Chapitre deux.

 


Chapitre deux.


Louis
 
 
            Une comédie. C'est le seul mot qui vient à mes lèvres. Une sale comédie. Sur-jouée, fausse, et surtout sans humour. J'en ai mal à la tête rien que d'entendre ces rires rauques et affreusement mal interprétés. Je suis au restaurant avec ma famille pour fêter l'anniversaire de Félicité et la fin des examens de Zayn. Si tout se passe comme prévu, il ira à la fac l'année prochaine. Médecine. Ce n'est pas son choix. De toute façon, personne ne l'a eu dans ma famille. Moi j'étais destiné à l'économie et au monde des affaires. Isaac de même. Zayn à la médecine. Eleanor au droit. Lottie a l'enseignement. Quant à Stan et Aïden... Ils ne sont pas destinés à grand chose pour l'instant, au grand damne de leur foutus parents.
 
_Comment s'est passée ta dernière épreuve Zaynou ? Interroge Patricia, sa mère, alors qu'il engloutissait goulûment une part de son gâteau au chocolat.
_Maman, se plaint-il la bouche pleine de crème, Arrête de m'appeler comme ça !
 
Elle roule des yeux d'un air attristé. D'un air de réaliser que son petit garçon a grandi trop vite. Ça fait toujours ça le passage aux études supérieures, comme si on passait une étape de vie ou je ne sais pas quoi. Moi, je trouve que c'est l'inverse. On redescends toutes les étapes qu'on a traversé pendant le lycée. Toutes ces années où on a essayé de prouver à nos parents qu'on pouvait se débrouiller sans eux, qu'on pouvait être responsable, qu'on a grandi, qu'on est devenus des adultes. On bosse notre A-level parce qu'on ne veut plus croupir au lycée. On bosse notre permis parce qu'on veut être indépendant. On se met en couple parce que ça fait bien. Puis la fac détruit tout. On arrête de travailler. On boit. On baise. On foire nos vies, quoi. On dit souvent que c'est un passage obligatoire. Échouer pour mieux se retrouver après. Comme si on nous envoyait tous dans la gueule de loup juste pour se marrer, juste pour voir jusqu'où on ira, nous, ces jeunes cons insouciants qui croient toujours avoir tout compris. Je pense qu'ils aiment ça, les adultes, nous regarder se péter les dents contre la dureté de la vie, nous regarder stresser parce qu'on n'a pas une foutu idée de ce qu'on veut faire plus tard et que, de toute façon, quoi qu'on fasse, on ne finira jamais là où on avait prévu d'aller. Alors peut-être que ça les rassure, dans le fond. Qu'on suive le même chemin tordu qu'eux. Je suppose que se perdre en route, c'est prévu d'avance, ça aussi.
Moi je viens de me perdre en route, en tout cas. J'étais sur mon chemin bien tracé. Je suivais les panneaux d'indications comme mon père m'a appris. Ne pas aller trop vite. Faire attention aux virages. Attendre que le feu passe au vert pour foncer. Mais je me suis égaré. J'ai changé de direction. Et je suis sur une route sans indication maintenant. Je ne sais plus à quelle vitesse rouler, je ne sais plus où regarder, je ne sais plus si je fais attention. Parce que je suis stupidement en train de foncer sur cette route, sans regarder autour de moi, et qu'un camion de mille tonnes pourrait bien me percuter violemment.
 
_Ils grandissent tous si vite, murmure ma grand-mère à l'attention de Patricia, Hein ma chérie ? Enchaîne-t-elle à l'attention de Félicité, ma petite-s½ur, Ça fait quoi de grandir ?
 
Elle vient d'avoir dix ans.
 
_Euh.. Je sais pas, répond-t-elle en baissant son regard vers son assiette, Rien.
 
Elle est comme ça ma s½ur. Plus timide qu'elle tu meurs, elle déteste être le centre de l'attention.
 
_Et oui mon exam s'est bien passé maman, reprend Zayn pour venir en aide à Félicité.
 
Ils continuent de parler à propos de son sujet d'histoire et j'en profite pour me retourner vers Isaac. Il n'a pas parlé depuis le début du repas. Il évite mon regard. Je sens qu'il bout de rage à l'intérieur de lui. Il n'a pas supporté que je prenne le parti de Styles l'autre nuit. Et d'un côté, j'arrive à le comprendre.
Le repas continue dans un silence gêné. Mon père n'est pas là. Il est toujours à l'hôpital alors ça foire un peu l'ambiance. Parce que même si c'est cliché et vieux jeu au possible, c'est véritablement lui le chef de famille. Lui qui lance les sujets de conversation. Lui qui les termine. Lui qui occupe l'attraction de la table. Et quand il n'est pas là. On se sent vide. Alors c'est con parce que je détestais quand il faisait ça, attirer l'attention sur lui, mais là ça me manque. Je sens que quelque chose ne va pas. Comme si il était déjà parti.
 
_On prend un café ? Propose ma mère d'une voix enrouée, Les garçons.. Un verre d'alcool ?
 
Elle propose ça comme si c'était un privilège, comme si on ne passait pas déjà nos vies à boire comme des trous.
 
_Avec plaisir, répond Stan d'un ton enjoué, s'affalant sur le dossier de sa chaise, Un petit Whisky pour faire passer le repas.
_La même, déclare son frère en faisant un signe au serveur.
_Les gars ? Interroge ma mère en se tournant vers moi et Isaac.
_Non merci, finit par répondre mon cousin, J'ai déjà un goût amer dans la bouche.
 
Je me retiens de lever les yeux au ciel. Très subtile ça...
 
_Euh.. Murmure ma mère quelque peu abasourdie, D'accord. Lou ?
_Rien non plus.
 
Je tente un regard dans sa direction. Il m'évite de nouveau.
 
_Moi aussi je peux prendre un verre ? Propose Eleanor.
_Hors de question, répondent ses deux frères à l'unisson.
_Mais !
_Non, réplique Aïden d'un ton clairement pas négociable.
 
Ma cousine se renfonce dans son siège en boudant tandis que les autres prennent commande. J'aperçois Isaac se lever de sa chaise. Il informe sa belle-mère qu'il va aux toilettes et je saute sur l'occasion. Je me relève à mon tour, le suit jusqu'aux toilettes pour homme. Il me sent derrière lui donc tente de me claquer la porte au nez mais je pose mon pied en rempart et souffle exaspéré :
 
_Arrête tes conneries bordel !
_Casse toi, grince-t-il entre ses dents tout en s'éloignant de la porte.
 
J'en profite pour entrer à l'intérieur de la pièce et il continue, se dirigeant vers les lavabos pour se passer de l'eau sur le visage :
 
_J'y arrive pas Lou ! T'imaginer avec lui ! Ça me donne envie de crever.
_Arrêtes..
_Mais ! Putain ! Tu ne comprends pas ! S'emporte-t-il en se retournant vers moi, les gouttes d'eau perlant sur son visage furieux, J'ai cette image dans ma tête ! Lui. Nu. Dans ton lit. Il avait ce suçon genre..
 
Il grimace. Je crois qu'il a vraiment envie d'en vomir. Et moi, j'ai les larmes aux yeux. Parce que ce moment avec Styles était tellement beau qu'il n'a pas le droit de me dire ça.
 
_Arrêtes, je répète, parce que je ne sais pas quoi dire d'autres.
_Mais putain Louis ! Explose Isaac, Styles ! Harry Styles ! Ça n'a aucun sens ! Comment tu peux.. Je ne sais pas, comment tu peux même le toucher ? Comment tu peux aimer ça ?
 
Je ne sais pas. Je ne pourrais pas lui répondre. Pourquoi j'aime autant ça, être avec lui. Pourquoi j'ai l'impression d'être accro à ce type. Pourquoi tout ce qu'il me dira ne me fera jamais changer d'avis. Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi. J'en sais foutrement rien.
 
_Mais Louis comment tu peux aimer ça ? Répète-t-il au bord des larmes, Ses cousins ont.. Ils ont violé Eleanor, ils ont cassé le bras de Zayn..
 
Je déteste ce « ils ». Ce pronom qui suppose qu'ils sont tous dans le même bateau. Que si Greg a violé Eleanor, et bien tous les Styles ont violé Eleanor, juste parce qu'ils portent le même nom de famille. Et il est trop là, ce « ils », il est dans toutes nos phrases. Et c'est bien lui, la clef de tout ce putain de bordel.
 
_Ils nous pourrissent la vie tous les jours, continue Isaac, Putain merde ils nous ont tabassé à l'anniversaire de Perrie, et aussi dans ce bar avec-
_Stan avait commencé, je le coupe.
 
Il ouvre grand les yeux de stupeur, l'air de ne surtout pas avoir voulu entendre ses mots.
 
_Mais bordel maintenant tu les défends ! S'éc½ure-t-il, Mais Louis t'es passé où putain ?!
_Je ne peux pas t'expliquer Isaac, ce n'est pas rationnel.
_Mais c'est quoi alors ? C'est quoi putain ?! Explique-moi ! Je ne comprends rien ! Je deviens fou !
_Je ne sais pas quoi te dire, je bégaye mal à l'aise, Je te demande juste de garder tout ça pour toi quelque temps. Juste.. Que tout ça se mette en place dans ma tête.
_Que tu t'en débarrasses ? S'assure-t-il.
 
Et non, je n'ai pas envie de répondre à ça.
 
_Que tu t'en débarrasses ? Répète-t-il durement.
_Isaac...
_Tu me dégouttes.
 
Et je crois qu'il a encore un minimum de décence parce que, vu le regard qu'il m'a lancé, il aurait très bien pu me cracher à la figure.
Il se dirige vers la sortie et je tente de le rattraper une dernière fois, m'accrochant à son bras. Il se retourne vers moi et la sonnerie de mon téléphone portable se met à résonner dans la pièce. Je le sors de ma poche et je vois « Boucle d'Or » affiché sur l'écran.
 
_C'est lui ? Ricane Isaac d'un ton amer.
_Laisse moi encore du temps, je demande.
_Avant quoi ?
_Avant de foutre définitivement ma vie en l'air. S'il te plaît.
 
Isaac me regarde d'un air absent, tiraillé entre l'énervement et la pitié.
 
_Tu t'en charges très bien tout seul, Louis, me rembarre-t-il avant de quitter la pièce brusquement.
 
Mon portable continue de vibrer dans le creux de ma main et je finis par décrocher. J'ai besoin d'entendre sa voix pour ne pas craquer.  
 
 

 
 
Chapitre deux.

 
 
Harry
 
 
      J'attrape le quatrième shot qui s'offre à moi. Je le porte à mes lèvres. J'avale. C'est automatique. Je prends le cinquième. Après, c'est fini. Après, j'aurais fais comme les autres. J'avale. C'est immonde. J'ai la tête qui tourne mais je m'en fiche. Liam frappe dans ses mains avant de poser un baiser humide et alcoolisé sur ma joue.
 
_On est libres cousin ! Hurle-t-il à mon oreille.
 
Je souris. Oui, on est libres. Finis les exams. Fini le lycée.
D'accord, pour ça, on ne sait pas encore parce qu'on n'a pas eu les résultats. Mais merde, on est en vacance d'été. Bordel, plus de cours, le soleil et Tomlinson. Juste Tomlinson.
On ne s'est pas revus depuis la soirée où Isaac a tout découvert. Normal, mes parents m'ont interdit de sortir le week-end dernier car je devais réviser. On était conciliés dans nos chambres avec Liam. Même Gemma et Edward nous surveillaient. Faut dire que les parents de Liam péteraient un plomb si il foire encore son année celui-là, et puis moi, ça ferait tâche un deuxième Styles qui redouble dans la famille.
Du coup, on a passé toutes nos épreuves cette semaine, la dernière étant ce matin. C'est pour ça qu'on est de sortis, ce soir, au Maddox Club à Mayfair. Moi et les potes de Liam. Pas mes potes à moi. Déjà j'en ai pas beaucoup et, en plus, personne ne les aime. Donc bref, je me contente de l'équipe de foot du lycée dans laquelle Liam est le capitaine. Parce que, ouais, si moi je suis le cliché du gamin de riche raté, luis il est le cliché opposé. A part dans les cours où je pourrais presque le dépasser, parce que -clairement- c'est loin d'être notre truc, ça.
Un rot s'échappe de mes lèvres. Le goût d'alcool remonte à mes lèvres et semble vouloir y rester. J'ai vraiment la tête qui tourne. Ça faisait longtemps que je n'avais pas autant bu.
 
_Alors tu baises qui ce soir ? M'interroge Liam, Je suis sûr que y a plein de gays dans l'équipe.
_A commencer par toi.
_Ta gueule, pouffe-t-il.
 
Je lui lance un regard en biais et une lueur triste apparaît soudainement dans ses yeux.
 
_Tu as revu Jade ?
_Je n'ai pas envie d'en parler, me coupe-t-il instinctivement, Alors.. Tu baises qui ?
_Mais personne, vas-y je ne suis pas un chien !
_Un chien ? Répète-t-il sans comprendre.
_Je ne sais pas pourquoi j'ai dis ça.
 
Il rit. Parce qu'il est bourré. Pas parce qu'il s'amuse. Je le connais bien.
 
_Elle reviendra vers toi, je murmure.
_Ce serait dommage, rétorque-t-il, Parce que c'est moi qui part.
 
Mon c½ur se contracte dans ma poitrine. C'est vrai, c'est lui qui part. En Chine. Putain, en Chine. J'ai envie de chialer. Bordel, je ne veux tellement pas qu'il s'en aille.
 
_Enfin bref, se reprend mon cousin.
 
Classique. Moi et Liam on n'est pas les pro des sentiments. Je ne lui ai jamais dis à quel point ça me détruit que ses putain de parents aient décidé de l'embarquer avec eux en Chine. Mais je crois que je n'ai pas besoin de mots. Parce qu'à cet instant, notre regard à tous les deux expriment ce qu'on ne se dira jamais.
 
_Ça ira Haz, finit-il par murmurer.
_Pas sans toi.
 
Il s'approche et me serre dans ses bras. C'est peut-être la première fois qu'on fait ça. Se tenir dans nos bras.
 
_Je ne suis pas homo hein ? Rétorque-t-il en riant dans mes bras, Ça me fait juste... Chier, tu vois.
_Moi aussi, ça me fait chier.
 
On se détache. La seconde sentimentale est finie. Heureusement, ça ne nous ressemblait pas.
 
_Alors ? Enchaîne Liam, Y a vraiment personne qui te plaît dans l'équipe ?
 
Je lui lance un regard blasé et il s'exclame, l'air de rien :
 
_Quoi ?
_T'es con. Tu sais très bien que j'ai un mec.
_Tant que je ne l'aurai pas rencontré, il n'existera pas pour moi, rétorque mon cousin.
 
Je lève les yeux au ciel, sans répondre.
 
_J'espère juste qu'il est mieux qu'Azoff, reprend-t-il.
_D'ailleurs en parlant de ça, t'as dis à Gemma qu'il était revenu au lycée ?
_Non.
_Perrie ?
_Non, je ne crois pas.
_Niall ?
_Mais je ne sais pas ! S'exclame-t-il, Pourquoi ?
_Il n'est plus devant les grilles. Je trouve ça bizarre.
_Moi je trouve ça bien, perso, réplique Liam, Il n'avait rien à faire ici de toute façon. Chacun son monde.
 
Ça me fait sourire, sa remarque. Parce que ça me fait penser aussi à nous. Styles contre Tomlinson. Chacun son monde, en effet. Mais ce n'est pas de notre faute si aucun des deux ne nous correspond. Alors on en a créé un autre, sans eux à l'intérieur.
 
_On va avec les autres ? Propose Liam après s'être retourné vers la piste de danse où se potes dansent complètement ivres.
_Je vous rejoins, je dois passer un coup de fil.
_Ok !
 
Je me retourne vers la sortie. Tout tourne autour de moi. La musique résonne à fond dans le bar. Ça me fait mal à la tête. Je sors de l'immeuble. J'ai besoin de calme et d'oxygène. Je sors mon portable de ma poche et sélectionne de suite son numéro. « Grand méchant loup ». Il serait peut-être temps que je change. Ça fait grave con, quand même. Quoi que... Je ne sais pas. Je vais peut-être le garder par nostalgie.
 
_Allo ? Réponds-t-il après quelques sonneries dans le vide.
_JE SUIS EN VACANCE !!! Je hurle alors que ce n'était pas du tout ce que j'avais prévu de dire.
 
Bonjour le lycéen immature.
 
_Et tu es complètement torché aussi ? Interroge Tomlinson à l'autre bout du fil.
_C'est possible.
_Pourquoi tu m'appelles ?
_Je sais qu'on devait se voir demain soir mais je ne peux pas venir chez toi après ma soirée ?
_Tu veux dire demain matin ? Ironise-t-il, Je te connais, tu vas te ramener trop tard.
_Steuplé, j'ai trop envie de te voir. Promis, je rentre tôt.
_Genre ? Quelle heure ?
_Trois heures ? Je propose.
_.. Ok. Mais peut-être que je dormirai. Tu m'appelleras avant ?
_Non laisse juste la porte ouverte, je te rejoindrai dans ton lit.
_.. Ouais, ok on fait comme ça.
_Isaac n'a toujours rien dis ? Je m'assure.
_Pas pour l'instant... Dis, je suis encore au resto là. Je dois y aller. A ce soir.
 
Il s'apprête à raccrocher donc je l'arrête de suite, trouvant le courage dans les litres d'alcools que je viens de m'enfiler :
 
_Et Tomlinson !
_Quoi encore ?
_Ce soir. On baise.
 
Je coupe la communication. Je crois que je n'ai pas envie d'attendre sa réponse... Mais, mon Dieu. Je regarde mon téléphone horrifié. Qu'est ce que je viens de dire ? On baise. Sérieux ? Je n'ai pas plus romantique encore ? Le beauf par excellence. Je me foutrais des baffes monumentales des fois.
Je m'apprête à ranger mon portable dans ma poche lorsque je le sens vibrer dans ma main.
 
 
✉ SMS de « Grand méchant loup » à « Boucle d'Or »
23h10. Je viens de te dire que j'étais au resto. Ça ne va pas de me dire un truc pareil ! A ce soir couillon xx
 
 
Je souris avant de ranger le téléphone dans ma poche. Je m'apprête à rentrer dans le bar lorsque je percute un homme qui en sort. Je pose mon regard sur lui. Sur ses yeux. Et je m'effondre. Genre, comme si j'avais reçu un coup de poignard dans l'estomac. Comme si la lame restait enfoncée et tournait sur elle-même alors que l'homme ne me lâche pas du regard. Je revois ses yeux sombres. Ses yeux, putain. Et j'ai l'impression de tout revivre une deuxième fois. Encore plus brutalement.
 
 
 
 
                 Deux ans plus tôt
 
          L'alcool me brûle. Les triples, le foi, l'âme. J'essaie de rallumer la flamme en moi mais elle est éteinte. Il est paraplégique. Je les hais tellement. Tous les Tomlinson, un par un. Je voudrais qu'ils crèvent. Ils n'avaient pas le droit de lui faire ça. Pas le droit de lui voler une vie entière. Il a quinze ans. J'ai quinze ans. Ils ont tout détruit. L'âme même de ma famille. Volée en éclat. Brisée. Anéantie. Je sais que plus rien ne sera jamais pareil désormais. Je sais que je vais détester cette vie jusqu'à sa fin.
Je chiale. Mes larmes me brûlent les joues. Je suis paumé, perdu, détruit. Je viens de prendre de la coke, tout à l'heure. J'en avais jamais pris avant. Ça ne me soulage même pas. Je ne sais même plus ce que je veux.
Je regarde l'homme qui me toise depuis tout à l'heure. Il a des yeux sombres. Des rides. Il est moche, vieux, riche. Tout ce que je déteste. Mais je m'en fous. J'ai besoin d'oublier. J'ai besoin de vivre ce que lui ne vivra jamais. J'ai besoin de compenser ma douleur par une autre.
« Ça ne lui rendra pas ses jambes ». Ouais, peut-être, mais je vous emmerde. Rien ne lui rendra ses jambes de toute façon.
Je finis mon verre sans trop réaliser ce que je fais. Je fais un signe à l'homme. Je me dirige vers la sortie du bar. Je voudrais parler mais il se colle à moi. Dans mon dos. Me plaque contre un mur. Je chiale encore plus fort. Il ne m'entend même pas car il est en train de gémir. Il se masturbe derrière moi. C'est immonde. Dégueulasse. Je voudrais crever. Je ne sais pas pourquoi je reste ainsi. Pourquoi je me laisse subir. Pourquoi j'attends.
J'ai froid d'un coup. Je comprends qu'il a baissé mon jean et mon caleçon jusqu'à mes genoux. Il me touche les fesses, de ses mains sales. Je pleure. J'ai honte. Je me retiens de hurler. J'ai quinze ans. J'ai que quinze ans. J'ai envie d'appeler à l'aide. Je veux que Gemma vienne me chercher. Mais elle est en train de consoler Niall. Parce qu'elle est forte. Parce qu'elle ne fuit pas la tristesse. Moi, je la provoque.
Un cri s'échappe de mes lèvres lorsqu'il passe sa main sur mon sexe. Il dit « t'aime ça hein » alors que je veux juste crever. J'en peux plus. Je plante mes dents dans ma main pour camoufler la douleur.
Il n'a pas le droit de me toucher. Personne ne m'a touché encore. Ça ne lui appartient pas. Tout ça ne lui appartient pas. Il me manipule comme si j'étais un simple objet. Un objet sans âme. Sa main me fait mal. Il croit me branler mais il est juste en train de me déchirer de l'intérieur. En train de détruire les dernières secondes de vie en moi. Après ça, tout sera mort. A l'extérieur comme à l'intérieur.
J'ai tellement honte. Je n'ose plus bouger. Je pleure si fort. Ça n'a aucun sens. Mes doigts s'agrippent au mur de pierre contre lequel il me colle. Je me griffe en essayant de m'accrocher à quelque chose.
Et puis ça arrive. Brutalement. Une douleur atroce. A m'en tordre les entrailles. Ça restera gravé à vie. Une douleur aussi forte, aussi intense. Je me sens comme écartelé. Et ça ne s'arrête plus. Chaque mouvement est pire que le précédent. Je hurle et chiale en même temps. Il croit que je suis excité, il répète « T'aime ça hein ? T'aime ça, pédé ».
Un coup plus fort qu'un autre et je m'effondre. Ma tête part vers l'avant et je vomis. Ça gicle partout. Sur moi, surtout, et lui aussi. Sur ses chaussures à deux milles balles. Il se retire brutalement en m'insultant. « Débauché », commente-t-il alors que je m'effondre au sol, dans mon propre vomi, le pantalon toujours baissé au niveau des genoux. « Pathétique » dit-il avant de disparaître dans la boite.
Débauché. Pathétique. Ça déchire mon âme. J'ai tellement mal. J'ai tellement honte.
Mes genoux trempent dans mon vomi. Je me relève en titubant. La douleur est atroce. Je remonte mon pantalon jusqu'à mes hanches. Je chiale encore. Je chiale et je me promets que plus personne ne me touchera jamais.
 
 
 
      J'ouvre la porte de l'appartement. La pièce est sombre. Je m'étale par terre. Je suis défoncé. Complètement défoncé. Où est ce que j'ai trouvé la coke ? Je ne m'en souviens plus. J'ai juste erré dans Londres. Je me suis défoncé. Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais même pas comment j'ai retrouvé le chemin. Je suis toujours par terre.
 
Débauché. Pathétique.
 
La lumière s'allume. Ça me brûle les yeux. J'essaie de me relever mais je retombe.
 
_Styles ! Putain mais qu'est ce que tu fous par terre ?
 
Tomlinson s'approche, il me relève, je tombe dans ses bras.
 
_T'es tellement bourré que tu ne tiens plus debout, t'es pas sér-
 
Il s'arrête dans sa phrase. Il voit mes yeux. Mes yeux, non. Ce ne sont pas mes yeux ça. Mes yeux défoncés ne sont pas mes yeux. C'est mon autre moi, celui d'avant, celui qu'il n'a jamais vraiment connu. Et j'aimerais lui dire que ce n'est pas moi. Mais mes mots restent coincés dans ma gorge.
Et il me relâche. Je retombe sur le sol, brusquement.
 
Débauché. Pathétique.
 
Je suis tombé de quelques centimètres mais j'ai l'impression de m'écrouler des tours du World Trade Center, au moment où elles se sont fait percutées, parce que tout s'effondre avec moi. Toute ma vie.
 
Débauché. Pathétique.
 
La lumière s'éteint. Il m'a laissé seul, vautré sur le sol de son appartement. Il est retourné se coucher. J'ai mal à la tête. Je me mets à pleurer.
 
Débauché. Pathétique.
 
Je tente de me relever. J'ai trop mal partout. Avoir revu ses yeux. J'ai eu peur. Tellement peur. J'ai pris la fuite. J'ai prévenu personne. Je me suis juste mis à courir.
J'arrive à attraper mon portable dans ma poche. J'ai pleins de sms et d'appels manqués. Je n'ai rien entendu, rien senti.
 
 
✉ SMS de « Liam » à « Harry »
0h05. Il prend du temps ton coup de fil t'es où ?
0h16. Euh Haz je viens de faire le tour de la boite t'es où ?
0h18. Réponds quand je t'appelle putain !
1h02. T'es sérieusement parti sans nous le dire ?
1h07. T'es vraiment un connard Styles, ça fait une heure qu'on te cherche.
2h03. Bon bah merci d'avoir gâché la soirée. Moi je rentre sans toi du coup.
2h06. Je te jure demain t'es mort.
 
 
✉ SMS de « Grand méchant loup » à « Boucle d'Or ».
02h56. En faite je ne suis toujours pas couché, tu veux que je vienne te chercher ?
3h10. ?
3h20. T'es tellement bourré que tu ne peux pas me répondre ?
3h45. Tu fais chier. Je savais que tu ne serais jamais à l'heure.
4h10. T'as repris de la coke ?
4h23. Pas la peine de te ramener ici, hein.
5h12. T'es vraiment un enculé Styles. Ne viens pas.
 
 
Je chiale encore plus. Putain, il est presque six heures du matin. Je me relève en titubant. J'avais pas pris de coke depuis tellement longtemps. Je crois que c'est pour ça que c'est aussi violent. Et je n'ai pas dû acheter de la bonne.
Je tremble et j'avance jusqu'à la salle de bain. J'enlève tous mes vêtements. J'ai l'impression de sentir les mains de cet homme sur mon corps, comme si il m'avait touché il y a deux minutes. Ça fait deux ans. Mais le revoir ce soir à fait remonter tous les souvenirs. Tout ce que j'avais enfoui au plus profond de moi. Tout ce que j'avais voulu oublier.
Le jet d'eau chaude coule sur mon corps. Je frotte ma peau. Fort. Très fort. Comme si je voulais tout enlever. Mais la sensation ne part pas donc je frotte encore plus fort. Ma peau est rouge. Elle me brûle mais je m'en fiche. Je préfère ressentir de la douleur que ses mains froides et rugueuses.
 
Débauché. Pathétique.
 
Je sors de la douche, m'enroule dans une serviette en coton. J'évite mon regard dans le miroir. Je ne veux pas me voir. Pas comme ça. Pas avec ses yeux là.
 
_Mais qu'est ce que tu t'es fais putain ?
 
C'est la voix de Tomlinson. Je me retourne vers lui brusquement. Il est posté devant la porte de la salle de bain. Les yeux écarquillés d'horreur.
 
_Qu'est ce que t'as fais à ta peau ?
_Je me suis lavé, je murmure bêtement.
_Lavé ? Il s'étrangle.
 
Il parcourt la distance qui nous sépare et tire sur ma serviette brusquement. Je me retrouve nu devant lui et un cri d'effroi s'échappe de ses lèvres. Parce que y avait rien sur mes bras et mes jambes. Rien comparé à ce que je me suis fais sur le torse, le sexe, les cuisses.
 
Débauché. Pathétique.
 
_Ma serviette ! Je chiale, Rends mois ma serviette !
 
Il tremble. Les larmes aux yeux. Je crois qu'il vient de comprendre ce que je lui ai dis la dernière fois sur le pont. Que j'étais une cause perdue. Que y a rien à mériter chez moi. Tout est bon à jeter.
Il me tend la serviette sans parler. Je l'attrape et m'enroule avec de nouveau. Pour me cacher à l'intérieur. Et je pleure, encore. Toujours.
 
_Styles, bégaye-t-il mal à l'aise, Tu-
_Je m'en vais, ne t'inquiète pas.
_Tu-
_Laisses-moi, je réplique, Faut que je m'habille.
 
Et il ne bouge pas. Je crois qu'il est totalement déstabilisé, pour la première fois de sa vie. La misère, il la voit tous les jours. Avec sa famille, avec ce conflit, avec notre monde. Là, il ne la voit pas, il la vit, avec moi. Elle lui éclate à la figure, sans crier garde. Toute cette misère. Elle était là depuis le début, entre nous deux, elle était juste cachée quelque part, là où on avait pas envie de la voir.
 
_Laisses-moi, je répète, Je n'ai pas besoin de ta pitié.
_T'as besoin d'aide, pas de pitié.
_C'est la même chose. Et non, je n'en ai pas besoin.
 
Il soupire puis finit par se diriger vers une armoire de la salle de bain. Il en sort un pot de crème et m'attrape par la main. Il nous emmène vers sa chambre, me force à m'asseoir sur son lit.
 
_Je te soigne. Enlève ta serviette.
_Non.
_Styles, je ne te laisse pas le choix.
_Alors éteins la lumière.
 
Je vois les traits de son visage s'adoucir et il se dirige vers l'interrupteur pour éteindre. Dehors, il commence tout juste à faire jour mais la pénombre de la pièce me suffit.
Tomlinson vient s'asseoir sur le lit, il ôte ma serviette doucement, regarde mon corps. Et je murmure des mots que je n'aurais jamais cru capable de supporter :
 
_Je me suis fait violer.
 
Il s'arrête. De bouger. De respirer. Presque de vivre. Il ne me regarde même pas.
Et je précise :
 
_Y a deux ans. Ma première fois. Je me suis fais violer.
_Qu'est ce qui s'est passé ce soir ?
_Je l'ai revu.
_Qui ça ?
_L'homme qui m'a fait ça.
 
La rage déforme ses traits. Mais il tente de se contenir. Il avale sa salive et demande durement :
 
_Pourquoi tu ne m'as pas appelé ?
_Je ne me souviens pas.
_Quoi ?
_Je ne me souviens pas de ce que j'ai fais après l'avoir vu.
_Il t'a retouché ?
_Non ! Je l'arrête de suite, Non non non... Non, je répète, comme si c'était trop insupportable pour que ce soit vrai, Non non non.
_Styles, calme toi.
_Non non non non, m'a pas touché, non non, il ne peut pas, non non, j'ai dû partir, non..
_Harry, s'il te plaît, calme toi.
_Non, il ne m'a pas touché, non il a -
_Harry bordel !
 
Il me coupe en me serrant contre lui. Je m'enfonce dans son torse.
 
_Il ne t'a pas touché Harry, calme toi, me murmure Tomlinson à l'oreille, Il ne t'a pas touché. Personne d'autre que moi ne te touche. Personne. Je ne laisserai personne d'autre te toucher.
 
Je continue de pleurer dans ses bras. Et il attend. Il me serre contre lui, embrasse ma peau du bout des lèvres, caresse mes cheveux, murmure tout bas que personne ne me fera du mal. Et j'ai bien envie de lui répondre que je m'en fais assez tout seul. Mais il continue jusqu'à ce que je me calme.
 
_Tu m'autorises à te toucher ?
 
Je relève ma tête vers lui, pas certain de comprendre la question.
 
_Il faut que je mette de la crème hydratante sur ta peau, précise-t-il.
 
Je hoche la tête. Il me dit de m'allonger et dévisse son pot. Je regarde ma peau. J'ai encore plus honte que tout à l'heure. Elle est tellement rouge, abîmée. Un peu comme moi, en faite.
Tomlinson dépose de la crème sur ses doigts puis fait glisser ses mains sur mon corps. C'est froid mais son contact m'apaise. L'odeur aussi, c'est doux. Comme lui. Comme ses gestes. Comme son regard. Il étale la crème dans tous les endroits de mon corps, minutieusement. D'abord mes coudes, mes épaules, mes aisselles, puis tout mon torse, mes cotes, mes jambes. Il passe plus de temps sur mes cuisses, surtout l'intérieur que j'ai creusé avec mes ongles. Il me masse doucement en même temps. Je n'arrive pas à le quitter des yeux. Je devrais avoir honte qu'il fasse ça pour moi mais je me sens tellement bien que je n'arrive plus à la ressentir. La honte. Enfin. Je ressens enfin autre chose que cette honte qui me ronge depuis deux ans.
Les yeux de Tomlinson parcourent mon corps. Ma peau brille de la crème. Elle s'infiltre, lentement, comme un médicament. Mais moi j'ai l'impression que ce sont ses doigts les médicaments, pas le reste.
Tomlinson me couve du regard puis il s'arrête, fixer sur un point de mon corps.
 
_Harry ?
_Hum ?
_Tu as gratté.. Au niveau de-
_Je sais.
_Tu veux de la crème à cet endroit là aussi ?
_Tu es gêné ?
_Un peu, me répond-t-il sincèrement, Et toi, tu l'es ?
_Aussi.
 
C'est con, en vrai. Ce ne serait pas la première fois qu'il me touche à cet endroit là.
 
_Mais je te fais confiance, je reprends.
 
Il esquisse un sourire puis étale un peu de crème sur ses doigts avant de les passer tendrement sur mon aine puis sur mon sexe. Il fait ça avec application. Y a rien de sexuel dans ses gestes. Aucune tension. Aucun jugement.
Il étale la crème qu'il lui reste sur les doigts contre mes flancs puis vient s'allonger à côté de moi.
 
_Tu n'as pas froid ?
_Non.
 
Tomlinson reste silencieux. Moi aussi. Je me contente de le regarder.
 
_Désolé d'avoir encore merdé, je souffle.
_Désolé de mettre emporté, rétorque-t-il.
 
Je me retourne pour être face à lui. Le mouvement de ma peau sur les draps me fait grimacer et Tomlinson s'exclame de suite :
 
_Mais bouge pas !
_Je veux te voir.
 
Je me positionne, sur le côté, en face de lui. Ma tête tombe sur l'oreille et il suit le mouvement. Nos deux visages sont si prêts qu'on pourrait s'embrasser.
 
_Tu l'as dis à quelqu'un ?
_Azoff et .. Perrie, je murmure, C'est les seuls qui savent. Avec toi maintenant.
_Et Gemma ? S'intrigue-t-il.
_Non. Jamais. Elle serait capable d'engager un tueur à gage pour buter le type.
_Moi aussi j'en serais capable. Je serais même capable de le tuer moi-même.
 
J'ai une boule dans la gorge. Parce que ça me fait peur, justement, toute cette violence, toute cette haine qu'ils ont à l'intérieur.
 
_Ne sois pas comme eux, je murmure.
_Harry. Je suis déjà comme eux.
 
Et oui, c'est vrai. Il est comme eux depuis le début. Le conflit, il ne le subit pas. Il le créé. Comme Gemma, comme Edward. Et je crois que pour la première fois de ma vie, je réalise que moi je suis dans l'autre camp. Avec Niall, avec Lottie, avec Eleanor. Avec tous ceux qu'ils cherchent à protéger à tout prix mais qui finissent pourtant les premiers à terre.
Et je sais qu'il n'est pas responsable de ma lâcheté, de ce qui m'est arrivé cette nuit là, ou même de l'état déplorable dans lequel je me mets pour ne plus y penser. Non, je réalise juste qu'on ne fonctionne pas de la même manière, que moi je suis encore et toujours la petite chose dont il faut prendre soin et que lui il est celui qui dirige, qui frappe, qui ne tombe pas. Et ça me fait mal de réaliser à quel point j'ai besoin de ce genre de personne dans ma vie. Parce que si il n'est pas là pour me rattraper, je m'explose la gueule sur le bitume.
 
_Tu vois que t'avais raison, je murmure finalement, riant à moitié, Je suis un traumatisé du sexe.
_Ce n'est pas drôle Harry.
 
Son ton est sans appel. Je ne sais pas pourquoi j'essaie encore de détendre l'atmosphère, prétendre que je ne suis pas profondément affecté par ce qui vient de se passer, prétendre que ce n'est pas si grave. Tomlinson est bien la seule personne à laquelle je ne peux plus mentir. Alors à quoi bon faire semblant ?
 
_Tu peux me prendre dans tes bras ? Je demande.
_J'ai peur de te faire mal, avec ta peau.
_Viens, je murmure simplement.
 
Tomlinson glisse jusqu'à moi. Son bras encercle ma hanche, son torse se colle au mien, ses jambes se frayent un chemin sous les draps, j'entrouvre mes cuisses pour qu'il glisse une jambe entre les miennes, et ses lèvres se posent dans ma nuque. Il m'embrasse tendrement à cet endroit là.
 
_Ça me tue de savoir qu'on t'a fait ça.
 
Je ne réponds pas. Les sanglots coincés dans ma gorge. C'est pour ça que je ne l'ai dis à pratiquement personne. Parce que sa propre douleur dans les yeux des autres est une des plus insupportable à voir.
 
_Harry ? Reprend-t-il.
_Oui.
_Tu étais à quelle boite ?
 
Et je comprends de suite le sens de sa question.
 
_Non, je souffle, Non s'il te plaît.
_Réponds moi.
_Ne le retrouve pas.
 
Il se relève pour se mettre face à moi. Il est si proche de mon visage que nos lèvres s'effleurent et que son souffle chaud se répand sur ma peau. Et je connais ce regard. Parce que je le vois tous les jours sur le visage de ma s½ur. Et c'est là que je capte qu'ils sont les mêmes. Comme deux copies conformes. Et quoi que je dise, quoi que je fasse, il se vengera. Qu'il ait mon accord ou non. Et je n'ai pas la force de protester. Je veux qu'il me revienne. Alors je glisse ma main le long de sa joue, espérant que mon touché lui ôte les images qu'il a dans la tête.
 
_Tu vas devoir partir ? J'interroge.
 
Et il sort enfin de ses pensées.
 
_Quoi ? Pourquoi ?
_Il est plus de six heures. Tu dois partir au travail.
 
Tomlinson jette un coup d'½il à son réveil avant de se retourner vers moi :
 
_Non. Je n'y vais pas.
_Pourquoi ? Je m'étonne.
_Parce que j'ai envie de rester là.
 
Il replonge son visage dans mon cou et resserre son étreinte. Le contact avec sa peau me fait mal mais je me sens bien.
 
_Tu as besoin d'en parler ? Me demande Tomlinson, De ce qu'il s'est passé cette nuit là ?
_Tu es sûr que tu peux l'entendre ?
_Non. Mais je le ferais.
 
Et je lui ai tout raconté. Comme ça. J'ai déballé mon sac. Tout y est passé. Tous les détails que j'avais refoulé. Tous les endroits où il m'a touché. Tout ce que j'ai ressenti. Je ne pleure même pas. Comme si je racontais la scène en étant une autre personne. Pas la victime. Pas le coupable. Une personne extérieure, neutre, qui raconte avec des mots crus, sans rien cacher, sans rien enjoliver.
Et plus je parle, mieux je me sens, comme si je me débarrassais de mes vieux démons. Le truc c'est qu'ils ne disparaissent pas, ces démons, ils s'infiltrent dans Tomlinson à la place. Ils le bouffent, le dévorent de l'intérieur. Je le sens à ses muscles qui se contractent, à sa respiration qui devient plus brutale, et à ses larmes qui se mettent soudainement à couler le long de ses joues.
 
_Arrêtes, souffle-t-il, torturé, Arrêtes.
_Désolé, je bafoue, Je voulais pas te .. Pas te dégoutter.
 
Et, tout en disant cela, je passe mes mains sur mon corps sale.
 
_Pas toi, s'offusque-t-il alors que je sens son c½ur s'emballer dans sa poitrine, Pas toi putain... C'est.. Juste.. Lui. Je veux le tuer.
 
Ça pourrait sonner comme une provocation à deux balles. Comme un truc qu'on sort tous les quatre matins parce que son meilleur pote a encore oublié de nous ramener notre putain de bouquin de maths. Mais ça ne sonne pas comme ça. Ça sonne crue. Ça sonne vraie.
 
_Dis pas n'importe quoi, je souffle, tentant de me rassurer.
_Harry... Je vais le tuer.
 
Cette fois, son ton est suppliant, comme si il était à deux doigts de l'évanouissement. Je le regarde se relever du lit en titubant. Il trébuche. Répète qu'il va le tuer. Et moi je reste comme un con assis sur le lit. Je le regarde haleter. Je le regarde lutter contre ses démons qui ont l'air de le ravager de l'intérieur. Ses épaules tremblent. Son souffle se saccade. Il devient rouge. Je ne l'ai jamais vu aussi crispé, aussi mal dans sa peau, comme si il avait envie de l'arracher pour laisser tout ressortir. Et je ne comprends pas comment la situation a pu m'échapper ainsi.
 
_Mais, je bégaye, Mais qu'est ce qui t'arrive ? Tu-
_J'ai des crises de colère, arrive-t-il à m'expliquer entre deux respirations douloureuses, ses mains sur ses côtes, Des crises de.. J'avais des médocs.. J'en prenais plus.. C'était fini... Putain !
 
Ses poings se crispent. Je vois bien qu'il se retient de toutes ses forces de ne pas tout casser autour de lui.
 
_Je ne peux pas... Ça revient.. Haz.. Je veux le tuer... Je respire plus.
 
Je me met à paniquer. Je ne sais pas quoi faire. Bordel. Mais qu'est ce que j'ai été lui raconter aussi ? Ce n'est pas moi qui lui vient en aide, d'habitude. C'est lui le héros. Pas moi.
 
_Harry, grince-t-il, son front commençant à se couvrir d'une fine couche de sueur, Steuplé Harry..
_Qu'est ce que je dois faire ? Je m'empresse de demander, me relevant en un bond du lit pour me planter devant lui, Dis moi.. Qu'est que..
 
Tomlinson attrape ma main. Il la pose sur son c½ur. Et je m'arrête pendant une seconde. Je n'ai jamais senti un c½ur battre aussi vite. Ce n'est pas humain. Il va lâcher si ça continue comme ça.
 
_Qu'est ce que je dois faire ?! Je répète paniqué.
_Ralentir, grimace-t-il, comme pris d'atroces douleurs partout dans le corps, Fais le.. Ralentir.
 
Ralentir ?! Et comment je fais ralentir un c½ur moi ? Je ne suis pas médecin, merde !
 
_Ok, je souffle, tentant de conserver mon calme, Imite ma respiration.
 
Et je commence à inspirer et expirer comme les femmes enceintes, en exagérant bien chaque geste. Mais ce con ne me suit pas du tout. Je ne suis même pas sûr qu'il m'entende vu le bruit qu'il fait en haletant.
 
_Mais arrêtes, je supplie, clairement à court d'idées, Arrêtes, tu me fais peur.
 
Il m'attire brusquement à lui. Mon torse nu collé contre son c½ur qu'il n'arrive plus à contrôler. Et il me serre fort, comme pour canaliser toute la douleur.
 
_Ser-re.. Moi.
 
Et je le fais. Du plus fort que je peux. Je pourrais en chialer parce que les griffures sur mon corps me brûlent partout mais je m'en fiche. Pour une fois, je ne dois pas penser à moi. Je dois penser à lui. A l'aider lui.
Il suffoque contre moi. Je vois bien que ce câlin n'est pas assez. Alors je sors la première chose qui me vient à l'esprit.
 
_Je suis en train de tomber amoureux de toi.
 
Tout s'arrête. Son souffle. Son c½ur. Même le mien, je crois. Est ce que je viens vraiment de dire ça ? Je veux dire, on n'est même pas officiellement un couple.
 
_Que.. Bégaye Tomlinson abasourdi, Qu'est ce que-
 
Et moi, comme un con qui n'a rien compris, je continue, emmitouflé dans ses bras.
 
_En faite je suis déjà amoureux de toi.
 
Cette fois, son corps se détache totalement du mien parce qu'il plonge son regard dans mes yeux. Il est figé. Enregistre chacun de mes mots avec une joie et une peur qui lui dévorent les entrailles. Et il est beau à cet instant, vraiment beau. Les lèvres entrouvertes de stupéfaction, les joues rougies de sa crise, sa respiration encore saccadée, ses cheveux qui lui tombent sur le front. Et son regard perdu. Stupidement perdu.
 
_Bordel, je reprends après avoir repris mon souffle, Je suis tellement amour-
 
Il me coupe d'un baiser. Baiser ? Non. Un baiser, c'est juste un contact avec les lèvres. Là, c'est son être qui entre en contact avec le mien. A l'extérieur comme à l'intérieur. Je le ressens dans chaque fibre de mon corps. Je ressens à quel point son être me hurle désespérément : « Putain je suis autant flippé que toi par ce qu'il vient de se passer ».
Ses mains agrippent mes cheveux, ses lèvres sont partout sur moi. Sur ma bouche, ma mâchoire, mes joues, mon cou. Il me serre contre lui. Je sens la chaleur qui émane de son corps. Je pourrais en pleurer si je n'étais pas aussi paumé. Si je n'étais pas en train de me demander si tout ça c'est vraiment passé. Parce que merde, ce moment, c'est plus fort que tout. Plus fort que l'alcool, la beu, la coke. Plus fort que..
 
_Moi aussi, murmure-t-il à mon oreille, Moi aussi Haz. Tellement.
 
Et, là, c'est mon c½ur à moi qui s'est emballé, complètement emballé. Si bien que je ne savais plus quoi faire d'autre que de l'embrasser. Encore et encore. 
 
 

 
____________________
 
Voila le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous a plu ! 
Je m'excuse pour la grosse blague de beauf au début de la partie d'Harry, 
c'était plus fort que moi :p 
Sinon je trouve la musique de la vidéo sublime.
Je ne sais pas, ça me fait penser au Larry, de cette histoire ou même dans la vraie vie.
Bisous xx
 

 
 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte3

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Comments :

  • Visiteur

    02/04/2017

    PUTAIN J'AI CRU QU'ILS NE SE LE DIRAIENT JAMAIS !!!

  • SachaTchbn

    11/02/2017

    Jme suis arrêté de respirer tellement j'étais en suspens avec eux. La déclaration de Harry elle est puissante, elle prend au tripe.

  • RunningUp

    05/10/2016

    madxlarry wrote: "Je suis actuellement en train de pleurer. De bonheur ? Je sais pas la déclaration de Harry putain... Et le surnom "Haz" mais c'est tellement fort ce passage "

    merci ♥

  • madxlarry

    01/10/2016

    Je suis actuellement en train de pleurer. De bonheur ? Je sais pas la déclaration de Harry putain... Et le surnom "Haz" mais c'est tellement fort ce passage

  • RunningUp

    04/08/2016

    Tona-wairua-larry wrote: "OMGGGG !! C'est un putain d'ascenseur émotionnel ta fiction ! Yen a trop trop trop ça change tout le temps, j'en peux plus, mon c½ur aussi il va lâcher si ça continuer comme ça

    Je crois que j'ai jamais lu une fiction avec tant de rebondissements enfin de changements, de TRUCS là qui te font te tordre dans ton lit tellement c'est bon à lire

    Woaaahh j'ai les larmes aux yeux

    Ils se sont enfin avoué qu'ils étaient amoureux, EST-CE QUE TU ME VOIS DANSER ??

    Isaac il m'a carrément fait flipper j'te jure j'ai cru que j'allais pleurer (je crois d'aller que je l'ai fait.. enfin seulement quelques larmes... plus ou moins nombreuses... ok les paroles de Louis m'ont achevés mais il s'est bien rattrapé je l'avoue)

    Surtout à la fin, ils sont AMOUREUX trop de feels en moi

    Je continuuuuuue ahh xx
    "

    merci beaucoup, c'est un de mes chapitres préférés celui-là ♥

  • Tona-wairua-larry

    04/08/2016

    OMGGGG !! C'est un putain d'ascenseur émotionnel ta fiction ! Yen a trop trop trop ça change tout le temps, j'en peux plus, mon c½ur aussi il va lâcher si ça continuer comme ça

    Je crois que j'ai jamais lu une fiction avec tant de rebondissements enfin de changements, de TRUCS là qui te font te tordre dans ton lit tellement c'est bon à lire

    Woaaahh j'ai les larmes aux yeux

    Ils se sont enfin avoué qu'ils étaient amoureux, EST-CE QUE TU ME VOIS DANSER ??

    Isaac il m'a carrément fait flipper j'te jure j'ai cru que j'allais pleurer (je crois d'aller que je l'ai fait.. enfin seulement quelques larmes... plus ou moins nombreuses... ok les paroles de Louis m'ont achevés mais il s'est bien rattrapé je l'avoue)

    Surtout à la fin, ils sont AMOUREUX trop de feels en moi

    Je continuuuuuue ahh xx

  • RunningUp

    28/07/2015

    @Ihave5crush wrote: "Bordel qu'ils sont niais. Et j'adore ça. Enfin ils s'avouent qu'ils sont raides dingues de l'autre. Mais honnêtement, je pense pas qu'on aura droit à un Happy End, si tu t'inspire un peu de roméo et juliette. Et même, la base de ton histoire est bien trop triste pour que ça se termine bien pour eux :3"

    ahah suspens pour la fin ! là est toute la question ;p

  • @Ihave5crush

    27/07/2015

    Bordel qu'ils sont niais. Et j'adore ça. Enfin ils s'avouent qu'ils sont raides dingues de l'autre. Mais honnêtement, je pense pas qu'on aura droit à un Happy End, si tu t'inspire un peu de roméo et juliette. Et même, la base de ton histoire est bien trop triste pour que ça se termine bien pour eux :3

  • RunningUp

    10/06/2015

    OS-5SOS wrote: "Oh mon dieu ! C'est juste waouh !! Je sais pas quoi dire... C'est géniale !! Ils s'aiment <3"

    hihi merci ♥

  • OS-5SOS

    07/06/2015

    Oh mon dieu ! C'est juste waouh !! Je sais pas quoi dire... C'est géniale !! Ils s'aiment <3

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