est toujours le premier à céder.


— Ok, commence Perrie, bifurquant son regard vers Liam car elle sait pertinemment que je me fiche de ce qui va suivre, J'ai dit à Des que je révisais chez Anna ce soir...


Anna. La meuf la plus stupide de ce bahut. Super crédible.


— ...Et il m'a dit que je pouvais sortir jusqu'à dix-neuf heures. Sauf que je viens de recevoir un SMS de Pâris et il m'emmène au ciné ce soir. Je ne savais pas. J'aurais inventé un autre mensonge sinon, mais là je suis bloquée. Je pourrais rentrer à la maison seulement vers 20 heures.
— En quoi j'interviens ? Interroge Liam, sceptique.
— Tu peux dire à Des que tu vas me chercher chez Anna et qu'on va manger quelque chose en ville... Et t'en profite pour vraiment venir me chercher au ciné ? Tente-t-elle, un sourire en coin, On rentre à 20 heures, promis !
— Et qu'est-ce que je fais moi, pendant tout ce temps-là, si je suis censé me barrer à 19 heures ?
— Fais ce que tu veux, on s'en fiche.


Un sourire éclaire rapidement le visage de mon cousin et je sais à quoi il pense. Il n'a que le cul dans sa vie.


— Ok, souffle-t-il, comme si ça l'ennuyait, cet obsédé.
— Oh merci, merci, merci ! Piaille Perrie en lui déposant un baiser sur la joue.


Puis elle se précipite vers la sortie du lycée, rejoint son putain de mec sur sa moto et enfile le casque qu'il lui tend.


— Je n'aime pas la savoir avec Pâris, je rechigne.


Liam ne me répond pas, trop concentré à envoyer un texto. Comme si je ne savais pas déjà ce qu'il était en train de demander et à qui.


— Oh tu m'écoutes ?
— Quoi ? Souffle-t-il, lâchant son iPhone des yeux.
— Ça craint qu'on la laisse avec Pâris. Elle le connaît à peine, ce type.
— Il était là à son anniversaire, réplique Liam d'un haussement d'épaules indifférent.


Il vient de recevoir un texto et il sourit niaisement en lisant son contenu.


— Putain, tu serais vraiment prêt à tout pour baiser. Même laisser notre cousine avec un abruti.
Cette fois, il relève son regard vers moi, un air furieux sur le visage.
— Va te faire foutre, Harry. Je n'ai clairement aucune leçon à recevoir de toi. Et je ne vois pas ce que tu reproches à Pâris. Il est cool comme type et même ton père l'a approuvé.
— Normal, c'est limite lui qui a planifié la rencontre. Oh, il y a quelqu'un d'assez intelligent dans cette famille pour remarquer que c'est qu'une saleté de mariage arrangé ?!
— T'as toujours besoin de dramatiser, soupire-t-il d'un air las, Elle a seize ans, je te rappelle.
— Tu ne connais pas mon père.
— Et tu ne connais pas Perrie, réplique Liam, Ce n'est pas demain la vieille qu'elle se fera passer la bague au doigt. Et ils vont juste au ciné, relaxe-toi.


Ouais, clairement, là j'ai besoin de me relaxer. Je remarque d'ailleurs que je n'ai toujours pas allumé la clope que je tiens entre mes doigts. Je la glisse entre mes lèvres en demandant du feu à mon cousin puis l'allume. La nicotine passe dans mes poumons, mais ça fait longtemps que le tabac ne me détend plus. Tant pis, je continue de fumer, par automatisme.
Je ne sais même pas pourquoi je suis autant énervé. Peut-être parce que je sens que c'est faux, toute cette connerie. Je ne suis pas con. Je sais que Perrie est tombée amoureuse du gorille. Ça se lisait dans tous les pores de sa peau. Et ça m'énerve de la voir prétendre qu'il ne s'est jamais rien passé. Ça m'énerve de la voir continuer sa vie l'air de rien alors que moi, j'en suis incapable. Ouais, c'est ça le problème. La façon dont elle a oublié les Tomlinson. Et la façon dont ça me paraît insurmontable.


— Et puis au lieu de s'occuper de son couple, tu ferais mieux de t'occuper du tien, reprend Liam.


Mon c½ur s'arrête totalement de battre dans ma poitrine. Mon couple. Mais qu'est-ce qu'il raconte, ce con ? Est-ce que je viens de penser tout haut ?


— Quoi ? Je balbutie, perplexe.


D'un simple geste de la tête, il me désigne l'entrée du lycée et je me retourne lentement. Trop lentement presque. Sans aucune rationalité, je m'attends sincèrement à voir l'héritier, planté devant les grilles. Mais ce n'est pas lui. Bien sûr. Et je ne sais pas si je suis soulagé ou si je me sens encore plus mal. Merde. Je l'avais presque oublié.


— Va lui parler, me conseille Liam.


« Et toi, va te faire foutre » j'ai envie de lui répondre, mais les mots restent au fond de ma gorge. Je me contente de plonger les mains dans les poches de mon uniforme et j'avance vers Azoff  qui m'attend devant les grilles. Ça fait combien de temps, sérieusement, que je ne l'ai pas vu ? Même en soirée, on ne s'est jamais croisés alors qu'on a l'habitude de traîner aux mêmes endroits. Peut-être qu'il m'a évité. Ou alors c'est moi, je ne sais plus. C'est vrai que je ne suis pas retourné à la Fabric depuis longtemps.


— Hey, je murmure en me plantant devant lui, Tu vas bien ?


Question à la con. Ça fait des semaines qu'on ne s'est pas vus. Et je lui demande s'il va bien comme quelqu'un qui commenterait la météo parce qu'il n'a pas un autre foutu sujet de conversation.


— Mouais, marmonne-t-il vaguement, Et toi ?


Mon regard plonge dans le sien. Ses yeux sombres qui m'ont fait planer auparavant. Sa mâchoire carrée et puissante. Sa barbe mal rasée. Ses cheveux dépeignés. Son air triste et rebelle sur le visage. Ouais, ça fait un coup quand même, de revoir sa belle gueule en face de moi.


— Qu'est-ce que tu fais là ? Je demande.


Oui, je sais, ce n'est pas génial comme entrée en matière. Mais là, tout de suite, c'est la seule question qui me brûle les lèvres.


— Je passais par là.


Si on commence comme ça, par des conneries aussi énormes, je veux dire, on n'est pas prêts d'avoir une conversation pertinente.


— La vraie raison ? J'interroge, un sourire en coin.
— Tu me manquais, sale con, me murmure-t-il.


Bam. Deuxième coup de poing dans la gueule.


— Je ne pensais pas t'avoir donné envie de me revoir.
— Il faut croire que si.


Sa voix est rauque et légèrement cassée à cause de tous ses putains de paquets de cigarette qu'il s'enfile à longueur de temps. Puis on reste silencieux. Je me sens con. Moi, le gamin de dix-sept ans dans son uniforme de lycée et lui, le dealer à l'allure endormie et aux fringues dégarnies. Mon Dieu, ce qu'il est sexy, ce con.


— Tu veux passer chez moi ? Il demande.


Des semaines qu'on s'est engueulés, des semaines que je n'ai pas de nouvelles, et il me pose la question comme ça, telle quelle. Comme s'il suffisait qu'on baise pour arranger le problème. Mais quel problème, d'ailleurs ? Je ne me souviens même pas pourquoi on s'est disputés.


— Je ne crois pas que ça soit une bonne idée, je lâche sourdement.


Ses sourcils se froncent soudainement et son regard s'assombrit.


— Tu baises quelqu'un d'autre, c'est ça ?


Ça ne m'étonne même pas de lui. Azoff  n'a jamais été du genre à peser ses mots.


— Non, je bafoue, Arrête ton délire. Et puis, même si c'était le cas, je ne crois pas t'appartenir.


Il soupire longuement. Je sais que ça l'énerve quand je lui sors ce genre de trucs. Même quand on était « ensemble » je ne me gênais pas vraiment pour aller voir ailleurs. Ça le rendait fou, mais je ne lui laissais pas le choix. C'était ça ou rien.


— Putain Harry, grince-t-il entre ses dents, T'as le don pour me foutre hors de moi, hein ? Je fais un effort là.
— Tu me proposes de baiser ? Effort à saluer, en effet.
— Arrête... T'en as autant envie que moi. C'est ta fierté qui te fait parler.
— Et toi, ta libido ? Je propose.


Il grince puis jette un regard derrière moi.


— Viens, on va parler plus loin.


Je le suis en enfonçant mes mains dans les poches de mon uniforme. On change de trottoir puis on s'arrête quelques mètres après le lycée, dans une petite ruelle à l'arrière d'un restaurant.


— Hum, agréable comme endroit, j'ironise, Bon choix de...


Il me coupe en me plaquant contre le mur, ses mains sur mes hanches et son souffle sur mes lèvres.


— Embrasse-moi, Harry.
— Non.
— Pourquoi ? Insiste-t-il en se rapprochant de mes lèvres, Merde, putain, j'en ai tellement envie.
— Arrête. Ne rends pas les choses plus compliquées.
— C'est toi qui as toujours rendu les choses plus compliquées.


Je baisse les yeux vers le sol. J'ai envie de rire face à la cruauté de l'existence. Moi, dans mes pompes à deux milles livres et lui, dans ses baskets Nike, trouées, qu'il porte depuis cinq ans. Moi, qui le rejette et lui, qui me supplie de le reprendre. Il est aveugle ou quoi ? Il ne se rend pas compte que je ne suis qu'un boulet ? Que je l'enfonce un peu plus dans la misère ?


— T'es mieux sans moi, putain, je finis par lâcher.
— Oh non, ne joue pas à ça, Harry. Ne joue pas à « je te quitte pour ton bien ». Pas ce cliché. Je vaux mieux que ça, quand même.
— Je suis désolé.
— T'excuse pas ! S'emporte-t-il en plaquant ses deux mains de part et d'autre de mon visage, contre le mur de brique, T'excuse pas parce que tu rentres avec moi.
— Non, je murmure, C'est fini entre nous. On n'a plus rien à voir toi et moi. Et je n'ai pas à t'obéir.
— Plus rien à voir ? Répète-t-il, offusqué, Et ta coke, elle te tombe dans les poches tout seul connard ?


Je me raidis. Ouais, il n'est pas si con.


— Tu crois que je n'avais pas compris ton manège à toi et Kendall ? Genre, elle paye le double de ce qu'elle prend d'habitude depuis quelque temps, comme c'est étonnant.
— C'est juste du fric.
— Non, ce n'est pas juste du fric ! Je t'ai dit que je voulais plus que tu prennes de cette merde et t'as même pas le foutu courage de te chercher un autre dealer ! Je t'ai dit que je ne voulais plus être responsable de ça. Mais j'ai un scoop pour toi. Je vais arrêter de fournir Kendall aussi. Ça vous apprendra à vous foutre de ma gueule.
— On est tes plus gros clients. Tu ne peux pas te le permettre, je rétorque, sèchement.
— M'en fous. Je ferais des heures sup' au bar, je me prostituerai s'il le faut, mais je ne te laisserai pas toucher cette merde.
— Attends... C'est du chantage pour que je revienne vers toi ? Je l'interroge froidement, C'est toi qui m'a jeté à la base, je te rappelle.
— Non ! Explose-t-il, C'est toi qui a passé ta vie à me rejeter. Depuis notre putain de rencontre Harry ! T'as passé ton temps à me jeter. À refuser de m'embrasser. À refuser d'être un couple. À refuser tout ce qui ressemble à un putain de sentiment, mais merde, je...


Non, s'il te plaît, ne le dis pas. Ne me fais pas ça.


— Mais je t'aime bordel ! Tu comprends ?


Arrête, je t'en prie, arrête.


— Non, tu ne comprends pas ! Tu ne veux pas comprendre ! Ça te dépasse, les sentiments et toutes ces conneries.


Ouais, ça me dépasse. Ces mots, son regard, son amour. Ça me dépasse complètement.


— Alors tu vas me répondre ou tu vas me laisser comme un con avec ma déclaration ? Enchaîne Azoff , à bout de nerfs.


Bordel de merde.


— Harry, s'il te plait, réponds-moi.


Il pleure. Je ne veux pas de ça. Je ne veux pas de cette détresse. Je ne veux pas de ses larmes. Je ne veux pas de son amour. Mais, comme je n'ai jamais été quelqu'un de très réfléchi et de très cohérent dans ma tête, le seul moyen que je trouve pour le faire taire, c'est de l'embrasser.
 
 
 
Chapitre quatre - Partie 2.
 
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.
Azoff

Délivrance.
 
                C'est la sensation qui remplace le vide à cet instant. Ce vide creusé dans ma poitrine depuis son départ. Ce vide qu'il comble avec ses lèvres alors qu'il n'en a même pas envie. Je le sais. Je le sens. Je le connais par c½ur. Il essaie de combler son absence de réponse, son absence de sentiment. Je m'en fous. Ce n'est pas le premier et ce ne sera pas le dernier à prétendre que je compte. C'est ce que j'ai reçu toute ma vie. De l'indifférence et du mensonge. Mais il est là. Il m'embrasse. Et c'est ça, dont j'ai besoin. Même si c'est faux. Même si, demain matin, il ne sera pas dans mon lit. Même si sa coke est la seule chose qui le retient à moi.
Je lui rends son baiser. C'est brutal, désordonné et pathétique. Je m'accroche à ses lèvres avec désespoir. Il n'aime pas ça. Putain, j'en ai conscience. Je le sens se contracter. Je le sens se raidir et se retenir de ne pas me projeter à l'autre bout de la ruelle. Et qu'est-ce qu'il le retient, au fond ? Ah oui, sa saleté de coke. Je le hais. Je le hais de me faire sentir comme ça. Désireux, au point de me foutre qu'il n'en ait pas envie. Et lui, accro au point de se laisser faire. Putain. Ça n'a pas de sens. Qu'est-ce qu'il veut, bon sang ? Qu'est-ce que je peux faire de plus ? Qu'est-ce que je peux offrir de plus ? Je n'ai rien. Je ne suis rien. J'en ai déjà tellement conscience que je ne comprends pas pourquoi il se tue à me le rappeler à chaque foutue seconde de mon existence. On n'est pas du même milieu social, je le sais. Mais, quand je le regarde dans les yeux, j'y lis qu'on n'est même pas du même monde non plus.
Je sens qu'il a un mouvement de recul à mon égard. Il ne supporte plus cette proximité. Il ne supporte plus mes lèvres. Non. Je ne veux pas. J'empoigne sa nuque pour le maintenir contre moi et emprisonne sa bouche. Tout est si violent que je sens un goût de métal sur ma langue. Je crois qu'il saigne. Je l'ai mordu, peut-être. Ou alors, lui ? Pour me faire arrêter ? Je n'en sais rien. Je continue. Je ne réfléchis plus. Je veux qu'il m'appartienne complètement. Je veux qu'il aime ça. Je veux le forcer à aimer ça. Je bloque son corps contre le mien. Il est emprisonné contre le mur. Sa tête tape la brique. Je crois qu'il suffoque, qu'il regrette son geste, qu'il regrette même de m'avoir rencontré, d'être tombé dans la drogue. Tombé si bas, qu'il en arrive là. Coincé dans une ruelle et forcé à m'embrasser contre son gré.
Merde. J'en ai marre. Il me fait perdre les plombs.
Je me recule brutalement.
Il a les yeux grands ouverts de stupéfaction et il suffoque, littéralement. Putain, j'ai failli l'étouffer sans m'en rendre compte. Je vois ses yeux briller et ses mains trembler. Je sais que je devrais m'excuser, lui dire que j'ai agi sur une pulsion et que je ne lui ferais jamais du mal, que tout ça est un malentendu, une simple erreur, qu'il doit me pardonner.
Sauf que ce sont d'autres mots qui sortent de mes lèvres :

— Ne me quitte plus jamais.
 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte2

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Comments :

  • Mel lobbs

    29/07/2017

    J'ai lu cette histoire au mpins 5 fois j'avais jamais remarqué que azoff c'est Bass !!
    Mon bébé Chuck 😍

  • RunningUp

    21/08/2016

    engrenagefic wrote: "PUTAIN MAIS DEPUIS LE DEBUT A LA PLACE DE AZOFF J'IMAGINAIS CHUCK (PCQ JE REGARDE GG EN CE MOMENT) ET LA JE VOIS QUOI? QUE C'EST LUI JOUE SON ROLE MAIS PUTAIN MDRRRRRRR JSUIS TROP FORTE"

    mais c'est trop ouf en vrai !!! comment ça a pu te venir comme ça ? XD

  • engrenagefic

    13/08/2016

    PUTAIN MAIS DEPUIS LE DEBUT A LA PLACE DE AZOFF J'IMAGINAIS CHUCK (PCQ JE REGARDE GG EN CE MOMENT) ET LA JE VOIS QUOI? QUE C'EST LUI JOUE SON ROLE MAIS PUTAIN MDRRRRRRR JSUIS TROP FORTE

  • RunningUp

    28/07/2015

    obrxen--24 wrote: "J'aime bien Azoff :) qui joue son rôle? Je ne connaît pas la personne sur le gif"

    c'est chuck bass de gossip girl !!!
    je le trouve trop beau aussi ♥

  • obrxen--24

    27/07/2015

    J'aime bien Azoff :) qui joue son rôle? Je ne connaît pas la personne sur le gif

  • RunningUp

    30/04/2015

    Mend wrote: "Hiiiii,
    Tout d'abord désolée d'avoir été absente si longtemps.
    Magnifique chapitre. quand Harry a pensé à Louis c'était trop mignon puis après ... le pauvre Azoff, mais bonne idée de nous donner son point de vue.
    Bisous xx
    "

    je suis contente que ça t'ai plu :)
    j'espère que la suite te plaira aussi !
    bisous !

  • Mend

    30/04/2015

    Hiiiii,
    Tout d'abord désolée d'avoir été absente si longtemps.
    Magnifique chapitre. quand Harry a pensé à Louis c'était trop mignon puis après ... le pauvre Azoff, mais bonne idée de nous donner son point de vue.
    Bisous xx

  • ThugLifeIsNotLasting

    06/03/2015

    Ah mais je l'aime bien aussi hein, et il me fait de la peine aussi, mais comme je disais je pense pas que ça soit une bonne idée quoi.. :/

  • RunningUp

    06/03/2015

    ThugLifeIsNotLasting wrote: "Bon alors j'aime bien Azoff, mais là j'sais pas ... Je pense pas que son "couple" avec Harry soit une bonne idée ... :/
    Perrie et Pâris ? Sérieux ? Ah non mais j'espère qu'elle va le jeter, hein !! Elle DOIT finir avec Zayn ^^ Et en parlant de ça, Louis me gave, il a raison Zayn, faut qu'il se ressaisisse là !!!! :O
    "

    oh azoff me fait trop de la peine dans ce chapitre :(

  • ThugLifeIsNotLasting

    06/03/2015

    Bon alors j'aime bien Azoff, mais là j'sais pas ... Je pense pas que son "couple" avec Harry soit une bonne idée ... :/
    Perrie et Pâris ? Sérieux ? Ah non mais j'espère qu'elle va le jeter, hein !! Elle DOIT finir avec Zayn ^^ Et en parlant de ça, Louis me gave, il a raison Zayn, faut qu'il se ressaisisse là !!!! :O

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