#o2 Stan

 
 
#o2 Stan

 
— Putain, arrête de tirer cette gueule ! « T'amuser », tu connais ?

Mon cousin me lance un regard noir. Un regard que je lui connais bien puisqu'il me le destine en toutes circonstances. Je sais ce qu'il pense de moi. Que je suis un idiot qu'on a bercé un peu trop près du mur. Mais je m'en fiche. Toute ma vie, j'ai essayé d'attirer son attention, d'avoir la même relation qu'il a avec Isaac, d'obéir pour lui faire plaisir. Tout ça pour rien, pour qu'il continue de me considérer comme un boulet incontrôlable. Alors, peut-être que je le suis. Je ne dis pas le contraire. Mais l'avis de Louis, je m'en fiche, désormais.

— J'ai la flemme, répond-il.

Tiens. C'est facile ça. Il a la flemme. Il n'a surtout pas envie de rester avec nous, ce bâtard.

— Ça fait deux semaines que tu ne fais plus de soirée avec nous ! J'insiste, T'as quoi ? Tes règles ?

Isaac m'attrape soudainement par le bras, pour m'emmener avec lui au bar. Je sais pourquoi il fait ça, il agit toujours en bon toutou disciplinaire de mon cousin et cherche à le sauver de ma présence encombrante, se sacrifiant au passage comme le héros qu'il est. Passons.

— Louis te remerciera plus tard pour ça, je lance, cynique.
— Tu ne peux pas t'arrêter d'être aussi lourd avec lui ? Rétorque-t-il, faisant abstraction de ma remarque.
— Lourd ? Tu te fous de ma gueule ? Je lui ai juste demandé pourquoi il ne bougeait pas son gros cul depuis deux semaines ! Sérieux, arrête de le surprotéger ! T'es amoureux ou quoi ?
— Et toi, con.
— Louis n'est pas une petite chose fragile, je réplique, Alors faut qu'il arrête de se prendre pour une princesse et qu'il accepte les critiques. Qu'est-ce qu'il a, merde ?
— C'est lui. Qui est amoureux.

Je reste devant Isaac, hébété. Louis est autoritaire, coléreux souvent, impulsif parfois, violent quand ça lui prend, mais pas amoureux.

— Fous-toi de ma gueule.
— Je suis sérieux.
— Mais regarde la tête qu'il tire ! Ça le déprimerait à ce point d'être « amoureux » ?

Je m'arrête, répondant à ma propre question. Bien sûr, que c'est déprimant. C'est presque une raison légitime au suicide, ce genre de connerie romantique.

— Je pense qu'ils ne sont plus ensemble, justement, reprend Isaac.
— Il t'en a parlé ?
— Pas vraiment. Tu connais Louis.
— Pas aussi bien que toi, visiblement.

Je voulais lancer une répartie ironique... Elle sonne totalement désespérée.

— Bref, je me reprends, Je m'en fous de ses histoires de cul. Il n'a pas à nous ignorer comme ça.
— Quelles histoires de cul ? S'incruste Aiden en nous rejoignant au bar.

Tiens, ça m'étonne à peine de mon frère. Qu'il débarque à cet instant là. Suffit que « sexe » et « poitrine » sortent dans une phrase pour qu'il apparaisse à la seconde suivante.

— On parle du mec de Louis, l'informe Isaac.
— Louis est homo ?! S'exclame-t-il, choqué.

On le regarde sans commenter, blasés.

— Oh, ça va les mecs, soupire-t-il, C'était une blague. Vous pouvez suivre ?

Encore une fois, personne ne relève sa remarque. Vexé, mon frère se retourne vers le barman et commande un verre. Moi, je me retourne vers la piste de danse. Les Styles viennent d'arriver. J'aperçois Gemma discuter avec Louis, à l'entrée, et repère plus loin cet abruti d'Liam... Et Jade. Je souris. Elle a osé venir en sachant probablement que j'y serais. C'est culotté. Mais j'aime ça, en quelque sorte. Même si je compte bien lui faire regretter.

— Je reviens, je déclare aux gars, brièvement.

Je me fraye un chemin entre les danseurs. L'endroit n'est pas encore rempli car il est assez tôt.

— Je vois que quelqu'un est de sortie, ce soir, je murmure doucement à l'oreille de Jade.

Aussitôt, je sens son corps se crisper et elle recule de quasiment deux pas, me fusillant du regard.

— Ne m'approche pas.

Comme dans un écho, j'entends cet abruti d'Liam répéter :

— Ne l'approche pas.
— Je te la laisse, je rétorque, Je l'ai déjà baisée.

Je provoque, je sais. Louis et Isaac me tueraient s'ils me voyaient faire ça. Mais je m'en fous. S'ils veulent à tout prix me considérer comme un petit con inconscient, alors je me ferais un plaisir de leur donner raison.

— Et je te tue si tu la retouches encore une fois, grince Liam entre ses dents.
— Ne t'en fais pas, je me trouverai bien une autre salope par ici.

Je les quitte, sans même attendre sa réaction. Pourtant, j'aurais adoré voir ses veines apparaître sous la peau de son front, sa peau rougir de colère et son poing de serrer de rage. Mais il est trop tôt pour ça. Je n'ai pas prévu de quitter la boîte avant d'y avoir au moins fait le tour. Ou boire un verre, d'ailleurs, je réalise.
Je me dirige vers le bar, mon frère y est encore. Je m'adosse au comptoir puis commande rapidement un Whisky au barman. Je me retourne vers Aiden :

— Isaac est parti ?
— Ouais... Fumer, dehors.
— Tu as besoin de quelque chose pour la soirée ?

Aiden se retourne vers moi, les sourcils froncés et ne comprenant pas le sens de ma question. Pensant être plus explicite, je sors de ma poche un sachet en plastique qui contient quelques pilules achetées plus tôt dans la journée.

— Oh, t'es sérieux ? S'exclame mon frère, halluciné, Où tu as eu ça ?
— J'ai des contacts. Tu en veux ?
— Je ne sais pas, marmonne-t-il, J'ai mal fini, la dernière fois.
— Je te surveillerai.
— Parce que tu ne vas pas en prendre ? Me demande Aiden, surprit.
— Bien sûr que si. Je suis moins faible que toi, c'est tout.

Mon frère me lance un regard blasé, mais il ne commente pas. Il sait que j'ai raison. J'ai toujours pris l'habitude des amphétamines et de l'alcool. Ça m'aide à tenir les soirées. Du coup, j'y réagis mieux maintenant. Lui aussi, il était comme ça, avant. On sortait et on se défonçait ensemble. C'était marrant. La bonne époque. Puis notre s½ur de quatorze ans s'est fait violer et Aiden a tout arrêté. Je veux dire, la drogue, parce que l'alcool est la seule chose qui l'aide à ne plus y penser. Non, d'ailleurs, il ne « pense » pas, il gamberge, il cogite, il se torture. Il est persuadé que, s'il n'avait pas été aussi défoncé cette nuit-là, il se serait rappelé qu'il devait aller chercher Eleanor et Lottie au cinéma. Elles ne seraient pas rentrées seules et rien de tout ça ne serait arrivé.
Moi, je pense qu'on n'en sait foutrement rien. Que si ce n'était pas cette nuit-là, ça aurait pu être n'importe quelle autre. Que si je n'avais pas été aussi égoïste, j'aurais réalisé qu'Aiden devait conduire et je ne lui aurais pas proposé des amphétamines. Tout ça est arrivé parce qu'on est juste les deux frères les plus cons au monde. Cette nuit-là l'a confirmé, pas provoqué.

— Juste une, je murmure.

Aiden finit par hocher la tête. Je lui tends une pilule et en mets une dans ma bouche. On avale avec une gorgée d'alcool. On est cons et on continue de l'être. Je crois qu'on est arrivés à un point de non-retour. Alors, entre le regret et la culpabilité, on s'oublie comme on peut. Mais j'ai besoin de plus que de la drogue pour ça. J'ai besoin de sexe. Je pose la main sur l'épaule de mon frère et lui assure que je reviens le voir dans quelques minutes, puis je me fraye un chemin sur la piste de danse. Je repère facilement une proie. Une grande blonde avec de jolies formes. Je m'approche et lui propose un verre. Ça marche. Comme d'habitude.
Des fois, j'essaie de me rassurer en me disant que tout ça est dû à mon charme, mon humour, mon physique. Mais, le plus souvent, je suis bien conscient que c'est mon nom de famille qui attire ces filles. Et je dis « ces filles » comme je pourrais parler de « ces mecs », parce que ça marche aussi avec Louis. On est les Tomlinson. Une des familles les plus puissantes de la ville. Il y a quelque chose de classe, dans notre clan. Même dans ce conflit, il y a quelque chose qui les attire. Comme l'envie d'appartenir à quelque chose qui les dépasse.
Je m'installe au bar avec la fille, commande deux verres, puis la dirige vers les tables VIP. On discute, brièvement. Conversation bateau et compliment d'usage. La partie la plus ennuyante. Mais je laisse faire, j'ai la soirée devant moi pour obtenir ce que je veux.
Je croise le regard de Gemma, par hasard. Je lui souris. Elle me fait rire, cette fille. L'opinion qu'elle se fait d'elle-même me fait rire. Comme si elle était au-dessus de tout ça, comme si elle était plus forte que tout le monde, comme si elle pouvait m'atteindre. Elle rêve, cette bourgeoise coincée.
Amelia, le nom de la fille de tout à l'heure, m'informe qu'elle doit passer aux toilettes. Probablement pour retoucher son maquillage. Je comprends que j'ai gagné et l'embrasse gentiment sur la joue pour prétendre être un gentleman qui ne pense pas qu'à la baiser. Elle me renvoie un sourire amusé, puis s'éloigne. Je ne crois pas qu'elle soit dupe. Peu de filles le sont, désormais, hormis cette Jade qui est tombée de cinq étages quand elle a compris pourquoi je la fréquentais.
En l'attendant, je pars commander un verre au bar. Je prends cinq shots et me les enfile un par un en même pas deux minutes. L'alcool monte d'un seul coup. La drogue, aussi, probablement. J'ai chaud et je me mets à transpirer. Mais je me sens mieux. Comme si mon corps reflétait enfin l'état de mon âme. Chancelante. Lourde. Mal en point.
La blonde revient. Merde, j'ai déjà oublié son prénom : Amélie ? Amanda ? Alison ? Je m'apprête à tenter quelque chose lorsqu'elle me coupe brutalement :

— Espèce de connard.
— Pardon ? Je m'étonne.
— C'était quoi ton plan ? Me refiler le sida ?
— Quoi ? J'explose, clairement perdu.
— Inutile de faire semblant de ne rien comprendre, ton ex m'a tout dit.

Mon ex ? Je n'ai jamais eu d'ex.

— Qui est venu te parler ?

La fille se retourne vers les toilettes et me désigne une grande blonde qui en sort, à l'instant. Gemma Styles. Je retiens un hoquet de dégoût de s'échapper de mes lèvres. Parce que, quand elle a parlé « d'ex », je m'attendais vraiment à voir une ancienne de mes conquêtes. Rien que de m'imaginer toucher cette fille me tord les tripes.

— T'es sérieuse ? Je murmure, hébété, Elle a vraiment dit ça ?
— Ouais. Ce n'est pas ton ex ?

Je ne lui réponds même pas. Trop choqué pour m'attarder davantage sur elle. Je n'en reviens pas que Gemma est fait quelque chose d'aussi puérile. Clairement, cette meuf a un sérieux problème.
J'aperçois mon frère qui danse complètement bourré sur la piste. Je le rejoins, rapidement, prêt à exploser d'une minute à l'autre.

— AIDEN ! Tu ne sais pas ce que cette conne vient de faire !

Il ne m'écoute pas. Complètement ivre et défoncé.

— AIDEN ! Je répète, encore plus fort.

Il ouvre les yeux, à demi.

— Hey, ça va ? Je m'inquiète.
— J'ai perdu... Le contrôle.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Je devais la surveiller.
— Putain, ne recommence pas avec ça !

Il tangue. Je vois bien qu'il est mal en point.

— Viens avec moi, je reprends en le tirant par le bras, On va prendre de l'eau au bar et je te raconte en même temps ce que cette pute vient de faire.

Il me suit, difficilement, mais je le sens derrière moi, donc je continue de gueuler :

— Putain !

J'arrive au bar. L'esprit confus. Je crois que la drogue est vraiment en train d'attaquer mon cerveau et, la seule chose que j'arrive à exprimer, est le dégoût que je ressens pour cette fille.

— Je vais la tuer, je jure devant Dieu que je vais la tuer ! ... Vie de ma mère, elle est morte !

Le mec du bar me regarde, un air incompris sur le visage.

— Vodka-Red Bull... Je te jure, je vais la dégommer.

J'attrape le verre que l'homme me tend et lui donne un billet sans même regarder la somme.

— Elle va moins rigoler, cette pute.

Je me retourne vers la piste de danse, continuant à gueuler, sans cohérence, ni explication :

— Je te jure. Je n'ai jamais vu une fille aussi... Aiden ?! Je réalise brusquement.

Je fais un tour sur moi-même, il n'est plus là. Je parlais tout seul ? Pourtant, il m'a bien suivi jusqu'au bar ? Et le... Le bar ! J'étais censé prendre une bouteille d'eau ! Pas un verre d'alcool. Putain, je me soûle moi-même.
Je m'apprête à faire demi-tour lorsqu'une blonde se plante devant moi, me toisant d'un air noir.

— QUOI ? Je crache.

J'aurais pu être plus poli si j'avais été d'humeur, mais c'est loin d'être le cas.

— Apprends à te soigner, mec.
— Pardon ?
— On a baisé ensemble, il y a une semaine.

Après réflexion, son visage me dit en effet quelque chose.

— Et ? J'interroge, attendant la suite.
— Une fille vient de m'informer que tu avais une MST. Tu comptais me le dire?

Une fille. Non, mais elle n'est pas sérieuse ? Et puis, pourquoi elle ne prendrait pas le micro du DJ pour l'annoncer à tout le monde officiellement, après tout ? Je vois rouge. Bleu. Noir. Violet. Je ne sais plus. Il n'y a plus que la haine dans mon corps. Je pourrais clairement rassurer cette pauvre fille, ou même lui rappeler qu'on a utilisé un préservatif, mais je n'ai pas la force de compatir.

— Non, je comptais juste que t'en crève.
— Pardon ? S'époumone-t-elle.
— Il y a assez de salopes dans cette ville, j'aurais rendu service à la communauté.

Une baffe monstrueuse s'abat sur mon visage. Ça me réveille. Brutalement. Brusquement. Douloureusement. Je n'ai même pas le temps de l'insulter qu'elle est déjà partie.
Le visage de Louis apparaît à sa place.

— Quoi encore ? Soupire-t-il.
— Je vais tuer les Styles, je déclare.
— Tu ne veux pas laisser tomber, juste une nuit ?
— C'est eux qui ont commencé.
— Quoi ?! S'exclame Louis, Qu'est-ce qu'ils ont fait ?
— C'est...
— Hey les mecs ! Me coupe Zayn en s'interférant entre nous deux, Besoin d'aide ! Urgent !

Je suis encore sonné. Par tout. Par rien. Je ne sais plus. Je me contente de les suivre. On s'arrête devant une banquette rouge. Aiden est allongé dessus. Le visage pâle et détruit.

— Oh putain, murmure Louis en se retournant vers nous, Il ne manquait plus que ça.

Qu'il aille se faire foutre. Aux dernières nouvelles, c'est loin d'être un saint.

— Où est Isaac ? Demande-t-il tout de suite.

Bien sûr. Son héros. Le gentil Isaac. Moi, je ne suis que le boulet. Le boulet qui oublie son propre frère et le met dans cet état. Je n'écoute pas la réponse de Zayn et me penche vers Aiden. Je murmure un « désolé » à son oreille qui m'écorche les lèvres tant il est ridicule.

— Qu'est-ce qu'on fait ? Soupire Zayn.
— On le ramène à la maison, déclare Louis.
— J'appelle un taxi ?
— Ouais... Et on rentre tous avec lui.

Je m'arrête, éc½uré. Il n'y a pas moyen que je parte, que je laisse croire à Gemma Styles qu'elle a gagné. Si elle m'a mis toutes les filles de cette soirée à dos, je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de m'amuser à mon tour.

— Quoi ? Je m'exclame, Hors de question ! Les Styles vont penser qu'on fuit !
— On s'en fout de ce que vont penser les Styles, réplique Louis, fermement, Alors ferme ta gueule, pour une fois.

Pour une fois ?! J'explose intérieurement. C'est ce qu'il passe son temps à me demander. De fermer ma gueule. Tout le temps. Il ne m'écoute jamais. Il n'y a aucune raison pour que je l'écoute à mon tour.

— Je t'emmerde.
— Va te faire enculer Stan.
— Je te laisse cette spécialité, je réplique.
— Oh, les mecs ! S'exclame Zayn exaspéré, On a plus urgent là !

Louis se retourne vers Aiden. Toute la honte se lisant sur son visage. Quel hypocrite. Mon frère ne fera jamais autant pitié que lui. Parce que Louis n'a même pas besoin d'être en soirée pour se foutre dans cet état lamentable. Alors, ses regards condescendants, il peut se les garder pour lui.

— Donc, reprend-il, Vous pouvez rester avec lui ? Moi, je vais chercher du papier et un peu d'eau dans les toilettes pour le nettoyer. Il s'est gerbé dessus.
— Ok, pas de problème, répond Zayn.

Louis disparaît et je me retrouve avec mon cousin. Il baisse les yeux et sort son téléphone portable. Probablement pour prévenir Isaac. Alors, moi, je me concentre sur Aiden. Je le force à s'asseoir sur les sofas et m'installe à côté de lui pour le tenir contre moi. Sa tête s'échoue sur mon épaule. Je répète, en espérant que cette fois, il le comprenne :

— Je suis désolé, Aiden.
— Pourquoi ? Murmure-t-il, la langue pâteuse.
— Promettre des choses que je ne tiens pas.
— Tu devais me surveiller, il réplique, la voix cassée et tremblante... Comme je devais surveiller Eleanor.
On, je rectifie.
— Je suis le grand frère.
— Moi aussi.

Il se tait. Je sens ses larmes à l'intérieur de lui. Je les sens le secouer, mais il reste de marbre. Il essaie de ne pas pleurer. Un peu comme moi.

— Mec, finit-il par murmurer, Je ne me le pardonnerai jamais.
— Moi non plus... Moi non plus.

On reste silencieux, tous les deux. Ça pourrait être reposant, mais c'est juste fatigant. La musique, les lumières, l'alcool, la drogue. Je sens ma tête tourner et je me retourne vers Zayn.

— Il fout quoi, Louis ?
— Je ne sais pas.
— Je vais le chercher. Occupe-toi d'Aiden.

Je me relève et repose doucement la tête de mon frère sur le dossier du sofa. Puis je rejoins les toilettes. Bien sûr, elles sont bondées de monde, comme d'habitude. Je cherche Louis des yeux, mais la seule chose que je vois c'est un attroupement d'hommes près d'une cabine. Ils tapent contre la porte et j'entends un des gars s'écrier :

— Eh Oh ! Je peux passer après ? Vous avez l'air de prendre votre pied ! Moi aussi je veux être sucé comme ça.

Je me dirige vers les lavabos pendant qu'ils continuent de rire derrière moi. Je prends du papier et le mouille avec de l'eau fraîche, jusqu'à ce que ça me fasse tilt, tout d'un coup.

— Hey ! J'arrête le gars qui s'apprêtait à sortir, Tu veux être sucé ?
— Je ne suis pas pédé, s'emporte-t-il, immédiatement.
— Non, pas moi ! Je rectifie, Je connais quelqu'un pour toi !
— Qui ?

Le mec n'a pas l'air net, clairement. Du style chef de clan raté d'une banlieue de merde. Mais, dans le fond, je m'en fous.

— Viens avec moi, je déclare.

On sort des toilettes et je parcours rapidement la piste des yeux. Mon regard s'attarde de suite sur Gemma et Perrie, qui dansent toutes les deux.

— Tiens, je reprends, Tu vois la plus grande des deux ?
— Les deux ?
— Les deux blondes qui dansent. Ouais... La plus grande.
— Oui.
— C'est une vrai chaudasse. Elle m'a sucé tout à l'heure, derrière la boîte.
— T'es sérieux ?
— Ouais. Je te jure. Pied intersidéral.

Le mensonge me reste en travers de la gorge, mais il hoche de la tête, l'air ravi de l'apprendre. Je remarque que je tiens toujours mes papiers mouillés dans les mains. Merde ! Aiden !

— Je dois y aller, je déclare au mec, Franchement, n'hésite pas ! Ça vaut le coup !

Le gars me salut brièvement et je cours rejoindre mon frère. Zayn y est encore et Isaac, en bon héros, a manifestement rappliqué.

— Tiens, je déclare en posant les papiers imbibés d'eau sur le visage pâle de mon frère, Ça va te faire du bien.

J'essuie sa peau doucement, ôtant les gouttes de sueur et nettoyant le vomi au coin de ses lèvres, tandis qu'Isaac m'interroge dans mon dos :

— Tu as trouvé Louis ?
— Non, il n'est plus aux toilettes.
— Comment ça ? S'étonne Zayn, Il devrait y être.
— Bah je n'en sais rien, mais je m'en fous.
— Je vais le chercher, déclare Isaac, Quelqu'un a appelé un taxi ?
— Ouais, tout à l'heure, l'informe son demi-frère.

Je m'assois à côté d'Aiden, reprenant ma position initiale. Il est à la limite du coma. Il tombe sur moi et je me contente de rester là, sans parler, parce que je culpabilise trop de l'avoir foutu dans cet état à cause de cette putain de pilule.
Isaac finit par revenir. Il n'a pas trouvé Louis et se met à discuter avec Zayn sur ce qu'ils vont faire de mon frère. Comme d'habitude, il ne me demande pas mon avis. Comme si mon point de vue les intéressait, de toute façon.
J'aperçois Gemma passer devant nous. Son regard s'attarde très brièvement sur Aiden, mais elle continue son chemin, rapidement. Puis je le vois. Le mec des toilettes. Il la suit. J'ai envie de me féliciter, mais la seule personne qui pourrait applaudir mon geste c'est Aiden et il n'est clairement pas en état de le faire. Les écoutant encore discuter pour savoir si on devrait partir sans Louis, je décide que – ne servant pas à grand chose – je serais plus utile autre part.
Je repose doucement mon frère sur le dossier, comme tout à l'heure, puis rejoins le fond de la boite dans l'indifférence générale. Je ne sais même pas si Isaac et Zayn ont remarqué mon absence.
 
 
Je m'arrête à une distance raisonnable de Gemma et du mec. La musique est trop forte donc je ne peux pas entendre ce qu'ils disent, mais je devine que Styles est furieuse vu la rage qui déforme son visage.
Nos regards se croisent et elle comprend. Elle comprend que j'ai provoqué tout ça et ça me fait sourire. Elle finit par se retourner vers le mec et je les vois se disputer. Trois autres types me bousculent l'épaule brusquement et ils rejoignent le type des toilettes. Ils entourent Gemma.
Je ne fais rien. Je regarde. Sans trop savoir d'où me vient toute cette cruauté. Ce besoin de la voir souffrir. De la voir s'écrouler, sous mes yeux.
Le type louche des toilettes pose brutalement sa main sur son cou et Gemma envoie valser sa tête dans son nez. J'ai un mouvement de recul. Totalement hébété par son geste. Je savais qu'elle ne se laissait pas faire, mais de là à se battre réellement.
Le gars hurle, furax, et les autres types la coincent contre le mur. Je m'attends à ce qu'elle leur mette un coup de boule, à tous, mais elle ne bouge plus, tétanisée. Complètement tétanisée.
Ils se rapprochent d'elle, crachant presque sur son visage. Elle ne bouge pas. Elle est sans vie. Il y a que ses yeux qui parlent pour elle. Qui crient pour elle. Ils appellent à l'aide et je suis le seul à l'entendre. Mais est-ce que j'ai envie de l'écouter ?
Le type à qui elle a foutu un coup finit par se rapprocher d'elle. Il souffle quelque chose contre son cou et elle se met à trembler. Elle va se faire agresser, devant mes yeux, et je ne fais rien. Parce que je repense à ma s½ur. Je repense au fait que personne ne l'a aidée, elle. Que personne n'a vu ses yeux quand elle pleurait. Que personne n'a entendu ses cris. Que personne n'était là, tout simplement. Alors pourquoi, moi, je devrais être là ? Pourquoi je devrais faire quelque chose ?
Je ne dois rien, à personne, et surtout pas à une Styles. Elle doit payer. Payer pour Eleanor. Payer pour sa douleur. Payer pour tout le mal qu'elle a fait. Je sais que, concrètement, ce n'est pas elle qui est à l'origine de cet acte ignoble. Mais elle l'a soutenu. C'est un crime. Un crime que je ne pardonnerai jamais.
Je me souviens de son regard au tribunal. Je me souviens de la façon dont elle a menti aux juges. Quand elle témoignait pour son cousin, prétendant que ce n'était pas un viol, le défendant alors que tout l'accusait. Le défendant contre l'évidence. Défendant l'inhumain en lui. Je l'avais trouvé encore plus cruelle que Greg. Parce qu'elle voulait effacer. Simplement effacer la vérité. On ne peut pas effacer. Elle va le comprendre.
Les gars se rapprochent toujours un peu plus d'elle. Styles est désormais totalement coincée contre le mur. Elle cherche un échappatoire. Nos regards se croisent. Elle tente de se redonner une consistance. Elle efface la peur dans ses yeux et se contente de me regarder. Comme pour me faire couler avec elle. Me dire que si je commettais ce crime, je tomberais avec elle, je le vivrais avec elle.
Elle ne me lâche pas du regard. Et je connais ces yeux. Ceux qu'Eleanor a probablement adressés à Greg. Est-ce que c'est ce que je veux ? Que quelqu'un me regarde avec ces yeux là ? Est-ce que je suis aussi lâche ? Est-ce que je serais capable de devenir comme Greg ?
Je suis paralysé. Peut-être autant qu'elle. Je suis paumé. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus quoi penser. Je pense à Eleanor, Gemma, Greg, Aiden, Jade. J'ai l'impression de faire de la merde, avec tout le monde. Ils ont peut-être raison, Louis et Isaac, je ne suis qu'un boulet. Je ne me contrôle pas. Je ne contrôle rien, ni ma peine, ni ma colère, ni ma culpabilité. Je m'enfonce, tous les jours.
Gemma finit par lâcher mon regard pour croiser celui de ses agresseurs. La peur réapparaît dans ses yeux. Je vois Eleanor, d'un seul coup. Je vois la personne que je ne veux pas être.
Mon corps se décide enfin à se mouvoir. J'attrape le premier mec qui tient Gemma et lui fout mon poing dans la gueule. Il tombe, par terre, tandis qu'un deuxième me saute sur le dos. Je le repousse brusquement et il s'écroule sur un groupe de danseurs plus loin. Un des mecs bousculés le relève et lui met son poing dans le ventre. Puis, tout part, très vite. Ses copains essaient de l'aider et se mettent à frapper, un peu partout, un peu pour rien. Les coups viennent dans tous les sens, je ne comprends plus ce qu'il se passe. Je me contente d'attraper le bras de Gemma et de la tirer vers la sortie. Elle me suit, courant derrière moi, jusqu'à ce qu'on s'arrête devant l'entrée.


— Il faut qu'on sorte tout le monde d'ici, déclare-t-elle brièvement, jetant au coup d'½il au bordel, derrière nous.
— Je sais, nos parents vont nous tuer si on se fait embarquer par les flics.
— Oui, ils vont croire qu'on a provoqué tout ça.


Je ris. Lorsqu'elle le dit, on a vraiment l'impression qu'elle a déjà oublié que c'est ce qu'on a vraiment fait.


— On récupère tout le monde, enchaîne Gemma, Tout le monde. Styles ou Tomlinson. Peu importe. On fout tout le monde dehors. Si un de nos parents découvre qu'on était à cette soirée ensemble, on est foutus.
— Oui, j'approuve.
— Et, Stan ?
— Oui ?
— Ce que tu viens de faire ne m'impressionne pas, croit-elle important de préciser.


Quelle conne.


— Un simple « merci » aurait suffit, je réplique avant de la quitter.


Derechef, je me dirige vers l'endroit où j'ai quitté Aiden et les gars. Il y a un mouvement de foule. Les gens se précipitent vers les sorties, se bousculant au passage. Moi, j'arrive finalement aux sofas. Personne n'est là. Je suppose qu'Isaac et Zayn ont finalement pris la décision de partir sans nous. Je ne peux pas leur en vouloir, pour une fois, c'était une bonne idée.
Alors, je me fraye de nouveau un chemin vers la sortie, cherchant des yeux les visages familiers. Je tombe brusquement sur une touffe de cheveux bouclés et m'exclame sans même réfléchir à ce que je suis en train de faire :


— Faut se barrer d'ici ! Bouge !


Styles me suit, sans trop chercher à comprendre et ça m'arrange bien.
On sort dehors. Je parcours rapidement le trottoir des yeux et remarque qu'Aiden est toujours là, avachi contre Zayn. Il y a tous les Tomlinson, sauf Louis. Je m'apprête à retourner dans la boite lorsque Gemma débarque d'un seul coup pour retrouver son frère. Un « merci » s'échappe de ses lèvres. Je crois qu'il a plus de sens que ce qu'elle prétend.
Puis Louis finit par sortir à son tour de la boite, l'air égaré et paumé. Je n'ai pas le temps de lui expliquer ce qu'il se passe et me précipite vers les taxis que j'aperçois tourner au coin de la rue. Les gens de la boîte ont dû les appeler et il faut absolument qu'on prenne les premiers.


— TAXIS ! Je hurle en me jetant littéralement sur la route pour les arrêter, Allez ! J'enchaîne en me retournant vers eux, Dépêchez-vous, bordel !


Gemma est la première à réagir, attrapant son frère au passage, tandis que j'aperçois Edward prendre Niall dans ses bras pendant qu'Liam plie le fauteuil. Ils se dirigent tous les trois vers le taxi de Gemma, rangeant le fauteuil dans le coffre, alors que Harry vient d'entrer dans la voiture.


— Bordel ! Explose Isaac en nous rejoignant, Pour une fois qu'on n'a rien à voir là-dedans !


Je croise le regard de Gemma et aucun de nous deux ne commente son intervention.
Isaac finit par entrer dans le taxi, à l'avant, et Gemma referme la porte juste après que son frère soit entré à son tour de la voiture. Moi, je me retourne vers Louis qui vient de me rejoindre en courant :


— Qu'est-ce qu'il vient de se passer ?! Explose-t-il.
— Il y a une bagarre, on se barre.
— Qu'est-ce que les Styles foutent avec nous ?
— On s'en fout, on se barre, je répète.
— Et Aiden ?


On se retourne tous les deux vers les taxis. Zayn vient de le mettre dans une des voitures. Sans même se parler, on les rejoint en courant. Louis gueule à Zayn d'entrer dans la voiture, mais il refuse d'un geste de la tête. Il réplique quelque chose que je ne comprends pas car je suis trop loin, puis il repart soudainement vers la boite.


— Mais qu'est-ce qu'il fout ?! Je m'exclame.
— Entre dans la bagnole !
— Mais qu'est-ce qu'il fout, bordel ?! Je répète.


Le premier taxi s'éloigne et j'aperçois Isaac assis à l'avant. Il nous tuerait s'il savait qu'on partait sans son frère.


— Où il est parti, ce con?!
— Il manque des gens, répond Louis.
— Mais tous les Tomlinson sont là !


Je m'arrête. Effaré par toute cette connerie. Effaré par lui, par eux, par ce bordel inexplicable. Perrie Styles. Qui d'autre ?


— PUTAIN ! J'explose, littéralement au bord de la crise de nerf, Mais on s'en fout de cette meuf !
— Monte dans la bagnole Stan ! Je m'en occupe.
— NON ! Je ne pars pas sans Zayn !
— On ne laisse pas Aiden tout seul ! Rétorque Louis, furieux, Monte ! Je reste.
— NON !
— T'obéis !


Je ferme ma gueule. J'ai envie de vomir. Il n'était pas là de toute la soirée. Qu'il aille se faire foutre. Qu'ils aillent tous se faire foutre. Je rentre dans la voiture, à l'avant du taxi.


— On va où ? Demande le chauffeur.
— On attend, je déclare, Il nous en manque un.
 



 
#o2 Stan

 


 "Je ne me contrôle pas. Je ne contrôle rien, ni ma peine, ni ma colère, ni ma culpabilité.
Et je m'enfonce, tous les jours."
 
 
____________________
 .
.
Voici la partie de Stan ! J'espère que ça vous a plu :) 
Retour au Larry pour le dernier chapitre de l'acte 2 ! 
J'essaie de le publier avant l'année prochaine (blague de beauf) 
Bisous et Bonnes vacances à tous !! 
xx
 
 
 

 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte2 - #Stan

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Comments :

  • HFxckYou

    28/06/2018

    Est-ce que je ship Stan et Gemma? Oui. Est-ce que c'est logique et raisonnable? Absolument pas.

  • RunningUp

    23/02/2016

    Inès wrote: "j'ai un amour incontrôlable pour Stan. "

    oh mon dieu, moi aussi ♥

  • Inès

    22/02/2016

    j'ai un amour incontrôlable pour Stan.

  • RunningUp

    28/07/2015

    @ihave5crush wrote: "Ouais, bah honnêtement, il est 3h20 du matin, alors un ou deux chapitres de plus ou de moins, ça changera rien. "

    ahah tes commentaires me font trop rire depuis tout à l'heure !

  • @ihave5crush

    27/07/2015

    Ouais, bah honnêtement, il est 3h20 du matin, alors un ou deux chapitres de plus ou de moins, ça changera rien.

  • Mend

    21/05/2015

    Hiii,
    Si ça c'est pas du rebondissement, Styles et Tomlinson ensemble? Qui l'eut cru?
    xx

  • ThugLifeIsNotLasting

    09/03/2015

    Oui les deux méchants ^^

  • RunningUp

    08/03/2015

    ThugLifeIsNotLasting wrote: "MERCI. Sérieux Stan, je peux pas l'encadrer depuis le début, mais je suis putain de contente qu'il soit intervenu !!! Je remercie sa conscience ^^"

    ohoh t'aime pas stan ? moi je crois c'est mon perso préféré après le larry ! avec gemma hihi ! les deux méchants de chaque clan :)

  • ThugLifeIsNotLasting

    06/03/2015

    MERCI. Sérieux Stan, je peux pas l'encadrer depuis le début, mais je suis putain de contente qu'il soit intervenu !!! Je remercie sa conscience ^^

  • RunningUp

    04/01/2015

    heyfifou wrote: "Stan est détruit et atteint par le viol de sa soeur vraiment profondément et le fait que personne ne le considérés parce que on le considérés comme trop impulsif etc... Le conqume un peu plus mais le geste qu il a fait ce soir pour gemma est un bon geste et le fait qu' ils ont tous mis leurs noms de cote pour sauver les deux familles ils n,ont plus fait attention,juste au Tomlinson ou au styles mais a sauver les familles peu importe qui ils étaient et je trouve ça magique "

    merci ! contente ce que ce petit passage t'ai plu :p

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