Chapitre huit.

 
Chapitre huit.

 

 
Harry
 
 
            J'ai peur. Je sais que j'ai passé ma vie à avoir peur mais cette peur ci est différente, elle est bien plus forte, tenace, insurmontable. Parce que je la sens s'infiltrer partout dans mes veines, comme un poison, je la sens s'installer bien confortablement pour y rester. J'ai peur de ce qui va se passer. De ce que vont faire les Tomlinson. De comment vont réagir les Styles. J'ai peur de rentrer chez moi, tout simplement.
Alors je me tiens devant la porte, comme un con. Après le coup de fil de la mère de Louis, on a pris le premier avion pour Londres, comme ça, en plein milieu de la nuit. On est arrivés à six heures du matin puis on est montés dans deux taxis différents pour rentrer chez nous. On s'est à peine embrassés pour se dire au revoir, juste un effleurement de lèvres, pour la forme plus que pour l'envie. Je crois que Louis était trop inquiet pour Stan et moi trop inquiet de ce retour précipité.
Enfin, je veux dire, je savais qu'on allait rentrer un jour où l'autre, mais je pensais qu'on s'y serait un minimum préparés. Pour être honnête, même, j'avais presque cru qu'on rentrerait main dans la main, lui et moi. Qu'on l'annoncerait enfin à tout le monde. Qu'on ferait tomber les masques. Jolie illusion. On est simplement rentrés parce que nos foutus familles ne sont pas capable d'arrêter ce massacre une seule putain de seconde.
J'ouvre finalement la porte d'entrée. Ça ne sert à rien de faire durer le suspens plus longtemps. Et puis, j'ai envoyé un message à Gemma avant de partir donc je me doute bien que toute la famille est au courant de mon retour.
Je pose un pied dans le hall. Ça a à peine duré deux secondes que ma s½ur débarque en courant, se jetant littéralement dans mes bras.
 
_Pauvre con.
_Content de te revoir aussi, j'ironise.
_Je ne suis pas d'humeur à blaguer Haz, me coupe-t-elle, me serrant si fort contre elle que je comprends qu'elle cherche plus à me faire mal qu'à me faire un câlin.
_Je suis désolé, je souffle, dans le creux de son cou.
_J'ai réussi à contenir papa pour ne pas qu'il appelle les flics mais tu vas passer un sale moment, me met-elle en garde, chuchotant à mon oreille car j'entends des pas se rapprocher.
 
Gemma se dégage de son étreinte, m'accolant d'un regard entre la pitié et la peur, et je relève doucement mon visage vers la porte du salon. Ma mère s'y tient. Les yeux remplis de larmes. J'ai un mouvement d'approche à son égard qui est aussitôt contré par un violent recul lorsque j'entends la voix grave de mon père résonner dans toute la maison.
 
_Harold Edward Milward Styles !
 
Il apparaît dans le hall d'entrée. Je sens ma s½ur effleurer mon bras car elle sait probablement ce qui va m'arriver. Moi aussi d'ailleurs. Je suis à peine surpris lorsque je sens ma tête partir et ma joue gauche me brûler. Le cri de ma mère couvre le bruit de la claque, pourtant, j'ai l'impression qu'elle résonne encore même après les cinq minutes de silence totale qui suivent le coup.
 
_J'espère que tu as honte de toi, finit par cracher mon père, le visage creusé par la fatigue.
_Je suis désolé, je murmure simplement, Je ne voulais pas aller là-bas.
_Tu es malade Harry. Tu dois être soigné. Et jusqu'à nouvelle ordre, je suis ton père donc je prends les décisions.
_Peut-être que tu ne sais pas ce qui est bon pour moi.
 
Il explose de rire. Pas un rire joyeux mais un rire amer, le rire d'un homme bien trop blasé par la vie.
 
_Et qu'est ce qui est bon pour toi ? Il explose, Ton idylle à la con avec ce type que personne n'a jamais vu ? Te dorer la pilule au soleil je ne sais où pendant que ta famille est morte d'inquiétude pour toi ? Baiser ton copain alors que ta mère ne peut même pas fermer l'½il de la nuit depuis ton départ ?
 
J'avale ma salive. J'ai mal au c½ur. Bien-sûr, je savais tout ça. Que mon comportement était égoïste et stupide. Je le savais. Mais de le voir ainsi exposé sous mes yeux. D'entendre ma mère pleurer. De voir les yeux rouges de mon père. Ça rend tout ça encore plus réel.
 
_Je suis désolé, je répète simplement, car je n'ai aucune foutue idée de ce que je pourrais dire d'autre.
_Et bah il y a de quoi être désolé ! Continue de s'énerver Des en levant les bras en l'air, Je te préviens, j'appelle la clinique de désintoxication dès l'ouverture et je peux te dire que tu y passeras la fin de l'été !
_Non ! J'explose, mon c½ur contracté dans ma poitrine, Non non non !
_Pas de discussion possible Harry !
_Gemma ! J'éclate en sanglot, Gemma fais quelque chose ! Je ne veux pas y aller ! Je ne suis pas un drogué !
 
Et, même elle, elle ne me répond pas.
 
_Je ne suis plus un drogué ! Je rectifie aussitôt, courant à ma propre perte, Je vous en supplie, ne m'envoyer pas là-bas !
_Tu ne discutes pas Harry, déclare mon père catégorique, Il reste plus d'un mois avant ton entrée à l'université. C'est le moment idéal pour te poser et prendre un nouveau départ.
_Me poser ?! J'explose, Tu veux m'enfermer dans une prison au milieu de nulle part ! C'est ça que tu appelles « se poser » ?!
_Se soigner, il rectifie, Si tu veux que j'emploie les bons mots alors oui je t'envoie dans un camp de désintoxication pour te soigner. Est ce que tu vas me le reprocher ? D'essayer de sauver mon fils ?
_Ce n'est pas ça qui me sauvera papa.
 
Mais son regard reste catégorique. Par désespoir, je me tourne vers Gemma. Mais je sais qu'elle aurait réagi depuis longtemps si elle avait été contre cette décision.
 
_Alors toi aussi ? Je murmure, la gorge nouée, Tu veux te débarrasser de moi ?
_Harry, souffle-t-elle doucement, Ce n'est pas ça.
_Quoi ce n'est pas ça ? Je m'emporte, Tu veux que je-
_Les Tomlinson ont encore frappé, elle m'interrompt, brutalement.
 
Je reste silencieux. J'avais presque failli oublier cette histoire. Alors je feins la surprise de la pire façon du monde :
 
_Ah oui ?
_Stan et Isaac sont entrés à Mayfair. Ils se sont jetés sur Liam sans raison.
_Oh.
_Bien-sûr, ils se sont défendus, Liam, Edward et leurs potes, enchaîne-t-elle, Stan a chuté dans la bagarre et il est dans le coma.
_Oh.
_Je sais que tu n'en as rien à foutre de ce type et moi aussi pour être sincère, reprend Gemma, Mais on connaît assez bien les Tomlinson pour savoir qu'ils ne s'arrêteront pas là, même si tout est de leur faute. C'est la raison pour laquelle j'ai accepté que tu partes dans ce camp. Pour t'éloigner de Londres le temps que les choses se calment.
_ « J'ai accepté », pouffe mon père en imitant ma s½ur, Comme si j'attendais ton approbation.
 
Personne ne commente son intervention et, moi, je me retourne vers ma mère.
 
_Maman, s'il te plaît, je la supplie, Pas toi.
_Ton père et Gemma ont raison mon chéri, sanglote-t-elle dans son mouchoir déjà imbibé de larmes, Ça te fera du bien de t'éloigner de cette ville.
_Mais je-
_Pas de discussion, répète de nouveau mon père froidement, Maintenant tu vas dans ta chambre et tu dors un peu. On a beaucoup de route à faire aujourd'hui.
 
Et, comme un con, je fais ce qu'il me dit. A quoi bon de toute façon ? Je n'ai clairement plus la force de me battre. Alors je remonte simplement la hanse de mon sac sur mon épaule et je monte dans ma chambre. Je referme la porte derrière moi. Elle claque, réveillant probablement ceux qui avaient la chance de dormir.
Je m'écroule sur le lit, les larmes dévalent mes joues. Et je repense à Louis. Je repense au moment où tout s'est écroulé.
 
 
 
_Quoi ? Je demande d'un air inquiet lorsque j'entends un « Merde » s'échapper de ses lèvres.
 
Louis ne me réponds pas. Il continue d'appeler sa mère dans le téléphone, la voix plus angoissée que jamais. Et j'ai l'impression de ressentir l'exacte même douleur que lui. Ce coup de poing appelé « réalité » qui frappe en plein estomac, t'empêchant de respirer et même de parler.
Alors je me tais. Profitant des quelques secondes de répit avant que tout ce bordel ne s'abatte encore sur nous.
Tomlinson finit par revenir près du lit, plus blanc que jamais. J'ose à peine lui demander ce qu'il s'est passé.
Je le regarde traverser la chambre et attraper sa valise rangée sous le lit.
Alors les mots se frayent un chemin jusqu'à mes lèvres :
 
_On s'en va ?
_Oui, il me répond, froidement.
_Tu ne vas pas m'expliquer ?
 
Tomlinson remonte lentement son visage vers moi.
 
_Stan est à l'hôpital. Coma.
_Qu'est ce qui s'est passé ?
_A ton avis.
 
Y a un Styles qui est passé. Je ne sais même pas pourquoi je pose la question.
 
_Allez dépêche toi de ranger tes affaires, reprend Louis d'un calme inhabituel, Faut qu'on prenne le premier avion.
_D'accord, je murmure, bêtement.
 
Je saute du lit et je vois Louis détourner le regard quand il réalise que je suis nu devant lui. J'enfile rapidement mon boxer, prétendant ne pas être dévasté par ce qui est en train de se passer. Puis je passe un tee-shirt et un short de sport avant de me baisser vers le sol à mon tour pour ramasser toutes mes fringues qui traînent par terre. J'ai la gorge en feu. Je n'arrive même pas à sortir un mot. Je me contente de tout ranger en silence.
Au bout d'un moment, Tomlinson se relève pour rejoindre la salle de bain. Et je réalise. Je réalise enfin qu'il m'en veut. Il m'en veut à moi, à cause du nom que je porte. Et jamais il ne sera capable de passer au dessus de ça.
Un bruit sourd résonne. Le bruit de son poing se fracassant dans le miroir au dessus du lavabo.
Je me relève aussitôt, rejoignant la petite pièce.
La faïence blanche est recouverte d'un liquide rouge, presque noir. Et il pleure, le poing en sang. Je me précipite vers lui, l'encerclant par derrière. Ses épaules sont secoués par ses sanglots. Son regard fixé vers le sang qui coule de son poing. Il ne me regarde pas. Il ne me parle pas.
Et ce qui me fait peur c'est que je sais que ses larmes ne sont pas de la peine. Ce sont des larmes de rage. Des larmes de vengeance, de haine, de destruction. Alors là, je n'ai pas pitié pour lui. J'ai juste peur. Parce que ce Louis là me terrifie. Ce Louis là n'est même pas Louis d'ailleurs. C'est juste un Tomlinson. Le pire d'entre tous.
 
_Lâche-moi, finit-il par articuler entre ses halètements, Lâche-moi Styles.
 
Un coup de poing dans l'estomac. Un énième. Un fatal.
 
_Alors voilà ? J'interroge, Je suis redevenu un Styles ?
_Tu as toujours été un Styles.
_Et ça te dérangeait pas tant que ça quand je te laissais me baiser, je réplique, piqué au vif.
 
Il se retourne brusquement vers moi, les yeux noyés de rage et de haine, comme si tout ce qu'il avait essayé d'oublier ces derniers mois venaient de remonter à la surface.
 
_Stan est entre la vie et la mort.
 
Et d'un coup, ça arrive. D'un coup, je tilte. Que dans une bagarre, il y a deux clans. Et que si l'un a chuté, l'autre est peut-être déjà mort.
 
_Et mes cousins ? Je bégaye, Qu'est ce qu'ils ont mes cousins ? Qu'est ce qui s'est passé ?
_Qu'est ce que j'en sais.
_Je peux prendre ton portable pour envoyer un message à Gemma ?
 
Il hausse les épaules, l'air de me dire « fais ce que tu veux, je n'en ai pas grand chose à foutre », puis il se retourne vers le lavabo pour passer son poing ensanglanté sous l'eau froide. Moi je sors de la pièce, attrapant son téléphone.
 
✉ SMS de « L » à « WTF »
02h10. On rentre cette nuit. Harry.
 
Je repose le portable, terminant ma valise pendant que j'entends Louis s'énerver tout seul dans la salle de bain car il n'arrive pas à se soigner. Je n'ai même pas envie de l'aider. A cet instant, j'ai juste envie de rentrer à la maison.
Le portable de Louis vibre sur le bureau.
 
✉ SMS de « WTF » à « L »
02h15. Je te serre dans mes bras et après je te défonce triple con.
 
✉ SMS de « L » à « WTF »
02h15. Je suis désolé. Tout le monde va bien là bas ?
 
Je garde le portable dans ma main. J'attends sa réponse. J'angoisse. Je ne suis pas censé savoir pour la bagarre. J'espère qu'elle va comprendre le sens de ma question.
 
✉ SMS de « WTF » à « L ».
02h16. Oui.. Mais rentre vite à la maison. Y a une urgence.
 
Louis sort à cet instant de la salle de bain. Il a noué un tee-shirt sur son poing. Il ne parle pas, se contentant de se rapprocher de moi. Il s'arrête à quelques centimètres. Et, dans l'instant le moins cohérent au monde, je m'attends à ce qu'il m'embrasse passionnément et qu'on recommence là on s'était brusquement arrêtés. Mais il ne le fait pas. A la place, il me tend sa main et murmure la voix cassée :
 
_Passe le téléphone. Je dois réserver les billets d'avion et le taxi.
 
Je pose le portable dans sa main. Bien-sûr, il ne me demande pas comment vont mes cousins. Je l'observe s'éloigner dans la pièce, rejoignant le balcon pour passer son coup de fil.
Et c'est là que je réalise que tout vient de s'écrouler.
 
 
 
          Je continue de pleurer, roulé en boule dans mon lit. J'entends un coup timide à ma porte. Je ne prends pas la peine de répondre. Quelqu'un entre dans la pièce, se faufile jusqu'au lit et se glisse sous la couverture avec moi.
 
_Je suis désolée, me murmure Perrie à l'oreille.
_Désolée pour quoi ?
_Que tout craigne autant.
_Ce n'est pas de ta faute.
_Mais ça me désole quand même.
 
Je me retourne doucement vers elle et ma cousine vient se glisser dans mes bras.
 
_Comment va Liam ? Je demande.
_Mal. Il angoisse à mort des représailles des Tomlinson. Tu devrais aller le voir.
_Il ne m'en veut pas ?
_Bien-sûr que si, répond-t-elle, Mais il t'aime plus que tout. Il ne veut pas te voir partir. Et moi non plus.
_C'est trop tard. Je pars aujourd'hui.
_Je sais, murmure-t-elle, Et les parents de Liam et Edward ont avancé leur billet d'avion pour la Chine. Ils veulent les faire quitter le pays en milieu de semaine prochaine.
_Et toi ? Je demande, la gorge nouée.
_Ils veulent m'envoyer en vacances dans le Sud de la France avec Niall, chez les cousins de ma mère, jusqu'à la fin de l'été. On partirait dans deux semaines, après le départ d'Edward et Liam. 
_Et après ?
_Après ils pensent nous envoyer étudier à Manchester. Tous les deux.
_Et moi ?
_Hier, ils parlaient de New-York. Ils peuvent t'avoir une place dans une bonne école de commerce.
 
J'aurais presque pu en rire si ce n'était pas aussi triste.
 
_Alors voilà, c'est ça, leur solution, je crache, Ils nous font quitter le navire avant qu'il ne coule.
_Le navire a déjà coulé Harry, murmure doucement Perrie, Là ils essayent juste de nous sortir la tête de l'eau. Est ce qu'on peut vraiment leur en vouloir ?
 
Et, à cet instant, je me pose sincèrement la question. Et je réalise que non, je ne peux pas leur en vouloir, ou alors leur en vouloir de ne pas avoir pris cette décision avant. Qu'est ce qu'ils pouvaient faire d'autre de toute façon ? C'était des conneries ces quartiers délimités. On se bouffe littéralement, les uns les autres, juste parce qu'on respire le même air et qu'il n'y a pas assez d'oxygène pour nous tous. Alors peut-être que les Tomlinson vont croire qu'ils ont gagné. Qu'ils nous ont fait quitté la ville. Qu'on a juste fuit le problème, comme des lâches. Ils auraient tort de le croire. Y a pas de lâcheté dans cette fuite. Juste le courage qu'on a jamais eu.
 
_Et Gemma ? J'interroge finalement.
_Elle ne quittera jamais Londres.
_Elle va rester là toute seule ?
_Elle l'a toujours un peu été, seule.
 
Je reste silencieux, réalisant peu à peu où tout ça nous a mené. Une famille obligée de se séparer pour survivre.
 
_On se retrouvera tous un jour Harry, murmure Perrie, Un jour on sera une vraie famille. 

Un jour dans une décennie, peut-être.




✉ SMS de « Boucle d'or » à « Grand méchant loup ».
15h10. Je quitte la ville. Désintoxication.
15h24. Je t'aime x  


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Chapitre huit.


Louis 


              Je relis les deux message affichés sous mes yeux, plusieurs fois, mais je suis incapable de lui répondre. J'ai le c½ur en sang, la boule au ventre, les nerfs en vrac. Je suis fatigué de tout ça. De ce conflit, de cette haine qui me ravage, et de cet abandon. Mais je sais que je l'ai mérité. Ce n'est pas lui qui m'a abandonné en premier mais moi. A partir de l'instant où j'ai reçu ce coup de téléphone de ma mère à Barcelone, je l'ai abandonné. Il l'a lu dans mon regard. Et tout est trop tard désormais puisqu'il s'en va.
Je range mon téléphone dans ma poche. Je suis assis dans la salle d'attente avec ma famille. On attends des nouvelles de Stan. Je passe mes mains sur mon visage, je ne me suis jamais senti aussi impuissant et je déteste ce sentiment.
Je bifurque mon regard vers Isaac. Et je connais assez bien mon cousin pour savoir ce que cache les traits de son visage : la culpabilité. C'est lui qui était avec Stan au moment de l'accident, et même si je crève d'envie de savoir ce qu'il s'est passé, je me retiens de lui demander pour ne pas l'enfoncer encore plus.
Je fais craquer mes mains nerveusement, ma gorge me brule car je n'ai pas bu une seule goutte d'eau depuis mon départ de Barcelone. Mais j'ai peur de quitter cette salle. J'ai peur de la quitter et de revenir trop tard, de voir toute ma famille en larmes, de comprendre qu'il est parti lui aussi.
Mon père est dans le même hopital. On ne lui a pas encore annoncé la nouvelle. Le pauvre, je ne suis même pas sûr qu'il y survivrait. Il ne sait toujours pas que je suis revenu d'ailleurs. Et, ça, son c½ur rempli de colère ne le surmontrait pas non plus.
Un mouvement à mes côtés me sort de mes pensées et je me retourne vers Lottie. Elle vient de s'installer à côté de moi, ce qui est probablement la chose la plus étrange qu'elle n'ait jamais faite.
 
_Ça va ? Je demande immédiatement.
_Pourquoi t'es parti Louis ?
 
Elle a au moins le mérite de ne pas tourner autour du pot.
 
_Je suis désolé.
_Je ne veux pas que tu sois désolé. Je veux que tu me dises pourquoi tu es parti.
_Je n'étais pas parti pour toujours, je murmure, Je serais revenu.
_Quand ? Elle lance, Jusqu'à ce qu'un de nous crève dans ce putain d'hopital ? Et si ça n'avait pas été Stan, ça auait été qui à ton avis ? Ça aurait été qui Louis ?
 
Son regard, ses larmes, ses tremblements. La putain de réponse reste coincée dans ma gorge.
 
_Ça aurait été qui Louis ? Elle répète, pleine de rage.
 
Et je les vois. Bien-sûr que je les vois. Je ne vois que ça.
 
_Louis, réponds moi.
 
Sess cicatrices. Rouges. Encore vives de la vieille. Sur ses poignets. Ses cicatrices qui marquent sa peau et brisent son âme. Ses cicatrices qui reflètent ce qui est moche à l'intérieur, ce qui lui fait mal à l'intérieur, depuis des années.
 
_Louis, putain, tu-
_Toi, je la coupe, C'est toi qui aurait été à sa place.
 
Elle se tait, ses larmes roulent silencieusement sur ses joues. Et je sais que toute la famille a entendu. Parce que tout le monde pleure, sans bruits. Parce que, comme d'habitude, on pense que si on ne montre rien, c'est déjà un peu moins réel, un peu moins douloureux.
Tout le monde entend que la prochaine dans ce foutu hopital, ce sera ma petite s½ur de treize ans, qui se taillade les veines depuis deux ans déjà. Tout le monde entend et personne ne dit rien. Parce qu'ils pensent encore que c'est le boulot de ses putains de psychologues qu'elle voit à longueur de temps.
Alors, comme le lâche que je suis, je me contente de lui attraper son poignet sans rien dire. Je le retourne délicatement vers l'intérieur. J'observe les boursouflures rouges. La peau abimée, taillaidée, épuisée de cette haine récurente contre ce pauvre corps qui n'a rien demandé.
 
_Tu as désinfecté ? Je murmure, tout bas.
_Isaac, répond-t-elle en retirant son poignet.
 
Puis elle repose son bras sur ses jambes. Un silence gênant s'installe. Alors je finis par répondre à sa question, parce qu'elle mérite au moins ça.
 
_J'étais parti en vacance avec mon petit-ami. Je suis désolé de ne pas vous avoir prévenu. Je savais que vous m'en auriez empêché.
_On ne t'en aurait pas empêché Louis, murmure ma mère froidement, Mais tu as des responsabilité que tu dois apprendre à gérer. Tu ne peux pas t'enfuir du jour au lendemain.
_J'avais besoin de lui.
_Et on avait besoin de toi, rétorque-t-elle.
 
Je croise le regard d'Isaac. La haine et la colère qu'on y lit sont insupportable. Je détourne immédiatement le regard. Eleanor est en train de dormir contre l'épaule de son frère. Je crois que je n'ai jamais vu Aïden aussi inquiet. Comme une bombe à retardement. Je sens qu'il ne va pas tarder à exploser, un jour où l'autre.
 
_Enfin, reprend ma mère à mon attention, Il faudra annoncer à ton père que tu es revenu, ça soulagera ces derniers jours.
 
Elle insiste sur le mot dernier. Comme pour me faire comprendre que tout est de ma faute.
 
_Doit-on lui annoncer pour Stan ? Interroge Patricia, la gorge nouée et la main serrée dans celle de son fils.
_Je préfère attendre qu'on ait plus de nouvelles, murmure Jay.
_Mon garçon est un combattant, rétorque mon oncle, Dan, Il va se réveiller. J'en suis persuadé.
_Et la première chose à laquelle il va penser c'est de se taper l'infirmière, murmure Eleanor en se relevant de l'épaule de son frère, nous montrant à tous qu'elle était bien loin de dormir.
 
Et on rit. Naturellement et sans faux semblant. Même si le c½ur n'y est pas vraiment, on rit ensemble. Et c'est déjà pas mal.
 
_Je le vois déjà en train de faire un geste salace quand elle passera lui prendre sa température, enchaine Aïden.
_Et lui demander son numéro, même si il n'est pas capable de se rappeler de son propre prénom, enchaine sa s½ur en riant.
 
Et on les regarde tous les deux en train d'imiter Stan dans son lit d'hopital. C'est peut-être glauque. C'est peut-être pas drôle. C'est peut-être innaproprié. Mais ça nous fait tous rire. Au moins. Et c'est comme ça que le médecin entre dans la pièce. Il nous regarde déconcerté. Puis il sourit. Il sourit en riant et il nous annonce que Stan est sorti du coma et que sa vie n'est pas en danger. Et, pour la première fois depuis longtemps, j'ai l'impression que la vie n'est peut-être pas la salope que j'ai toujours cru, j'ai l'impression qu'on nous donne à tous une autre chance. Alors je serre Lottie dans mes bras tandis que j'entends toute ma famille pousser des soupirs de soulagements.
 
_On peut le voir ? Demande immédiatement Eleanor, se retenant de ne pas sauter dans les bras du médecin.
_Il vient juste de se réveiller, il est très fatigué, vous ne pouvez pas tous y aller maintenant.
_Juste son frère et sa s½ur, insiste leur mère, S'il vous plait.
_Très bien, juste vous deux alors, accepte le médecin avant de se retourner vers quelqu'un qui passe derrière lui, Oliver ! Tu peux emmener les enfants Tomlinson dans la chambre 306 ?
 
Le dit Oliver se joint à nous, se présentant comme l'infirmier de Stan. Un instant de blanc suit l'information avant que tout le monde n'éclate de rire. Il ne comprend pas mais se contente d'un haussement d'épaules avant de disparaître avec Aïden et Eleanor.
Moi, je m'adosse contre ma chaise, sentant le poids dans mon ventre s'apaiser légèrement.
Le téléphone de Zayn se met à sonner et il se lève pour décrocher, quittant la pièce immédiatement, ce qui me laisse peu de doutes sur son interlocutrice. Je me retourne vers son frère. On dirait qu'il a perdu dix ans d'un seul coup tellement il est soulagé. Je le rejoins, m'asseyant à côté de lui, tandis que ma mère, mes tantes et mes oncles décident de rejoindre la chambre de mon père pour lui annoncer ce qu'il s'est passé cette nuit.
 
_Hey, je murmure, Tu vas bien ?
_Stan va bien, c'est le principal.
_Je m'inquiète pour toi aussi.
_Premières nouvelles, il grince, entre ses dents.
_Isaac.. Je sais que tu m'en veux mais-
_T'es parti Louis, il me coupe, Tu m'as laissé tout seul ici.
_Je suis désolé.
_Ça changera rien à ce qu'il s'est passé.
_C'est fini maintenant, je murmure, Il s'en est sorti.
 
Il rit, amèrement, avant de se retourner vers moi et de répéter avec toute l'ironie du monde :
 
_C'est fini ? Tu te fous de ma gueule ? Tu crois vraiment que c'est fini ? Les yeux d'Aïden crient vengeance, toi-même tu as hurlé à mort que tu voulais détruire les Styles, et tu crois vraiment que Stan va laisser passer ça ?!
_On était juste.. En colère, je bafoue, On ne le pensait pas.
_En colère ? Il répète, Mais tout le monde est en colère Louis. C'est ça le problème. La colère, il y en a partout autour de nous. Et elle ne part pas. Parce qu'on fait tout pour la garder. Moi aussi je suis en colère. Contre eux, contre toi, contre moi. Alors ne me dis pas que c'est fini. Parce que toi et moi on sait que c'est faux.
 
Je ne réponds pas. Je ne sais même plus quoi dire. Il a probablement raison. Jamais les gars ne laisseront passer une attaque pareille. Et moi, j'ignore ce que je veux. Je sais juste que je veux protéger Harry et que son départ est probablement la meilleure solution à tout ça.
 
_Faut que j'aille fumer, je murmure avant de quitter la salle d'attente.
 
Je traverse le couloir à vive allure. J'ai besoin de prendre l'air, de m'échapper de cette ambiance. Je parcours l'hopital comme si je connaissais le chemin depuis toujours, mon paquet de clopes dans les mains. Lorsque j'arrive dehors, j'aperçois Zayn assis sur un muret. Il fume lui aussi, son téléphone encore dans la main. Il a les yeux rouges. Je crois qu'il a pleuré.
 
_Hey, je murmure faiblement lorsque j'arrive à sa hauteur, T'as du feu ?
 
Zayn plonge sa main dans sa veste en cuir. Il en sort son briquet qu'il me tend en ajoutant à demi-mots :
 
_Perrie vient de m'appeler.
_Qu'est ce qu'elle t'a dit ?
_Elle part, il m'annonce, Ils partent tous.
 
Un silence. Un silence qui ne veut juste plus rien dire à cet instant.
 
_Voila, reprend Zayn un trémolo dans la voix et écrasant la fin de sa cigarette sur le sol, Tu es content ? Le grand Louis Tomlinson a gagné. On a la ville pour nous tout seul.
_Ta gueule, je soupire.
_Les Tomlinson règnent sur Londres, il reprend, l'air arrogant et le regard noir, C'est ce que tu voulais gagner non ? Ce que tu crois avoir gagné ? Mais cet empire, Louis, c'est de la poussière. Tu règnes sur un empire de poussière désormais. Félicitations.
 
Je n'arrive même pas à lui répondre. Peut-être que c'est ce que je voulais, à la base. Je ne sais pas. Je ne sais plus.
 
_Alors tu vas faire quoi maintenant que tu n'as plus les Styles pour justifier ta vie ? Il crache, Bah ouais, Louis, si t'avais été un peu moins con, tu te serais rendu compte que la guerre que tu as mené toute ta vie, elle était dirigée contre le mauvais ennemi. Parce que ce n'est pas à cause des Styles que tu te lèves tous les matins de la semaine à six heures, ce n'est pas à cause des Styles que tu ne sors plus le soir, ce n'est pas à cause des Styles que tu bois. Et ce n'est pas à cause des Styles que tu passeras toute ta vie dans un bureau. Si t'avais été moins con, Louis, tu te serais rendu compte depuis le début que détester ton voisin, ça t'as juste permis d'oublier à quel point tu te détestes toi-même et à quel point tu détestes ce que tu as.
 
La boule coincée dans ma gorge m'empêcher de parler, même de respirer. Parce que plus rien n'a de sens désormais, pas même penser à survivre.
 
_Tu détestes ce que tu as, répète Zayn d'un air froid, Et maintenant, c'est tout ce qu'il te reste.
 
Et la clope se consume entre mes doigts.
 
_Cette guerre tu ne l'as jamais détesté, il murmure, Elle t'a juste permis d'oublier que ce que tu hais le plus dans ce monde, ce n'est pas l'autre clan mais le notre. 
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✉ SMS de « Grand méchant loup » à « Boucle d'or ».
20h31. Prends soin de toi. x



 
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Coucou ! 
J'espère que ça vous a plu :) 
Je vais essayer de publier le chapitre neuf bientôt ! 
Bisous à tous xx





 

Tags : #RunUpfic - #Acte3

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Comments :

  • RunningUp

    26/10/2015

    psycharry wrote: "Ok alors concrètement je sais qu'il y a encore des chapitres et que je suis un peu en retard pour commenter celui la mais j'ai besoin de commenter maintenant.
    Je crois que mon personnage préféré dans ta fiction c'est Zayn, c'est un con naïf et égoïste mais il a tellement tout compris. Il le dit peut être pas a tout le monde, juste a Louis en faite, mais je sais pas, c'est ca façon de le dire er de le penser qui me fait réfléchir, et je l'aime tellement d'aimer Perrie tout en se rendant compte qu'elle fera toujours passer sa famille avant lui, et je l'aime tellement de comprendre tout ce qui se passe autour de lui et de constater les dégâts autour de lui putain c'est affreux, il est tellement parfait ce personnage je te remercie de l'avoir créé.
    "

    je te remercie d'apprécier zayn car il n'a pas beaucoup de fans je crois, peut etre sa naiveté à croire que tout est possible et pourtant comme tu as dis il est un des seuls à avoir compris que ça allait beaucoup trop loin... Donc voila merci pour lui même si je t'avoue que ton commentaire m'a fait trop rire vu que dans celui d'après tu réalises que j'ai tué ce pauvre garçon, je t'avoue que ça ne m'a pas fait plaisir du tout donc désolée pour ça, mais merci d'avoir commenté c'est adorable :D

  • psycharry

    26/10/2015

    Ok alors concrètement je sais qu'il y a encore des chapitres et que je suis un peu en retard pour commenter celui la mais j'ai besoin de commenter maintenant.
    Je crois que mon personnage préféré dans ta fiction c'est Zayn, c'est un con naïf et égoïste mais il a tellement tout compris. Il le dit peut être pas a tout le monde, juste a Louis en faite, mais je sais pas, c'est ca façon de le dire er de le penser qui me fait réfléchir, et je l'aime tellement d'aimer Perrie tout en se rendant compte qu'elle fera toujours passer sa famille avant lui, et je l'aime tellement de comprendre tout ce qui se passe autour de lui et de constater les dégâts autour de lui putain c'est affreux, il est tellement parfait ce personnage je te remercie de l'avoir créé.

  • RunningUp

    28/05/2015

    une sauveuse wrote: "je commence par ou ? Deja je n'ai jamais laissé un commentaire mais je dois faire une exception je .... ta fiction est parfaite ont a du te le dire pleins de fois dsl ...continue vraiment t'es au top, petite question la suite sera sur un acte4 ? haha si oui quand ?
    ps:pour le chapitre neuf j'ai une astuce qui marche pour ma part c'est d'aller au chapitre 8 et de cliquer sur prochain prochain ... jusqu'a arriver sur le 9 :p x
    "

    oui la suite sera l'acte 4, il est déjà posté, enfin le début :)
    sinon merci pour le conseil, je trouve ça vraiment bizarre cette histoire de chapitre neuf !

  • une sauveuse

    28/05/2015

    je commence par ou ? Deja je n'ai jamais laissé un commentaire mais je dois faire une exception je .... ta fiction est parfaite ont a du te le dire pleins de fois dsl ...continue vraiment t'es au top, petite question la suite sera sur un acte4 ? haha si oui quand ?
    ps:pour le chapitre neuf j'ai une astuce qui marche pour ma part c'est d'aller au chapitre 8 et de cliquer sur prochain prochain ... jusqu'a arriver sur le 9 :p x

  • RunningUp

    26/04/2015

    Adeline99 wrote: "On sent dans cette histoire que tu es passionnée par ce que tu écris, et c'est magnifique. Grâce à toi je viens d'ouvrir les yeux sur beaucoup de choses qui m'entourent et je te remercie. Ta fiction m'a marqué ! Depuis 4 jours je ne fais que de te lire et c'était magique, continues comme ça. xx ♥"

    merci ton message me touche beaucoup ♥ je suis contente que l'histoire t'emporte ainsi, j'espère que la suite te plaira ! pleins de bisous xx

  • Adeline99

    26/04/2015

    On sent dans cette histoire que tu es passionnée par ce que tu écris, et c'est magnifique. Grâce à toi je viens d'ouvrir les yeux sur beaucoup de choses qui m'entourent et je te remercie. Ta fiction m'a marqué ! Depuis 4 jours je ne fais que de te lire et c'était magique, continues comme ça. xx ♥

  • RunningUp

    26/04/2015

    Remember-LastSummer wrote: "Je peux sur twitter ou non? :/"

    oui bien sur !!

  • Remember-LastSummer

    25/04/2015

    Je peux sur twitter ou non? :/

  • RunningUp

    25/04/2015

    Remember-LastSummer wrote: "Première fois que je vais a Londres, j etais a Mayfair et j ai gueuler "oh putain c est un quartier Styles!!!!" Les gens avec moi m on regarder de travers
    Mais Mayfair c est le seul quartier que je sais "Styles" sinon je sais pas/plus quel quartier est a qui
    bisouuuus
    Clo
    "

    ahah j'aimerais tellement aller à Londres pour voir les lieux dont je parle !! trop de chance ! montre moi des photos ! bisous !! xx

  • Remember-LastSummer

    25/04/2015

    Première fois que je vais a Londres, j etais a Mayfair et j ai gueuler "oh putain c est un quartier Styles!!!!" Les gens avec moi m on regarder de travers
    Mais Mayfair c est le seul quartier que je sais "Styles" sinon je sais pas/plus quel quartier est a qui
    bisouuuus
    Clo

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