Chapitre cinq

 

Chapitre cinq


Gemma
 
 
           Je sens les mains de la femme me tâter le ventre et retiens ma respiration. L'agent continue ses fouilles et je tente de paraître indifférente à cette totale intrusion de mon intimité. Enfin, ce n'est pas comme si je n'avais pas pris l'habitude depuis toutes ces années. La femme fait un signe à son collègue pour lui indiquer que tout va bien et je rejoins Dan Suarez, l'avocat de notre famille. Le policier nous fait entrer dans un bureau vétuste et on prend place sur les chaises devant nous. Quelques minutes plus tard, Greg entre à son tour par l'autre porte. Je lui souris et il me répond par le même geste, en moins sincère. On lui retire ses menottes et il vient s'installer de l'autre côté du bureau.
 
_Salut, je commence, Tu vas bien ?
_Vous avez avancé dans le dossier ? Il demande aussitôt.
 
Bien sûr, comme s'il avait quelque chose à foutre des conversations d'usages. Il a probablement attendu encore plus que moi ce rendez-vous.
 
_J'ai reçu un appel juste avant d'arriver ici, lui répond Dan.
 
Je me retourne brusquement vers l'avocat, il ne m'a même pas parlé de ce coup de fil.
 
_Et ? Demande Greg.
_J'ai eu l'avocat des Tomlinson.
 
Les fumiers. Ils n'ont pas perdu leur temps.
 
_Ils sont au courant ?! S'exclame mon cousin en se retournant vers moi.
_Harry l'a appris... Je suis désolée, j'ai essayé de garder ça comme j'ai pu.
 
Greg fait échouer sa tête dans ses mains en un long soupir. Il a l'air anéanti, d'un seul coup, comme si tous ses espoirs venaient de s'envoler en éclats. Ce qui est probablement le cas, d'ailleurs.
 
_Je vais crever ici, Gem', il finit par murmurer.
_Non, je l'arrête aussitôt, Non, ça ne veut rien dire. Ils sont puissants, mais nous aussi... Rien n'est perdu, n'est-ce pas ?
 
Je me retourne vers l'avocat pour cette dernière intonation qui sonne légèrement désespérée, mais Dan me fait un signe négatif de la tête, d'un air peiné.
 
_Quoi ? Je bégaye, Mais on n'a même pas encore essayé !
_On ne gagnera jamais, murmure-t-il, On ne peut pas. C'est fini, je suis désolé.
_Non ! Je m'exclame, Non, non, non ! On continue, on va se battre Greg !
_Laisse tomber, Gem, soupire mon cousin, C'était sûr que ça allait se passer comme ça.
 
Je les déteste, putain. Je les déteste tellement. Je sens mon c½ur accélérer si fort que ça me fait mal à la poitrine.
 
_Mais qu'est-ce qu'ils ont fait ? Je reprend à l'attention de notre avocat, Qu'est-ce qu'ils vous ont dit pour que vous changiez de camp ? Ils ont acheté le juge ? C'est de l'obstruction à la justice ! Je m'emporte, sans trop savoir de quoi je parle, ni d'où j'ai entendu cette expression.
_Je suis avocat depuis des années, reprend Dan, Ce dossier est trop polémique, les Tomlinson vont mener campagne pour ternir l'image du procès, aucun juge censé ne pourra accepter une telle demande, avec le bruit que ça va faire dans la ville. Je sais que c'est difficile à entendre, mais la meilleure solution est d'attendre que les choses se tassent, se faire oublier pendant quelque temps. On ne pourra jamais monter un dossier solide, sans l'accord implicite des Tomlinson.
 
Les enfoirés. Les putains d'enfoirés. Je tente de calmer ma respiration et reporte mon regard vers mon cousin. Mauvaise idée. Il n'y a plus aucune émotion sur son visage, comme à cet instant où on lui a annoncé qu'il était condamné. C'est ça, d'ailleurs. Ils le condamnent une deuxième fois, ils lui retirent sa seconde chance de s'en sortir.
 
_Qu'est-ce qu'on peut faire ? Je demande, la voix tremblante, Pour les convaincre.
_Attendre, il murmure, Je suis désolé, je ne peux rien faire d'autre. Si on tente quand même de monter le dossier maintenant, on risque de griller nos chances pour plus tard.
 
Un sanglot. Un putain de sanglot explose dans la pièce et je me retourne vers mon cousin. Greg est en larmes, ses poins sont serrés contre ses tempes, ses épaules voûtées par le poids de la nouvelle. Sa douleur est si violente que mes yeux se remplissent de larmes.
 
_Je ne survivrai pas Gem', il pleure, Je n'en peux plus. Je ne peux plus vivre comme ça.
 
Je ne sais plus quoi faire. Je suis totalement impuissante face à sa peine.
 
_Je n'en peux plus, je n'en peux plus.
 
Les mots ont du mal à sortir de ses lèvres tremblantes. Il arrive à peine à respirer. J'étais son dernier espoir, son dernier souffle de survie. Je viens de le lui enlever et, maintenant, il étouffe. Il étouffe de sa douleur, de sa honte, de sa culpabilité. Elles sont de plus en plus lourdes à porter. Alors, il ne tient plus debout. Il s'écroule sous mes yeux.
 
_Je n'en peux plus, il répète, Tellement plus.
 
Je ne peux plus rien faire pour lui. Moi aussi, ils m'ont condamnée. Condamnée à ne pas pouvoir le sauver. Je lui avais promis que je le sortirais de là vivant. Aujourd'hui, plus personne n'a la force d'y croire, ni lui, ni moi.
 
_Je suis désolée, je souffle, Je suis tellement désolée Greg.
 
Je pleure, moi aussi. Ça ne me soulage pas. Rien ne me soulage.
 
_Je vais vous laisser un moment, murmure Dan, gêné.
 
Il sort de la pièce et Greg relève ses yeux vers moi. On se regarde à travers nos larmes. On a une vision brouillée l'un de l'autre, comme ce merdier de futur qui nous attend. Lui enfermé et moi également. Enfermée dans une promesse que je ne peux pas tenir, enfermée dans une famille que je n'arrive pas à relever. Enfermée. Enfermée. Enfermée. Je suffoque et pleure, les deux à la fois avec le c½ur en miettes. Greg esquisse un sourire entre ses larmes.
 
_Tu as fait ce que tu as pu.
_Je suis désolée, je répète, Tellement désolée.
_Ce n'est pas ta faute.
_Si, je l'arrête, Je leur ai fait confiance. J'ai fait confiance aux Tomlinson. C'était une erreur.
_Ça n'aurait rien changé.
_Je les déteste.
 
Greg avance sa main vers moi. Je la prends en caressant avec mes doigts les marques qu'on fait les menottes trop serrées au niveau de ses poignets. Il serre nos deux mains ensemble. Son contact me fait du bien. Je calme ma respiration tout doucement. Lui aussi, il finit par s'arrêter de pleurer. On profite du silence de la pièce. J'aimerais lui dire à quel point je m'en veux, mais les mots sont coincés dans ma gorge.
Un coup contre la porte retentit et on sait que c'est le signal pour annoncer la fin de la visite. Greg veut retirer ses mains, mais je les serre encore plus fort dans les miennes.
 
_Je n'abandonnerai pas, je déclare.
_Gem', il sourit, C'est fini. Vis ta vie, s'il te plaît.
_Pas sans toi.
_Je n'en fais déjà plus partie, il murmure.
_Bien sûr que si, je déclare, Tu es ma famille.
_Gemma, ne te fatigue pas à te battre contre du vent. Le dossier ne passera jamais.
 
Je m'apprête de nouveau à rétorquer, mais un second coup contre la porte et l'ombre du policier derrière la fenêtre m'obligent à me relever de ma chaise. La seconde d'après, l'homme entre dans la pièce et remet les menottes à Greg. Je l'observe faire en silence. Mon cousin se retourne vers moi, juste avant de partir.
 
_Pardonne-moi de t'avoir fait espérer, je murmure du bout des lèvres.
_L'espoir m'a aidé à tenir.
_Et maintenant ? Je demande.
 
Il ne répond pas, mais j'ai bien vu dans ses yeux qu'il ne tiendrait plus. L'espoir est parti et lui aussi. La porte se referme brusquement et je me retrouve complètement seule.
 
 
 

Chapitre cinq



Louis
 
 
          Je pousse un soupir en passant mes mains sur mon visage. Je suis fatigué et, pourtant, je suis loin d'avoir fini de préparer cette foutue réunion. Je bifurque mon regard dans l'appartement et tombe sur Harry en train de regarder la télévision. Enfin, il est plutôt en train de pianoter sur son téléphone portable, mais il réagit quelques fois aux informations du JT.
Je me lève de ma chaise pour le rejoindre. Je passe derrière le canapé et pose mes deux mains sur ses épaules. Il relève la tête de son portable et m'interroge aussitôt :
 
_Ça va ?
_Bof, je suis naze.
 
Harry cale sa nuque dans le dossier du canapé, de manière à pouvoir me regarder à l'envers. Je ris et l'embrasse sur les lèvres. Il me sourit sans rien ajouter. Depuis ma dispute avec Gemma la semaine dernière, l'ambiance est bizarre entre nous. On fait comme si de rien n'était, peut-être pour pouvoir profiter du calme avant que ça nous retombe encore dessus.
 
_J'en ai marre de bosser. On se fait un restau ce midi ?
_Vraiment ? S'étonne Harry, Tu ne vas pas regretter et passer le reste de la journée à me raconter tout ce que tu vas devoir faire ce soir ?
_Je ne fais jamais ça.
_À peine.
 
Quel con. Il exagère parce que, justement, j'essaie de ne jamais lui parler de mon boulot, car je sais que ça le saoule.
 
_Tu vas y aller comme ça ? Je l'interroge en observant son jogging qui lui sert de pyjama.
_Parce que t'es prêt à partir maintenant ?
_J'ai faim.
 
Il acquiesce et se lève du canapé.
 
_Je vais prendre une douche alors.
 
Harry me rejoint pour m'embrasser, avant de partir dans la salle de bains. J'entends l'eau couler après quelques minutes et retourne m'asseoir à la table de la cuisine. Autant avancer un peu avant qu'on ne parte. Je reprends mes calculs sur l'ordinateur, jusqu'à ce que la sonnerie de l'appartement retentisse une quinzaine de minutes plus tard. Je repose mon crayon et pars ouvrir la porte, en traînant des pieds.
 
_Gemma ? Je m'exclame, lorsqu'elle se retrouve devant moi, en larmes, Mais qu'est-ce qu'il se passe ?
_Renonce.
_Quoi ?
_Renonce, elle répète, Je t'en supplie, renonce.
 
Je sais très exactement de quoi elle parle, alors je fais un pas en arrière pour la faire entrer dans l'appartement. Je referme la porte derrière elle en ajoutant :
 
_Tu sais bien que je ne le peux pas.
 
Gemma avance jusqu'au milieu de la pièce, elle est toujours dos à moi, alors je continue :
 
_Mais dans quelques années, on...
_Pas dans quelques années ! Elle explose en se retournant brusquement vers moi, Pas dans quelques années, putain ! Il n'en peut plus ! Il va crever là-bas !
_Mais c'est sa faute ! Je m'emporte à mon tour, Ne le victimise pas non plus !
 
Gemma se tient debout devant moi, je n'arrive même plus à savoir ce qu'il lui passe par l'esprit. Elle a l'air complètement ailleurs.
 
_Louis, elle reprend, plus doucement, Tu es l'unique espoir qu'il lui reste pour sortir de là-bas. Je lui ai promis.
_J'ai promis à ma famille que je ne laisserai pas ça arriver.
_Tu es l'unique espoir, elle répète, les yeux dans le vide.
 
Avant que je ne réalise ce qu'il va se passer, Gemma tombe à genoux sur le sol. Je l'observe, hébété. Je n'imagine même pas ce qu'elle doit ressentir pour en venir jusqu'à là. Jusqu'à s'agenouiller à mes pieds. Je suis tellement choqué que je n'arrive pas à réagir. Je me contente de regarder le soubresaut de ses épaules à cause de ses sanglots.
 
_Je t'en supplie, renonce.
 
Sa voix me sort de mon état d'hébétude et je finis par descendre au sol à mon tour. Je pose mes mains sur ses épaules. Elle pleure, agenouillée devant moi. Je suis totalement déstabilise par sa tristesse.
 
_Arrête ça, je murmure.
_Renonce, elle répète.
 
Même si la détresse que je lis dans ses yeux me retourne le c½ur, je lui fais un signe négatif de la tête.
 
_Louis, s'il te plaît, elle insiste.
_Non, je ne peux pas.
_Mais qu'est-ce que vous faites par terre ?
 
On se retourne tous les deux vers Harry qui vient de sortir de la salle de bains. Il reste totalement hébété devant nous, des gouttes d'eau coulent encore de ses cheveux et il n'a pas fini d'accrocher les boutons de sa chemise.
 
_Gem', il bégaye en apercevant les larmes sur les joues de sa s½ur, Ça va ?
_Toi ! Elle explose en se relevant brusquement, Tout est ta faute !
 
Elle se dirige vers son frère et se plante devant lui, en continuant :
 
_Pourquoi tu l'as dit aux Tomlinson, hein ? Pourquoi ?
_Ils méritaient de savoir, répond son frère.
_Et pourquoi c'est toi qui décide de ce que mérite les gens ou non ? Elle s'emporte en le bousculant, furieuse, Pourquoi tu décides que tout le monde doit pardonner à Louis pour ce qu'il a fait à Niall ? Pourquoi tu décides que Greg n'a pas le droit au même pardon ? Pourquoi tu décides de la vie des gens ?
 
Harry est tellement déstabilisé face à la violence de sa s½ur que je me sens obligé d'intervenir, même si je sais qu'il déteste ça :
 
_Laisse-le tranquille. Si tu veux t'en prendre à quelqu'un, c'est à nous, pas à lui.
_Rien de tout ça ne serait arrivé s'il n'était pas intervenu, elle s'énerve, en se retournant vers moi pour me parler.
_Arrête un peu, je soupire, On aurait bien fini par le savoir.
_Il m'a trahie ! Il a trahi Greg ! Il trahi tout le monde parce qu'il n'y a que lui qui compte !
 
Gemma bifurque de nouveau vers son frère et enchaîne à son attention :
 
_Je te déteste Harry ! T'as toujours gâché ma vie avec tes caprices de merde !
_Gemma ! Je m'emporte, alors qu'Harry est toujours dans l'incapacité de parler.
_Ta gueule, toi ! Je parle à mon frère.
 
Elle se tait pendant une seconde, le regard dans celui d'Harry, et continue, froidement :
 
_J'en ai marre de tes conneries, ok ? J'en ai marre que tu te fasses toujours passer avant tout le monde. Greg va crever dans cette prison et ce sera ta faute. Mais qu'est-ce que ça peut te foutre, hein ? Ce ne sera qu'un nom de plus à la liste des cousins que tu as laissé crever à cause de ton histoire d'amour dont tout le monde se fout.
_Dégage ! Je crie, Dégage d'ici !
_Ne t'inquiète pas, elle ironise en se retournant vers moi, C'est prévu. Je me casse d'ici. J'abandonne. Je vous laisse la banque, je vous laisse la ville, je vous laisse vivre heureux tous les deux.
 
Gemma se dirige vers la porte, les joues encore mouillées par ses larmes, avant d'ajouter sèchement :
 
_Je ne doute pas une seule seconde que vous y arriverez, vu l'effort que vous vous donnez pour effacer tous les obstacles qui vous barrent la route... Vous n'avez pas apporter la trêve, juste une autre sorte de guerre que vous menez pour vous tout seul.
 
Elle claque la porte de l'appartement derrière elle et je me retourne brusquement vers Harry. Il est totalement secoué par ce qu'elle vient de lui dire et je le rejoins immédiatement.
 
_Hey, mon c½ur, je murmure en le prenant dans mes bras, N'écoute pas ça.
_Qu'est-ce que tu as fait ?
 
Je le serre encore plus fort dans mon étreinte, mais il n'y répond pas.
 
_Qu'est-ce que tu as fait pour qu'elle soit dans cet état ? Il répète sa question.
_J'ai appelé l'avocat de ma famille, il a contacté les juges pour que la libération conditionnelle de Greg ne soit pas acceptée.
 
Il encaisse ma réponse en silence, mais ce n'est pas comme s'il n'était pas déjà au courant que c'est ce que j'allais faire. J'ajoute en continuant de le serrer contre moi :
 
_Je suis désolé Harry. J'aurais voulu avoir plus de temps pour négocier avec Gemma. Mais les petites l'ont su, elles en ont parlé à tout le monde. Je devais agir rapidement.
_Elle me déteste, il souffle, toujours dans mes bras.
_Elle est en colère, mais elle nous pardonnera.
 
Mes mains dans son dos glissent jusqu'à sa nuque pour qu'il relève son visage vers moi. Il met un temps exagéré à éviter mon regard car je vois bien que ses larmes lui brouillent la vue. J'essuie le coin de ses yeux avec mes pouces et murmure :
 
_Je sais que je t'avais promis que ça ne se passerait pas comme ça... Je suis vraiment désolé.
_C'est ma faute.
_Non, tu devais me le dire.
 
Il esquisse un sourire, bien sûr, je n'allais pas lui assurer le contraire.
 
_Est-ce que tu veux toujours aller au restaurant ? Je l'interroge.
_Non, je n'ai plus faim.
 
Harry s'éloigne et mes bras retombent de part et d'autre de mon corps. Je l'observe rejoindre notre chambre et l'entends s'affaler sur notre lit. Je passe les mains sur mon visage puis récupère mon téléphone portable.
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Chapitre cinq
 
Stan
 
 
             Je tire une taffe sur ma cigarette en observant le ciel grisâtre de Londres. Il pleut, pour changer. Je fais tomber ma clope sur le béton et l'écrase avec la semelle de ma chaussure. Je sors de l'endroit où je m'étais abrité pour fumer et rejoins ma voiture garée sur le parking d'un grand hypermarché, à l'extérieur de la ville. J'entre rapidement dans ma bagnole pour me protéger de la pluie et balance sur le siège avant mon sac de course. Une salopette blanche pour Leïla, la petite d'Aiden et Amy. Je dois passer les voir cet après-midi et je ne pouvais pas me ramener les mains vides. Ça fait des semaines que mon frère et Eleanor me tannent pour que je vienne voir le bébé. Je trouvais toujours une excuse. J'ignore pourquoi. J'imagine que j'ai juste un peu de mal avec cette nouvelle image de mon frère.
Je soupire en me laissant tomber contre mon dossier. Il faut que je passe prendre ma s½ur avant d'aller chez Aiden. Je sens mon portable vibrer dans ma poche. Sûrement Eleanor qui va m'engueuler car j'ai déjà dix minutes de retard. Je le sors et décroche avant même que la sonnerie n'ait le temps de se lancer :
 
_Je suis là dans cinq minutes, El'.
_C'est Louis.
_Oh, je murmure, surpris, Qu'est-ce qu'il se passe ?
_C'est la merde avec Harry. Je ne le sens pas.
_Isaac ne répondait pas au téléphone ? Je m'étonne.
_Euh non, répond Louis, étonné, Enfin, je ne l'ai pas appelé. Pourquoi ?
_Tu m'as appelé avant Isaac pour me parler de tes problèmes avec Harry ? Je m'exclame.
_Oui. T'es bizarre Stan, je te dérange ou...
_Je suis trop ému, Louis, je l'interromps, en mimant avoir un sanglot dans la voix, C'est la première fois que tu m'appelles en premier.
_T'as fini tes conneries ou bien ?
_Non, vraiment, je reprends, Ça me touche beaucoup.
 
Je sais que j'exagère, mais j'utilise plus souvent l'ironie que la sincérité pour m'exprimer. Allez savoir pourquoi, dire trop de choses pour éviter de parler de l'essentiel, probablement.
 
_Stan, soupire Louis, Du coup, si t'es si ému, ça te dit de me laisser le temps de vraiment me confier ?
_Ah oui, pardon, je t'écoute.
_Gemma est passée à l'appartement. Elle vient d'apprendre qu'on a bloqué la procédure pour Greg.
_Je suis supposé compatir ?
_Non. Enfin, bref, elle quitte la ville.
_Pour aller où ?
_Aucune idée.
_Qu'est-ce qu'il se passe avec Harry alors ? Je reprends la parole.
_Il est enfermé dans la chambre depuis qu'il a appris la nouvelle. Il ne veut rien faire. Pas parler, pas manger. Il m'en veut, je crois.
_Ça te surprend vraiment ? Je demande.
 
Je l'entends soupirer au bout du fil et je crois que ça me fait de la peine pour lui. Je n'ai pas été étonné quand Louis m'a dit que Gemma montait un dossier avec son avocat pour libérer Greg, je crois qu'il n'y avait que Louis pour croire que tous nos problèmes étaient derrière nous. Je savais que tout ceci allait arriver un jour où l'autre. Lui, il se l'est juste pris dans la gueule.
 
_Harry dit quoi à propos de tout ça ?
_Rien, justement, répond Louis, Il ne me parle pas. J'ai l'impression qu'il fait comme si rien ne s'était passé.
_Laisse-lui peut-être un peu de temps pour digérer la nouvelle.
_Quand il l'aura fait, elle sera déjà partie. J'ai peur qu'il ne s'en relève pas.
_Le truc, Louis, c'est que tu as toujours peur. Peur qu'il reprenne de la drogue, peur quand il sort avec ses potes, peur quand il dîne chez ses parents parce que tu penses que sa famille va lui refoutre des trucs dans la tête. T'as peur qu'il parte, lui aussi. Mais... Mais tu ne peux juste pas retenir les gens, je lâche, Tu ne peux pas tout contrôler. Toujours. Tout le temps. Tout le monde.
 
Louis ne me répond pas et je regarde l'heure affichée sur la radio de la voiture. Eleanor doit m'attendre devant la maison.
 
_T'as raison, il finit par soupirer, Je me rends vraiment malade pour tout.
_T'es amoureux de lui, c'est normal que tu t'inquiètes.
_Je vais te laisser, reprend Louis, Voir s'il va bien. On se rappelle plus tard ?
_Ouais.
_Tu vas voir le bébé cet aprem, non ?
_Affirmatif, j'ai déjà envie de me flinguer.
_Arrête, elle est mignonne comme tout.
_C'est une fille ?!
_T'es vraiment con, ajoute Louis avant de raccrocher.
 
Je ris de ma propre blague et fais tomber le téléphone sur le siège, à côté du cadeau pour la gamine. Genre, elle a un mois aujourd'hui. Comme si elle allait capter quelque chose. J'allume le moteur et sors de ma place de parking. J'ai reçu deux SMS pendant l'appel de Louis et devine qu'il s'agit de ma s½ur. Je serais plus rapide à rouler jusqu'à la maison plutôt que de répondre maintenant. J'accélère une fois sur la route principale et repense à ma conversation avec Louis.
Gemma quitte la ville. J'ai attendu des années qu'une telle chose arrive. J'ai prié des nuits entières pour qu'elle disparaisse de nos vies, parce que son existence incarnait à mes yeux le fait que les Styles n'avaient pas assez payé pour le crime qu'ils ont fait subir à Eleanor. Maintenant, je ne sais plus quoi en penser. J'étais énervé quand Louis m'a appris pour la libération conditionnelle de Greg, mais, d'un autre côté, je comprenais pourquoi elle le faisait. Enfin, je crois. Je ne sais plus exactement. Je me suis d'abord assuré que ce connard ne sortirait jamais de prison, avant de me mettre à penser réellement à la situation.
Je relève mon regard vers les panneaux, merde. Je n'ai pas pris la bonne sortie. Putain, je reconnais la route sur laquelle je suis. Pourquoi je fais ça ? Pourquoi je conduis jusque là-bas ? Aiden et Eleanor vont me détester. Je regarde mon paquet cadeau. Je pourrais tout aussi bien changer de direction maintenant. Mais je n'y arrive pas, sans trop savoir pourquoi, ni comment, je continue de rouler pour finir par me garer sur le parking de l'aéroport. J'arrête la voiture et reste assis sur mon siège, sans bouger. Qu'est-ce que je fous, putain ?
J'attrape mon sac de course et le tiens entre mes doigts. Pourquoi j'ai aussi peur de voir cette gamine ? Pourquoi je refuse de réaliser que tout le monde grandit autour de moi ? Mon frère avec sa copine et sa maison de campagne, ma s½ur à la fac de médecine, Louis installé avec son copain depuis plusieurs années, Lottie dans sa formation de styliste. Même Félicité et Waliyha ont grandi plus vite que prévu.
Je regarde l'aéroport devant moi, j'aperçois les touristes et les hommes d'affaires. Ils partent pour les vacances ou pour le travail. Mais personne ne part pour partir. Juste partir. Juste quitter un endroit pour un autre. Personne à part Gemma, qui doit être dans la foule. Même elle, elle a le courage de quitter cet endroit. C'est peut-être pour ça que je suis ici, d'ailleurs. Pour m'exploser ce courage dans la gueule et constater encore un peu plus à quel point je suis incapable d'avancer. Peut-être même, qu'au fond, j'ai juste envie de vérifier qu'elle a le cran d'accomplir ce que j'ai toujours eu peur de faire : disparaître.
Je repose le paquet cadeau sur le siège du passager et attrape mon portable pour le ranger dans ma poche. Je m'excuserai auprès d'Eleanor et d'Aiden plus tard. Je sors de la voiture et claque la portière derrière moi. Je me dirige vers l'espace des départs internationaux. Je lis le panneau d'affichage et réalise que je n'ai aucune idée d'où elle veut aller. Je repère la foule qui attend pour faire contrôler son passeport. Peu importe l'endroit, elle est bien obligée de passer par là. Je m'avance vers eux et aperçois Gemma, avec sa valise, légèrement en retrait de la queue. Elle cherche probablement ses papiers dans son sac. J'ai la confirmation sous les yeux qu'elle part vraiment, que ce n'était pas du bluff ou une manière d'attirer l'attention sur elle. Je sors mon portable de ma poche et envoie un texto à Louis pour le prévenir.
J'hésite à la rejoindre, l'observant de loin, puis réalise que je n'ai pas fait tout ce trajet pour rien. Je me dirige vers elle, puis me plante à côté de sa valise.
 
_Délit de fuite, je commente.
 
Elle sursaute et relève son regard vers moi. Son visage s'assombrit aussitôt qu'elle me reconnaît et elle ajoute, blasée :
 
_Si c'est toi qu'ils ont envoyé pour me retenir, ça prouve bien qu'ils n'en ont rien à foutre.
_Qui a dit que j'étais venu te retenir ? Je l'interroge.
 
Elle bifurque son regard vers son sac pour s'emparer de son passeport, sans répondre, alors je reprends la conversation :
 
_Louis m'a appelé pour me dire ce qu'il s'était passé.
_Tu compatis ? Elle ironise.
_Non, ce connard est bien là où il est et j'espère qu'il le restera encore longtemps.
_Alors qu'est-ce que tu fous ici, Stan ?
 
Je me pose la question depuis le début. Pourtant, je finis par lui répondre :
 
_Je sais ce que ça fait. Le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir réussi à sauver quelqu'un qu'on aime... On ne veut juste pas sauver la même personne, Gemma.
 
Elle hoche de la tête. Elle ne crie pas vengeance, je ne lui hurle pas que je rêverai qu'elle meurt pour avoir osé imaginer sortir ce type de prison. Parce qu'on sait. Je sais pourquoi elle veut libérer Greg et elle sait pourquoi je ne laisserai jamais ça arriver. Inutile de débattre là-dessus.
 
_Je suis fatiguée de tout ça, elle me répond, De sauver les gens qui ne peuvent pas l'être.
_Arrête de le faire, je propose.
 
Elle se tait puis bifurque son regard aux alentours, avant d'ajouter :
 
_J'ai l'impression qu'ils ont tous construit leur vie et que je n'y ai pas ma place.
 
Je reste déconcerté devant elle. Déjà parce qu'elle ose me confier ça, et puis, c'est comme si avec ses mots, elle m'avait ôté les miens. Je crois qu'elle a résumé en une phrase ce qui me torture l'esprit depuis des mois. L'impression de ne plus avoir ma place avec eux.
 
_Tu crois que partir va t'aider à en trouver une ? Je demande.
_Peut-être.
_Et ton mec ? Je m'intrigue.
_Je l'ai quitté... Par texto.
_T'es radicale quand tu décides de larguer ta vie entière.
_Je ne fais pas les choses qu'à moitié.
_C'est clair, pour casser les couilles, t'es une spécialiste.
_Qu'est-ce que tu fais encore ici ? Elle soupire en reprenant sa valise.
 
J'esquisse un sourire en l'observant rejoindre la file d'attente pour le contrôle des passeports.
 
_Tu vas me suivre jusque dans l'avion ? Elle grince.
_Plutôt crever, je rétorque, Je te tiens compagnie jusqu'aux contrôles.
_Je m'en passerai bien.
_Qu'a répondu Aaron après ton texto ?
_Transition ? Elle s'informe.
_Juste de la curiosité malsaine.
 
Gemma se retourne vers moi, soufflant d'un air blasé :
 
_Stan, est-ce que tu t'amuses de cette situation ?
_C'est vrai que c'est assez jouissif, je lui reconnais.
_Je plains ta vie sexuelle s'il te suffit de ça.
_Ah ah, j'ironise, continuant de la suivre dans la file.
 
Mais Gemma pose brusquement sa main sur ma poitrine, m'arrêtant dans mon élan.
 
_Arrête de me suivre.
_Pourquoi ?
_Tu veux t'assurer que je parte vraiment ? Elle me demande en se retournant vers moi, Pas d'inquiétude, je n'ai pas envie de rester à Londres.
 
Je la regarde dans les yeux et je comprends ce qu'elle veut me dire. Elle n'a pas envie de la vie qui est associée à cette ville. Elle n'a plus envie de jouer le rôle qu'on lui a attribué. Elle en a marre d'être un rôle. Je crois qu'elle voudrait juste être comme tout le monde. Elle voudrait que Niall ne soit pas dans un fauteuil roulant, que Greg ne soit pas enfermé dans une cage, que Liam n'ait pas pris une balle entre les deux yeux, que son frère n'ait pas sauté d'un putain de pont. Elle aurait voulue une vie normale, mais la vie s'est foutue de sa gueule. Tu m'étonnes qu'elle emmerde le monde, depuis.
 
_Tu as raison de partir, je souffle.
 
Elle parait étonnée par ma réponse, elle s'apprête à rétorquer quelque chose, mais la sonnerie de mon portable la coupe dans son élan.
 
_Ouais ? Je décroche.
_C'est Harry. Gemma est avec toi ?
 
Louis a reçu mon texto, apparemment.
 
_En face de moi.
_Tu peux me la passer ?
 
Je relève mon visage vers Gemma. Elle m'interroge du regard.
 
_Ton frère, je commente, en lui tendant l'objet.
 
Elle fronce des sourcils, mais s'empare du téléphone pour répondre. Elle s'éloigne de quelques pas pour que je n'entende pas leur conversation. Je bifurque mon regard vers les grandes vitres de l'aéroport et observe la pluie couler le long de la paroi. Quel temps de merde. Juste pour ça, on devrait tous quitter cette ville.
Gemma revient vers moi et me tend mon portable, sans rien dire. Ce fut court.
 
_Il vient te dire au revoir ?
 
Elle me fait un signe négatif de la tête que je ne suis pas certain de comprendre.
 
_Mais vous êtes tellement proches, je murmure, hébété, Qu'est-ce qu'il...
_Moi et Harry... Il y a quelque chose qui s'est cassée, elle me coupe, Je ne sais pas, je crois que quand tu t'éloignes trop des gens, ils finissent par te perdre de vue, tout simplement.
 
Elle a les yeux brouillés de larmes et moi, le c½ur en lambeaux. Je pense à Aiden, Eleanor, Leïla. Ma famille. Putain, que je suis stupidement con.
 
_Je dois aller quelque part, je souffle.
 
Gemma sourit, je crois qu'elle a compris où j'allais, mais je ressens le besoin de le préciser :
 
_Je dois aller voir ma nièce.
_Tonton Stan, qui l'eut cru ?
_Je suis même son parrain, tu imagines la pauvre gosse.
_Je ne préfère pas imaginer.
 
On reste un instant l'un devant l'autre, sans trop savoir quoi ajouter de plus, sans savoir si je devrais la laisser partir ou la retenir. Je ne suis pas sûr d'avoir un rôle à jouer là-dedans. C'est sa vie, après tout, pour une fois qu'elle prend une décision rien que pour elle.
 
_Ce n'est pas trop tard, pour toi, reprend Gemma, Va les voir.
_Ça ne l'est peut-être pas pour toi non plus.
 
Elle hausse des épaules, l'air de ne pas avoir envie d'y croire.
 
_Il n'y a pas qu'Harry que j'ai perdu, je me suis perdue moi-même, à force de lutter, je me suis usée.
_Parce que t'es humaine, comme tout le monde. Tu crois qu'on ne s'abîme pas, nous ? On serait tous un peu trop lisses, si on ne s'usait pas en chemin. Toi, tu t'es plus usée que les autres, parce que t'es une acharnée.
 
Gemma pose son regard vers ses valises, un sourire ironique éclaire son visage quand elle me répond :
 
_Pas toujours, apparemment.
_Ouais, pas toujours, je confirme, Je suppose qu'on a tous le droit de faire une pause.
 
Je crois que ça lui fait du bien de l'entendre. Enfin, non, peut-être pas, je ne pense pas qu'elle attendait une quelconque autorisation de ma part. Je l'observe pendant quelques instant et ajoute, surpris de le penser :
 
_Prends soin de toi, Gemma.
_Toi aussi.
 
Elle me tend sa main. Un geste qu'on n'aurait jamais osé imaginer quelques années auparavant. Je l'attrape et sens sa paume dans la mienne pendant quelques secondes. Une légère étreinte et on retire nos deux mains. Gemma pose la sienne sur sa valise et moi, dans la poche arrière de mon jean.
 
_Je suppose que c'est le moment pour que je parte.
_C'était le moment il y a déjà quinze minutes, dégage de là, crétin, rétorque Gemma.
_Passe pas tes nerfs sur moi parce que ton frère n'ait pas foutu de bouger son cul jusqu'ici.
_Va te faire foutre, Stan.
_Je retire mon « prends soin de toi ».
_Je retire mon « toi aussi ».
 
On s'arrête tous les deux, réalisant l'absurdité que devient notre conversation.
 
_Oh merde, soupire Gemma, Va voir ta famille, bordel !
 
Putain. J'avais failli oublier. Ils vont vraiment me tuer. Je dois avoir au moins une heure de retard. Je suppose qu'Isaac se sera chargé d'emmener Eleanor jusqu'à chez mon frère.
Je fais un dernier salut à Gemma et pars en courant de l'aéroport. Je rejoins ma voiture et sors mon portable de ma poche. J'appelle Eleanor, mais tombe sur le répondeur. J'essaie de nouveau avec Aiden, allumant les hauts parleurs, afin de poser le portable sur le siège. J'en profite pour sortir la voiture de la place de parking et m'engager sur la route.
 
_Allô ? Me répond la voix de mon frère, après quelques sonneries dans le vide.
_C'est moi.
_Tu déconnes, Stan. Ce n'est pas la première fois que tu nous fais le coup.
_Je vais venir, cette fois. Promis. Je suis juste en retard.
_T'as toujours un truc. Sérieux, tu nous gonfles. T'es vraiment...
_Aiden, je le coupe, Je suis vraiment désolé.
 
Le ton de ma voix a l'air de le surprendre, car il laisse un blanc avant de me répondre :
 
_Ça va, on ne va pas en faire un drame non plus, c'est qu'une heure de retard.
_Un mois de retard, je le corrige, J'aurais dû être là depuis la naissance de la petite. J'ai flippé. Je suis vraiment désolé.
 
Il ne répond pas tout de suite. Je suppose qu'il ne s'attendait pas spécialement à avoir ce genre de conversation maintenant, ni même jamais, me connaissant.
 
_Je n'ai pas vraiment été là pour toi non plus, relativise Aiden, J'ai été un peu... Submergé par tout ça.
_C'est normal. J'ai juste... Je ne sais pas. Les choses étaient différentes.
_Tu as l'impression que je t'ai laissé tomber ? Il comprend.
_Je ne voudrais pas avoir l'air aussi égoïste.
_Je ne voudrais pas avoir l'air de l'avoir fait, il rétorque, Te laisser tomber. Parce que ça n'arrivera jamais. Ni toi, ni El'. Vous êtes ma famille.
_Je sais.
_Amy et Leïla aussi, il finit par ajouter.
 
La peur de se faire abandonner. La peur de se faire remplacer. Je ne pensais pas avoir un problème d'insécurité à ce point-là. Mais je dois la surmonter, cette peur. Je ne veux pas qu'ils me perdent de vue.
 
_J'arrive, je murmure, C'est promis.
 
 
Harry
 
 
         Je suis allongé dans mon lit, les yeux rivés au plafond. Je ressasse la même scène depuis une heure. J'entends les mots de ma s½ur à nouveau et ça me donne encore plus envie de vomir. Je sais que je l'ai trahi. Je repense à ce que m'a dit Aaron la dernière fois et réalise que j'ai probablement pris parti à un moment donné, mais je ne sais plus lequel. Peut-être que j'ai pris parti pour les Tomlinson depuis le début, depuis cette fois où j'ai rencontré Louis au pont et que je ne l'ai pas poussé dans l'eau quand j'en avais l'occasion. Peut-être que depuis le début, je les ai simplement trahi.
 
_Haz ! S'exclame Louis en arrivant dans la pièce, Stan vient de m'envoyer un SMS, il dit que Gemma est en train de passer les contrôles de sécurité. Elle va quitter le pays.
 
Je me relève à demi de ma position allongée. Je n'arrive même pas à m'étonner qu'ils soient ensemble tant je suis blasé par l'information.
 
_Quand Gemma dit quelque chose, elle le fait, je rétorque simplement, car ça a l'air de le surprendre qu'elle parte vraiment.
_Tu ne vas pas la retenir ? Il m'interroge, soucieux.
_Non.
_Pourquoi ?
_Parce que je ne la retiendrai pas.
_Si tu n'essaies pas, c'est sûr que...
_Louis, je le coupe, Tais-toi, s'il te plaît.
 
Je l'entends soupirer et quitter la pièce. Moi, je m'allonge de nouveau sur le matelas, reprenant mon activité totalement soporifique. Je crois que j'ai laissé la situation m'échapper, comme d'habitude. Je suis toujours en train de me plaindre que Louis et Gemma prennent toutes les décisions sans nous consulter, mais je les laisse les gérer à chaque fois. Dès qu'il y a un foutu problème, je disparais et me cache derrière quelqu'un qui aura le courage de prendre une décision à ma place. Je soupire, de nouveau. Moi qui pensais que toutes ces histoires étaient derrière nous, je me suis encore bien planté. Je n'ai même pas cherché à savoir comment vont Perrie et Niall. Après tout, eux aussi ont appris que leur grand-frère ne sortirait pas si tôt de prison. Ça a dû leur faire un coup. Car, connaissant Gemma, elle leur avait probablement promis à eux aussi qu'ils le reverraient bientôt.
 
_Tu vas le regretter, putain !
 
Je me relève de nouveau pour observer Louis, planté devant le lit, qui vient de me crier dessus et qui a l'audace de continuer :
 
_Lève-toi, arrête son avion, merde, fais quelque chose !
_Elle veut partir.
_C'est un appel à l'aide, elle attend que quelqu'un la retienne !
_Vas-y, je rétorque, Si tu y tiens tant que ça.
_Harry...
_Ah oui, pardon, je reprends, Elle part à cause de toi, ce ne serait pas très cohérent.
 
Un coup résonne brusquement contre le mur et je comprends que Louis vient de balancer son pied dedans.
 
_Plus de miroir à casser ? Je relève.
_Putain ! Il répète, furieux, J'étais sûr que ça allait se passer comme ça ! J'étais sûr que tu allais me le reprocher !
_Parce que tu vas oser me dire que ce n'est pas à cause de toi qu'elle part ? Je m'offusque, en me relevant du lit définitivement pour me mettre debout face à lui.
_T'as même pas le courage d'aller la rattraper ! Il crache, Tout ça parce que c'est plus facile qu'il n'y ait qu'un seul coupable dans cette histoire ! Alors, rattrape-la ! Si c'est uniquement ma faute, rattrape-la, putain ! Tu attends quoi ? T'as trop peur de ne pas être assez important pour qu'elle reste, c'est tout, Harry. Comme ça, tu pourras continuer de me le reprocher. Mais je te jure que si tu n'essaies même pas de l'empêcher de partir, je ne veux plus jamais t'entendre me dire que c'est ma faute ! Ce sera la tienne !

 
 
Putain, qu'il m'énerve. Que je m'énerve. Je suis encore en train de le faire. Me cacher derrière quelqu'un pour me dédouaner. Je suis vraiment qu'un gamin.
 
_J'ai besoin de prendre l'air, je déclare.
_Récupère-la, il me coupe, en me barrant la route.
_C'est trop tard. Le temps que j'arrive à l'aéroport, elle sera déjà dans l'avion.
 
Il ne me répond pas, car il sait que j'ai raison.
 
_Laisse-moi passer, j'ajoute, sèchement.
_Tu vas où ?
_Prendre l'air.
_Où ?
 
Louis sait déjà ma réponse, mais je crois qu'il a envie de me l'entendre dire à voix haute.
 
_Au pont.
 
Il me regarde, avec une lueur de désapprobation dans les yeux.
 
_On aura beau lutter, on y reviendra toujours, j'ironise.
_Tu ne luttes pas beaucoup, il remarque.
_Ouais, ça aussi, on y revient toujours.
 
Je sors de la chambre en le bousculant à l'épaule et je l'entends m'appeler, dans mon dos :
 
_Harry !
 
Je me retourne vers lui et réponds, avec un air nonchalant pour tenter de calmer le tremblement dans ma voix :
 
_Quoi ? Je suis le plus faible de nous deux, c'est bien connu.
_Alors accroche-toi à moi.
 
J'esquisse un sourire à la référence et le laisse s'approcher de moi :
 
_Accroche-toi à moi. Comme moi, je m'accroche à toi.
_Et si c'était parce qu'on est tellement accrochés l'un à l'autre que tout le monde autour disparaît ? Je l'interroge, Et si on se trompait depuis le début ?
_T'es pas une erreur pour moi.
_Je vais peut-être finir par en devenir une. Quand ta famille osera enfin t'avouer qu'elle n'arrive pas à te pardonner de sortir avec moi.
 
Ça lui fait un coup. Je le vois dans ses yeux. Le corps trahit bien des émotions. Il me murmure « non » avec des mots, mais je comprends « oui » avec le reste. Avec son regard blessé, ses mains tremblantes, son souffle coupé, ses lèvres pincées, ses muscles tendus sous son tee-shirt, son expression soucieuse. J'entends « oui » quand il veut me dire le contraire, j'entends « j'ai peur » quand il veut me rassurer, j'entends « retiens-moi » quand c'est lui qui cherche à me retenir.
 
_C'est eux, il souffle, Qui font une erreur.
_Et Gemma ? Je complète, Et Faith ? Et Waliyha ? Et Greg ? Et tous les gens qu'on n'est pas foutus de retenir ? Et jamais nous, c'est ça ?
_Je ne sais pas, il murmure, un trémolo dans la voix, Peut-être qu'on a le droit de faire des erreurs aussi.
_Et si on ne nous pardonne jamais ?
 
Il hausse des épaules, il hésite avant de répondre, puis il lâche, sans trop savoir si ça me retiendra :
 
_Il y a des erreurs qui valent le coup, alors.
 
Je souris, même si, dans le fond, je me dis juste qu'on a traversé toutes ces épreuves pour en revenir au point de départ. Pour en revenir au fait que, lui et moi, c'est une erreur. Une erreur qu'on a accepté comme telle, mais une erreur quand même. Alors, je ne sais plus très bien, s'il m'a retenu. Je le regarde lui et je regarde la porte qui m'offre un accès sur l'extérieur. Je le regarde lui et ma possibilité de fuir, encore une fois.
Une erreur. Ça tourne en boucle dans ma tête, comme une valse effrénée. Je plante mon regard dans le sien et puis je me dis que ouais, Louis, c'est l'erreur de ma vie. Mais pas dans le sens des autres. Pas dans le sens où, quand on la réalise, on cherche à la réparer. Louis, c'est l'erreur qui s'est incrustée dans la vie qu'on m'avait prévue et pour rien au monde je ne voudrais qu'il n'en parte.
Alors, je réduis de quelques pas la distance qui nous sépare et écrase mes lèvres sur les siennes.
Louis, c'est l'erreur qui m'a définitivement foutu en l'air. Mais au sens beau du terme. Il a fait envoler en éclats toutes les chaînes dont j'étais prisonnier. Mes geôliers ne l'ont jamais accepté.
Il répond à mon baiser, avec empressement, presque avec désespoir. Il tire sur mon tee-shirt, je le pousse contre le mur, un vase chancelle et se fracasse sur le sol. Il échange nos positions et plaque ses lèvres dans mon cou.
Louis, c'est l'erreur qui a fait disjoncter le système chez moi. Il m'a fait perdre le peu de repères que j'avais, il m'a retiré ma drogue pour m'en plonger dans une autre. Plus violente, plus addictive.
Je gémis lorsqu'il mord ma peau, après y avoir déposé un suçon. Je suis déstabilisé par son geste et il en profite pour nous changer de place. Ma hanche cogne contre la table de la cuisine. Je n'ai même pas le temps de me plaindre qu'il s'empresse de rejoindre nos lèvres.
Louis, c'est l'erreur qui m'a donné peur d'aimer. Parce qu'on ne s'aime pas normalement. On s'aime en se faisant du mal et du bien à la fois.
Je tire sur son tee-shirt et arrive à le lui enlever. Un exploit vu comment il se galère pour m'ôter le mien. Je finis par lever les bras et le laisse me le retirer. Nos torses nus se rejoignent immédiatement.
Louis, c'est l'erreur qu'on n'a pas envie de réparer. C'est l'erreur qui prend trop de place pour l'être, de toute façon. C'est l'erreur qu'on adore avoir fait exister et qu'on fait exister encore, et encore, et encore. Parce qu'on est tombé amoureux autant du personnage que de l'erreur. Et qu'on emmerde le reste.
Je pose ma main dans sa nuque pour approfondir notre baiser. Je happe ses lèvres si violemment que Louis a un mouvement de recul.
 
_Stop, Harry ! Il s'exclame.
_Je t'ai fait mal ? Je m'inquiète aussitôt, Je suis désolé, je pensais on était dans ce genre de scènes où on fait l'amour sauvagement pour se prouver qu'on est encore un couple passionnel et déchiré.
_Quoi ? Non... Attends, tu as vraiment dit ça ?
_Euh, ouais.
_On ne dit jamais ça ! Il s'énerve, Ça casse l'ambiance. Tu casses toujours l'ambiance, Haz. T'as un problème avec ça, sérieux.
_C'est toi qui a cassé l'ambiance, je te rappelle.
 
Les sourcils de Louis se froncent, comme s'il venait en effet de se souvenir pourquoi il m'avait arrêté dans mon élan.
 
_Putain ! Il s'exclame, Viens, on doit partir.
_Hein ?
_Récupérer ta s½ur, il s'explique en ramassant son tee-shirt et le mien à même le sol, Dépêche !
 
Il me balance mon vêtement et je l'enfile, imitant son geste.
 
_C'est trop tard, je balbutie.
_On n'en sait rien, me coupe Louis en attrapant ma main.
 
Il me tire à lui et je le suis sans broncher. On cours dans les escaliers, dans le hall de l'immeuble, jusqu'au parking. On cours, mais dans la même direction, pour une fois. On entre dans la voiture et Louis fait démarrer le moteur. Il se retourne vers moi après qu'on se soit engagés sur la route :
 
_On est deux, Haz. On ne refera pas les mêmes erreurs que dans le passé. Alors, on essaie de la récupérer ensemble.
_Merci, je lui réponds, sans même le réaliser.
 
Il me sourit et le reste du trajet est assez silencieux. Il n'y a que la musique de la radio qui remplit le vide du véhicule.
 
_Stan est peut-être encore avec elle, reprend Louis, Appelle-le pour savoir où elle est.
 
Il me tend son téléphone et je vais dans sa liste d'appel pour composer le premier numéro affiché. Son cousin répond après quelques sonneries dans le vide.
 
_Ouais ?
_C'est Harry. Gemma est avec toi ?
_En face de moi.
_Tu peux me la passer ? Je m'empresse de demander.
 
J'entends quelques bruits de fond, puis la voix de ma s½ur :
 
_Allô ?
_Gem', c'est moi.
 
Louis coupe aussitôt la radio, continuant de rouler.
 
_Tu es où ? Je reprends à l'attention de ma s½ur.
_À l'aéroport, je vais prendre l'avion.
 
Je le savais, alors j'ignore pourquoi j'ai l'impression de recevoir une douche froide à l'instant.
 
_Ne pars pas, je murmure, dans un son étranglé.
 
Silence au bout du fil.
 
_Ne pars pas, je répète, plus distinctement, S'il te plaît.
_Je n'ai plus la force de rester ici.
_Est-ce que tu pars pour de bonnes raisons, au moins ?
_Ce serait quoi les bonnes raisons ? S'intrigue-t-elle.
 
Mon regard bifurque vers la vitre de la voiture. Le paysage qui s'offre à moi est désolant. La périphérie d'une capitale, grise, haute de tours en béton et vide de végétation. J'observe la pluie tomber à intervalle régulier sur la route.
Alors, je hausse des épaules en énumérant :
 
_Pars parce que tu en as marre de bosser comme une acharnée dans la banque, pars parce qu'il pleut tous les putains de jours à Londres, pars parce que tu en as envie depuis longtemps... Mais ne pars pas à cause de moi.
 
Je vois Louis me jeter un regard désolé.
 
_J'ai vu Greg, tout à l'heure, elle lâche, froidement, Il est dévasté.
_Je suis désolé.
_Je le suis aussi.
 
Elle ne précise pas pourquoi elle est désolée, si c'est pour ce qu'elle m'a dit tout à l'heure, pour avoir voulu sortir Greg de taule, pour ne pas avoir réussi à le faire, pour fuir la ville. Peut-être un peu tout à la fois, d'ailleurs.
 
_Je vais partir, Harry.
_Non, je murmure, la gorge nouée, S'il te plaît. Je ne tiens pas sans toi.
 
Louis continue de me lancer des regards de temps en temps. Je vois qu'il voudrait intervenir pour me consoler, mais il sait qu'il doit me laisser avec elle.
 
_Ne me fais pas ça, pas toi, lâche Gemma brusquement.
_Faire quoi ?
_Me culpabiliser. Me faire passer pour une égoïste. Pas toi, Harry. Toi, t'es le dernier a avoir le droit de faire ça. Après tous les choix que tu as faits, tu n'as pas le droit.
_Gem'...
_Laisse-moi partir, elle m'interrompt, Laisse-moi vraiment partir.
 
Je ne suis pas certain d'avoir entendu une chose aussi douloureuse dans toute ma vie. J'en suis presque sûr, même. Elle me supplie de la laisser partir, pas de la retenir, pas de lui pardonner, juste de partir, de s'enfuir. Elle me supplie de la laisser me quitter. Elle me supplie de l'abandonner. Et, alors que je ne lui réponds pas, on comprend tous les deux que c'est ce que je vais faire.
 
_Merci, murmure Gemma.
 
Puis ça raccroche. Comme ça. Aussi simplement. Alors, c'est ce que ça fait. De se faire jeter d'une vie. De se faire effacer d'une vie. Je resserre le téléphone dans ma paume. Je pourrais me dire que je l'ai mérité, vu le nombre de fois où j'ai fait vivre cette situation à ma famille, mais j'aurais tort. Parce que moi et Gemma, on n'est pas les mêmes. Quand je fuis pour qu'on me rattrape, elle, elle fuit pour ne jamais se faire rattraper. La différence entre elle et moi, c'est qu'elle réussit ce qu'elle fait. À tous les coups. Elle va vraiment disparaître et je vais la laisser faire.
 
_Fais demi-tour, je lâche, sèchement, On rentre à l'appart'.
_Quoi ? Pourquoi ? Elle est déjà partie ? Elle t'a dit quoi ? S'empresse de me demander Louis.
_Fais demi-tour, je répète, sans me retourner vers lui.
_Elle t'a dit quoi ? On est bientôt arrivés là, on peut encore la...
_FAIS DEMI-TOUR, PUTAIN !
 
Louis sursaute et, cette fois, nos regards se croisent brièvement. Je crois que je lui ai fait peur.
 
_Calme-toi, il souffle.
_Non, fais demi-tour, ce n'est pas compliqué, merde !
_Ne me parle pas comme ça, commence à s'énerver Louis, Je suis sur le périph', comment tu veux que je fasse demi-tour maintenant, abruti ?
_Prends la première sortie.
_Je ne suis pas ton putain de chauffeur, parle-moi autrement.
_Oh tu fais chier, je soupire en donnant un coup de pied devant moi et clairement gonflé qu'on s'engueule encore une fois pour de la merde, Arrête la bagnole que je rentre à pieds.
_T'es sérieux là ?
_Ouais, je te jure, arrête-toi quand tu peux, je vais péter un plomb là.
_Pourquoi ? Il s'emporte, Dis-moi ce qu'elle t'a dit !
_Elle part, c'est tout, arrête la bagnole.
_Tu fais exprès d'être con ou tu as toujours pas capté qu'on est sur un putain de périphérique ! 
_Mais Louis ! J'explose brusquement en sanglots, Arrête-toi !
 
Il se retourne brusquement vers moi. Son visage change aussitôt d'expression.
 
_Je ne peux pas là, il répond, déconcerté par le désespoir soudain qui coule sur mes joues, Je vais faire ce que je peux dès qu'il y a aura une sortie.
 
Je continue de chialer, la réalité du départ de Gemma me noue le ventre et m'empêche de respirer. Je détache ma ceinture de sécurité.
 
_J'ai besoin de toi, je lâche entre mes sanglots, Arrête-toi.
_Je sais, il commence à paniquer, Je sais, mon c½ur, je fais ce que je peux.
 
Je vois son regard bifurquer des panneaux, à la route, pour se poser plus longuement sur moi. Il me tend une de ses mains que j'attrape aussitôt. Il resserre ses doigts entre les miens et conduit avec l'autre main. J'entends le clignotant retentir et les battements de mon c½ur commencent à ralentir, rassuré à l'idée d'être bientôt dans ses bras. La voiture sort du périphérique. Il n'y a que des usines autour de nous, il a dû prendre la sortie d'une zone industrielle. Le véhicule s'arrête brusquement sur un bout de trottoir. Louis détache sa ceinture et, dans le même mouvement, il échoue dans mon corps tremblant. Ses mains viennent se poser dans mon dos et il me le frictionne en murmurant tout bas :
 
_Je suis là, ok. Calme-toi.
_Elle est partie, elle est vraiment partie, je balbutie entre mes larmes.
_Elle reviendra.
_Non, c'est Gemma, je rétorque.
_Alors, on ira la chercher. Je ferai tout pour toi.
_Comme accepter la libération de Greg pour qu'elle revienne ?
 
Il se crispe contre moi. Je suis injuste de lui poser cette question, injuste de lui faire ce chantage. Je me déteste de l'avoir fait, mais j'ai envie de connaître la réponse.
 
_Ouais, il finit par souffler, Ouais, j'en serai capable.
 
Étonnamment, ça me fait mal de l'apprendre. Parce que ça confirme ce que je pense de nous. On ne s'aime pas normalement. On s'aime sans moral, on s'aime sans repère, on s'aime sans limite. Et c'est grave, je crois, de s'aimer autant.
 
_Ça va, Haz, ça va aller.
 
Il me serre contre lui, fermement. J'aime l'odeur de son corps et la force de ses bras qui me disent qu'ils ne me laisseront pas m'échapper. J'aime ses lèvres qui viennent embrasser mon épaule. J'aime ses doigts qui s'accrochent au tissu de mon vêtement. J'aime sa respiration qui se calme au même rythme que la mienne.
 
_Elle m'a demandé de la laisser partir, je lui confie, en le serrant encore plus fort contre moi, Tu avais raison.
_Raison à propos de quoi ?
_Je ne suis pas assez important pour la retenir.
_T'es assez important pour qu'elle revienne, il me coupe, Personne ne pourrait t'abandonner... Surtout pas elle.
 
Je relève mon regard vers lui et il complète :
 
_Ni moi. Je ne t'abandonnerai pas. S'il te plaît, ne repars pas en vrille. Je suis toujours là, moi. Alors, on va laisser un peu de temps à Gemma, le temps de se poser, de se calmer, et, quand tu le décideras, on ira la chercher. Tous les deux.
_Et ton boulot ?
_Je m'en fous de ça, je prendrai mes congés. T'es d'accord ?
 
J'acquiesce d'un geste de la tête et Louis pose ses lèvres sur les miennes. À plusieurs reprises et en souriant un peu plus à chaque fois.
 
_Je suis désolé que tout ça soit arrivé, il finit par murmurer contre mes lèvres.
_J'aimerais qu'un jour on arrête d'être désolé de ce qu'il nous arrive.
_Je l'aimerais aussi.
 
Louis passe ses mains dans mes cheveux en me murmurant ces quelques mots. Son regard est fixé dans le mien. Ses doigts caressent chacune de mes boucles. La douceur dans ses gestes me bouleversent.
 
_Tu m'as fait peur, il reprend.
_Je n'aurais pas dû te gueuler dessus.
 
Il me fait « non » de la tête, comme si c'était déjà oublié et pas vraiment important.
 
_Tu me pardonnes trop de choses, je rétorque.
_Je compense, il hausse des épaules, Tu ne te pardonnes jamais rien.
_Je me suis pardonné le fait de sortir avec toi.
_Tu en es sûr ?
 
Sa question me laisse comme un con. Parce que je réalise que, clairement, non, je ne me le suis pas pardonné. Parce que je ressens encore cette culpabilité quand je parle de Louis à ma famille, quand je vais au cimetière voir Liam, quand je parle à Edward qui déprime tout seul en Chine, quand je vois Niall dans son fauteuil roulant, quand j'aperçois les larmes que Perrie laissent couler de temps à autres.
 
_Tu n'as pas peur de devenir une erreur, tu penses déjà en être une, comprend Louis.
 
Je relève mon regard vers lui et ses mains dans mes cheveux glissent jusqu'à ma nuque.
 
_Mais tu ne l'es pas. Quand tu te seras pardonné, tu te donneras enfin le droit d'être heureux.
_Je me sens coupable d'être heureux sans les autres, je lui avoue, J'ai essayé de l'être, mais cette histoire avec Greg...
_T'as pas à porter cette responsabilité, il me coupe.
_J'ai fait passer mon bonheur avant les autres, et Greg est resté en taule, Gemma a quitté le pays, j'ai privé Niall et Perrie de revoir leur frère. C'est ma faute.
_Putain, Haz, la vie est faite de choix, ok ? Gemma a choisi de libérer Greg. Elle savait les conséquences. Que tu nous aies prévenu avant ou pas, on l'aurait su et on aurait agi exactement pareil. Elle dit que c'est ta faute pour se dédouaner des conséquences de son propre choix. Alors, ne te cache pas, toi aussi, derrière les décisions des autres. Toi, tu n'as pas voulu tout ça, ce ne sont pas tes choix, ce n'est pas ta faute. Merde, t'es fatiguant à la longue.
 
Je veux m'offusquer qu'il me descende alors qu'il est censé me réconforter, mais il ne m'en laisse pas le temps. Ses lèvres rejoignent les miennes, sa main est toujours dans ma nuque. Il m'embrasse et souffle, en s'éloignant :
 
_Nous pardonner, ça, c'est ton choix.
 
Je ne réponds pas et il passe ses mains sur mes joues, ses yeux ne lâchent pas les miens et il continue :
 
_Tu ne comprends même pas à quel point tu mérites d'être pardonné.
 
Ce n'est pas ma faute, je n'ai jamais eu l'impression de mériter quoi que ce soit. Au fond, qu'est-ce que j'ai fait dans ma vie ? Je me suis drogué, j'ai laissé ma meilleure amie se droguer et faire une overdose sous mes yeux, je l'ai laissé en reprendre sans rien dire. J'ai abandonné Greg. J'ai abandonné Azoff. J'ai dit à Liam de récupérer notre cousine et ça l'a tué. J'ai fui à l'overdose de Perrie. Je me suis jeté d'un pont. J'ai fait souffrir mes parents, j'ai fait souffrir Gemma. Je l'ai laissé quitter la ville.
Alors, non, je ne comprends pas. Je ne comprendrai jamais pourquoi il pense qu'on devrait me pardonner. Je ne pense pas mériter le pardon, ni même son amour.
 
_Tu mérites d'être heureux, Harry.
_Je n'arrive pas à le croire.
_Tu te souviens quand je t'ai dit que je te mériterai pour deux ?
 
Je hoche la tête, ses yeux me fixent avec une telle intensité que j'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais détacher mon regard du sien.
 
_Et bien, c'était des conneries, il enchaîne, Des conneries que tu dois te sortir de la tête. Parce que tu mérites tellement de choses, tu n'as pas besoin de moi. Je te mérite et je veux que tu me mérites aussi. Je veux qu'on mérite d'être heureux.
_Sauf que je ne te mérite pas, Louis. Je suis désolé.
_Non, il me coupe en m'embrassant, les lèvres tremblantes, Non, merde. Tu ne sais même pas à quel point je t'aime. Tu ne comprends pas. Sans toi, je ne suis plus rien. Tu mérites mon amour. Tu le mérites, ok ? Parce que tu es quelqu'un de bien. Je ne t'aimerais pas autant si tu n'étais pas toi. Tes faiblesses, je les aime aussi. Tes erreurs, je les aime. Ton passé, je l'aime. Arrête de penser que tu ne me mérites pas, parce que ça me fait mal quand tu agis comme si ce n'était pas le cas, comme si tu t'excusais d'être avec moi. Tu n'es pas une erreur. Je suis heureux avec toi. Ne t'excuse plus, Harry, ne t'excuse plus jamais d'être toi. Je t'aime et je ne sais plus dans quelle langue te le dire pour que tu le comprennes.
 
Il a déblatéré tout ça d'un seul coup et ça m'a réchauffé le c½ur. Je crois que je suis un instable sentimental. J'ai besoin qu'il remplisse le vide qu'il y a en moi, un vide qui s'agrandit sans que je ne sache réellement pourquoi, ni comment. Et quand il remplit le vide, ça me fait l'aimer encore plus.
 
_En coréen ? Je finis par proposer.
 
Louis explose de rire avant de me prendre dans ses bras.
 
_Tu vois ? C'est pour ça que je t'aime. Tu casses toujours tout.
_Je relève que tu ne sais quand même pas me dire « je t'aime » en coréen.
_Ta gueule, Haz.
 
Il me serre dans ses bras et je lui rends immédiatement son étreinte. Je niche mon visage dans son cou et ajoute :
 
_Je t'aime aussi.
 
 
 
 
 
✉ SMS de Louis à Harry
00h00. Saranghae ♥  
 
 



Chapitre cinq



____________________

Voici le "gros" chapitre de l'acte 5 donc j'espère que ça vous a plu ! :)
Si vous ne prenez pas l'habitude d'écouter les chansons en même temps que de lire, 
je vous conseille quand même de cliquer sur le lien donné plus haut :
 La Valse, de Louise Attaque, 
c'est mon gros coup de c½ur du moment ♥
Dans le chapitre précédent, je vous ai parlé du tome 2, 
mais j'ai oublié de vous poster la photo alors que la couverture est magnifique 
donc je devais remédier à cette grave erreur ! :p
Elle est signée @banew00d ♥
C'est également elle qui a fait la première couverture, on peut la remercier pour ça ♥
Je vous retrouve la prochaine fois pour le deuxième bonus passé de Run Up,
puis après pour le chapitre six (qui est mon petit préféré ♥) ! 
Pleins de bisous, Flo 
.
.
Chapitre cinq

 

Tags : #RunUpfic - #Acte5 - #Bonus

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Comments :

  • spencer33

    02/09/2016

    Oui mdrrr Gemma et Stan. Pourquoi j'ai dit perrie ? Émotion 😂😂. Je voulais peut être dire un truc sur perrie mais j'ai oublié

  • RunningUp

    21/08/2016

    forxeslarry wrote: "Le "saranghae" il m'a achevé, je suis au bout de ma vie. Je fais que de pleurer... Encore. Quand le chapitre 10 va sortir... Je vais probablement mourir. Il est 6h53 du matin et je pleure comme une merde. Je ne sais pas si je dois te remercier pour ça ou pas. Mais merci quand meme. Tu es incroyable Florie, n'en doute jamais. ❤"

    merci c'est vraiment trop adorable ♥

  • RunningUp

    21/08/2016

    00 wrote: "Jsais mm plus quoi commenter c'est tlm fort ! Et le je t'aime en Coréende Louis jcrois il ns a tous rendu fragile "

    hihi merci ♥

  • RunningUp

    21/08/2016

    ClarisseCastets wrote: "Tout simplement j'ai envie de dire " ah qu'est-ce que j'aime cette fiction bordel!"
    Elle me coupe le souffle toujours autant. Faut que je pense à acheter en livre l'histoire ! Je suis tellement heureuse qu'il y ait un dernier acte 😌
    "

    merci ça me fait super plaisir ♥

  • RunningUp

    21/08/2016

    Une fan assez gourmande wrote: "Beaucoup ont pleuré en lisant ce chapitre.
    Mais moi, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire tout le long parce que je mange cette histoire comme une délicieuse crème au chocolat et à la chantilly et que J'ADORE ÇA !
    Au TOP Flory comme d'hab !
    "

    merci merci merci, ça fait trop plaisir :D

  • RunningUp

    21/08/2016

    opposed wrote: "Le Saranghae m'a fait tombé d'émotion. C'est l'amour fou. J'aime cet acte. Je t'aime toi ma petite Flo. Merci pour tout ce que tu fais et écris. Le tome 2 j'ai hâte de l'avoir entre mes mains. Tu es la meilleure, merci. "

    merci beaucoup pour ton petit message ♥

  • RunningUp

    21/08/2016

    spencer33 wrote: "Le sort de Greg m'attriste mais c'est la vie et c'est la faute de personne qu'il reste là bas. La prison c'est l'enfer mais fallait pas faire de connerie pour y aller.

    Perrie et stan c'est juste ma vie 😍😍😙😗. J'allais mourir lors du mini extrait. Je les ship à mort depuis l'acte 3 svp faites quelques choses. Leur relation ferait du bien à toutes les familles. C'est un peu eux les derniers à s'accrocher à tous ça. 😔

    Super chapitre. J'espère que Harry pourra vraiment passer à autres choses.
    "

    merci pour ton commentaire ! ♥
    ahah par contre pour le ship je suppose que tu voulais dire Stan et Gemma ? (et non Perrie, parce que ça serait encore plus chelou non ? :p)

  • RunningUp

    21/08/2016

    00 wrote: "Oh et le gif de Gemma 👌"

    elle est trop belle sur ce gif ♥

  • RunningUp

    21/08/2016

    poussy013 wrote: "Bonjour,
    j'ai était voir ta fiction car qq un que je suis sur wattpad la lu et l'aime bcp. J'ai dc survolé cette histoire et le peu que j'en ai lu me donne envie de la lire ds son intégralité. Je suis sur une autre histoire en ce moment ms je viendrait me plonger ds ton récit dès que je l'aurais terminé. Peut être que d'ici là tu auras terminé ton acte 5.
    Alors à bientôt
    "

    Merci beaucoup, j'espère que l'histoire te plaira dans ce cas ! Reviens quand tu veux :)

  • poussy013

    20/08/2016

    Bonjour,
    j'ai était voir ta fiction car qq un que je suis sur wattpad la lu et l'aime bcp. J'ai dc survolé cette histoire et le peu que j'en ai lu me donne envie de la lire ds son intégralité. Je suis sur une autre histoire en ce moment ms je viendrait me plonger ds ton récit dès que je l'aurais terminé. Peut être que d'ici là tu auras terminé ton acte 5.
    Alors à bientôt

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