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5 years later... 29/06/2016

 
 
5 years later...

 


Louis 
 
 
_Papa.
_Oh ta gueule, je soupire, On a compris.
_Mais il est papa ! Explose Stan.
_Et toi, un adorable tonton, se fout de sa gueule Isaac.
_Tonton, il murmure, cette fois, en s'arrêtant sur le trottoir.
 
Je me retourne vers lui, hésitant entre rire et le claquer. Stan répète encore une fois « tonton », comme pour s'habituer au mot, alors que ça fait déjà trois jours qu'il s'étrangle avec celui de « papa ».
 
_Tonton, je suis tonton, il souffle.
_Et clairement pas un cadeau du ciel, j'ajoute, Le pauvre gosse.
_Le pauvre gosse ? S'exclame Stan, hébété, Mais mon pauvre frère, il rectifie, Il est père ! Sa vie est foutue, finie, anéantie.
 
Isaac lève les yeux au ciel, blasé par son dramatisme, même si, pour le coup, je suis plutôt d'accord avec Stan. J'ai assez de la banque et de mon copain pour avoir un bébé dans les pattes en plus de ça. Je ne voudrais clairement pas être à la place d'Aiden. Enfin, il a l'air heureux, c'est déjà ça.
 
_On peut continuer d'avancer ? Enchaîne Isaac, Il fait froid dehors.
_Remercie-moi de congeler tes spermatozoïdes avant qu'il ne t'arrive la même merde qu'Aiden, rétorque Stan en reprenant sa marche pour nous rejoindre.
_Ce que tu dis n'a jamais aucun sens.
_Un bébé n'a aucun sens. Ça inonde l'espèce humaine de niaiseries monumentales. Les gens sont déjà assez cons comme ça.
 
Je souris, je ne peux pas m'en empêcher. Il me fait rire à détester inlassablement ce qui l'entoure, en particulier l'humanité toute entière.
 
_Dépêchez-vous, grogne Isaac, On va louper le début du match.
 
Il a raison, alors on accélère le pas pour rejoindre mon immeuble. On s'engouffre rapidement à l'intérieur du bâtiment pour se réchauffer, puis on rejoint mon étage.
 
_Harry est là ? M'interroge Isaac.
_Je pense, je murmure, avant d'entrer dans la pièce.
 
Harry a emménagé à l'appartement il y a un an, à peu près. Il nous a fallu du temps avant de convaincre Gemma de laisser son frère partir dans un quartier Tomlinson. Enfin, un ancien quartier Tomlinson. Disons qu'on ne le qualifie plus comme ça, désormais, même si je vois très rarement des Styles par chez nous, hormis Harry, bien sûr, et Perrie, parfois.
 
_Je vais me changer, j'informe mes cousins, Je vous laisse mettre le match.
 
J'entends Stan s'affaler dans le canapé et me dirige vers ma chambre, j'entre dans la pièce. Harry est allongé sur le lit, son portable dans les mains. Il a l'air complètement sonné.
 
_Ça va ? Je m'inquiète, aussitôt.
 
Il sursaute, relevant son regard vers moi. Manifestement, il ne nous a pas entendu arriver. Son sourire se crispe tout d'un coup et il repose son téléphone sur le lit. Il ne répond pas à ma question, se contentant de me sourire. Et c'est clairement raté s'il tentait de me rassurer.
 
_Haz, qu'est-ce qu'il se passe ?
_Rien.
_Mes cousins sont là pour regarder le match de foot.
_Ok.
_T'es sûr que ça va, toi ?
_Ouais, il marmonne, les lèvres pincées.
 
Je connais ce regard, ce ton, ces mimiques. Cinq ans d'Harry Styles comme petit-ami, on finit par être rodé sur le personnage. Je retire ma veste de costard que je laisse choir sur le sol et je le rejoins. Il s'assoit sur le bord du lit et je m'arrête devant lui.
 
_Tu veux que je leur dise de partir et qu'on se fasse une soirée rien que tous les deux ? Je l'interroge, commençant à déboutonner ma chemise.
_Non, souffle Harry, Ça va, je te dis.
 
Il attrape le bas de mon vêtement pour m'aider à retirer mes boutons, alors je le laisse faire. Mes mains retombent de part et d'autre de mon corps et je l'observe. Il a l'air concentré. Conneries. Juste une excuse pour éviter mon regard. Je sais comment il fonctionne, si je le brusque, il ne me parlera pas. Je me contente de glisser mes mains dans ses boucles brunes, alors qu'il continue de déboutonner ma chemise, laissant apparaître la peau de mon torse peu à peu. Ses lèvres se posent presque instinctivement sur mon ventre. Je ferme les yeux. Même le temps n'a pas su effacer ça, ce geste entre nous. J'en oublie presque mes cousins dans la pièce d'à côté. Les lèvres d'Harry sont douces contre ma peau, il se contente de m'effleurer doucement, avant de se retirer pour ôter les derniers boutons de la chemise. Il relève son regard vers moi. Mes mains sont toujours dans ses cheveux et je les retiens en arrière. J'aime tellement la couleur de ses yeux.
 
_Je vais passer la soirée avec ma famille, il murmure.
_Tu détestes le foot à ce point ?
_Non, ce n'est pas ça, il m'assure, Je dois vraiment y aller.
_Qu'est-ce qu'il se passe ?
_Problème de famille.
 
C'est tout. Il me dit ça, sans d'autres explications. Ça m'énerve quand il fait ça, quand il prétend qu'il y a encore une barrière entre nous. Comme si on ne pouvait pas tout se dire.
Je me recule du lit, ôtant ma chemise. Je prends un tee-shirt dans mon placard, puis retire mon pantalon de smoking. J'attrape un de mes jogging qui traîne par terre et l'enfile rapidement. Je me sens bien mieux comme ça.
 
_Tu es sûr que tu ne veux pas rester avec nous ?
_Je dois vraiment y aller, Louis.
_C'est grave ?
_Juste... Perrie qui m'a appelé, il répond, Elle ne va pas très bien ce soir, j'ai envie de passer la soirée avec elle.
 
Je retiens un rire. Je connais son regard, son ton, ses mimiques, et ses putains de mensonges. Je me referme. Je n'aime pas quand il joue à ça.
 
_Ok, je finis par soupirer, Je vais rejoindre les gars.
 
Je m'apprête à sortir de la chambre, mais il m'arrête en appelant mon prénom :
 
_Louis ?
_Oui ?
_Je peux peut-être passer plus tard, mais je dois vraiment aller les voir, là.
 
Je crois que lire la culpabilité sur son visage m'inquiète encore plus.
 
_Fais ce que tu as à faire, je réplique.
_Je ferai une soirée avec tes cousins une autre fois.
_Ne t'inquiète pas pour ça, tu rentres à l'appartement dormir ?
_Je ne sais pas, je verrais.
_D'accord.
 
Je sors de la pièce et me dirige vers ma cuisine pour me prendre une bière, les gars sont déjà installés dans le canapé, commentant les publicités à la télévision. Je prends une canette dans le frigidaire et les rejoins. Harry sort de la chambre à ce moment-là.
 
_Salut Isaac. Stan, je ne te dis pas bonjour.
_Je ne te dis pas au revoir, réplique le concerner.
 
Je lève les yeux au ciel. Il n'y a rien de plus insupportable au monde que Stan et Harry dans une même pièce.
Harry s'avance vers moi, il m'embrasse du bout des lèvres, car on n'est toujours pas à l'aise avec ça lorsque mes cousins sont là.
 
_Passe une bonne soirée.
_Toi aussi. Et appelle-moi si quelque chose ne va pas.
_Oui, il m'assure, m'embrassant une deuxième fois, avec un peu plus d'insistance.
 
Sauf qu'il a à peine dévié son regard que je vois son sourire crispé réapparaître sur ses lèvres. Je ne commente pas et le laisse partir, m'installant avec mes cousins sur le canapé.
 
_Il ne veut pas rester avec nous ? Interroge Isaac, alors que la porte claque après son départ.
_Il devait voir Perrie, je marmonne, sans être spécialement convaincu.
_Moi, ça me va parfaitement.
 
Je me retourne vers Stan, n'ayant pas spécialement envie de répondre à sa provocation.
 
_Tonton Stan aurait-il des problèmes de sociabilité ? Lance Isaac.
_Je t'en prie, ne m'appelle pas comme ça, il grimace.
_Tonton Stan, c'est mignon, je commente.
_Fermez-la les gars, putain.
 
Sa nuque tombe sur le dossier du canapé, il pousse un long soupir, un trop long soupir pour être juste une plaisanterie.
 
_Attends, je murmure, T'es sérieux à propos de tout ça ? Ça te fait vraiment chier que ton frère ait un enfant ?
_Je ne sais pas, il hausse des épaules, C'est juste... Une page qui se tourne. J'ai du mal à me faire à l'idée, je crois.
_Ça va le changer, intervient Isaac, En bien.
 
Stan esquisse un sourire. Je crois que, dans le fond, c'est ça qui lui fait peur. Que son frère change au point de le laisser tout seul. J'ai Harry dans ma vie, Isaac vient d'avoir un poste important dans l'entreprise, Aiden a eu son premier enfant avec sa copine. Et il y a Stan, au milieu de tout ça, qui se cherche encore une place dans cette nouvelle vie bien trop rangée pour lui. La stabilité lui fait peur. Le calme lui fait peur. La normalité lui fait peur. Je pense, qu'inconsciemment, il refuse de construire quelque chose, parce qu'il est terrifié à l'idée que tout ça nous explose de nouveau à la gueule. Et lui, plus que tous les autres, redoute ce moment-là.
 
 
 
 
Harry 
 
 
      Je claque la porte derrière moi, je ne l'ai même pas contrôlé. Quelle merde. Je dévale les escaliers rapidement, mes jambes me portent sans réfléchir et mon c½ur est comme écrasé dans ma poitrine. Je ne retiens plus mes tremblements. Ça m'arrive souvent, de trembler, lorsque je ne sais plus comment gérer une situation.
Je déteste mentir à Louis, je n'ai pas vraiment eu le choix. Enfin, j'ai à peine menti. C'est bien Perrie qui m'a appelé.
Je sors de son immeuble, courant presque jusqu'au métro. Les stations mettent du temps à défiler, pourtant, je n'ai que Hyde Park à traverser pour rejoindre Mayfair. J'essaie de contenir le tremblement de mes mains en les enfonçant dans les poches arrière de mon slim.
Le wagon se stoppe à mon arrêt, je saute littéralement sur le quai, remontant à la surface rapidement. Je cours jusqu'à chez moi, j'ai encore la voix de Perrie qui résonne dans mes oreilles. Je n'arrive toujours pas à y croire.
J'arrive devant ma maison, ouvrant la porte brusquement pour me jeter dans le salon. Je suis essoufflé. Tout le monde sursaute. Gemma se relève, un air paniqué sur le visage. Il y a mes parents, Gemma, Perrie, Niall et... Putain. Dan Suarez et sa sale face d'avocat de la famille.
 
_C'est une blague ?! Je m'exclame.
_Qui l'a appelé ? S'énerve ma s½ur, se retournant vers nos cousins.
_Tu déconnes Gemma ? Je m'emporte, Dis-moi que tu déconnes !
_Qui te l'a dit ?!
_Parce que tu comptais vraiment me le cacher ? J'hallucine.
_C'est moi, murmure Perrie, Je l'ai appelé.
_Merci du soutien, souffle ma s½ur en levant les yeux au ciel.
 
Je crois que je vais finir par tout casser dans cette maison. Pourquoi personne ne me répond ? Ce n'est pas parce que j'ai déménagé chez Louis que je n'existe plus. Je suis choqué de la façon dont ils m'ont effacé des décisions familiales. Tout ça pour éviter que je ne foire leur plan. Ils sont stupides s'ils croient que ce n'est pas ce que j'ai l'intention de faire.
 
_Gemma, je reprends, C'est sérieux tout ça ?
_Oui, finit-elle par me répondre, plantant ses yeux dans les miens.
 
Et merde. Ça me fait un coup.
 
_Pourquoi ? Je souffle, le c½ur compressé dans ma poitrine.
_Parce que je le lui ai promis, elle répond.
_Il a violé Eleanor, tu ne peux pas le libérer maintenant.
_Il a purgé la moitié de sa peine, elle rétorque, Et je demanderai cette liberté conditionnelle, peu importe ton avis.
_Les Tomlinson ne le supporteront pas, je souffle, Tu vas tout relancer. Ne fais pas ça. Cette guerre était terminée.
_Alors, Greg a le droit d'en profiter également.
 
Non, non, non, il n'a pas le droit. Pas si ça signifie qu'on replonge tous avec lui.
 
_Tu es folle, je souffle, Tu le mets en danger. Stan et Aiden lui feront du mal, tu le sais très bien.
_C'est eux qui finiront en taule.
_Arrête tes conneries.
_Je le protégerai, elle m'arrête.
 
J'ai envie de rire et de pleurer. Rire de sa stupidité et pleurer de son acharnement. Je ne peux pas la raisonner. Personne n'a jamais raisonner Gemma Styles.
Je reporte mon regard vers ma famille, tout le monde la soutient parce que personne ne commente. Et ça me tue, bordel. Ça me tue qu'ils soient tous si cons.
 
_Les Tomlinson vous empêcheront de faire ça, je reprends, Et je les soutiendrai.
_Alors, on y est enfin, ironise Gemma, Tu te ranges définitivement dans l'autre clan ?
 
La rage. Putain. J'ai juste tellement la rage, là.
 
_Il n'y a plus de clans, Gemma ! Je hurle, C'est fini ! Pourquoi tu t'accroches comme ça ? T'as que cette foutue querelle dans ta vie ou quoi ? Ça fait des années que toutes ces conneries sont terminées ! Putain, ne fais pas ça !
_Il n'y a plus de clans ? Elle répète, avec une telle haine dans les yeux que j'en frissonne, Ne sois pas si aveugle.
 
J'avale ma salive, retenant toutes les insultes qui cherchent à se frayer un chemin jusqu'à mes lèvres. Putain, elle ne peut pas tout gâcher maintenant, pas comme ça.
 
_Greg croupit en prison, Edward déprime en Chine, Perrie souffre encore de la mort de Zayn, Niall n'a pas quitté son fauteuil, elle reprend, Et toi, t'es là, dans ta petite bulle, à te foutre des autres.
 
Ta gueule.
 
_Que tu le veuilles ou non, Greg fait partie de notre famille. Il paye pour toutes nos conneries et toi, tu veux le laisser continuer à payer pour garder ton bonheur bien au chaud, pour qu'on ne touche pas à ta petite vie tranquille avec Louis Tomlinson. T'es pas tout seul, Haz. Toi, tu as Louis, et nous, on a quoi, hein ? Ils ont besoin de leur frère, elle continue en désignant Perrie et Niall, J'ai besoin de mon cousin à mes côtés.
 
Ferme-la, putain.
 
_Greg souffre tellement là-bas. Si on ne voulait pas te le dire, Harry, c'est qu'on sait tous dans cette pièce que tu es tellement égoïste que ton petit bonheur passera toujours avant celui de ta famille.... Visiblement, on était loin d'avoir tort.
 
Ça fait mal, c'est clair. Pas seulement ce qu'elle vient de me sortir, mais également tous les regards braqués vers moi, tous ses regards qui me traitent d'égoïste avec deux fois plus de violence que les mots de ma s½ur.
 
_À croire que c'est devenu un crime d'être heureux dans cette famille, je crache, furieux.
_À croire que tout ne tourne pas toujours autour de toi, rectifie Gemma, Greg sortira de prison. Je lui en fais la promesse et je n'ai pas peur des Tomlinson.
 
Je frissonne. C'est revenu. La façon de prononcer leur nom de famille.... Et merde.
 
_Gemma, tu n'as pas conscience de ce que tu fais, je murmure.
_Je ne te demande pas de me soutenir.
_Eleanor, je souffle... Et Lottie, elles se reconstruisent. Si tu te fous de moi et Louis, de Stan et d'Aiden, d'accord, mais pas d'elles... Elles ne méritent pas ça.
_Et si moi, j'ai besoin de lui, Harry ?
_Tu t'en es bien sortie seule pendant tout ce temps !
 
C'est égoïste, ce que je viens de dire. Parce que j'aurais pu répondre quelque chose du style « moi, je suis là, si tu as besoin ». Mais je crois que ça aurait sonné faux dans ma bouche. Je sais bien qu'elle a raison. Je sais bien que je passe plus de temps avec les Tomlinson qu'avec eux. Je sais bien que si la guerre venait à recommencer, je ne serais pas dans leur camp. Je crois qu'elle vient de le comprendre elle aussi, parce que son regard se voile définitivement.
 
_Et si je n'ai plus envie d'être seule ?
 
Ce n'est même pas une question, c'est un appel à l'aide. Mais je ne veux pas l'entendre, je ne veux pas l'entendre si ça signifie faire exploser l'équilibre précaire qu'on a réussi à ramener dans cette ville.
 
_Et Aaron ? Je demande.
_Je me fous d'Aaron, je ne te parle pas de ça.
_Moi, je te parle de ça. Juste d'avancer dans la vie, avec de nouvelles personnes.
_Greg est notre cousin, elle me rappelle, sèchement, Tu n'avances pas dans la vie en laissant les personnes derrière toi. Je pensais que tout ce qu'il s'est passé ces dernières années te l'avait appris.
 
Ce que j'ai appris, surtout, c'est que la haine est une excuse bien trop facile pour se cacher derrière les vrais problèmes. Si Gemma est seule, aujourd'hui, ce n'est pas parce que Greg est en taule ou parce que Edward est en Chine, mais parce qu'elle est incapable d'aimer qui que ce soit en dehors de ce qu'on lui a autorisé à aimer.
Je crois que je préfère être égoïste que malheureux.
 
_Je ne vous aiderai pas à le sortir de là, je déclare.
_Crois-moi, on a appris se passer de toi il y a longtemps.
 
Je ravale mes larmes et quitte la maison familiale. Ce n'est pas comme si j'avais encore l'impression d'y avoir ma place. Un sentiment partagé puisque personne ne cherche à me retenir.
 
De toute façon, j'ai une soirée foot qui m'attend chez moi.  
 
 
*
 
 
5 years later...


 
 
ACTE 5

 
 
 
 
 
 

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Chapitre un 06/07/2016

 
 
Harry
 
 
             J'attrape ma bière que je porte à mes lèvres. Gemma, assise en face de moi, n'arrête pas de me fixer. Je n'en reviens pas qu'elle ait osé venir ici après ce que j'ai appris la semaine dernière.
Comme toutes les fins de semaines, on squatte au Maddox Bar. À la base, on se retrouvait entre Styles et Tomlinson. On a organisé ça avec Louis, il y a quelques années, pour apaiser les tensions et habituer nos deux familles à se fréquenter. Au début, tout le monde a fait l'effort de venir, pour nous faire plaisir, mais on n'avait tellement rien à se dire quand on était tous ensemble que beaucoup ont abandonné.
Aujourd'hui, on a gardé l'habitude de se retrouver dans ce bar, même si, de mon côté, il n'y a que Perrie qui fasse toujours le déplacement. Alors, j'ai été étonné de voir Gemma et Aaron entrer avec ma cousine, tout à l'heure. Comme je ne suis pas revenu à la maison depuis notre dispute, ma s½ur a dû se dire que c'était le seul endroit où elle pourrait me trouver. Elle n'a pris aucun risque puisqu'elle sait pertinemment que je n'ai pas eu assez de cran pour dire aux Tomlinson qu'elle veut sortir Greg de sa prison. Quelle connerie. Je suis sûr qu'elle attend le bon moment pour me faire du bourrage de crâne et me convaincre de la suivre. Pas de chance pour elle, cependant. Car si Louis n'est pas encore arrivé au bar – je suppose qu'il fait encore des heures supplémentaires à la banque – Isaac est bien présent, lui. Du coup, comme elle ne peut rien me dire à ce propos, elle meuble la conversation avec des sujets bateaux. Moi, je me contente de lui lancer des regards noirs pour lui faire comprendre que sa présence n'est pas la bienvenue, vu le coup de couteau qu'elle s'apprête à enfoncer dans leur dos... Dans leur dos, dans leur c½ur, dans leur cuisse, et dans toutes les parties de leur corps encore intactes qu'elle peut s'amuser à abîmer.
À table, le rire de Perrie me sort de mes pensées et je détourne mon regard de celui de ma s½ur. J'aperçois Isaac éclater de rire à son tour et les observe, sans rien dire. Je suis content de voir que Perrie s'entend bien avec les Tomlinson, surtout Isaac, avec qui elle est plutôt proche. Je crois qu'ils s'aident mutuellement à supporter la disparition de Zayn.
 
_Harry ?
 
Le chuchotement de ma s½ur me fait tressaillir. Tiens, la voilà qui passe finalement à l'attaque.
 
_Non, je siffle, sèchement.
_On peut sortir un instant ?
_Non.
 
Aaron ne commente pas et reste sagement assis à côté d'elle. Je crois qu'il évite au maximum d'intervenir dans nos disputes de famille. Et, vu notre passé, il a de quoi avoir raison.
 
_Juste pour fumer, cinq minutes.
_Non, je répète.
 
Je vois Perrie nous observer du coin de l'½il. Elle continue sa discussion avec Isaac pour le distraire. J'imagine que ce n'est pas le moment qu'il réalise que quelque chose ne va pas entre moi et Gemma. Même si Isaac est le plus raisonné des Tomlinson, la libération de Greg est bien la seule chose qu'il ne laisserait pas passer.
 
_Harry, insiste Gemma.
 
Je finis par soupirer en reposant mon verre sur la table. Je sais que ma s½ur ne lâchera rien et, clairement, je n'ai pas la force de lui tenir tête.
 
_On va fumer, je grince, à l'attention du reste de la table.
_Ok, répond Isaac, sans rien remarquer.
 
Gemma me suit après avoir pressé l'épaule d'Aaron, un sourire affiché sur son visage, et ça m'énerve encore plus. Je me fraie un chemin entre les tables et sors du bar. Dehors, il fait déjà nuit. Le vent frais souffle dans mes cheveux bouclés, mais ça ne calme pas ma colère.
 
_Je ne veux pas entrer en guerre contre toi, Harry, j'entends Gemma dans mon dos.
 
Je ne lui réponds pas, me contentant d'attraper mon paquet de cigarette dans la poche de mon manteau. J'en sors une et la coince entre mes lèvres.
 
_Harry ?
_Mais tu veux entrer en guerre quand même, je commente, allumant ma cigarette.
 
Je tire une première taffe tandis que Gemma vient se planter devant moi. Elle m'observe sans rien dire. Elle pense que je vais relever la conversation, mais elle a tort. Je n'ai pas envie de parler de ça avec elle.
 
_Tu ne vas même plus lui rendre visite en prison, elle reprend, Ça fait presque un an qu'il ne t'a pas vu.
_Je lui manque, peut-être ? J'ironise.
 
Gemma soupire de nouveau. Parce que, tiens, pour ça aussi, je lui en veux. Il y a plus d'un an maintenant, elle a décidé de tout dire à Greg. Pour moi et Louis, pour sa s½ur et Zayn, pour les Tomlinson en général. La fin de la guerre. La fin des quartiers délimités. La fin de ce pour quoi il crève là-bas. Il a pété un plomb. Je le comprends. C'est un peu un dommage collatéral qu'on a laissé de côté. Il a dit à Gemma que je n'étais qu'un gamin égoïste. Alors, pour ne pas le contre-dire, j'ai préféré lui donner raison. Je ne l'ai jamais revu depuis qu'il sait pour moi et Louis.
 
_Il t'a pardonné, murmure Gemma, comme si elle lisait dans mes pensées.
_Mais c'est lui qu'on doit pardonner, je lui fais remarquer, C'est lui qui a quelque chose à se reprocher.
_On a tous quelque chose à se reprocher, Harry.
_Toi, en particulier, je grince.
_Je ne cherche pas à gâcher ta relation avec Louis.
_Mais tu vas le faire.
_Pour sauver ma famille, elle ajoute.
 
Je lève les yeux au ciel. Quand va-t-elle comprendre que personne ne lui demande de jouer au héros ?
 
_Toi et Louis, elle reprend, Vous êtes forts. Vous vous aimez. Vous passerez au-dessus de ça.
_Tu n'en sais rien.
_Niall parvient bien à fréquenter Louis. Il devrait pouvoir en faire de même avec Greg. S'il t'aime, il devrait le faire.
_Ce n'est pas Louis, le problème, c'est sa famille.
_Et pourquoi tu cherches plus à plaire à la leur qu'à la notre ? S'énerve Gemma, Greg est ton cousin.
_Et Louis, mon copain. Il compte pour moi, sa famille compte, tout ce qui le concerne compte. Tu le comprends ça ou quoi ?
_Ça compte plus que Greg ?
_Oui.
 
Je déteste quand elle fait ça. Quand elle me regarde comme si j'étais un parfait connard. Je le suis peut-être. Je suis peut-être le genre de mecs qui ne connaît pas ses priorités et passe plus son temps à décevoir les gens qu'à les respecter. Mais je ne les laisserai pas gâcher mon bonheur.
 
_Est-ce que tu en as parlé avec Perrie ? Elle me demande.
_De quoi ?
_De son frère.
_Non.
_Elle aussi, elle a besoin de lui. Si tu ne le fais pas pour lui, ni pour moi, fais-le pour elle et Niall.
 
Je pourrais m'énerver qu'elle ose me faire ce chantage affectif, mais ce n'est pas ça qui me perturbe le plus.
 
_Attends, je l'arrête, Qu'est-ce que tu attends que je fasse exactement ?
 
Le regard de Gemma se baisse au sol. Je retiens un rire. Je me doutais bien qu'elle était venue au bar pour une raison. Et chercher à se réconcilier avec moi n'en est clairement pas une. Gemma a juste besoin de moi. J'aurais dû m'en douter.
 
_Ne dis rien aux Tomlinson, s'il te plaît.
 
Cette fois, elle a relevé son regard vers moi. Je suis content qu'elle ait au moins eu le cran de me dire ça dans les yeux.
 
_Tu me demandes de leur mentir sur la libération du violeur d'Eleanor ?
_Pas de leur mentir, mais de ne rien dire, rectifie Gemma, Tu pourras très bien leur faire croire que tu n'étais pas au courant de ce qu'on faisait.
_Et donc, en quoi ce n'est pas un mensonge ?
_Tu vois très bien ce que je veux dire...
 
Je ne reprends pas la conversation, continuant de fumer.
 
_Alors ? Elle demande, Est-ce que tu peux garder ça pour toi ?
 
Je fais un signe négatif de la tête, tirant un peu plus fort sur ma cigarette tout en sachant que la nicotine n'aura aucun effet sur moi.
 
_Louis m'en voudrait trop.
_Pas s'il pense que tu n'es pas au courant.
_Le mensonge ne nous a jamais réussi, je lui rappelle.
_S'il te plaît, insiste ma s½ur, Ou alors, laisse-nous un peu plus de temps pour monter un dossier solide. S'ils l'apprennent maintenant, ils vont bloquer la procédure.
_Ils auraient raison de le faire.
_Haz, je ne te demande pas de nous aider, ni de témoigner, ni de faire quoi que ce soit, hormis garder le silence de ce que tu sais.
_J'en sais trop, je ne peux pas lui cacher quelque chose comme ça.
_Mais tu l'as fait, elle m'arrête, Ça fait une semaine que tu es au courant et tu ne lui as encore rien dit.
_Je vous laisse du temps à vous pour abandonner cette idée ! Je m'offusque, Ne crois pas une seule seconde que je cautionne.
_Tu ne nous laisses même pas une chance, commence-t-elle à s'emporter à son tour, Laisse-nous un peu plus de temps et ce sera à la Justice d'en décider. S'il te plaît.
 
Je m'apprête à répliquer, mais le prénom de Louis sort des lèvres de Gemma. Je me retourne brusquement et l'aperçois arriver au bout de la rue. Il porte encore son costard, mais il a ouvert les premiers boutons de sa chemise. Ses cheveux sont emmêlés à cause du vent et un sourire se dessine sur ses lèvres lorsqu'il me voit. 
 
_Fais chier, soupire Gemma.
 
Je comprends d'où vient son commentaire à l'instant où mon regard se pose sur Stan, qui marche à côté de mon copain. Je suis étonné de le voir nous rejoindre. De toutes les familles réunies, Stan a toujours été le plus réticent à ses rencontres au Maddox Club. Je ne suis même pas sûr qu'il y soit déjà resté plus d'une heure.
Louis et Stan avancent tous les deux vers nous. Je retiens un éclat de rire quand je vois le visage de Stan se décomposer à la vue de ma s½ur. Comme s'ils étaient tous les deux programmés pour se détester jusqu'à leur dernier jour sur terre.
Louis vient m'enlacer immédiatement. Je crois même que son bras sur ma taille se pose en même temps que ses lèvres sur les miennes. J'adore quand il fait ça. Quand il m'embrasse avec tellement d'empressement qu'on dirait que rien d'autre n'a d'importance sur terre, comme s'il avait attendu ce moment toute la journée. Pas un mot de prononcé. Juste ses lèvres qui s'écrasent sur les miennes et ses mains sur ma taille. Je lui rends son baiser en espérant que Gemma nous regarde et s'en veuille. Mais je ne crois pas qu'elle ressente une quelconque culpabilité. Elle tolère notre relation, mais ça ne veut pas dire qu'elle l'a acceptée. Et, malgré ce qu'elle dit, je crois qu'elle aimerait bien qu'on ne soit pas aussi forts et aussi amoureux, justement.
Louis finit par se retirer de mes lèvres et commente, d'un air étonné :
 
_Tu fumes ?
_Ouais, je marmonne, en me reculant d'un pas à cause de l'odeur.
 
Mais Louis resserre sa pression sur ma taille pour me rapprocher de lui, à nouveau. Il m'embrasse une deuxième fois en souriant, puis une troisième, avant de me laisser respirer.
 
_Stan, je ne te dis pas bonsoir, je reprend à son attention.
_Également, il répond.
_Qu'est-ce que tu fais ici, de toute façon ? Participe Gemma.
_Je pourrais te retourner la question, il rétorque.
_Je l'ai posée en première.
_Je ne vais pas rester.
_Tant mieux.
_On y retourne ? Je les interromps, avant qu'ils ne s'entre-tuent sans aucune raison.
 
Ils acquiescent tous deux et on entre à l'intérieur du bar, se frayant un chemin jusqu'à notre table habituelle. Perrie, Isaac et Aaron sont toujours en train de discuter.
 
_Salut, s'annonce Louis, Désolé je suis encore en retard. J'avais une réunion.
_Pas grave, répond son cousin, Je me doutais que.... Stan ?!
 
Celui-ci s'affale sur la chaise en face de lui en un soupir.
 
_Qu'est-ce que tu fous ici ? Reprend Isaac à son attention.
_J'ai oublié mes affaires dans l'appartement de Louis hier soir et monsieur a laissé ses clefs à son débile de petit-ami.
_Va te faire foutre, je commente, aussitôt.
_Je suis venu prendre tes doubles de clefs du coup, reprend-il à l'attention d'Isaac.
_Tu ne veux pas rester avec nous ?
_Non, souffle Stan, Je ne voudrais pas gêner la soirée couple.
 
Quel connard. J'aperçois Perrie et Isaac détourner le regard. Bien sûr, il n'y a que Stan pour ce genre de commentaire déplacé qui rend tout le monde mal à l'aise. On sait tous que Perrie et Isaac sont devenus proches, mais la comparaison est plus que douteuse vis à vis de Zayn.
 
_T'es con, finit par soupirer Isaac.
_Vous parliez de quoi ? S'intéresse Louis pour changer de conversation.
 
Aaron s'apprête à lui répondre, mais c'est de nouveau Stan qui nous interrompt avec sa sonnerie de téléphone portable. Il s'éloigne de la table pour décrocher.
 
_C'est la sonnerie pour sa s½ur, nous informe Isaac.
_Comment ça ? Demande Perrie.
_Il a mis une sonnerie personnalisée pour qu'il reconnaisse immédiatement quand c'est Eleanor qui appelle.
_Il est vraiment tordu, commente Gemma.
_Comme si tu étais à peine différente, j'ironise.
_Sauf qu'une sonnerie personnalisée ne me serait pas très utile, vu que tu ne m'appelles jamais.
 
Je vois le regard de Louis se poser sur moi. Il doit se demander ce qu'il se passe avec ma s½ur. Quelle merde. Je suis incapable de mentir. Gemma a raison. Je n'ai pas été capable de lui dire quoi que ce soit à propos de Greg. Et ce n'est pas pour leur gagner du temps. Je crois que c'est plutôt pour me gagner du temps à moi, du temps avant que tout ne s'écroule à nouveau. Je ne suis pas sûr d'avoir la force de le supporter.
 
_Fin de la soirée les Tomlinson, annonce Stan en revenant brusquement.
_Pourquoi ? Interroge Louis.
_C'est El' qui m'a appelé, Waliyha et Félicité se sont encore fait la malle.
_Putain, soupire Isaac, C'est déjà la troisième fois, ce mois-ci.
_Je sais, commente Stan, Va falloir qu'on finisse par les enfermer.
_Radical, ironise Gemma, ce qui lui vaut un froncement de sourcils de sa part.
_On refait toutes les boites alors ? Soupire Louis.
_Ouais, pas le choix.
 
Un énième soupir s'échappe des lèvres des trois cousins, puis ils finissent par se relever à contre-coeur.
 
_On peut faire des groupes pour les retrouver, je propose.
_Bonne idée, approuve Louis, On a des voitures ?
_Moi, répond Isaac.
_J'ai la mienne aussi, intervient Gemma, Je peux emmener un groupe.
 
J'hallucine, si elle croit qu'elle va se rattraper comme ça.
 
_Super, merci, lui répond Louis, probablement étonné de sa participation.
 
Et moi, je me retiens de lever les yeux au ciel. À quoi elle joue, bon sang ?
 
_On y va ? Demande Stan.
 
Louis approuve d'un geste de la tête et s'empare immédiatement de ma main pour me tirer à lui. Je vois le regard de Gemma se poser sur nos doigts enlacés. Et, pendant une seconde, je crois qu'elle culpabilise.
 
 
 
Louis
 
 
            Isaac gare la voiture sur le parking de la Fabric. Après quelques coups de fils à nos amis, on a tout de suite découvert que les filles étaient ici. Je sors de la bagnole, suivi de mes deux cousins. Je me retourne vers la voiture de Gemma qui vient de se garer derrière nous. Je ne sais même pas pourquoi on a fait comme ça, pourquoi – instinctivement – on a ressenti le besoin de séparer nos deux familles quand on a réparti les groupes. Peut-être qu'il y a certaines choses qui ne disparaîtront jamais vraiment. Je ne sais pas. Peut-être qu'on n'est pas totalement prêts à les faire disparaître non plus.
Harry s'échappe du véhicule, tout comme Gemma et Perrie, et ils nous rejoignent devant la boite.
 
_Prince Charmant s'est envolé avec le carrosse ? Interroge Stan.
_Il travaille demain matin, rétorque Gemma, Un concept qui doit probablement t'échapper.
_On abrège ? Soupire Harry.
_Oui, allons les chercher, approuve Isaac.
 
On se déplace vers la boite et j'entends Stan demander à Gemma ce qu'elle fout ici. Et, pour le coup, je me pose vraiment la question moi aussi. Sauf qu'elle ne lui répond pas et j'ai la vague impression qu'elle cache quelque chose.
On entre dans la Fabric et je réalise, à l'instant, que ça fait des lustres que je n'ai pas mis les pieds dans cet endroit.
 
_On se sépare ? Demande Harry, Pour aller plus vite.
_Ouais, approuve Stan, On prend chacun un côté.
 
J'approuve d'un geste de la tête et je vois Harry partir avec sa s½ur et Perrie. Je ne sais pas ce qu'il lui reproche ces derniers temps, mais la façon dont il la surveille devient de plus en plus suspect.
Je me retourne vers les gars et les suit à travers la boite. On est un soir de semaine, mais, comme c'est les vacances, c'est rempli de lycéens en chaleur. Je nous revois à leur place et ça me fait presque sourire qu'on en soit finalement arrivés là. Au mauvais rôle. Mais je me rassure en silence. Waliyha et Félicité sont beaucoup trop jeunes pour traîner ici. Elles n'ont que quinze et quatorze ans et clairement pas les idées à leur place en ce moment. Elles nous rendent la vie impossible depuis quelques mois, ne vont plus en cours, fument, boivent, fuguent. Elles suivent notre route, mais elle est bien trop cabossée pour qu'on les laisse l'emprunter.
 
_Trouvées, soupire Isaac.
 
Je suis son regard et tombe sur elles, aussitôt. Je ne vois pas comment elles pourraient m'échapper, vu qu'elles dansent actuellement debout sur le bar. Il y a des mecs en dessous qui crient et elles gloussent en se croyant irrésistibles. D'accord, elles le sont, mais elles sont bien trop jeunes pour l'être.
Je me retourne vers Stan. Sa mâchoire se crispe et je n'ose même pas imaginer sa réaction si ça avait été Eleanor à leur place.
 
_Reste ici, je déclare aussitôt, On y va avec Isaac.
_Je peux savoir pourquoi ?! Explose mon cousin, outré.
_Parce que tu vas leur foutre la honte et qu'elles vont te détester. On n'a pas besoin d'empirer les choses.
_Je m'en fiche de leur foutre la honte ! Elles n'ont pas à être là, putain !
 
En voyant comment il est énervé, je me dis que c'est plutôt dans l'intérêt de toute la boite qu'il reste dans son coin.
 
_On revient, je déclare, sans concession.
 
Isaac me suit jusqu'aux filles. En réalité, j'ignore comment les convaincre de partir d'ici, mais je me dis que je serais toujours plus efficace que Stan qui se serait contenté de les séquestrer dans leur chambre.
 
_Hey, j'annonce, en arrivant au pied du bar.
 
Waliyha pose son regard sur moi et lève les yeux d'une façon totalement exagérée.
 
_On n'est pas là pour vous engueuler, ok ? Rétorque Isaac, qui ne peut décidément pas se détacher de son foutu rôle du bon samaritain, Mais il est déjà une heure du matin, donc c'est l'heure de rentrer à la maison.
_On ne t'empêche pas de le faire, rétorque ma demi-s½ur, On s'amuse là.
_Vaguement, je commente, Vous vous trémoussez comme deux gourdasses surtout.
_Va te faire foutre, siffle Félicité.
_Descends, je gronde.
_Rentre chez toi et arrête de jouer au grand frère protecteur, c'est pathétique.
_On s'inquiète, reprend Isaac, C'est normal.
_Trop d'attention, feint Waliyha, Dommage que mon frère n'ait pas pu bénéficier à temps de ta superbe protection.
 
Et là, forcément, ça change la donne de la conversation. Je vois le visage d'Isaac se refermer avec tellement de violence que je ne peux empêcher la mienne de remonter à la surface. J'attrape le bras de Waliyha et la fait littéralement tomber du bar. Je l'entends râler et c'est presque légitime parce que j'aurais pu lui casser la cheville, mais je feins ne pas m'en préoccuper.
Je me retourne vers ma s½ur :
 
_Descends, je répète.
_Quoi ? Tu vas me mettre de force dans la voiture ?
_Tu crois que ça me gênerait ?
_Dégage Louis.
 
Son air suffisant finit par me faire péter véritablement les plombs et je l'attrape au niveau des jambes pour la faire tomber sur mon épaule. Forcément, elle se met à hurler au viol, mais personne ne m'arrête car tout le monde me connaît ici.
Je me retourne vers Isaac :
 
_Prends Waliyha, on y va.
_On n'est pas des objets, putain ! S'énerve-t-elle en essayant de se dégager, mais son demi-frère tient fermement son bras.
 
On se fraie un chemin à travers la foule, rejoignant Stan qui nous observe, un sourire en coin.
 
_Les gars, vous avez cette démagogie incroyable avec les filles que je vous envie.
_Ta gueule, je soupire, blasé.
_Non, je suis sérieusement impressionné. Vous avez ce tact pour leur parler.
_N'insiste pas.
_Cette faculté de ne pas... Comment tu dis déjà ? Ah oui ! Ne pas empirer les choses !
_Stan, on a compris.
 
Il sourit, ce con, fier de lui. Puis on sort tous les quatre de la boite alors que ma s½ur continue de me hurler de la lâcher. Ce que je fais dès qu'on met les pieds dehors.
 
_T'es malade ! Elle gueule.
_Et toi, mineure ! Je m'emporte à mon tour, car cette soirée commence sérieusement à me gonfler, Je n'ai qu'un mot à dire à toutes les boites de cette ville pour que vous ne puissiez plus jamais entrer avant vos 18 ans ! Alors contente-toi de ce que tu as ! On vous autorise à venir quand on est là, c'est déjà pas mal pour votre âge.
_Arrête, vous ne sortez même plus en boite, ça n'arrive jamais Louis !
_Vous êtes encore jeunes ! Vous n'avez pas besoin de sortir tous les week-ends !
_Mais tu n'es même pas là ! Elle hurle, Arrête de faire comme si tu étais encore le chef !
_Je ne suis pas le chef, je suis ton frère !
 
Ce qui revient un peu au même, je lui accorde.
 
_T'es mon frère qui vient une fois par mois à la maison pour se contenter de nous critiquer, elle rectifie, Je ne veux pas d'un frère comme toi.
_Je suis le seul que tu as.
_Et je préférerais ne pas t'avoir !
 
Forcément, ça fait mal. Mais je me retiens de lui montrer parce que ça lui ferait trop plaisir.
 
_Dans la voiture, je rétorque, sèchement.
 
Félicité soupire. Elle sait qu'elle ne pourra pas me tenir tête. Elle entre dans la voiture, suivie par Waliyha.
Je me retourne vers mes cousins :
 
_Qui monte derrière avec elles ?
_Pas besoin, répond Isaac, Je ne vais pas rentrer maintenant.
_Quoi ? Mais c'est ta voiture !
_J'ai besoin de prendre l'air.
_Isaac, je soupire, Elle disait ça parce qu'elle était énervée. Elle ne le pensait pas.
_Elle le pensait et c'est pour ça qu'elle est tout le temps énervée, il me corrige, Les gars... Je suis sérieux, ramenez-les à la maison.
 
Il nous tend ses clefs et je l'observe d'un air inquiet. Je n'aime pas quand il est comme ça.
 
_Allez, insiste-t-il.
 
Alors Stan les récupère avant de l'interroger :
 
_T'es sûr que tu ne vas pas aller te jeter d'un pont ou un truc comme ça ? Non, parce qu'on en connaît un qui a été capable de le faire.
_Ta gueule, je commente, blasé, avant que la référence me fasse réaliser que j'ai oublié Harry à l'intérieur, Merde !
_Oui, va lui dire au revoir, rétorque Stan, Mais dépêche, je n'ai pas envie de t'attendre pendant trois heures.
_Je vais juste lui dire que je rentre avec vous. Je reviens.
 
Je retourne en courant jusqu'à la boite. À l'intérieur, il y a toujours autant de monde alors je scrute les personnes devant moi. J'aperçois les cheveux blonds de Gemma au loin. Je me dirige vers elle directement.
 
_Hey, ton frère est là ?
_Non, je le cherche aussi.
 
On regarde tous les deux sur la piste de danse, mais je vois mal Harry aller danser alors qu'il sait qu'on cherchait ma s½ur et ma cousine.
 
_Il doit être aux tables, je reprends.
_Ouais, elle approuve, en me suivant.
 
On se dirige vers le coin VIP de la boite. Il y a surtout des bandes de lycéens friqués qui picolent en se croyant cool. Enfin, des gens un peu comme nous, à l'époque où on n'avait rien de mieux à faire de nos samedi soirs.
J'aperçois finalement ses boucles brunes à une des tables, celles la plus reculée.
 
_Là-bas, je dis à Gemma.
_Putain, elle grince.
_Quoi ?
_Tu as déjà vu un fantôme ?
_Hein ?
_Il est devant tes yeux, elle reprend.
 
Je suis son regard, sans comprendre ce qu'elle me raconte. Je vois Harry, en premier, bien sûr, puis je me concentre sur la personne à laquelle il parle. Brun, mâchoire carrée, l'air d'un mauvais garçon.
 
Jeff Azoff.
 
Mon c½ur s'arrête de battre pendant une demi-seconde. C'est même Gemma qui réagit la première. Elle s'avance vers le groupe, alors que je suis incapable de bouger. J'ai confiance en lui, mais je ne peux pas m'empêcher de lui en vouloir. Pourquoi est-ce qu'il lui parle alors qu'il était censé chercher les filles ? Est-ce qu'il m'a oublié à cause de la réapparition de ce pauvre type ?
Gemma pose sa main sur l'épaule de son frère. Je le vois sursauter et observe toute la scène de loin. Je n'ai pas envie de m'approcher, parce que je ne sais pas ce que je pourrais lui faire si j'avais Azoff en face de moi et que je préfère ne pas le savoir. Gemma chuchote un truc à l'oreille d'Harry et il se retourne vivement vers moi, l'air un peu inquiet. Je me contente de lui faire un signe de la main, sans rien dire. Il se retourne de nouveau vers Azoff. Ils parlent encore un peu, alors que je crois mourir à chaque seconde qui passe. Puis il finit par le quitter et me rejoint, Gemma sur ses pas.
 
_Tu as retrouvé les filles ? Il me demande en arrivant, l'air de ne même pas vouloir s'expliquer.
_Ouais, elles sont dans la voiture, je réponds en tentant de garder mon calme.
_Elles vont bien ?
_Oui.
_Tant mieux.
_Je vais rentrer avec elles et Stan.
_Et Isaac ? Il fronce des sourcils.
_Il voulait faire un tour à pied, si vous pouvez le convaincre de le ramener chez nous, ça m'arrangerait. Je crois qu'il ne veut juste pas se retrouver avec les filles.
_Ouais, on peut le ramener, déclare Gemma.
 
À la place de remercier sa s½ur, Harry se contente de la fusiller du regard. Putain, il y a vraiment quelque chose qui cloche entre ces deux-là. Mais, tant qu'Harry ne se sera pas décidé à parler, je ne le forcerai pas. Il devrait être capable de me faire confiance et j'en ai marre que tous les efforts ne se fassent que dans un sens.
 
_Ils m'attendent du coup, je reprends.
_D'accord.
 
Je crois que je vais littéralement l'assassiner sur place. Il ne va quand même pas rester là sans moi ? Et, surtout, avec lui ?
Gemma comprend aussitôt mon regard et enchaîne :
 
_On rentre aussi Harry ?
_Ouais.
_Tu vas chez tes parents ou chez nous ? Je demande.
_Nous, il répond aussitôt en regardant sa s½ur.
_D'accord, je demanderai à Stan de me déposer à l'appartement alors.
_Ok, à tout à l'heure, il me sourit.
 
Je viens l'embrasser sur les lèvres, puis me retourne vers Gemma pour l'accoler brièvement.
 
_Empêche-le de lui reparler, je murmure à son oreille.
_J'y comptais bien.
 
Je m'éloigne brièvement, sans oser croiser le regard d'Harry, car je déteste utiliser sa s½ur pour le surveiller. Mais ce n'est pas de ma faute s'il a toujours l'air de se foutre de ce qui fout mon c½ur en l'air.
 
_J'y vais, je reprends, en partant définitivement.
 
Je me retrouve de nouveau sur le parking et aperçois Stan écraser sa cigarette sur le sol en entrant dans la voiture. Je le rejoins et m'assois côté passager.
 
_Isaac est déjà parti ? Je demande.
_Ouais.
_Les filles, j'enchaîne à l'attention des deux derrière, On vous laisse une dernière chance. On ne dit rien aux parents pour ce soir et, en échange, vous nous dites à chaque fois que vous sortez.
 
Bien sûr, elles ne me répondent pas.
 
_Les filles ? Je répète en me retournant vers elles, Vous avez entendu ?
_Oui, elles soupirent à l'unisson avant de remettre leurs écouteurs dans les oreilles.
 
Elles tournent toutes les deux leur visage vers la fenêtre de la voiture et je sais que, désormais, on peut toujours parler à des murs.
Je me replace à l'avant et observe Stan sortir de la place de parking. Il a l'air sérieux, tout d'un coup.
 
_Ça va ? Je demande.
_On ne devrait pas prendre ça à la légère, Louis.
_C'est la crise d'adolescence, je relativise, On était pareils à leur âge.
_Je ne pense pas que ça soit ça.
_Alors quoi ?
_Elles ne nous écoutent plus. On n'est plus légitimes à leur yeux parce qu'on n'a pas su sauver Zayn. Elles n'ont plus confiance en nous.
 
Je reste silencieux, ignorant ce que je peux lui répondre.
 
_Tu devrais faire attention avec Harry.
_Comment ça ? Je fronce des sourcils.
_Tu passes tout ton temps libre avec lui, ça n'aide pas les filles à te refaire confiance.
_Je passe du temps avec lui parce que c'est mon copain.
_Tu n'es pas obligé de passer tout ton temps libre avec lui.
_Je n'en ai déjà pas beaucoup...
_Je sais.
 
Stan allume la radio et je crois que c'est son signal pour dire que la conversation est terminée. Parce que, cette fois, c'était différent. Ce n'était pas une remarque lancée en l'air pour me faire chier, c'était comme... Un avertissement ?
 
_La famille pense que je passe trop de temps avec Harry et pas avec vous ? Je l'interroge, parce que, moi, je ne veux pas en rester là.
_Elle l'a toujours pensée.
_Mais Harry ne peut presque jamais venir à la maison, comment je peux concilier les deux si vous ne voulez pas de lui ?
_On concile les choses quand on les met à égalité, Louis. Commence par ça.
_Qu'est-ce que ça veut dire ? Je râle.
_Rien, il soupire.
 
Je bifurque mon visage vers la fenêtre et Stan met la radio plus forte. Le reste du trajet se fait en silence. Arrivé devant la maison, il se retourne vers les filles et ajoute :
 
_J'ai demandé à Eleanor de vous ouvrir la véranda derrière, donc passez par là et ne faites pas de bruits pour les parents.
 
Waliyha et Félicité hochent la tête, sans même le remercier, et elles quittent la voiture en claquant la portière derrière elles, en un dernier geste de rébellion.
 
_Qu'est-ce que tu fais ? Me demande mon cousin en me voyant rester à ma place.
_Tu peux me déposer chez moi ?
_Tu ne dors pas à la maison ?
_Non, j'ai dit à Harry qu'on se retrouverait chez nous.
 
Et là, il doit me lancer le regard le plus blasé de toute sa vie.
 
_Ça va, je souffle, J'ai bien compris ce que tu m'as dit. Mais c'est différent, là.
_En quoi c'est différent ?
_Il y avait son ex dans la boite, son ancien dealer, ils se sont parlés.
_Et ?
_Et je veux rentrer du coup, m'assurer qu'il est bien à la maison.
_Et les filles ? Demande Stan.
_Elles sont en sécurité, maintenant.
_Harry est en sécurité aussi, il rétorque, Gemma est restée avec lui.
_Tu peux me ramener ou pas ? J'abrège.
 
Stan soupire, puis il finit par tourner la clef dans la voiture pour faire redémarrer le moteur.
 
_Merci, je murmure.
_Ne me remercie pas, il me coupe, sèchement.
_Pourquoi pas ?
_Parce que ça n'aide pas. Et un jour, tu le comprendras par toi-même. 



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Chapitre deux 16/07/2016

 


 
Harry

 
_Tu es sûr qu'il vit toujours ici ? Soupire Kendall, dans mon dos.
_On le saura quand on nous ouvrira la porte.
_Mais on ne sait pas qui il y aura derrière, rétorque-t-elle.
 
Je baisse mon poignet, alors que je m'apprêtais à frapper contre le battant. Elle a raison. On n'est dans un quartier de Londres qui n'est pas vraiment fréquentable et ça fait plus de cinq ans que je ne suis pas venu ici. Il y a très peu de chance qu'Azoff vive toujours dans ce taudis et, d'un côté, je l'espère pour lui. Peut-être que c'était risqué de venir. Ça pourrait être n'importe qui derrière cette porte et probablement pas un mec ravi de voir débarquer des gosses de riches, comme moi et Kendall, dans son appartement.
 
_Qu'est-ce que tu peux être une chiffe molle, soupire ma meilleure amie en me passant devant, pour frapper à la porte.
 
Je l'observe, hébété. Est-ce qu'elle déconne ?
 
_On ne va pas nous bouffer, enchaîne-t-elle en se tenant devant la porte.
 
Je préfère ne même pas relever. La connaissant, elle préférerait mourir plutôt que de reconnaître qu'elle est la première de nous deux à avoir flippé.
On attend devant la porte quelques secondes, puis je me décide à frapper une deuxième fois. On entend du mouvement dans l'appartement. Puis le visage d'Azoff apparaît soudainement dans l'entrebâillement. Et merde. Il vit toujours ici. Comment aurait-il pu s'en sortir, de toute façon ? Aux dernières nouvelles, il vend toujours ses merdes pour survivre.
 
_Hey, je murmure alors qu'il nous observe, interloqué, Tu vas...
 
Azoff claque la porte brusquement, ne me laissant pas le temps de finir ma phrase.
 
_Le fils de pute ! S'emporte Kendall aussitôt, frappant contre la porte de toutes ses forces, Hey crétin ! Elle s'exclame, Tu me connais et tu sais que je ne partirai pas d'ici avant d'avoir pu te parler, donc bon courage pour supporter ça !
_Supporter quoi ? Je l'interroge, en fronçant des sourcils.
_Ça, elle répète, en posant son doigt manucuré sur la sonnette de la porte.
 
J'entends Azoff l'insulter à la seconde suivante, tandis que je l'observe, blasé.
 
_C'est ça, ton plan ? Sonner jusqu'à ce qu'il ouvre la porte ?
_Exactement, elle sourit, appuyant de nouveau.
_Les voisins vont te tuer, l'informe Azoff derrière la porte, Les murs sont fins ici. Tout l'immeuble va t'entendre.
_Tant mieux.
 
Elle appuie de nouveau et je me retiens de rire. Cette fille est vraiment faite de n'importe quoi. De cran, d'audace, de culot, de courage, et de conneries aussi.
 
_Kendall ! Hurle Azoff, Arrête ça tout de suite ou je te crève les yeux !
_Ouvre la porte, abruti !
 
Cette fois, elle laisse son doigt sur la sonnette. Le son dans nos oreilles est horrible. On va véritablement finir par se faire tuer, je songe, en observant tout autour de nous pour m'assurer qu'un voisin n'ait pas l'idée de sortir de chez lui avec un couteau de cuisine.
La porte s'ouvre brusquement. Azoff reste planté devant nous, sans rien dire, tandis que Kendall enlève finalement son doigt de la sonnette, en souriant.
 
_Tu ne m'as tellement pas manqué, soupire-t-il à son attention.
_Moi non plus, elle lui assure, entrant dans l'appartement.
 
J'esquisse un sourire en songeant que j'ai bien fait de l'emmener avec moi. Quand j'ai croisé Azoff à la Fabric, la semaine dernière, je me suis senti coupable. Coupable d'aller mieux, coupable d'avoir continué ma vie, coupable de l'avoir laissé dans sa merde. J'ai appelé Kendall pour lui raconter qu'il travaillait toujours dans son trafic de drogue. Elle m'a dit qu'elle était au courant, même si elle ne le voyait plus depuis longtemps. Alors, on a décidé qu'il était temps qu'on le sorte de là, parce qu'on l'a foutu dans la merde tellement de fois avec nos conneries et que c'était la moindre des choses qu'on pouvait faire pour lui. Et puis, ce n'est pas comme si on n'avait pas les moyens de l'aider.
 
_Qu'est-ce que vous faites ici ? Grince-t-il en refermant la porte derrière nous.
_Tu étais occupé peut-être ? Ironise Kendall en observant sa table basse recouverte de poudre blanche.
 
Moi, je détourne aussitôt le regard. Louis me tuerait s'il me savait ici. Et pas qu'à cause de la drogue.
 
_Je bosse, en effet, rétorque Azoff en retournant s'asseoir, à même le sol, devant sa table, Je coupe la coke.
_Les temps sont difficiles, commente Kendall, On t'a connu à une période où tu vendais de la meilleure qualité.
_Crise économique et toutes ces conneries, marmonne Azoff, reprenant ses mélanges.
_Comment tu vas ? Continue de l'interroger ma meilleure amie, en jetant un rapide coup d'½il autour d'elle.
 
L'endroit n'a pas changé. Il est salubre et en bordel. Et son odeur est toujours là. Une odeur particulière de nonchalance et de désespoir.
Azoff hausse les épaules, répétant en souriant :
 
_Oh, tu sais, crise économique et toutes ces conneries.
 
Kendall esquisse un sourire à son tour, s'asseyant en face de lui.
 
_Tu sais pourquoi on est là, hein ?
_J'imagine qu'Haz t'a dit qu'il m'avait vu à la Fabric.
 
Je sursaute, ça me fait bizarre de l'entendre prononcer mon surnom comme ça. Et je sais que ça doit l'être encore plus que je reste silencieux, debout dans un coin de la pièce, mais je ne peux décidément pas poser mon regard sur sa foutue coke. Kendall n'a jamais arrêté, elle, mais je ne crois pas que ça soit un problème. Elle s'en est toujours mieux sortie que moi, son overdose mise à part, mais disons qu'on a la mémoire courte dans ce milieu.
 
_On ne va pas te laisser dans la merde, elle reprend.
_Allez vous faire foutre.
 
Bien entendu, ça non plus, ça n'a pas changé. Sa putain de fierté.
 
_On est sérieux Azoff, reprend Kendall, Dis-nous combien tu leur dois et on remboursera toutes tes dettes. Tu n'auras plus à travailler pour eux.
_Je ne voulais pas de votre argent quand on étais amis, pourquoi je l'accepterai maintenant qu'on n'est plus rien ?
_Parce qu'on n'a rien de mieux à te proposer.
 
Azoff esquisse un sourire, mais je le connais assez pour savoir que c'est loin d'être sincère.
 
_C'est votre problème à vous, les riches, vous croyez que tout s'achète. Même la pitié. Mais gardez la vôtre pour vous. Je suis très bien avec cette vie.
_Tu mens.
_Vous m'emmerdez, surtout, il grince.
 
Puis il se retourne brusquement vers moi, m'incendiant du regard.
 
_Et il t'arrive quoi à toi ? T'as perdu ta langue ou tu l'as laissée sur la queue de ton connard de copain ?
_Ta gueule Jeff.
 
Je crois que c'est la deuxième partie de ma phrase qui lui fait le plus de mal. Je le vois dans son regard. Il tente de ne rien laisser paraître et reprend, en feintant la surprise :
 
_Oh il parle !
 
Je me retourne vers Kendall. Je vois dans ses yeux qu'elle attend que je reprenne la conversation. Je me lance, un peu à contre-coeur, car je sais qu'il ne veut pas m'adresser la parole :
 
_Sérieusement Azoff, on peut t'aider.
_Au risque de me répéter : Allez-vous faire foutre.
_C'est ta fierté qui te fait parler, je rétorque, blasé.
_Et toi, ta putain de culpabilité. Ne fais pas semblant d'en avoir quelque chose à foutre, Styles, ça fait des années que tu m'as oublié. Alors arrête avec tes conneries.
_Tu fais une erreur, commente Kendall.
_Ma seule erreur, c'est de vous avoir fait confiance dans le passé.
 
Azoff bifurque son regard vers la table basse et reprend ses gestes pour couper la coke. Kendall se relève en soupirant pour me rejoindre.
 
_On fait quoi ? Je demande, quand elle se plante devant moi.
_Très simple, répond Azoff à sa place, Vous faites deux pas vers la gauche, vous passez la porte, la refermer, et disparaissez d'ici pour toujours. Merci, au revoir.
 
Ma meilleure amie lève les yeux au ciel, puis me fait signe de sortir de l'appartement. Je la suis, en silence, et on referme la porte derrière nous. Une fois plus éloignés dans le couloir, elle relance la conversation :
 
_Il ne faut pas qu'on passe par lui.
_Comment ça ?
_On doit retourner à une de ses soirées et repérer avec qui il bosse. Si lui, il refuse l'argent, ça m'étonnerait que ces abrutis de patron aient la même réaction.
_Il nous en voudra.
_Il nous en veut déjà, me fait-elle remarquer.
 
Je suis bien obligé d'acquiescer.
 
_Alors quand ? J'interroge.
_Ce soir, elle répond, On a assez traîné comme ça.
_Ce soir ?
_Ça te pose un problème ? Elle demande, en se retournant vers moi pour me faire face.
 
Je m'arrête au milieu de la route, réfléchissant. J'ai déjà eu du mal à mentir à Louis pour passer la journée avec Kendall. Je lui ai raconté qu'on allait faire les magasins et il voulait venir avec nous, comme c'était sa seule journée de libre de la semaine. Ça m'a fait mal au c½ur de lui refuser. Il avait l'air déçu. Alors, si je dois remettre ça ce soir alors qu'on avait prévu d'être ensemble, il va vraiment me faire la gueule.
 
_Je ne sais pas, je soupire, Louis voulait...
_Louis, Louis, Louis, elle me coupe, Hey, les gars, vous n'êtes pas greffés l'un à l'autre ! Vous vivez déjà ensemble. C'est trop dur d'être séparés 24 heures peut-être ?
_Ce n'est pas ça, mais il travaille beaucoup et pour une fois qu'il est libre.
_Je me débrouillerai sans toi, elle rétorque, recommençant à marcher.
 
Je la suis en m'exclamant :
 
_Non ! Je viens.
_Alors on se voit ce soir.
_J'ai besoin d'organisation, Kendall, tu ne comprends pas. Ni Gemma, ni Louis, ne doivent savoir que...
_Mais c'est quoi ta vie au juste ? Elle m'interroge en se retournant brusquement vers moi, Rien n'a changé, Haz. T'es sorti d'une prison pour aller dans une autre ! Franchement, je te plains, tu sais. T'es quand même devenu l'unique centre d'intérêt de deux personnes les plus possessives et intrusives de la ville. Et le pire, maintenant, c'est qu'ils s'entendent bien tous les deux. Crois-moi, ta vie va devenir un enfer. Tu ferais mieux de réagir avant qu'il ne soit trop tard.
 
Kendall me plante là, sa longue chevelure brune volant derrière elle.
 
 
 
Louis
 
 
        Je porte la bière à mes lèvres, affalé dans le canapé du salon. Comme Harry m'a planté ce soir, je suis rentré chez moi pour passer la soirée avec ma famille. Eleanor et Lottie ont choisi un film, un truc de super-héros, je crois. À vrai dire, je n'ai pas bien suivi l'histoire.
Je ne comprends pas pourquoi Harry chercher à m'exclure de cette manière. D'accord, je ne suis pas un grand fan de Kendall, car elle est trop proche de son passé de drogué, mais je ne lui ai jamais reproché de continuer à la voir. Alors pourquoi me laisser de côté ?
Bref, je dois trop penser. Peut-être qu'il avait juste besoin de s'amuser avec sa pote.
 
_STOP ! Hurle Stan, On met pause.
 
Eleanor, qui est la maîtresse de la télécommande depuis ses dix ans pour une raison qui m'est encore totalement inconnue, soupire et met le film en veille. Tout le monde se retourne vers mon cousin, prêts à l'assassiner s'il annonce maintenant qu'il va pisser.
 
_Il n'y a plus de pop-corn, il faut en remettre.
_Putain, râle Lottie, Tu viens de t'enfiler deux saladiers à toi tout seul !
_Faux, Isaac mange avec moi.
 
L'intéressé confirme vaguement d'un geste de la tête et Eleanor enchaîne :
 
_Tu fais chier Stan, on était à une scène importante !
_Je fais vite ! Il s'exclame, sautant du canapé pour rejoindre la cuisine.
 
On l'observe sortir du salon en courant, résignés.
 
_Pourquoi les filles ne sont pas descendues voir le film ? Demande Isaac.
_Je ne sais pas, répond Lottie d'un haussement d'épaules, Elles faisaient un Skype avec des mecs rencontrés en soirée.
 
Je lance un regard à mon cousin, mais Eleanor nous interpelle aussitôt :
 
_On a changé de siècle, les gars. Les filles ont le droit de discuter avec des garçons sans jugement de valeur.
_On n'a rien dit, rétorque Isaac, en levant les mains en l'air.
_C'est bien, vous vous contentez de les kidnapper quand elles sortent à la Fabric, réplique Lottie.
_Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, je participe.
 
Les filles ne cherchent même pas à nous répondre. Je sais ce qu'elles pensent de moi et mes cousins. Il faut dire qu'elles ont expérimenté, elles aussi, notre sur-protection pendant leur adolescence. C'est critiquable, notre comportement, je suis au courant. Je ne comprends pas pourquoi on n'a pas réussi à changer. La menace Styles n'existe plus, on n'a aucune raison rationnelle de vouloir les enfermer comme on le fait. Peut-être que ce sont toutes ces années de conflits, de peur, de pertes, qui nous ont fait perdre toute rationalité. Ou peut-être juste qu'on est des cons de branleurs un peu macho sur les bords. Je ne sais pas. Harry m'a dit plusieurs fois de les laisser tranquille, de les laisser vivre leur vie comme elles l'entendent. Mais je crois que j'ai simplement du mal à entendre.
Stan revient finalement vers nous, son saladier sous le bras.
 
_C'est bon ? Soupire Eleanor, la main sur la télécommande.
_Oui.
 
Elle relance le film. Il ne s'écoule que cinq minutes avant que la sonnerie d'un téléphone portable retentisse dans la pièce.
 
_Putain ! Elle s'exclame.
_C'est le mien, je réalise, quittant ma place pour récupérer mon portable sur la table.
 
Je m'empare du mobile et m'apprête à raccrocher pour couper le son. Mais le nom de « Gemma » apparaît sur l'écran et je décroche aussitôt.
 
_Continuez sans moi ! J'enchaîne à leur attention, avant de quitter le salon pour aller sur la terrasse.
Je referme la baie vitrée derrière moi pour ne pas les déranger.
 
_Allô ?
_Harry est au Boujis.
 
Comme d'habitude, elle n'y va pas par quatre chemins.
 
_Il nous a menti, elle reprend.
_Non, je rétorque, Il m'a dit qu'il sortait avec Kendall, ce soir.
_Et tu avais compris que c'était en boîte ?
_Je n'y avais pas spécialement réfléchi, mais, oui, j'imagine qu'ils n'allaient pas se faire une soirée pyjama, j'ironise.
_Ils sont avec Azoff.
 
Et là, elle me fait clairement fermer ma gueule. Il n'a pas sérieusement osé me faire ça ?
 
_Quoi ?
_Un de mes contacts est là-bas.
 
Bien sûr, elle aurait pu dire « amis » ou « connaissance », mais je crois qu'elle se complet dans son rôle de parfaite psychopathe.
 
_Je viens te chercher tout de suite, elle reprend, Attends-moi devant chez toi.
_Je suis chez mes parents.
_D'accord. À tout de suite.
_Ok, j'acquiesce.
 
On raccroche tous les deux et je range mon portable dans la poche de mon jogging. J'ai la flemme de me changer. Je retourne dans l'appartement et croise le regard d'Eleanor. Elle a la main sur la télécommande, prête à relancer le film :
 
_C'est bon ?
_Je vous avais dit de ne pas m'attendre, je dois partir.
_Pour aller où ? Demande Isaac, alors que j'aperçois Stan lever les yeux au ciel d'une manière totalement exagérée.
_J'ai un truc à régler, ce n'est pas très grave.
_Tu es sûr que tu ne veux pas finir le film avant ? Insiste ma cousine, Il doit rester à peine une demi-heure.
_Non, vraiment, je dois partir.
_Bravo, Louis, tu auras tenu jusqu'à minuit quinze avant de courir rejoindre Harry, se décide à participer Stan.
 
Bien sûr, j'aimerais lui répondre de fermer sa gueule, mais il a raison. Mon silence confirme la raison pour laquelle je pars et Eleanor relance le film, sans rien ajouter. Mes cousins et Lottie se retournent vers la télévision à leur tour. Ils font chier. J'ai vingt-six ans, j'ai le droit d'avoir une vie en dehors de ma famille, merde.
J'enfonce mes mains dans les poches de mon jogging et quitte le salon pour rejoindre le hall. J'enfile mes baskets et un bonnet pour cacher mes cheveux en bataille, puis je sors de la maison pour attendre Gemma dehors. Je commence à marcher le long de la route pour gagner du temps. Je n'en reviens pas qu'Harry ait osé rejoindre Azoff pour la soirée, et surtout qu'il n'ait pas eu le putain de courage de m'en parler. Depuis cette fois où il l'a vu en boîte, il ne m'en a pas touché un mot, comme s'il prétendait que je ne savais pas qu'ils avaient discuté ensemble.
Je n'ai rien dit non plus. Je déteste passer pour le petit-ami jaloux. Je ne le suis pas, d'ailleurs. Je veux dire, ça fait des années qu'on est ensemble avec Harry. J'ai confiance en lui. Alors je ne comprends pas pourquoi il n'a pas confiance en moi en retour.
J'aperçois la voiture de Gemma tourner au coin de la rue et la laisse arriver à moi. Elle s'arrête et je monte à l'intérieur, côté passager, sans même chercher à lancer la conversation. Gemma redémarre et on fait le trajet en silence jusqu'au Boujis.
Je lui jette de rapide coup d'½il de temps en temps. Elle a l'air épuisée. Épuisée et énervée, contre son frère, probablement. Encore un autre mystère qui entoure Harry ces derniers temps. Lui et sa s½ur qui se font la gueule sans aucune raison apparente.
Gemma se gare sur le parking de la boîte et on en sort tous les deux, toujours sans parler. J'ignore pourquoi elle m'a appelé. Concrètement, elle pourrait le récupérer toute seule, son frère. Mais je pense qu'elle avait besoin d'une personne plus convaincante pour l'aider à le faire.
On se dirige vers le Boujis. Je suis en jogging et Gemma ne porte qu'un jean et un tee-shirt basique. On ne respecte clairement pas le code vestimentaire, mais les videurs nous connaissent assez pour nous laisser passer sans rien dire. On s'engouffre dans le bâtiment, regardant tout autour de nous.
 
_C'était peut-être du hasard, je finis par engager la conversation, Qu'ils soient allés au même endroit qu'Azoff. On l'a bien croisé à la Fabric la semaine dernière sans savoir.
_D'après mon contact, ils étaient bien tous les trois.
 
Et merde. Pourquoi il me fait ça ?
 
_Ton contact t'a parlé de...
_Coke ? Elle m'interrompt, Non.
_Je ne pense pas qu'Harry replongera.
_Moi non plus, elle m'assure.
 
On se lance un regard brièvement, avant que Gemma ne reprenne :
 
_Mais vérifions.
_Ouais, j'acquiesce.
 
Du coup, on avance dans la boîte, cherchant Harry des yeux... Ou cette connasse de Kendall et ce crétin d'Azoff. Apparemment, si on en trouve un, on aura les deux autres derrière. Je n'aime pas du tout cette idée que leur trio soit de nouveau à l'ordre du jour. Je traverse la piste de danse, tandis que Gemma a l'air de rejoindre le bar, probablement pour retrouver son fameux contact.
Je me fais pousser par les danseurs et m'éloigne de la piste. Je vais aux toilettes, peut-être qu'ils y seront. Je fais quelques pas. Bonne pioche. J'aperçois Kendall en sortir et m'élance rapidement dans sa direction. Mais on m'arrête brusquement dans ma course, car une main attrape mon bras violemment et me force à me retourner. Harry est en face de moi. Il lâche mon bras en s'écriant :
 
_Louis, mais qu'est-ce que tu fous ici ?
 
Je n'avais pas du tout réfléchi à l'éventualité qu'il me trouve en premier et me retrouve comme un con devant lui.
 
_Tu m'as suivi ?
_Je viens d'arriver, je rétorque, même si ça n'aide pas, clairement.
_Mais t'es sérieux ? Pourquoi tu me surveilles comme ça ?
_Je ne te surveille pas.
_Alors qu'est-ce que tu viens faire dans cette boîte ?
 
Je m'apprête à répondre, mais j'entends soudainement la voix de Gemma dans mon dos :
 
_Ah tu l'as trouvé, parfait !
_Mais qu'est-ce que tu fous là, toi aussi ? S'emporte son frère aussitôt, Vous complotez dans mon dos ?
_Non, je réponds, alors que Gemma prononce clairement un « oui » qu'on ne peut pas vraiment lui reprocher.
_Mais vous êtes malades ! S'énerve Harry, Vous me faites si peu confiance ?
_On sait que tu es avec Azoff, rétorque sa grande-s½ur, Alors ne joue pas à ça avec nous. La confiance, ça marche dans les deux sens.
_Je ne suis pas obligé de vous dire le moindre de mes faits et gestes !
 
Et ça me fait mal, qu'il ne cherche même pas à se défendre. Merde quoi, c'est Azoff dont on parle.
 
_Ce n'est pas ce que j'ai dit, l'arrête Gemma, Mais tu aurais pu nous dire que tu sortais avec lui ce soir.
_Et vous m'auriez laisser y aller, peut-être ? Ironise Harry.
 
La réponse est « non » et on le sait pertinemment tous les trois.
 
_J'ai vingt-trois ans, putain, reprend Harry, Je suis majeur. Je ne vous dois rien. Et vous, vous n'avez pas le droit de contrôler ma vie comme vous essayez de le faire.
_On veut juste te protéger, je participe enfin, Ce mec t'a tapé dessus plusieurs fois et je ne crois pas que ça soit déplacé de te rappeler que c'était aussi ton putain de dealer !
 
Je sais que je commence à m'emporter à mon tour et que ce n'est clairement pas la bonne solution pour calmer Harry, mais je ne peux pas m'en empêcher. J'en ai marre que tout le monde me donne le rôle du méchant sur-protecteur, alors que je suis le premier à qui on vient reprocher de ne pas avoir su agir dès qu'il y a un foutu problème.
 
_Et alors ? S'énerve Harry, cette fois-ci, clairement à mon intention, Tu vas me surveiller toute ma vie parce que j'ai eu le malheur de toucher à la drogue quand j'étais plus jeune ? Tu vas surveiller chacune de mes fréquentations ? Chacune de mes sorties en boîte ? Tu veux aussi faire le fond de mes poches ?
 
Il avance vers moi, furieux.
 
_Vas-y, fais-moi les poches !
_Arrête...
_Moi, je ne te dis rien quand tu sors dans les bars avec tes cousins ! Pourtant, il y a de l'alcool partout !
 
Du parfait Harry Styles. J'ai l'impression de le revoir à ses dix-sept ans. Arrogant, blessant, et complètement paumé. Ses yeux brillent de larmes, mais ses mains tremblent de rage. Il reste beau en toutes circonstances, cet abruti.
 
_Tu veux toujours tout contrôler Louis, même moi ! Mais je ne me laisserai pas faire ! Je ne me laisserai plus faire.
_Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je soupire, blasé, Pourquoi tu dramatises toujours tout ?
_Vous m'avez suivi, putain ! Il s'emporte, Je ne sais même pas comment vous avez réussi à me trouver ! Vous avez des espions cachés un peu partout dans Londres ?
_N'importe quoi, je réponds, même si je crois que c'est un peu vrai.
_Ni toi, ni Gemma, n'avez de droit sur moi, il reprend.
 
Je n'ai même pas la force de lever les yeux au ciel, pourtant, je réponds :
 
_T'es blasant, toi aussi. À toujours en faire des caisses. On s'inquiète pour toi. Ce n'est pas un calcul ou un jeu de pouvoir, comme t'as l'air de le penser. Ça me saoule juste d'apprendre que mon copain traîne avec son ex et son ancien dealer. Alors quoi ? Je n'ai pas le droit de m'inquiéter, peut-être ? Tu ne l'autorises pas ? Tu m'autorises quoi ? Juste de fermer ma gueule ?
_Ouais, tiens, pour une fois, penses-y.
 
Je crois que c'en est trop. Je pose à mon tour mes mains sur ses épaules et le pousse violemment.
 
_Ferme ta gueule, toi aussi.
_Pourquoi ? Ça fait mal ? Il m'interroge, Pas autant que de savoir que mon copain ne me fait pas confiance.
_Je te fais confiance.
_Alors pourquoi tu es ici ?
_Tu es le premier à m'avoir menti, je rétorque, Pourquoi ne pas m'avoir parlé d'Azoff ?
_Je ne suis pas venu à cette soirée avec lui, il crache, On est là pour l'aider avec Kendall.
_N'importe quoi, soupire Gemma.
 
J'avais presque oublié qu'elle était là.
 
_C'était notre pote, on veut juste le sortir de la merde, il explique.
_Pourquoi tu ne me l'as pas dit directement ? Je n'allais pas le deviner tout seul !
_Parce que tu ne m'aurais pas cru.
_Non, je réponds, C'est juste que je n'aurais pas voulu. C'est lui qui t'a mis dans la merde en te vendant sa coke, je te rappelle. N'inverse pas l'histoire.
_Je m'en fous de ce que tu aurais voulu ou non, rétorque Harry, J'ai encore le droit de prendre des décisions par moi-même.
 
Puis il se retourne vers sa grande-s½ur et ajoute à son attention :
 
_J'assume mes décisions, est-ce que tu sauras seulement en faire autant ?
 
Gemma ne lui répond pas et je ne comprends absolument pas ce à quoi il fait allusion.
Harry s'apprête à faire demi-tour, mais je le retiens par le bras :
 
_Où est-ce que tu vas ?
_Profiter de ma soirée.
_Tu rentres à la maison après ?
 
Il reste silencieux et je n'arrive pas du tout à lire ce qu'il y a dans son regard. On dirait un mélange de déception et de colère.
 
_Haz, j'entends la voix de Kendall, Qu'est-ce que tu fous ? On... Oh, elle s'arrête en nous voyant, moi et Gemma, Merde, ils t'ont retrouvé.
 
Son meilleur ami acquiesce en retirant brusquement son bras pour que je le lâche. Ma main retombe dans le vide et je l'entends lui dire :
 
_Tu avais raison.
_Raison pour quoi ? Je demande, aussitôt, Qu'est-ce qu'il se passe ?
_Rien, il souffle, Rentre chez toi.
 
Je crois qu'il aurait pu me foutre un poing dans la gueule que ça aurait été moins douloureux que ça. « Rentre chez toi ». Putain. L'appartement, c'est le nôtre, désormais, pas le mien. Il vient de me balancer ça comme si on était revenus des années en arrière.
Harry s'éloigne et je le rattrape de nouveau.
 
_Tu rentre chez nous ? J'insiste.
_Non, il rétorque, Je crois que j'ai besoin d'une pause.
_Quoi ? Je balbutie, Tu n'es pas sérieux là ?
_Louis, laisse-moi tranquille, juste pour quelques jours.
 
Je l'observe s'éloigner, trop choqué pour répondre quoi que ce soit. Est-ce qu'il vient de me demi-plaquer comme ça ? Comme une merde ? Après plus de cinq ans de relation ?
Je sens mes jambes défaillir et Gemma me rejoint.
 
_Je te raccompagne chez toi ?
_Il vient de me larguer, je murmure, le souffle coupé.
_C'est Harry, il ne te larguera jamais, il t'aime beaucoup trop.
 
Mais comme je suis encore sous le choc, je ne réponds même pas.
 
_Louis, insiste Gemma pour me ramener à la raison, Kendall a dû lui monter la tête. Il reviendra à lui dans quelques jours. Laisse-lui du temps.
_Et s'il me largue définitivement ?
_Arrête tes conneries, elle soupire, Allez, je te ramène chez toi.
 
Je soupire puis la suis jusqu'à la sortie de la boîte. Rester plus longtemps n'aurait fait qu'empirer la situation vis-à-vis d'Harry, de toute façon.
Je rentre dans la voiture et Gemma sort du parking. On ne parle pas. Mais c'est plus gênant qu'à l'aller. Peut-être parce que, cette fois, on aurait trop de choses à se dire, mais que ça ne sort pas.
Alors, c'est dans le silence le plus total qu'elle gare la voiture devant la maison de mes parents.
 
_Merci pour le trajet, je murmure en détachant ma ceinture.
_Louis, m'appelle-t-elle, Tu sais qu'Harry n'est plus suicidaire.
_Je sais qu'il ne va pas se jeter d'un pont ce soir, j'ironise.
_Non, je veux dire, il ne peut pas te quitter. Ça le tuerait. Il ne pourrait pas s'infliger autant de souffrance. Ce soir... On a peut-être été trop loin, mais il te pardonnera.
_J'espère, parce que ça me tuerait aussi.
 
Je ne sais pas pourquoi je lui avoue tout ça, pourquoi je me rends aussi faible devant elle. Au fond, j'imagine que ça ne change rien. Ce n'est pas comme si elle n'était pas déjà au courant.
 
_Bonne nuit Gemma.
_Bonne nuit.
_Tu...
_Je t'envoie un texto quand Harry est à la maison, elle continue.
_Merci.
 
Je referme la portière puis rejoins ma maison. Le salon est plongé dans le noir donc je suppose qu'ils ont terminé leur film. Je me rue dans les escaliers, prêt à m'effondrer dans ma chambre. Quelle soirée de merde. Je déteste m'engueuler avec Harry. On a rarement eu des disputes aussi violentes. Peut-être à cause de l'alcool qu'il avait l'air d'avoir bu, vu l'odeur qu'il dégageait.
Je croise Stan dans le couloir, il vient de sortir de la salle de bains.
 
_Déjà rentré ? Il s'étonne.
_Mon copain m'a à demi-largué, tu devrais être content.
 
Les yeux de mon cousin s'écarquillent de stupeur.
 
_T'es sérieux ?
_Je ne sais pas, je soupire, Il m'a dit de le laisser tranquille pendant quelques jours, qu'il avait besoin d'une pause.
_Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
_Il traînait en boîte avec son ex, je suis parti le chercher.
_Encore cet ex ? Se rappelle-t-il.
_Ouais, et dealer par dessus le marché.
_Harry a repris ?
_Non ! Je m'exclame, Il veut l'aider à s'en sortir, je crois.
_Tu ne lui fais pas confiance ?
 
Je m'étonne à l'instant que Stan soit toujours aussi sérieux alors qu'on parle d'Harry. D'habitude, ça ne dure pas plus de deux secondes avant qu'il ne lâche une blague à deux balles.
 
_Si, je lui fais confiance, mais ça me fait chier qu'il me cache des trucs.
_Il te connaît bien. Il sait comment tu vas réagir.
_Je suis aussi soûlant que ça ? Je lâche, résigné.
_Tu es sur-protecteur, un peu comme nous tous. Pourquoi les filles ne nous disent jamais quand elles sortent, à ton avis ?
_Ce n'est pas pareil, je suis son copain. Je ne peux pas agir comme son père, son frère, ou son cousin.
_Alors, n'agis pas comme ça.
_Qu'est-ce que je dois faire ? Je l'interroge, en évitant de prendre conscience que je suis réellement en train de demander des conseils à Stan, qui a une vie amoureuse au niveau zéro.
_Fais ce qu'il t'a demandé, répond mon cousin, Laisse-le pendant quelques jours. Aucun texto, aucun appel. Rien. Il reviendra vers toi quand il sera calmé.
_Et s'il ne revient pas ?
_Il reviendra. C'est Harry.
 
J'esquisse un sourire. Bien sûr qu'il ne peut pas avoir rompu comme ça, pas après tout ce qu'on a vécu.
 
_Va te coucher, Louis, reprend Stan, Tu ressembles à un cadavre.
_Merci.
_Ce n'était pas un compliment.
_Pas pour ça, abruti.
 
Mon cousin sourit à son tour. Il se recule de deux pas et ajoute :
 
_Je ne dis pas que des trucs cons, des fois.
_Oui, c'est dommage que ça ne t'arrive pas plus souvent, d'ailleurs.
_Je ne voudrais pas que les gens s'habituent.
_S'habituer à quoi exactement ?
_À ma sympathie.
_Pourquoi ?
 
Il se tait un instant, l'air de réfléchir à ma question, avant de répondre :
 
_Quand les gens n'attendent rien de toi, tu ne les déçois pas.
 
Je sais qu'il pense à Eleanor, à cet instant. Malgré toutes les années qui ont passées, c'est toujours là, en lui, la culpabilité. Elle le ronge encore, tapie quelque part dans le fond de son c½ur.
 
_Bonne nuit Louis, il ajoute, avant d'entrer dans sa chambre.
_Bonne nuit Stan.
 
La porte se referme derrière lui et j'entre dans ma chambre à mon tour. J'observe la pièce qui n'a pas changée depuis mes dix-sept ans. Je m'avance vers mon lit et m'affale sur le matelas. Je récupère mon portable dans ma poche, observant l'écran sans notification. J'hésite à envoyer un message à Harry pour m'excuser et lui souhaiter une bonne soirée, puis je repense à la façon dont il m'a envoyé chier, tout à l'heure. Et merde. Qu'il aille se faire foutre. S'il veut la paix, il l'aura. J'éteins mon portable et ferme les yeux.
 
 
 
 
 

 
 

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Chapitre trois 23/07/2016

 
Chapitre trois


Harry 
 
 
            Je l'aime trop, cette fille. Son sourire et sa façon de rendre les choses si peu importantes. C'est étonnant, d'ailleurs. Kendall est l'incarnation parfaite des ratés de la jeunesse dorée londonienne. Fille unique, pourrie gâtée par des parents absents. Droguée et légèrement dépressive. Elle est le drame incarné et elle s'en fout. Elle dédramatise, elle sait le faire, je pense. Rien n'est vraiment grave pour elle. Alors, forcément, vu que ça fait cinq jours que je déprime parce que je n'ai aucune nouvelle de Louis, elle m'a de nouveau forcé à la suivre en boîte de nuit, à la Fabric. Mais comme Kendall ne sait pas vraiment comment réconforter les gens, elle s'est contentée de me mettre des verres d'alcool dans les mains. Et c'est vrai que ça va mieux.
Je m'adosse contre le mur derrière moi et l'observe danser. Je crois qu'elle est défoncée. Elle a dû se faire un rail quand j'avais le dos tourné. Elle a au moins eu la décence de me le cacher. Azoff est là, ce soir, je crois que c'est lui qui l'a fourni car je les ai vus tous les deux en début de soirée. Moi, il n'est pas venu me voir. On a beau eu le suivre plusieurs nuits de suite, on n'a jamais pu l'approcher, ni lui, ni ses patrons. Notre mission sauvetage s'est révélée un tel échec qu'on a fini par juste sortir et se bourrer la gueule, comme avant. J'en viens même à me demander si tout ça n'était pas qu'une simple excuse pour tout recommencer.
Kendall m'invite sur la piste de danse, mais je refuse d'un geste de la tête. Ça tourne beaucoup trop là-dedans, je n'ai pas envie de m'éclater la gueule devant tout le monde. Elle râle puis part danser avec quelqu'un d'autre. Je ferme les yeux.
En fait, c'était des conneries. Ça ne va pas mieux. Peu importe l'ivresse, ça ne va pas mieux. Je cherche mon portable du bout des doigts dans le fond de ma poche. Je le sors et observe l'écran. Cinq jours. Cinq putains de jours. Je ne suis pas sûr qu'on ait été séparé aussi longtemps avec Louis depuis que je suis sorti de la clinique.
Je soupire et sors de la piste de danse pour rejoindre le coin fumeur, j'ai besoin de prendre l'air. Je me fraie un chemin entre les danseurs, mon portable toujours dans les mains.
Enfin à l'extérieur, je compose le numéro de ma cousine. C'est toujours elle que j'appelle quand ça ne va pas, surtout depuis que je ne parle plus à Gemma.
 
_Allô ? Répond Perrie après quelques sonneries dans le vide.
_Je devrais l'appeler, non ?
 
Je l'entends soupirer au bout du fil.
 
_Oui, Harry, je te l'ai déjà dix mille fois.
_En même temps, il pourrait appeler, lui aussi. Pourquoi il ne le fait pas ?
 
Je crois qu'elle va me tuer. On a cette conversation tous les jours. Littéralement, tous les jours.
 
_Peut-être parce que tu lui as clairement dit qu'il t'étouffait, rétorque Perrie, Il te laisse juste respirer.
_Il me manque.
_Rappelle-le, elle soupire, Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
_Je veux qu'il fasse le premier pas.
_Oh tu me fais chier Harry.
 
Elle me raccroche au nez et je n'arrive même pas à m'en offusquer. Je sais que je suis chiant à ne jamais rien savoir de ce que je veux. Je range le portable dans ma poche et sors mon paquet de cigarettes. J'en coince une entre mes lèvres alors qu'un mec vient m'aborder.
 
_Hey.
_Hey, je réponds, indifférent.
_Tu serais intéressé par un peu de coke ?
 
Cette fois, ma réaction trahit le fond de ma pensée.
 
_J'ai de la bonne qualité.
 
« Non, merci ». Putain, ce n'est pas si compliqué.
 
_Combien ? Je demande, sans même le réaliser.
 
Je n'écoute même pas le prix. Putain, Harry, tu dis « non, merci », merde. Je ne sais pas pourquoi j'agis comme ça. Pourquoi je cherche à m'enfoncer dès que quelque chose ne va pas. Je sors des billets de ma poche et reçois le sachet de drogue. Je le cache dans mon jean, comme si je cherchais déjà à oublier que je venais vraiment de l'acheter.
Le mec s'en va et je reste déconcerté. Qu'est-ce que je viens de faire ? Je n'ai jamais eu envie de replonger, jamais depuis que je suis sorti de la clinique. Je ne sais même pas pourquoi j'en ai acheté, je n'en ai même pas envie. Peut-être parce que je me sens vivant, quand le danger est là, tout près, à une portée de main.
 
_Tu fous quoi Haz ?
 
Je sursaute lorsque Kendall se plante devant moi. Je ne lui réponds pas et ma meilleure amie attrape la cigarette coincée entre mes lèvres pour l'installer entre les siennes. Elle demande un briquet à la personne à côté de nous et allume la clope sous mon nez, attendant une réaction.
 
_T'es trop bourré, elle rit.
_Ouais, je confirme.
_Tu reviens danser ?
_Non, je crois que je vais rentrer.
 
Kendall tire un peu plus fort sur sa cigarette en m'incendiant du regard.
 
_Quoi ? Je demande.
_T'es devenu chiant, Haz.
_Je suis fatigué, je rétorque, vexé.
_T'as vingt-trois ans, mec, pas quarante. Depuis que t'as un mec, t'es relou. Je sais qu'il bosse et qu'il est responsable et blabla, mais merde. Toi, t'es à la fac. Tu ne sors presque jamais avec nous. T'es en train de gâcher tes meilleures années de vie.
_On est sortis presque tous les soirs, je lui fais remarquer.
_Et tu as fait la tronche presque tous les soirs aussi, comme si tu ne te suffisais plus à toi-même. Tu n'avais pas besoin de lui, avant, pour être heureux. Ne deviens pas ce genre de types, sérieux.
_Quel genre de types ?
_Celui qui ne vit plus que pour l'autre. Ça t'éclatera à la gueule un jour ou l'autre et, je suis désolée de te l'apprendre, mais j'ai bien l'impression que ça commence déjà à t'éclater à la gueule.
_Tu me fais chier, je soupire.
 
Je la pousse pour pouvoir retourner dans la boîte et je l'entends m'insulter. Mais comme elle n'a pas fini sa cigarette, enfin la mienne, je sais qu'elle ne va pas me suivre à l'intérieur. Je me fraie un chemin en sens inverse, puis décide de passer par les toilettes pour me rafraîchir, avant de me casser d'ici.
J'entre dans les premières que je trouve et referme à clef derrière moi. Je passe mes mains sur mon visage et soupire. Mon pied part voler contre le battant de la porte. Putain. Tout me saoule, moi en particulier.
Je glisse mes mains le long de mes côtes. Mes doigts effleurent le sachet de drogue dans le fond de ma poche. Je l'avais presque oublié. Je le ressors et l'observe. J'ai l'impression d'être retourné des années en arrière. Très précisément à ce moment où j'allais me faire un rail. C'était souvent ce moment où j'avais trop de pensées dans mon esprit, ce moment où elles se bousculaient tellement que j'avais besoin de les oublier. Je sniffais et tout partait en fumée. Évaporée. Oubliée. Je me sentais libre.
Non, putain, non. Je ne peux pas me faire ça. Pas retourner là-dedans. Je ne peux pas faire ça à Louis, ni à ma famille, ils me font confiance. Je range le sachet dans ma poche et sors des toilettes pour m'empêcher de faire une connerie. J'ai encore les doigts qui tremblent, comme si je n'étais pas tout à fait sûr de moi.
Je me dirige vers les lavabos et passe mes mains sous l'eau froide, pour ensuite mouiller mon visage. Je relève mon regard vers le miroir et observe mon reflet. J'ai envie de rire. Je n'ai pas l'impression d'avoir changé. J'ai toujours l'impression de regarder le gamin drogué de dix-sept ans. Bien sûr, mon visage a vieilli, mon corps est devenu un peu plus musclé, mais il y a des choses qui ne changent jamais vraiment. Mon regard, pour commencer. Je vois les mêmes yeux que dans mon adolescence. Un regard totalement paumé qui crie à l'aide, sans pour autant attendre quelque chose ou quelqu'un.
Je ressors mon paquet de ma poche. Je ne sais plus si j'en ai envie. J'ai l'impression d'en avoir envie. Je me retourne vers une toilette vide, celle pour handicapés. Elle est plus grande que les autres. J'entre à l'intérieur, ne pensant même pas à refermer derrière moi. Je tombe au sol. Merde, tout ça pour ça.
Je fais glisser une fine ligne à même le sol. Ça fait longtemps que je n'ai pas fait ça et, pourtant, je me rappelle des gestes par c½ur. Je me penche vers le sol pour renifler.
Un bruit de porte m'arrête juste avant que je ne commence. Je sens quelqu'un me tirer en arrière et je me retrouve allongé sur le sol des chiottes, comme un con. Un poing s'abat sur ma joue. Ma tête cogne contre le carrelage. C'est tellement brutal que j'ai du mal à réaliser ce qu'il m'arrive. Un deuxième coup frappe ma lèvre et je sens un goût de métal dans ma bouche.
 
_Putain ! T'es vraiment con, ma parole !
 
Je reconnais la voix d'Azoff et ouvre les yeux, brusquement. Il a arrêté de me frapper. Il est allongé sur moi alors que des mecs dans les toilettes nous observent, avec un air hébété sur leur face et pas certains d'avoir envie de m'aider.
 
_Mais quand est-ce que tu vas arrêter ta putain de merde, Styles ?
 
Je crache le sang dans ma bouche, restant sans voix face à lui.
 
_Hein, quand ? Il s'énerve, T'as une famille, des amis, des études, un mec, tu t'es soigné, alors pourquoi tu continues de créer des problèmes, putain ? Tu te rends compte ou pas de la chance que t'as d'aimer quelqu'un qui t'aime en retour ? Et toi, tu fais n'importe quoi. Arrête de vouloir faire comme Kendall, ce n'est pas un modèle à suivre. Tu vaux mieux que nous, merde, ouvre les yeux.
 
Azoff est toujours assis sur moi et j'éclate en sanglots. Ouais, c'est officiel. Je suis toujours cette petite merde de mes dix-sept ans. Toujours là à me victimiser et chialer, sans jamais savoir trop pourquoi. Azoff soupire. Lui aussi, il doit réaliser que je n'ai pas beaucoup changé et que je ne mérite toujours pas toute l'attention qu'on me donne.
Il finit par se relever en m'insultant, les mains dans ses cheveux dépeignés. Il reste un instant à m'observer puis il me tend sa main pour m'aider à me mettre debout. Je l'attrape et titube sur mes pieds. Je croise mon reflet dans le miroir.
 
_Tu ne m'as pas loupé, je commente.
_Tu ne t'es pas loupé, il rectifie, Toi, à toujours te foutre dans la merde.
_Comment tu as su ? Je demande, me dirigeant vers le lavabo pour nettoyer le sang qui coule le long de mes lèvres.
_J'ai entendu un vendeur se vanter d'avoir arnaqué un bourge avec de la coke de merde.
 
Je souris, même si ça me conforte dans l'idée que je suis belle et bien un raté.
 
_Pourquoi tu fais ça, Styles ? Soupire Azoff en s'adossant contre le lavabo.
_Je ne sais pas, je soupire, plongeant mes mains sous l'eau froide pour asperger mon visage.
_Tu te fais chier avec ton mec ? T'as plus assez d'adrénaline dans ta vie ? De drame ? De coke ? De larmes ? De morts ?
 
Bien sûr, il appuie là où ça fait mal. Ce n'est pas Jeff Azoff pour rien.
 
_Ça revient, justement, je finis par lâcher, en me retournant vers lui, Les drames.
 
Il ne répond pas, mais je lis dans son regard qu'il attend plus d'explications.
 
_Gemma veut faire sortir Greg de prison.
_Oh, il commente, surpris.
_Ouais, je ris, Il faut croire que ça me colle à la peau. Les drames.
_Comment ont réagi les Tomlinson ?
_Ils ne le savent pas encore, je l'informe.
_Tu comptes leur cacher ?
_Peut-être, je hausse des épaules, Je ne sais pas, je suis paumé.
_Pour changer, il sourit.
 
Je me retourne vers le miroir pour observer les dégâts sur mon visage. J'ai un coquart à l'½il et la lèvre enflée.
 
_C'est la première idée qui m'est venue pour t'arrêter, souffle Azoff, dans mon dos.
 
J'appuie sur le bleu et grimace à la sensation de douleur.
 
_Rentre chez toi, Harry, il reprend.
_C'est ce que je comptais faire.
_Pas chez les Styles, rentre chez Louis.
_Comment tu sais qu'on ne vit plus ensemble ?
_Kendall est bavarde quand elle est défoncée.
 
Je croise son regard dans le miroir. Ça me fait un coup parce que je réalise que, si moi je n'ai pas été foutu de changer, lui, il est différent. Physiquement et mentalement, il n'est plus le même. Il s'est libéré de la haine et de la ranc½ur. Il a été capable de le faire. Ce qui me fait mal, c'est de penser que ni les Styles, ni les Tomlinson, en ont été réellement capables. Parce que, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, le conflit est toujours là, dans un coin de notre esprit.
 
_J'ai tellement peur, je lâche.
_De quoi ?
_Que ça reparte. Que la guerre des clans reparte.
_Alors, empêche-la.
_Comment ?
_En grandissant... Ne refais pas les mêmes erreurs que dans le passé.

Azoff passe une main sur mon épaule. Il la laisse quelques secondes puis son bras retombe dans le vide. Il sort des toilettes, sans un regard pour moi, me laissant seul au milieu de la pièce. Lui non plus, il ne refera pas les mêmes erreurs qu'avant.  

 
 
Chapitre trois
 
 
 
Louis 
 
 
 
         
           Je n'arrête pas de me retourner dans mon lit. Il est beaucoup trop grand pour moi tout seul, beaucoup trop grand depuis cinq jours. Je rouvre les yeux et observe les chiffres affichés sur le cadran réveil. Il est quatre heures dix du matin. Je n'ai pas fermé l'½il de la nuit. Je soupire et sors du lit. J'attrape mon paquet de cigarettes et me dirige vers la terrasse pour fumer. Il fait frais dehors, mais je ne pense pas à prendre un pull avec moi. Tant pis, autant attraper la crève, ça me fera colmater, au moins.
J'allume ma cigarette et profite de la nicotine pour me détendre. Je contemple la vue de Londres, plongée dans l'obscurité de la nuit. Je me demande ce que fait Harry et avec qui. Je ne l'ai pas appelé depuis cette nuit-là. J'estime que c'est à lui de revenir. Je termine ma cigarette, perdue dans mes pensées. Après un énième frisson, je finis par l'écraser dans le cendrier devant moi, puis retourne à l'intérieur de l'appartement. Je ferme la baie vitrée. J'hésite à allumer la télévision pour passer le temps. Non, je n'ai pas envie. Ni de ça, ni de lire un livre, ni d'écouter de la musique. Je m'écroule dans mon lit. Je ferme les yeux et remonte la couverture sur mon corps. Le temps passe, mais sans moi.
Un bruit de porte, soudainement. Je rouvre un ½il et entends une clef tourner dans la serrure. Harry, c'est forcément Harry. La seule autre personne qui a les clefs est Isaac et je sais qu'il est chez nos parents, ce soir. Je reste dans mon lit alors qu'il entre dans l'appartement. La porte se referme. Je reconnais ses pas nonchalants qui traînent dans le salon. Je ferme les yeux, me recouchant. Je ne veux pas qu'il pense que je l'attendais. Je ferme les yeux et l'entends entrer dans la salle de bains. L'eau de la douche se met à couler. Je meurs d'envie de me relever, mais reste au fond du lit.
Puis Harry pénètre dans la chambre. Je ne peux pas m'en empêcher donc je rouvre les yeux, m'allongeant sur le dos pour l'observer sur le pas de la porte. J'aperçois son ombre. Nos regards se croisent, malgré l'obscurité.
 
_Je peux venir dormir avec toi ? Il demande, tout bas.
 
J'acquiesce d'un geste de la tête. Il se rapproche, je continue de le suivre du regard. Il contourne le lit et vient s'allonger à sa place. Je me retourne vers lui pour continuer à l'observer. Je ne distingue que vaguement son visage dans la pénombre de la nuit. Il pose sa tête contre l'oreiller, je me rapproche un peu plus près.
 
_Tu vas bien ? Je finis par lui demander.
_Oui... Et toi ?
_Ça va. Tu ne m'as pas trop manqué, je murmure.
_Toi non plus, il souffle, tout bas, Pas trop.
 
Je crois apercevoir un sourire sur ses lèvres. Ça me donne envie de les embrasser. Je glisse ma main dans sa nuque et le rapproche de moi. Nos bouches s'écrasent l'une contre l'autre. Il gémit. Pas de plaisir, non, de douleur.
Je me recule, brusquement.
 
_Qu'est-ce qu'il y a ?
_Non, rien, ça va.
 
Je fronce des sourcils. Quelque chose cloche dans sa voix. Je me relève du lit et allume la lampe de chevet. Le faisceau lumineux éclaire brusquement la pièce et Harry se retourne violemment pour se mettre dos à moi. Derechef, je l'attrape par le bras et le force à me regarder. Je crois que je suis à peine étonné de le voir avec la gueule complètement cassée : Un ½il au bord noir et une lèvre doublée de volume.
 
_Putain ! Je crache, en me relevant brusquement du lit pour me remettre debout, Tu me casses les couilles !
_Louis ! Il s'exclame en s'asseyant sur le lit, Tu fous quoi ?
 
Je ne réponds pas, me contentant d'attraper mon jean qui traîne sur le sol de la chambre pour l'enfiler.
 
_Tu vas où ? Il continue, Putain, réponds-moi ! On est en plein milieu de la nuit !
_Je vais prendre l'air, je rétorque, sèchement.
 
J'enfile un pull à capuche et l'entends se relever du lit à son tour.
 
_Je peux t'expliquer.
_Non, je le coupe, en relevant brusquement mon regard vers lui, ce qui le stoppe dans son élan, Tu me fais chier, Haz. Toujours à faire n'importe quoi, à te foutre dans la merde pour qu'on te remarque. Ça me fait chier, ok ? Je n'ai plus l'âge pour tes conneries, pour venir te sauver à chacune de tes frasques nocturnes. Tu comprends ou quoi que je n'ai plus cette vie-là ? Je suis désolé si je t'ennuie, mais je ne veux plus de tout ça. On était bien tous les deux, heureux. Et du jour au lendemain, t'as recommencé tes conneries ! Traîner avec Azoff, sortir en boîte avec Kendall, ne plus parler à ta s½ur, te battre pour je ne sais quelles raisons que je ne veux même pas savoir d'ailleurs. Pourquoi tu fais ça Haz ? Pourquoi tu recommences tout ça ?
 
Je vois les larmes perler dans ses yeux. Mais, merde, j'ai assez donné. Je ne veux plus recommencer ce petit jeu entre nous. À celui qui sera le plus malheureux. À celui qui aura le plus besoin de l'autre. À celui qui aura le plus de force pour jouer au héros. On avait un équilibre. Pourquoi est-ce qu'il bousille tout ça ?
Il a l'air décidé à ne pas me répondre. Parce qu'il reste silencieux à me regarder, un air absent sur le visage. Oui, parce qu'en plus de ça, il est encore bourré. Génial.
Je soupire et enfile ma paire de basket. Il faut vraiment que je sorte d'ici. Je me dirige vers la porte lorsque j'entends sa voix dans mon dos :
 
_Je fais ça parce que j'ai peur de te perdre. Ça me fait faire n'importe quoi. La peur.
 
Je me retourne brusquement vers lui. C'est plutôt s'il continue comme ça, qu'il va finir par me perdre.
 
_Qu'est-ce que tu racontes, Haz ? Pourquoi tu me perdrais ? T'es le seul à créer des foutus problèmes.
_Non, pas le seul, il murmure.
_Moi ? Je demande, en me rapprochant, Tu m'en veux vraiment de passer trop de temps au boulot ? Harry, tu savais que ce serait comme ça. T'as pas le droit de me le reprocher. Je fais des efforts.
_Je sais, je ne parlais pas de toi.
 
Je fronce des sourcils, sans comprendre.
 
_Gemma, il lâche.
 
Je me rapproche de lui encore un peu plus, parce que je sens que la suite va expliquer pas mal de choses.
 
_Gemma monte un dossier pour libérer Greg.
 
J'encaisse. Enfin, non, pas tant que ça. Je sens mes jambes chanceler et mon c½ur se compresser dans ma poitrine. J'ai brusquement envie de vomir.
 
_Quoi ? Je balbutie, Elle ne peut pas faire ça.
_Liberté conditionnelle.
_Après huit ans ?
_C'est la moitié de sa peine, il confirme, Ils sont en train de monter un dossier avec notre avocat.
 
Ce serait faux de dire que je n'y avais pas pensé. Je savais qu'un jour il sortirait de sa prison et qu'il faudrait faire avec cette réalité. Mais pas aujourd'hui, pas demain, pas dans une semaine, pas même dans dix mois. Non, je ne veux pas qu'il sorte de là-bas, je veux qu'il y croupisse encore des années.
 
_Louis, murmure Harry, en se rapprochant.
 
Je me recule de lui, brusquement. Il savait. Il savait depuis tout ce temps. Il a osé me le cacher, il a osé le cacher à tout le monde. Il a continué à parler à Eleanor et Lottie comme si de rien n'était, comme si sa saleté de famille ne nous plantait pas un énième couteau dans le dos. Putains de Styles.
 
_On ne peut vraiment pas vous faire confiance, je lâche, Je dois sortir d'ici.
_Non !
 
Harry m'attrape par le bras, je le secoue avec violence pour qu'il le lâche.
 
_S'il te plaît, Louis, il tremble, Ne me laisse pas.
_J'ai besoin d'être seul.
_Reste avec moi, je t'en prie.
_J'ai le droit de respirer moi aussi, non ? Je m'emporte, Tu as bien gardé ça pour toi pendant deux semaines ! J'ai le droit à quelques heures de tranquillité ou c'est trop te demander, putain ?
 
Il se tait. Je sais que la façon dont je lui parle l'affecte, mais je m'en fiche. Quelle merde. Je lâche un juron en balançant mon pied contre le miroir de la chambre. Il se fracasse au sol et j'aperçois Harry sursauter. Je m'assure de suite qu'aucun bout de verre ne l'a touché. Il est choqué, mais il n'a rien. Je quitte la pièce rapidement, récupérant mon paquet de cigarettes que j'ai laissé sur ma table basse.
Je m'apprête à sortir lorsque Harry m'arrête de nouveau, avant que je ne franchisse le pas de la porte :
 
_Accroche-toi à moi.
 
Je ne me retourne pas vers lui, pourtant, il continue, en se rapprochant, dans mon dos :
 
_Ne t'accroche pas à ta vengeance, accroche-toi à moi, juste à moi. Comme moi, je vais m'accrocher à toi. On s'en sortira comme ça. En étant ensemble. On ne fera pas les mêmes erreurs que dans le passé.
 
Conneries. C'est lui, le premier, qui m'a lâché. C'est trop facile d'avoir besoin de moi maintenant. Je claque la porte derrière moi.
 
 
 
Harry 
 
 
                 Il est six heures du matin. Je suis scotché devant la télévision, à regarder une émission animalière. Louis n'est pas rentré. Je zone dans l'appartement depuis son départ. J'ai nettoyé les bouts de verres dans la chambre, puis j'ai essayé de dormir. Échec monumental. Je me suis relevé il y a une vingtaine de minutes, attendant qu'il revienne.
J'aurais dû me douter qu'il allait réagir comme ça. On a fait des concessions chacun de notre côté, mais Greg, c'est bien le seul sujet dont on n'a jamais parlé. Honnêtement, je ne sais plus quoi en penser. Je comprends que ça le mette en colère d'être confronté à un nouveau problème. D'ailleurs, j'étais de son côté avant de voir sa réaction. Parce que, maintenant que j'y repense, ça m'énerve. Il accuse ma famille de relancer la guerre, mais son comportement fait exactement la même chose. Je veux dire, réagir ainsi, nous mettre tous dans le même panier, c'est exactement avec ce genre de réflexion qu'on a envenimé la situation, dans le passé. Ça m'énerve qu'il n'ait pas l'intelligence de le comprendre.
Je soupire en changeant de chaîne. Je tombe sur une émission de cuisine et reste branché dessus. Ils sont forts à la télévision. Ils te font devenir accro à n'importe quoi. Comme si ça m'intéressait vraiment de savoir faire une tarte tatin à cette heure de la nuit. Bref. Je finis par somnoler dans le canapé.
En fait, je crois que je m'endors carrément parce que je me réveille en sursaut en sentant un poids s'affaler sur moi. C'est Louis. Louis complètement gelé et avec des yeux fermés à cause de la fatigue.
 
_Qu'est-ce que tu fais ? Je râle, ma voix encore endormie.
_Je m'accroche à toi, il murmure, en glissant son visage dans mon cou.
 
C'est stupidement niais et bien trop facile de revenir comme ça, mais je souris. Je fais même pire que ça, parce que je glisse mes bras dans son dos et le serre contre moi. Son visage frigorifié s'enfonce encore un peu plus dans mon cou et il souffle, tout bas :
 
_Je suis désolé d'avoir réagi comme ça.
 
Je glisse mes mains dans ses cheveux. Il empeste la cigarette. Pas comme s'il en avait fumé une, plutôt comme s'il avait terminé son paquet. Ça me pique les yeux.
 
_Tu pues la clope.
_Je devais passer mes nerfs, il explique, Je ne m'attendais pas à ça.
_Qu'est-ce qu'on va faire ? Je lui demande, en reprenant mes caresses dans ses cheveux.
 
Il ne répond pas. On dirait que sa balade nocturne ne l'a pas aidé tant que ça à trouver une réponse.
 
_Tout va recommencer, je murmure, La guerre des clans.
_Non, il m'arrête, en me serrant encore plus fort dans ses bras, Je ne laisserai pas ça arriver. Je vais parler à Gemma.
_Elle ne changera pas d'avis.
_Laisse-moi lui parler.
_D'accord, je murmure, Je te fais confiance.
 
On reste silencieux et je ferme les yeux. La fatigue de la nuit commence à retomber et je crois que Louis va finir par s'endormir comme ça.
 
_Tu m'écrases, je commente, avant que ça n'arrive réellement.
 
Il relève son visage vers moi, souriant autant avec ses lèvres qu'avec ses yeux. Je passe une main dans ses cheveux alors qu'il s'appuie sur ses coudes pour me laisser respirer. Il cherche à m'embrasser, mais je le repousse instantanément.
 
_Non, tu pues trop.
_Allez, il insiste, Sans la langue.
_Mais tu pues vraiment.
_Harry.
 
Il avance vers moi et je continue de pincer mes lèvres. Je m'en fous de la cigarette. C'est juste que j'aime bien me faire désirer. Et le faire chier, aussi.
 
_Ouvre la bouche, murmure Louis, tout près de mes lèvres.
 
Je lui fais un signe négatif de la tête.
 
_Ouvre la bouche ou je te lèche.
_Quelle menace, je ris.
 
Bien sûr, la provocation, ça ne marche jamais avec Louis. Ce con me lèche le visage d'un grand coup de langue.
 
_Arrête, t'es dégueu ! Je m'exclame, en gigotant sous lui.
_Embrasse-moi.
_Mais je ne veux pas avoir un cancer des poumons !
 
Il rit, mais continue de me lécher, en remontant jusqu'à mon oreille.
 
_D'accord, je cède, essuyant mon visage de ses attaques.
 
Louis sourit, se repositionnant juste devant moi.
 
_Mais sache que je t'embrasse sous la contrainte, je précise, Parce que je ne veux pas que tu crois...
_Je t'aime, il me coupe, comme ça, sans transition, ni contexte.
_Est-ce que tu as pris quelque chose à un inconnu quand tu étais dehors ?
_T'es con.
_Tu ne le dis pas si souvent.
_Ça ne m'empêche pas de le ressentir.
 
Louis pose son front sur le mien. On reste silencieux, juste à se regarder. Et ça fait du bien, qu'on soit que tous les deux, comme avant, dans notre bulle.
 
_Je t'aime aussi, je murmure du bout des lèvres.
_On n'est pas complètement foutus, alors.
 
Il me sourit et c'est con de le dire, mais ça me donne du courage.
 
_Louis, je souffle, On est tellement foutus. On l'est depuis le début.
_On le restera, il m'accorde après un instant de réflexion, Mais ensemble, c'est déjà ça.
 
Je cale un peu mieux ma nuque dans le cousin derrière moi et observe son visage tiré par la fatigue. J'esquisse un sourire en glissant ma main sur sa joue. Je ne sais pas ce que va donner le futur, mais là, tout de suite, il n'y a que lui qui compte.
 
_Embrasse-moi, je murmure.
_Je ne voudrais pas que tu attrapes un cancer des poumons, il rétorque, narquois.
 
J'attrape sa nuque et l'amène à moi. J'entrouvre mes lèvres et il glisse les siennes tous contre les miennes. Il a un goût de tabac et la pression exercée sur ma blessure me fait mal, mais ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas embrassés que je m'en fiche pas mal. Louis profite de notre baiser pour s'affaler de nouveau contre moi. Écrasé entre lui et le canapé, je me laisse aller dans son étreinte. Je glisse mes mains sous son pull, pour caresser sa peau encore fraîche de sa promenade nocturne. Je sens qu'il frissonne au contact de mes doigts et tire sur le vêtement. Louis se relève aussitôt pour l'ôter complètement. Il est torse-nu, je pose mes mains sur sa poitrine, l'observant dans la pénombre de la nuit. Je me relève à mon tour. Louis est toujours assis sur mon bassin, il pose ses mains le long de mes cotes et me retire mon tee-shirt. On se serre dans les bras, j'adore le contact de sa peau nue contre la mienne. Il m'embrasse dans le cou, suçant la peau juste en dessous de l'oreille. Mes mains descendent le long de son dos, jusqu'à la courbe de ses fesses. J'accentue le mouvement de son bassin contre le mien et je l'entends gémir. Je commence à durcir et lui aussi. Ça aussi, putain, ça fait longtemps.
 
_Enlève-moi tout ce superflu, Tomlinson, je ris contre ses lèvres.
 
Louis se remet debout pour enlever son jean et son caleçon. J'ôte le mien à mon tour, le faisant glisser le long de mes jambes. Il se remet dans la même position, assis sur mon bassin. Sauf que, complètement nus, c'est bien plus agréable.
Louis glisse ses mains dans mes cheveux, son regard ancré dans le mien.
 
_On reste ensemble, quoi qu'il arrive.
_Ouais, enfin, peut-être pas jusqu'à notre mort non plus, je rétorque, Ça va commencer à faire long.
_Qui pourrait te supporter aussi longtemps, de tout façon ? Il approuve.
_Ça me rassure, je ne voudrais pas qu'on ait l'air trop amoureux et tout ça, tu sais, genre le délire « homme de ma vie », t'as pas autant d'importance, quoi.
_Ouais, il enchaîne, Il y a bien trop de beaux mecs sur terre pour que tu puisses avoir cette importance là.
 
Louis remonte ses lèvres jusqu'aux miennes, il m'embrasse avec un peu plus de fermeté que d'habitude.
 
_Et en vrai ? Je demande, tout bas.
_En vrai, il n'y aura personne d'autre comme toi.

Puis il m'embrasse avec un peu plus de fermeté que d'habitude. Louis appuie sur ma lèvre gonflée et je ne peux empêcher un son plaintif de sortir de mes lèvres au même instant. Il se recule, se remémorant soudainement.
 
_En fait. C'était des conneries tout à l'heure. Je veux savoir qui t'a fait ça.
 
Bien sûr. Je détourne mon regard du sien, car je sais qu'il n'acceptera pas un autre mensonge de ma part. Pourtant, je n'ai clairement pas envie de plomber l'ambiance maintenant.
 
_Haz, il murmure en caressant doucement mon coquart, Pourquoi tu t'es battu ?
_On m'a frappé.
_Qui ? Il se crispe aussitôt.
_Azoff, je lâche.
 
Là, il met plus de temps à répondre. Enfin, avec les mots, car son corps qui s'électrise contre le mien me donne un petit aperçu de la manière dont il reçoit cet aveu.
J'enchaîne précipitamment :
 
_J'allais replonger. Je ne sais pas. J'étais paumé, malheureux. J'ai failli déconner. Il m'a arrêté à temps. Il m'a empêché d'en reprendre. Il a changé, tu sais.
_Visiblement, pas toi, lâche Louis, sèchement.
 
Forcément, je savais quelle partie de l'histoire allait le plus lui déplaire.
 
_Je ne retomberai pas dedans, je reprends, Je te le promets.
_Tu m'avais déjà promis.
_Louis, je murmure.
 
Il ne me répond pas, mais reste assis sur mes cuisses. Je plonge mes lèvres sur son torse nu, embrasse chaque recoin de sa poitrine en murmurant des « désolés » et des « promis jurés ». Les mots s'écrasent sur sa peau brûlante, je le sens se tendre sous mes caresses.
 
_Tu ne t'en sortiras pas comme ça, il finit par ajouter.
_Tu t'en es bien sorti avec un câlin, tout à l'heure, je lui fais remarquer.
_Ce n'était pas aussi grave.
 
J'arrête mes baisers et relève mon visage vers lui.
 
_Je sais, je murmure, parce que j'en ai marre de me mentir également, Je sais que ça aurait pu être grave si j'avais replongé ce soir. Je le sais, parce que ça te ferait du mal à toi aussi et que je ne le veux pas... Mais je ne peux pas te promettre de ne jamais y retoucher. Je ne le contrôle pas. Par contre, je peux te promettre de t'en parler à chaque fois que l'envie reviendra. Comme je l'ai fait, cette nuit, j'ai été honnête avec toi et je te l'ai dit.
_J'aimerais que tu me le dises avant qu'Azoff n'ait à intervenir.
_Promis, je déclare aussitôt, Je te le promets.
_N'importe quel moment, n'importe quelle heure de la nuit, il insiste, Tu me le dis.
_Oui.
_Même si on ne sort plus ensemble.
_On ne sera jamais plus ensemble, je rétorque.
 
Il sourit et je m'empresse de l'embrasser pour reprendre là où on s'était arrêtés. Il prend plus de précaution avec ses baisers, pour ne pas me faire mal, et ça me fait me sentir encore plus important à ses yeux. On s'embrasse, on se caresse. Je sens son c½ur qui bat à tout rompre dans sa poitrine et je suis content que les années n'aient pas encore effacé ça, ce qu'on est l'un pour l'autre, ce qu'on se fait ressentir quand on se touche. Louis halète à mon oreille, les mots qu'il me murmure m'excitent encore plus et je commence à le masturber. Sauf qu'il a l'air d'avoir un autre plan en tête lorsqu'il se frotte contre moi. Louis se détache de mes lèvres pour cracher dans sa main. 
 
_Qu'est-ce que tu fais encore ? Je ris.
_J'ai envie de toi... En moi.
 
Il glisse sa main mouillée sur mon sexe et le recouvre de sa salive. Je me fais alors une idée assez précise de ce qu'il veut et ça m'étonne un peu. On ne le fait pas si souvent dans ce sens-là.
 
_Tu veux ? Il s'assure.
_Ouais, ouais, je m'empresse de répondre en recollant nos lèvres l'une à l'autre.
 
On continue de s'embrasser et Louis essaie de s'enfoncer sur mon sexe tendu. On est tellement excités et clairement pas très doués, alors on se rate à chaque fois et je finis par éclater de rire.
 
_Mais arrête ! S'exclame Louis, vexé, Je n'y arrive pas !
_Ce n'est pas ma faute ! Je m'offusque.
_Mais si, tiens-la.
 
Je ris encore plus et il me force à me taire en m'embrassant. Je pose mes mains dans le creux de ses reins et l'aide à s'enfoncer, mais il glisse de nouveau contre moi.
 
_Mais tiens-la, râle Louis contre mes lèvres, clairement trop excité pour être patient.
_Ok, ok, je concède.
 
Je passe ma main à la base de mon sexe et Louis réitère l'expérience. Il n'est plus très ouvert alors il a l'air d'avoir mal. Je le vois grimacer.
 
_Doucement, je murmure, aussitôt.
 
Il vient m'embrasser pour se détendre, il prend son temps et ça me fait davantage apprécier cet instant. Il me caresse, m'embrasse, me fait lentement décoller de la terre. Puis il finit par descendre lentement sur mon sexe. Je me consume de désir à mesure que je m'enfonce en lui. La sueur coule de son front, nos lèvres ne se quittent pas. Nos peaux collent l'une à l'autre et c'est tellement bon, tellement fort, tellement grand, que je réalise, à mon tour. Bien sûr, il n'y aura personne d'autre comme lui.
 
 
Chapitre trois
 
 

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