13 tagged articles #Acte1

17/08/2014

Tags : #RunUpfic - #Acte1

Chapitre un. 17/08/2014

 
 
Chapitre un.



Harry Styles
 
                Cocaïne dans le sang. Vision brouillée par l'alcool. Suçon encore brûlant de désir plaqué sur la peau de ma nuque. Londres endormie. Ma ville. Mon monde. Et cette fin de nuit qui m'appartient. Il doit être six heures du matin et je déambule dans les rues avec un sourire niais sur le visage. Je crois que les gens me reluquent d'un air mauvais. Je les emmerde. Eux et leur vie parfaite. Eux qui partent au travail et moi qui déambule, sans but et sans destination. J'ai mes écouteurs dans les oreilles et j'écoute ma chanson. Les paroles résonnent. Ça danse à l'intérieur de moi et je me sens bien, je me sens vivant. Jolie ironie pour quelqu'un complètement défoncé à la cocaïne.
J'avance encore et m'arrête sur le pont de Westminster. Je regarde la Tamise en dessous et pose mes mains sur la peinture verte écaillée. J'adore cet endroit. J'adore ce pont et la neutralité qu'il représente. Cette zone tampon entre deux mondes. Le nôtre et le leur. Styles contre Tomlinson. J'observe le London Eye au loin. Je sens ma tête qui tourne, mais je m'en fiche. Je ne m'arrête pas pour autant. Mes mains se resserrent sur la rambarde et je passe une jambe par dessus. J'essaie de me stabiliser, je me concentre. Comme d'habitude, je sens mon c½ur qui palpite dans ma poitrine. Je pourrais tomber, m'enfoncer dans l'eau sombre de la Tamise. Pour être honnête, je ne suis pas certain que cela me dérangerait. Mais je ne tombe pas, pas ce soir du moins. Je m'assois sur le rebord, les pieds dans le vide et le vent dans mes cheveux bouclés. Je souris face à la facilité de mon existence et je souris parce que je ne sais même pas comment je fais pour y croire encore. Je ferme les yeux et respire. Je suis tellement bien. Et j'aimerais tellement me sentir comme ça plus souvent, sans avoir besoin de me foutre de la merde dans le sang.
 
— Oh putain, pas ce soir.
 
Je rouvre les yeux. Je crois que ça m'est adressé. Mais je n'ai pas envie de parler, je n'ai même pas envie de me retourner. Je referme les yeux en priant pour que ce silence glacial soit à la hauteur du dédain que je ressens pour le pauvre type qui a osé m'adresser la parole. 
 
— Non putain, j'ai autre chose à foutre que de sauver un gamin dépressif.
 
Et là, je me retourne, furieux. Le type ne me parle pas. Il parle au ciel. Putain, il est encore plus débile que ce que je pensais. Je l'observe de bas en haut et le méprise déjà. Le gars se tient à quelques mètres de moi. Des traits fins, des cheveux châtains brossés, un regard présomptueux et un sourire arrogant. Il porte un slim noir retroussé au niveau des chevilles, des derbies noires cirées dans les pieds et un blazer avec un revers en soie qui laisse apparaître un tee-shirt gris anthracite. Un fils à papa. Un peu comme moi, en fait.
 
— Tu ne veux pas descendre de ce truc et te tuer plus loin si ça te chante ? Et de préférence, loin de ma vue.
 
Cette fois, il me parle à moi. Parce que je crois qu'il n'est pas assez con pour croire que Dieu lui aurait répondu.
 
— Je ne vais pas sauter, je réponds.
— Alors qu'est-ce que tu fous assis là-dessus ?
— J'oublie.
— Qu'est-ce que tu oublies ?
— Quel serait l'intérêt de mon geste si je m'en souvenais ?
 
Il reste sans voix. Je crois qu'il n'a pas réfléchi à la débilité de sa question.
 
— Ah, commente-t-il simplement, Ça doit être efficace.
 
Je ne sais même pas pourquoi je viens sur ce pont. Je n'ai jamais eu envie de sauter dans le vide, enfin je crois. Je pourrais le faire, il n'y a pas tant de choses qui me retiennent sur Terre, mais je ne l'ai jamais fait. Je préfère laisser pendre mes pieds dans le vide en écoutant ma chanson. Je préfère libérer mon esprit en regardant le soleil se lever sur la Tamise. Parce que, dès que je suis perché là-haut, j'oublie pourquoi je devrais sauter.
 
— Donc, je peux partir sans craindre d'être arrêté pour « non-assistance à personne en danger » ?
Il est toujours là, celui-là ? Je me retourne vers lui. J'ai envie de lui dire de partir et de me foutre la paix, mais ce sont d'autres mots qui sortent de mes lèvres.
— Tu me retiendrais ?
— Pardon ?
— Si je sautais, tu me retiendrais ?
— J'arriverais trop tard.
 
Je le regarde pendant un instant. Ses yeux d'un bleu océan me font douter l'espace d'une seconde que tout ceci est bien réel.
 
— Es-tu un Styles ? Reprend-il, un air sérieux sur le visage. 
 
Je m'arrête, le souffle coupé. Je n'ai pas l'habitude de croiser des Tomlinson, mais là, ça me paraît évident. Tellement évident que je me demande pourquoi je ne l'ai pas réalisé plus tôt. Cette arrogance dans le regard, cette nonchalance, cette classe. Il fait forcément partie de l'autre clan.
 
— Si je te réponds oui, tu me pousseras dans le vide ?
— J'aurais de bonnes raisons de le faire.
 
Il n'a pas tort. Si je lui réponds « oui » maintenant, je lui donne un milliard de bonnes raisons de me pousser. Alors, je suis peut-être encore trop bourré ou défoncé pour réfléchir correctement, mais je réponds « oui ». Je réponds même avec fierté parce qu'un Styles est toujours fier de porter ce nom. Je vois ses lèvres se retrousser et ses yeux se plisser de colère.
 
— Donc ma première impression était la bonne, reprend-il sèchement, Tu es bien un suicidaire.
— Qu'est-ce qu'un Tomlinson fait ici ?
 
Je sais que ma question n'a pas de sens. Tout simplement parce qu'on est dans une zone tampon et que nos deux familles ont le droit d'y être. Ça paraît ridicule cette histoire de quartiers délimités, mais c'est l'unique initiative qu'on a à peu près réussie dans ce conflit. Les Styles ont leur coin dans Londres, les Tomlinson aussi, et tout le monde s'en porte mieux. Et puis, il y a ces histoires de quartiers libres, des coins « pacifiques » où on n'a pas le droit de se sauter dessus, où on a juste le droit de s'ignorer comme on aurait dû le faire depuis le départ. Moi, j'y vais souvent. J'aime bien ces coins-là et puis, j'y suis tranquille. Les Tomlinson n'y vont pas. Je le sais parce qu'ils sont cachés dans leurs résidences de riches à Knightsbridge, le quartier le plus huppé et détestable de Londres. Enfin, détestable parce que pour moi ça sonne « Tomlinson» et je ne m'imagine même pas fouler de mes pieds ces rues qu'ils traversent tous les jours. Alors, pour moi, ces quartiers libres sont hors du temps, hors du conflit, ce sont des quartiers où je suis Harry sans Styles. Ça m'énerve de le voir là, dans mon endroit.
 
— Et qu'est-ce qu'un Styles de ton âge fait ici ?
 
Je le regarde pendant qu'il me toise d'un air mauvais. On pourrait penser que je suis dans une position de faiblesse, parce que je suis assis dans le vide à quelques mètres de la mort. Ce n'est pas le cas. Il ne me fait pas peur. Je n'ai jamais eu peur des Tomlinson. Je ne sais pas pourquoi il a pris ce ton dédaigneux, comme si j'étais un gamin de six ans pris à faire une bêtise. Je ne suis pas encore majeur, mais je porte mes dix-sept ans sans honte. Je sors, je bois, je baise. Mes parents sont au courant et, de toute façon, je ne me cache pas vraiment.
Dans le fond, je crois qu'ils s'en fichent. Je ne suis pas l'aîné de la fratrie, je n'ai pas des milliards de livres de responsabilité sur le dos. C'est Gemma, ma grande s½ur, qui va reprendre la société de mon père, Desmond Styles. C'est elle qui va porter l'entreprise familiale, elle qui va devoir se confronter à Louis Tomlinson, le futur héritier de l'autre clan. Et moi, je suis là, bien présent dans le conflit, même s'il a assez peu de valeur à mes yeux. À la base, c'était une histoire de fric entre les deux familles les plus riches d'Angleterre. Maintenant, c'est juste une histoire de fierté et de revanche.
 
— Aurais-je l'honneur d'avoir rencontré le fameux Harry Styles ? 
 
Mes sourcils se froncent tandis que je me rends compte que l'autre abruti continue de me parler. Je me retourne vers lui et, là, je me dis que je suis courageux, mais pas suicidaire.
Je réponds simplement :
 
— Mon cousin ne fréquente pas ces lieux.
— Pas faux, commente le garçon d'un air songeur, Il doit être embrigadé à Mayfair.
 
Mayfair, c'est mon quartier, enfin le quartier de mon père, donc le lieu principal du clan Styles. Il n'a pas totalement tort. Mes parents me tueraient s'ils me savaient ici, en « zone libre ». En fait, c'était des conneries ce que je disais tout à l'heure. Elles ne sont pas libres ces zones, elles sont même tout le contraire parce qu'on ne peut pas y marcher sans se retourner sur son chemin pour être sûr de ne pas faire une mauvaise rencontre. C'est devenu dangereux. Pour chacun des deux clans. La haine s'est tellement envenimée qu'on en vient aux mains facilement. C'est pour ça que les Tomlinson n'ont jamais vu mon visage. Moi non plus, je ne sais pas trop à quoi ils ressemblent, disons « le noyau dur », puisque, bien entendu, j'ai déjà rencontré les toutous dont leur clan s'entoure, des familles en manque de gloire et d'attention qui sont prêtes à entrer dans le conflit juste pour faire partie d'un tout. Je critique, mais il y en a de notre côté aussi. Heureusement, je crois, parce que ce sont eux qui prennent à notre place.
 
— Donc, vu ton jeune âge, tu es... Liam ?
 
Je ne réponds pas. Je ne sais même pas pourquoi cet abruti a appris les prénoms de mes cousins.
 
— Ou alors Niall ?
 
Je me crispe et il le sent. Il sourit avant de répliquer avec ironie :
 
— Ah non... Il ne pourrait pas se tenir ainsi.
 
J'aurais dû le tuer pour avoir osé me sortir ça, mais je suis tellement choqué que je préfère me taire. Il me provoque et je sais que je ne dois pas tomber dans son piège. Je préférerais me jeter de ce putain de pont que de lui montrer qu'il m'a touché droit au c½ur. Alors, je reprends ses mots, avec tout le dédain et l'ironie dont je suis capable :
 
— Et moi... Aurais-je l'honneur d'avoir rencontré le fameux Louis Tomlinson ?
 
Le nom m'écorche les lèvres parce que tout son être m'écorche l'âme.
 
— Mon cousin ne fréquente pas ces lieux.
 
Je crois qu'il ment. Enfin, j'en suis presque sûr parce qu'on dirait qu'il rit dans son regard. Alors, c'est peut-être ce Louis. Je ne sais pas. Je n'en ai aucune idée. Je ne sais pas de quoi il a l'air ce foutu héritier, mais je crois que je voudrais à tout prix qu'il ne ressemble pas à l'ange que j'ai sous les yeux.
 
— Et tu restes planté là parce que ... ?
 
Ma question a l'air de l'amuser parce qu'il se met à sourire. Et là, je dois admettre qu'il est vraiment beau, ce con.
 
— Je réfléchis.
— C'est possible ?
— Ça m'arrive.
 
Il n'a même pas l'air vexé. En même temps, il doit s'en foutre de ce que je pense de lui. Il est un Tomlinson et je suis un Styles. C'est presque un miracle qu'on ne se soit pas encore sautés dessus. D'ailleurs, c'est probablement à ça, qu'il réfléchit. À se demander si ça vaut le coup de me casser la gueule à cette heure-là de la nuit. Peut-être qu'il se dit que j'ai un trop joli visage pour ça.
Je m'arrête, blasé par mes propres réflexions. La seule chose à laquelle j'aurais dû penser, c'est lui éclater la gueule et non qu'il épargne la mienne.
 
— Et tu comptes attendre là jusqu'à ce que je saute ?
— Parce que tu t'es enfin décidé à le faire ?
— Je ne te donnerai pas ce plaisir.
 
Il hausse les épaules, l'air de le penser lui aussi. Parce que ma mort, je suppose qu'il l'imagine autrement.
 
— Je ne sauterai pas ce soir.
— Alors je vais devoir revenir ici plus souvent.
— Si tu as du temps à perdre.
 
Il me regarde pendant un instant puis, il sourit. Il plante les mains dans les poches de son slim bien trop serré et il réplique :
 
— Ce fut un honneur de te rencontrer, Harry Styles.
 
Et là, je le sais, je le sens. C'est Louis Tomlinson. L'unique héritier de HBG, le Tomlinson Banking Group, un géant bancaire britannique. Enfin, un géant parmi les autres.
Nous, entre autres.
 
 
Louis Tomlinson
 
                 Je tire une dernière taffe sur mon joint avant de me laisser tomber sur mon canapé. Mon corps s'enfonce dans le cuir et je ferme les yeux. Je laisse la beuh s'infiltrer dans toutes les parcelles de mon corps, dans chaque recoin oublié, et, enfin, je me détends. Mes muscles se relâchent et un sourire éclaire mon visage.
Louis Tomlinson. Vingt ans. Héritier de la plus grosse fortune du pays et d'un métier de merde. Bel autoportrait.
Je me crispe, comme à chaque fois que j'y pense. Je ne suis pas comme l'autre salope de Gemma Styles, je ne vais pas me la couler douce jusqu'à mes quarante ans pour récupérer une entreprise déjà pleine aux as. Moi, je la récupère dans quelques mois, quelques années, au mieux. Mon père, Mark Tomlinson, a un cancer du sang. Il va clamser sous peu et il le sait. J'ai arrêté mes études après mon diplôme pour apprendre le métier. Ça fait deux ans que je bouffe ses réunions tous les jours, que je le suis dans tous ses déplacements, et que j'essaie d'apprécier ça.
Je regarde l'horloge accrochée dans mon salon. Il est cinq heures du matin, je reviens d'une soirée avec Isaac, Aiden et Stan, mes cousins, et je pars bosser dans quelques heures. Parce que, dans mon monde, on bosse aussi le dimanche. En fait, on bosse chaque putain de minute de notre existence. Je ne sais toujours pas si c'est de l'acharnement ou de l'ambition.
Je passe une main sur mon visage et regarde par la baie vitrée. J'adore la vue de Londres qu'on a de mon appartement, situé en plein c½ur de Kensington, avec vue sur Hyde Park. J'ai décidé l'année dernière de quitter la résidence familiale pour m'installer tout seul. J'avais besoin de mon indépendance et, surtout, de ramener mes conquêtes sans avoir le regard pesant de ma mère et de mes s½urs. Mon père, lui, il s'en fiche, il trouve ça normal que je m'amuse. Et puis, je ne suis pas parti très loin. Kensington est juste à côté de Knightsbridge, c'est un peu notre quartier par extension. Je sais que les Styles font pareil. Ils étendent leur frontière dans Londres dès qu'un de leurs gamins surprotégés décide de quitter la demeure familiale.
Et là, sans me l'expliquer, je repense au gamin aux cheveux bouclés que j'ai rencontré il y a deux semaines. J'ai tout de suite su qu'il s'agissait d'Harry Styles. Je l'ai reconnu, en quelque sorte. Pourtant, je ne l'avais vu qu'une seule fois. Mauvais timing. On rentrait tous les deux de vacances avec nos parents, on était à l'aéroport Charles de Gaulle, à Paris. J'ai senti mon père m'attraper fermement par le bras et me cacher dans son dos. J'avais sept ans et, même à cet âge, j'ai compris ce qu'il se passait. Alors, j'ai regardé derrière son bras et j'ai vu le gamin Styles. La seconde d'après, sa mère l'attrapait dans ses bras et cachait son visage dans le creux de son cou.
Je ne sais même pas pourquoi je me suis arrêté sur ce pont, cette nuit là. Enfin si, peut-être parce que c'était lui, justement, et que j'avais besoin de mettre un visage sur ce nom qu'on m'avait appris à détester. Je pousse un nouveau soupir et étends mes jambes sur ma table basse. Je n'y suis pas retourné. Pourquoi le ferais-je ? Je regarde une fois de plus Londres, plongée dans la nuit, et je me dis qu'il doit y être en ce moment, peut-être même qu'il va sauter, ou qu'il a déjà sauté.
Et je fais le truc le plus con du monde. Je me lève, attrape mon manteau et sors de l'appartement. J'ignore pourquoi je fais ça. Je descends les marches de l'escalier parce que je n'ai même pas envie d'attendre l'ascenseur. Je sors dans la rue et me dirige vers le parking privé de l'immeuble, je joue avec mes clefs dans ma poche. Putain, qu'est-ce que je suis con. Mais je n'ai même pas le temps de m'insulter que le moteur de ma Ferrari démarre en un ronronnement sonore. Je traverse Londres. Je ne prends même pas la peine de mettre la radio. Je crois que j'ai besoin de silence.
En quelques minutes, j'arrive au pont de Westminster et m'arrête sur le trottoir. J'hésite. Je me dis que je ferais mieux de partir. J'observe le pont au loin et vois une ombre assise sur la rambarde. Je sors de la voiture et je crois que j'oublie même de la verrouiller. Je marche vers le pont et l'ombre se dessine. Ses boucles en désordre, d'abord, puis son visage. Il écoute sa musique. Il ne m'a pas vu. Il a l'air bien, paisible. Je me demande pourquoi je veux déranger ça, pourquoi je ne lui fous pas la paix, alors que c'est probablement le seul moment de sa vie où il arrive à se supporter lui-même. Et puis, je me dis qu'il ne mérite pas ce moment de tranquillité. Parce que c'est un Styles. Parce que c'est Harry Styles.
Je m'accoude sur le rebord et je le vois sursauter. Il ne tombe pas, dommage.
 
— Toujours pas ce soir.
 
Je me retourne vers lui et souris. Je sais qu'il ne va pas sauter ce soir. Il n'a aucune raison de sauter, ni ce soir, ni aucun autre soir. Après tout, c'est Gemma qui reçoit toute la pression de sa famille. Lui, c'est le cadet, il a juste à profiter du fric des Styles sans se poser de questions. Je ne dis pas ça comme ça. Je le sais. Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent sur lui. Je sais qu'il sort tout le temps alors qu'il n'est encore qu'un gamin de lycéen. Je sais qu'il se fait prendre par toutes les pédales de Clapham. Je sais qu'il est coké. Mais je m'en fous. Ce soir, je m'en fous.
 
— Tu veux monter ?
 
Il m'interroge. Moi ? Monter sur ce pont ? Il délire ce type.
 
— T'es malade. Je sais que tu me pousseras.
— Si je le faisais, tu me ferais tomber dans ta chute, non ?
— Ce serait donc un suicide collectif ?
— Ou un meurtre raté ? Propose-t-il, Je suppose que je n'ai pas prévu de mourir avec toi.
 
Mes mains parcourent la peinture écaillée du pont. Ça n'a pas l'air si dangereux. Je relève les yeux vers la Tamise et écoute le bruit de l'eau qui coule sous nos pieds.
 
— Tu montes ?
 
Je regarde Styles et je suis incapable de lui répondre. Je ne comprends pas pourquoi je fais ça. Après tout ce que sa famille a fait à la mienne, la seule pensée qui devrait embrouiller mon esprit, serait de savoir si je le pousse dans l'eau. Il n'y aurait aucune trace. Vu la vie qu'il mène, les enquêteurs concluraient à un suicide. Sauf que je ne pense pas à ça, enfin, pas complètement parce que l'autre partie de mon cerveau se demande si je peux monter sur ce pont avec lui. J'hésite. Je regarde la grande roue de Londres, devant moi. Puis mes mains s'agrippent au rebord et je passe une jambe et l'autre. Et là, comme ça, je suis assis à quelques mètres de Styles. J'ai mis assez de distance entre lui et moi pour qu'on ne s'entretue pas, pas ce soir, du moins. Et puis, tout son être me dégoûte. Je ne peux pas être à côté de lui, je ne peux pas le toucher ni même le sentir. Il y a une aura tout autour de lui, quelque chose de malsain. Honnêtement, je crois que je préfère m'éloigner parce que je pourrais si facilement le pousser que je me fais peur moi-même. J'ai peur de toute cette violence que j'ai à l'intérieur.
Je me retourne vers l'horizon pour ne plus penser qu'il est aussi proche de moi. J'ai les pieds dans le vide et le vent sur mon visage. Je suis encore défoncé par les joints que je me suis enfilé dans la soirée et je crois que c'est le truc le plus inconscient que je n'ai jamais fait. Pour la première fois de ma vie, un sentiment étranger m'envahit. Une bouffée de chaleur qui s'immisce dans mes veines, qui efface peu à peu la colère et la haine, qui efface la rage et la peine, qui efface la pression et l'avenir morose qui m'attend. Je comprends ce qu'il voulait me dire. Il oublie. Il oublie parce qu'il pourrait se donner la mort en si peu d'efforts que ses problèmes paraissent futiles.
Je sens le vent dans mes cheveux et me mets à trembler parce qu'il fait froid. Mais je suis bien. Je remercie le ciel que Styles ne me parle pas et qu'il me laisse profiter de mon premier moment de liberté. Je ne crois pas que ce soit de la gentillesse de sa part. Je pense juste qu'il s'en fout que je sois là ou pas. Il remet ses écouteurs dans ses oreilles et il plonge son regard dans l'horizon. Je me demande quel genre de musique il écoute, puis je réalise que je m'en fiche. Je me fiche de tout ce qui concerne ce type. Cet être arrogant à qui tout est trop facile. Je déteste ce genre de gamin superficiel. Des fois, je me dis que j'ai de la chance, finalement, d'être l'aîné de ma famille, l'héritier. Parce qu'au moins, j'ai quelque chose à porter, quelque chose à "être".
Lui, il n'a rien à faire, il a juste à suivre les autres. Ça doit être fatigant d'être aussi inutile. Il pourrait ne pas exister que ça ne changerait rien pour personne. C'est pour ça qu'il se drogue. Enfin, je pense. Pour avoir l'impression de vivre quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus intense. Et là, tout de suite, il me fait de la peine. 




Chapitre un.



Un avis pour ce premier chapitre ? 
Je sais que c'est très différent de "Always is bullshit",
l'histoire est beaucoup plus sombre mais aussi bien plus libre dans l'imaginaire  ;)
 


Tags : #RunUpfic - #Acte1

Chapitre deux. 18/08/2014

 
 
 
Chapitre deux.

 
Harry Styles
 
                 Je descends les escaliers en titubant, une gueule de bois encore tenace et le nez qui me démange. Je le gratte, c'est presque devenu machinal, comme pour vérifier qu'il n'y reste pas de poudre blanche. La soirée de la vieille a été difficile et je ne sais même pas comment j'arrive à faire avancer mon cadavre jusqu'à la cuisine. Je me laisse tomber sur une chaise au hasard et regarde la table remplie de nourriture. Je n'ai pas faim et encore moins l'envie d'aller au lycée. Je déteste les débuts de semaine, principalement parce que mes week-ends se résument à trois nuits blanches interminables. Vendredi. Samedi. Dimanche.
 
— Tu prends quoi, Harry ?
 
Mona, la gouvernante de la maison, me sort de mon demi-coma et je la regarde avant de répondre.
 
— Un grand verre d'eau.
— Nuit difficile ?
 
Je me retourne vers Liam, mon cousin. Il a un an de plus que moi, mais il a redoublé l'année dernière donc on est ensemble au lycée. Je hoche la tête pour répondre à l'affirmative à sa question, mais, vu la gueule que je tire, il n'attendait pas spécialement de réponse.
 
— Tu aurais pu m'inviter, enchaîne-t-il.
— J'étais avec Azoff , je bafoue.
— Coucou les gars ! J'espère que vous avez déjà vos masques pour le week-end prochain ?
 
Liam et moi, on relève la tête vers la tornade blonde qui vient de pénétrer dans la pièce. Perrie ne marche pas, elle sautille, tout le temps, et c'est totalement insupportable. Elle se jette sur Mona, plante un baiser sur sa joue, et s'installe en face de nous tandis qu'Liam lui répond d'un air nonchalant :
 
— Je persiste à dire que c'est une idée stupide.
— Ce sont mes seize ans, rétorque-t-elle, Vous êtes obligés de faire ce que je veux.
 
Ça me gonfle déjà, d'entendre parler de cette soirée, parce que ça veut dire un week-end sans coke et avec mes parents. Mais je me rassure parce qu'Liam tire la même tronche que moi, donc j'en conclus qu'il n'est pas plus emballé que moi par l'anniversaire de notre cousine. Et puis, une soirée masquée, merci, on n'a plus dix ans.
 
— Ça va être drôle, réplique Perrie en mordant dans une brioche.
 
Cette fille respire tellement la joie de vivre que s'en est presque consternant. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi heureuse. Sincèrement, je ne vois pas ce qui peut encore la faire sourire. De nous tous, je crois bien que c'est sa famille qui a le plus souffert du conflit avec les Tomlinson.
 
— « Drôle » si on était à un goûter d'anniversaire, Perrie.
 
J'ignore pourquoi je me suis donné la peine de participer à la conversation, mais je l'ai fait et je le regrette déjà. Elle se retourne vers moi en fronçant des sourcils d'un air mauvais. Je n'aime pas quand elle fait cette tête. Parce que, malgré tout, j'adore la voir sourire. Ça fait du bien dans cette maison.
 
— Harry, tu porteras un masque comme tout le monde et, crois-moi, ça nous fera du bien de ne pas voir ta gueule de con pendant toute une soirée.
 
Je m'apprête à répondre, mais mon père entre dans la cuisine. On sait qu'il va se mettre à parler. Et, quand il parle, tout le monde l'écoute, c'est comme ça et ça l'a toujours été. La famille patriarcale par excellence. Un père tout-puissant, une femme transparente et des enfants dévoués.
 
— Bonjour tout le monde, en forme aujourd'hui ? Ne m'attendez pas pour manger ce soir, je rentrerai tard, j'ai une réunion avec des investisseurs brésiliens, mais Maura sera là.
 
On retient tous un rire jaune parce qu'on ne voit pas vraiment la différence quand Maura est là ou pas, mais personne ne commente. Mona se dirige vers lui et il attrape le thermos de café qu'elle lui a préparé, comme tous les matins. Parce que Desmond Styles est un homme occupé, il ne prend pas le temps de prendre son petit-déjeuner avec sa famille.
 
— Gemma ! Appelle-t-il, Dépêche-toi !
 
Je vois ma s½ur entrer à son tour comme une furie dans la pièce. Elle ne me regarde pas, mais passe tendrement sa main dans mes bouclettes brunes. Elle porte un tailleur comme d'habitude et elle a l'air tellement professionnel qu'on a l'impression, vu comme ça, qu'elle aime ce qu'elle fait. Elle s'empare d'un verre dans un placard et fait tomber un comprimé effervescent à l'intérieur avant de remplir le récipient avec l'eau du robinet. Elle a déjà mal à la tête et je comprends vu la journée qu'elle va passer.
 
 — Quelqu'un peut aller réveiller Niall, s'il vous plaît ? Enchaîne mon père, Il m'énerve à rester dans son lit toute la journée, celui-là !
 
On baisse tous les trois notre visage vers la table en bois, comme si on n'avait pas entendu. Ça ne se fait pas, je le sais. Mais moi, je crois que je préfère le laisser dans son lit plutôt que de voir sa tête de déprimée dès le matin.
 
 — J'y vais, déclare Perrie en se relevant de sa chaise, Le fauteuil est dans sa chambre ?
 
Mon père acquiesce et, avec Liam, on la regarde partir. Cette fois, on sait que le sourire affiché sur ses lèvres n'est pas sincère. Elle a mal, elle aussi, mais elle essaie de ne pas le montrer. Parce que c'est son frère et qu'elle rêve secrètement de le revoir rire un jour. Alors, elle se dit qu'en lui souriant, peut-être qu'une fois, il le lui rendrait. Mais ça n'est jamais arrivé et je doute de plus en plus que ça se produise.
Tout est tellement stupide dans cette histoire. C'est arrivé il y a deux ans. Un soir, ils sont tous sortis. Mes cousins que je considère comme mes meilleurs amis, Liam et Niall, et leurs frères respectifs, Edward et Greg. Ils étaient bourrés et ils marchaient dans Londres, ils faisaient les cons, comme d'habitude, quand ils sont ensemble. Moi, j'étais avec Azoff , cette nuit-là. Ils sont tombés sur les Tomlinson. Le noyau dur, j'entends. Il y avait Louis et ses cousins. Sans grande surprise, ils se sont tapés sur la gueule. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement, ils ne me l'ont jamais vraiment expliqué, mais Niall s'est pris un coup et il est salement tombé sur la colonne vertébrale. Sentence irrévocable : paralysie des jambes.
Je me souviens du jour où on lui a annoncé qu'il ne pourrait plus jamais remarcher. Pire encore, je me souviens de son regard quand il a compris qu'il était impuissant. Il s'est mis à hurler et je me rappelle à quel point mes propres larmes me brisaient de l'intérieur. Il criait qu'il ne pourrait jamais baiser de sa vie, qu'il ne connaîtrait jamais ça, qu'il n'aurait pas de copines et pas d'enfants. J'avais quinze ans, moi aussi et, ce soir-là, je perdais ma virginité à l'arrière d'un bar friqué de la capitale. C'était immonde et douloureux. Encore aujourd'hui, j'ignore pourquoi j'ai fait ça. L'autre mec avait trente ans, j'aurais pu le faire tomber pour détournement de mineur, mais j'ai renoncé. C'était de ma faute, de toute façon, je l'avais chauffé toute la soirée et j'avais encore de la poudre dans le nez. D'ailleurs, c'était une première, ça aussi, comme quoi ce n'était pas ma soirée.
Bref, ça fait bientôt deux ans que Niall est en fauteuil et il en pleure encore. Le soir, je l'entends dans sa chambre. C'est à partir de ce moment-là que tout a dérapé avec les Tomlinson, enfin, vraiment dérapé.
Greg, le frère de Niall, était tellement en colère contre eux, qu'un soir, il est parti tout seul. On savait qu'il allait faire une connerie, mais personne ne l'a vraiment retenu, parce que je crois qu'on voulait tous notre vengeance. Il a violé Eleanor, la cousine de Louis. Les Tomlinson avaient pris les jambes de notre cousin, on prenait l'innocence de la leur. Justice était rendue. Je n'ai pas cherché plus loin. Bien sûr, les juges n'ont pas été de mon avis. Aujourd'hui, Greg est en prison et il purge sa peine, mais je crois qu'il ne se punit pas pour ce dont on l'a accusé. Il s'en fout d'Eleanor, lui. D'ailleurs, moi aussi, je m'en fous. C'est pour Niall qu'il s'en veut, parce que c'était lui le grand frère et que c'était son rôle de le protéger. Le plus triste, dans cette histoire, c'est qu'il n'est pas plus prisonnier que Niall. On sait que Greg sortira un jour de sa cage, alors que son frère est assis dans la sienne pour la vie.
 
— Allez, on y va, déclare Harold, A demain les enfants.
 
Personne ne lui répond, mais il ne se brusque pas sur ce genre de détails. Je vois Gemma attraper un morceau de brioche sur la table puis elle sort de la cuisine à son tour en nous faisant un signe de la main à Liam et moi. Je sais que ça fait bizarre, qu'on vive tous sous le même toit, mais ça a toujours été comme ça. C'est mon grand-père qui l'a décidé et on a toujours respecté son choix, même après sa mort. Il disait qu'on était une famille unie et qu'on devait le rester pour toujours. Il a acheté une immense baraque en plein c½ur de Mayfair et on y vit tous ensemble, depuis notre naissance. Moi et mes cousins. J'ai le culot de penser qu'ils ont de la chance d'avoir mes parents, parce que les leurs ce ne sont pas des cadeaux.
D'abord, il y a la s½ur de mon père, Karen, et son mari, Geoff. Ils ne vivent plus ici. Ils sont partis s'installer en Chine pour ouvrir une filiale de notre banque. Maintenant, ils attendent qu'Liam ait fini le lycée pour qu'il les rejoigne, lui et son frère Edward. Moi, ça ne m'emballe pas du tout cette histoire, parce qu'Liam est mon meilleur ami depuis toujours et que je n'ai pas envie de me retrouver tout seul avec Niall. Liam non plus, d'ailleurs, ça ne l'emballe pas cet avenir. Et je le comprends, la Chine, ça ne fait rêver personne.
Et puis, il y a aussi la petite s½ur de mon père, Maura, et son mari, Bobby. Alors eux, c'est une autre histoire. Maura est bourrée d'anxiolytiques et d'antidépresseurs, elle alterne entre les crises de dépression et les tentatives de suicide. Et Bobby, il s'en fout de tout ça. Enfin non, j'exagère. C'est seulement qu'il s'est réfugié dans le travail pour oublier. Je n'arrive pas trop à leur en vouloir. Avec un fils en taule et un autre en fauteuil, je crois que tout le monde aurait des envies de meurtre à leur place. Alors, tant que c'est dirigé contre eux-mêmes, on ne peut rien leur dire. C'est juste dommage pour Perrie. Elle n'a pas demandé à vivre dans cette famille de tarés. Heureusement qu'elle nous a. Moi, Gemma, Liam et Edward. Les Styles au complet.
 
— Tu ne parles pas beaucoup ce matin, me fait remarquer mon cousin.
— C'est cette histoire de bal masqué, je réponds en soupirant, Ça me gonfle. Il n'y aura que des lycéens.
— On est lycéens.
— Harry, tu manges.
 
Je relève la tête vers Mona et son regard sévère me dissuade de lui tenir tête ce matin. J'attrape une tartine de pain grillé sur la table et croque dedans sans grand appétit.
 
— Excuse-moi, Liam, mais on ne se tape pas tous des lycéennes de quinze ans. Donc, si, ça me gonfle de traîner avec des lycéens.
 
Mon cousin me lance un regard noir en m'intimant de me taire. Ce con, il baise avec la meilleure amie de Perrie, qui n'est pas encore au courant, bien sûr. Enfin, je dois reconnaître qu'ils s'en sortent plutôt bien, lui et Jade. En public, ils s'adressent à peine un regard, je crois que je ne les ai même jamais vu s'échanger une seule parole depuis que je les connais. Faut dire qu'ils s'échangent autre chose, apparemment.
 
— Azoff  va venir ? M'interroge Liam pour changer de conversation, au cas où notre cousine a l'idée de réapparaître maintenant.
— Heureusement qu'il vient, tu veux que je me tire une balle ?
 
Il hausse les épaules, l'air vexé que sa présence ne soit pas suffisante pour couvrir mes envies de suicide. 
 
— Tu seras planqué dans les chiottes avec Jade, qu'est-ce que ça change ?
— Putain, ça t'arrive de fermer ta gueule ?
 
Je m'apprête à m'offusquer, mais je comprends pourquoi il se brusque. Perrie vient de rentrer dans la cuisine, suivit de son frère, Niall, qui fait rouler son fauteuil jusqu'à la table. Encore une fois, elle a dû insister pour qu'il daigne se lever.
Je croise le regard d'Liam. Il a l'air encore furieux. Pourtant, je suis certain que Perrie n'a pas entendu ce que je lui ai dit. En fait, c'est plus que certain sinon elle hurlerait déjà dans tout le quartier.
Je me renfonce dans mon siège et sens Liam en faire de même, tandis que Perrie s'occupe du petit-déjeuner de son frère. Niall ne parle pas. Il n'a jamais été du matin, mais depuis qu'il est dans son fauteuil, il n'est pas non plus du midi, de l'après-midi ou de la soirée. En fait, il n'est plus, tout simplement. Ça fait tellement mal au c½ur que je n'arrive même pas à le regarder en face.
Je termine ma tartine grillée sous le regard inquisiteur de Mona puis me lève de table pour rejoindre ma chambre et récupérer mon sac de cours. On a un chauffeur avec une voiture spécialisée pour le fauteuil de Niall qui nous emmène au lycée tous les matins. Je ne la prends jamais. Je préfère marcher, ma musique dans les oreilles et les mains dans les poches. De toute façon, je ne crains rien, on est tous scolarisés dans un quartier étiqueté « Styles ».
Je rentre dans ma chambre et m'affale sur mon lit, instantanément. J'ai encore dix minutes avant de partir, mais, si je m'endors maintenant, je suis sûr de ne pas me relever. Avec tout l'effort du monde dans les bras, je m'extirpe du lit moelleux que je n'ai côtoyé que deux petites heures la nuit passée. Je me dirige vers mon bureau et allume mon ordinateur portable. Mon fond d'écran, c'est la vue du pont de Westminster. Je repense à Tomlinson, soudainement. Il est revenu une seule fois, au pont. Il s'est assis à quelques mètres de moi et il n'a rien dit. Puis il est parti au bout de dix minutes. Il n'est jamais revenu depuis, ça va faire pratiquement deux mois.
Et, à cet instant, je me demande pourquoi ça me pose un problème.
 
 
 
 
Chapitre deux.
 
 
 
Louis Tomlinson


  ♫   Showtek ft. We Are Loud & Sonny Wilson - Booyah
 
                   J'avale une gorgée de mon Whisky-Coca en m'affalant dans le canapé rouge dans mon dos. Instinctivement, je pose mes pieds sur la table basse comme si je m'installais tranquillement devant la télévision. Ce n'est pas le cas. Je ne suis pas chez moi. Enfin, c'est tout comme. Je suis au Boujis, un club privé de la capitale situé à la sortie de South Kensington. Cet endroit est un peu ma deuxième adresse. J'y suis presque tous les week-ends.
Je n'apprécie pas spécialement de passer mes nuits avec la haute bourgeoisie londonienne, mais, vu que j'en fais partie, je me force. Comme tout le monde, en fait. Et puis, avec un peu d'alcool dans le sang, c'est supportable. La musique résonne à fond entre les murs opaques et sombres. Des néons de toutes les couleurs brillent partout autour de nous et j'ai l'impression de planer dans un rêve. Enfin, l'histoire des lumières, c'est plutôt pour faire genre, parce que ce n'est pas ça qui me fout dans cet état, mais plutôt les joints et l'alcool du début de soirée.
Ma nuque se cale contre le dossier et je regarde les gens ivres qui se trémoussent sur la piste de danse. Je regarde les corps s'entrechoquer et les langues se mélanger comme si ce n'était pas profondément dégueulasse. Mon regard s'arrête sur un mec au corps d'Apollon, de larges épaules, grand, musclé, un sourire de rêve. Mes yeux se perdent sur son fessier rebondi et je pousse un soupir à peine perceptible lorsque j'entends la voix d'Aiden à côté :
 
— Vas-y, suce-le, ça t'évitera de baver.
— Je ne fais pas ça, moi.
— C'est vrai, reprend mon cousin en passant son bras autour de mes épaules, Toi, tu ne te mets pas à genoux. Tu es Louis Tomlinson.
 
Je lui lance un regard assassin même si je ne peux pas m'empêcher de rire. Parce que, oui d'accord, ça sonne arrogant dit comme ça, mais il n'a pas tort. Je suis gay, ça, toute la ville est au courant, mais je ne suis pas le genre de garçon à chercher ma proie. Je déteste draguer ou faire du rentre-dedans. Je préfère qu'on vienne à moi, si le mec est assez intéressant pour que je l'écoute plus de trente secondes, il finit généralement dans mon lit. Et encore, même à ce moment-là, je ne m'abaisse pas à le sucer. Je ne vois pas l'intérêt de lui donner du plaisir si je n'en reçois pas en retour. Je n'ai jamais connu quelqu'un qui méritait que je fasse ce sacrifice.
 
— T'es chaud ce soir, Louis.
— Ça fait longtemps que je n'ai pas baisé, c'est tout.
— Quoi ? Deux jours ?
— Trois semaines.
— Et bien ! S'étonne Aiden en s'emparant de son verre sur la table, J'en connais un qui va demander à papa de sortir.
 
Je le regarde, blasé, parce que ça fait vraiment beauf comme remarque. Aiden est le grand frère de Stan et Eleanor. Il est le plus âgé de notre bande, mais, paradoxalement, il en est aussi le plus con. Et puis, il pouffe de rire, fier de sa blague, avant de se retourner vers la piste de danse.
Je me renfonce dans mon siège, bien calé dans notre coin VIP. Mon autre cousin, Stan, est en train de danser sur la piste de danse... Enfin « danser », il donne des coups de reins contre le corps d'une blondasse bien sculptée, sa langue enfoncée dans sa bouche. Je commence à sentir mon entrejambe me démanger, moi aussi. Il n'avait pas totalement tort, l'autre abruti. Ça fait vraiment longtemps que je n'ai pas baisé.
D'un côté, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi, ces dernières semaines. Le cancer de mon père est en train d'empirer et tout s'accélère autour de moi. Les réunions, les meetings, les déjeuners. On veut me faire entrer au plus vite dans le milieu sauf que, pour ça, il faut gagner la confiance des gens. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ça ne s'achète pas. Je discute avec les amis de mon père, je réponds à leurs questions parce que je sens bien qu'ils me testent et que je n'ai pas le droit à l'erreur. Ce n'est pas un métier que j'ai sur le dos, mais une des plus grosses fortunes du pays et l'honneur de ma famille. Alors, forcément, ça occupe l'esprit un avenir comme le mien.
Mon regard traverse la piste de danse. J'ai vraiment besoin de baiser. De m'échapper quelques heures de tout ce fardeau. Mes yeux parcoururent les différents hommes. Les gros, les petits, les trop vieux, les trop jeunes et rien ne me tente. Je serre mon verre d'alcool dans ma main et avale son contenu d'une traite. Je n'ai pas trop le choix, ce soir, donc je vais devoir boire un maximum pour ne pas faire le difficile. L'alcool passe mon ½sophage et me réchauffe. Je n'en avais pas vraiment besoin vu qu'on a déjà l'impression d'être dans un four.
 
— Je viens de payer une quatrième tournée, déclare soudainement Isaac en se vautrant sur le canapé à côté de moi.
 
Je regarde mon cousin. Puis je regarde l'alcool qui déborde sur la table.
 
— T'es sérieux ? On a à peine fini la troisième.
— Et alors ? Réplique-t-il d'un haussement de sourcils, Quand on l'aura finie, on n'aura pas à attendre, comme ça.
 
J'approuve d'un geste de la tête. De toute façon, je viens de me convaincre de me mettre une mine, autant y aller en beauté.
 
— Toi, c'est comme ça que je t'aime, enchaîne Aiden à son attention.
 
Puis les deux débiles se font un check au-dessus de ma tête avant qu'Isaac ne se retourne vers la piste de danse.
 
— On dirait que ton frère s'amuse bien.
— Ouais... Enfin, j'espère qu'il ne va rien se chopper, ce con, la dernière fois, c'est moi qui ai dû gérer son traitement.
— Tu es vraiment le frère le plus protecteur au monde, je me fous de sa gueule.
 
Je me raidis, instantanément. Putain, quel con, pourquoi j'ai dit ça ? Je vois le sourire d'Aiden disparaître et je m'en veux. Je n'ai pas réfléchi. Alors, je reprends, gêné :
 
— Désolé, je ne voulais pas faire référence à...
— C'est bon, me coupe-t-il, Je sais. Ce n'est pas grave.
 
Mais je vois bien dans ses yeux que ça ne va pas.
 
— Ce n'est pas de ta faute, Aiden.
 
Il ne répond pas, principalement parce qu'il pense que j'ai tort. On a déjà eu un milliard de fois cette conversation et j'imagine qu'il n'a pas particulièrement envie de relancer le sujet. D'ailleurs, moi non plus, ça ne m'intéresse pas d'en reparler sans cesse. Ça fait deux ans maintenant que sa s½ur s'est fait violer. Alors, oui, on se déteste parce qu'on n'était pas là pour la protéger et qu'on aurait dû se douter que les Styles se vengeraient de ce qui est arrivé à Niall. Mais lui, il se hait presque aussi fort qu'il hait l'autre clan et ça me rend malade. Parce que les pourritures dans cette histoire, ce sont ces saletés de Styles, comme toujours.
 
— Hey, vos verres sont vides, les gars ! S'exclame Isaac pour détendre l'atmosphère, C'est quoi ce bordel ?
— Sers-nous à la place de parler.
 
Isaac s'empare de nos deux verres qu'il remplit de nouveau de Whisky-coca. Je le regarde faire et souris. Je l'aime bien Isaac, pourtant il ne fait pas vraiment partie de la famille. Enfin, pas par le sang, en tout cas. Isaac est le fils de Jackson Grant, le nouveau mari de ma tante, Patricia, la mère de mes deux autres cousins : Zayn, dix-sept ans et totalement en crise d'adolescence et Waliyha, une gamine adorable de dix ans. Isaac n'est que leur demi-frère, mais il prend soin d'eux autant que je le fais avec mes s½urs. Il a le sens des responsabilités et la famille est sa priorité en toutes circonstances. Il me tend mon verre et je trinque avec mes cousins. Puis, le dernier de la bande se ramène, sans sa blondasse sous le bras – merci bien – et réplique avant de s'affaler sur le canapé, avec nous :
 
— Et moi, on ne me sert pas à boire ?
— Non, on te laissait chopper ta MST en toute tranquillité, ironise son frère.
 
Stan pouffe de rire même si je ne vois pas ce qu'il trouve de drôle vu qu'il en a déjà eu une, ce con, mais je ne relève pas.
Il enchaîne fièrement :
 
— Vous devriez plutôt me remercier.
— De tout faire pour disparaître de cette terre ? Oui, c'est vrai que l'effort est à saluer.
 
Les deux frères se fusillent du regard et je retiens un éclat de rire.
 
— Mais non, la meuf que je viens de me taper. C'est Isa Cyrus.
— Et qui est Isa Cyrus ? L'interroge Isaac.
— Une meuf qui est dans la classe de Perrie Styles.
 
Là, toute la table se penche vers lui et on est tous suspendus aux lèvres de Stan.
 
— Perrie fête ses seize ans le week-end prochain et Isa peut s'arranger pour nous avoir des cartons d'invitation.
— Tu n'es pas sérieux ? Bégaye son grand frère.
— C'est une soirée masquée. On peut entrer facilement.
 
Je me redresse sur le canapé et l'arrête derechef :
 
— T'es malade. Il y aura de la sécurité partout. Aucun moyen qu'on entre là-dedans. Si on se fait chopper, on est morts.
— Et qu'est-ce qu'on irait foutre à l'anniversaire de cette gamine ? Enchaîne Isaac.
Si je disais que je l'aimais bien tout à l'heure, c'est aussi parce qu'il se range toujours de mon côté.
— Vous êtes sérieux ? S'exclame Stan en frappant d'un coup ferme sur le dossier du canapé, On a un moyen de rentrer chez les Styles ! On va foutre la merde à leur soirée, ça va être jouissif de voir leurs gueules de cons ! Allez, bande de tapettes – oh désolé Louis, ce n'était pas une insulte contre ta communauté, mais une façon de parler – on va faire ça pour s'amuser !
— Moi et ma communauté, on te prie d'aller te faire enculer Stan et non, c'est mort.
— Pourquoi tu prends toujours les décisions ?
 
J'ai bien envie de lui répondre « parce que c'est moi le chef », mais ça sonnerait trop prétentieux et, connaissant Stan, il se rendrait tout seul à la soirée juste pour ne pas aller dans mon sens.
 
— Parce que ton idée est encore plus stupide que ta personne, je réponds.
— On ne se fera pas prendre ! Continue-t-il d'insister, C'est une soirée masquée. Personne ne nous reconnaîtra !
— Et quel est l'intérêt d'y aller si personne ne sait qu'on y est ? L'interroge son frère d'un froncement de sourcils.
— Justement ! On se la joue discret, on se rapproche de Perrie, de Niall, d'Liam... Peut-être même que, si on est bons, on peut chopper Harry.
 
Un sourire amusé se devine sur mes lèvres et Stan continue sans rien remarquer :
 
— Et une fois qu'on les a éloigné de leur clan et qu'on est seuls avec l'un d'entre eux, BAM !
— Et « bam » ça veut dire quoi dans ton langage ? L'interroge Isaac d'un air sceptique, Tu veux les buter ?
 
On se met à sourire, parce que l'idée nous a tous traversé l'esprit.
 
— On se venge, corrige Stan.
— Moi, je ne touche pas aux Styles, réplique de suite Isaac, Je ne veux pas finir en taule.
— On peut juste leur faire peur.
— Et une fois qu'on est découvert par notre victime, c'est quoi la suite ? On se retourne vers le reste des Styles et on essaie de ne pas finir en bouillie ?
 
Tout le monde se retourne vers moi, l'air d'approuver ma remarque. Trop fier de m'être redonné de la crédibilité, je continue :
 
— Et puis, c'est con ton histoire. On n'entrera pas, je te dis. Il y aura la sécurité à l'entrée.
— Juste une personne à l'entrée pour vérifier les cartons, rétorque Stan comme s'il y avait déjà réfléchi, Et on les aura, donc pas de problème. Et, franchement, réfléchissez... Comment vous voulez que les Styles imaginent une seule seconde qu'on se ramène à leur soirée ? Ça paraît tellement suicidaire que ça ne leur traversera jamais l'esprit.
— Ça ne « paraît » pas suicidaire Stan, ça l'est vraiment, rétorque son grand frère.
— Oh sérieux, je vous ai connus plus drôles que ça ! Soupire-t-il en se laissant tomber contre le dossier du canapé, Pourquoi vous flippez autant ? Imaginez plutôt le kiff international de rentrer à cette soirée sans que personne ne le sache... Imaginez juste leurs gueules quand ils sauront comment ils se sont fait avoir à leur propre fête. Putain, les mecs, on a une occasion en or de casser du Styles ! Ils y seront tous ! Les grands, les petits, les parents ! On va même pouvoir rencontrer les gamins qu'ils nous cachent encore. On n'aura même pas besoin de révéler qui on est ! On reste masqués toute la soirée. On a juste à tout gâcher et observer le spectacle.
 
Et là, je sens que cet abruti arrive moitié à nous convaincre. Bien sûr, je persiste à penser que c'est une idée à la con et que ça va nous retomber dessus. Mais, je ne sais pas, ça me donne envie d'essayer. En fait, je crois que j'ai juste envie de faire un truc complètement stupide avant que mon père clamse et que je me retrouve à la tête de la société. J'ai envie de m'amuser et de profiter des derniers moments avec mes cousins. Et puis, ce goût d'interdit me fait palpiter le c½ur. Tant pis pour les conséquences.
 
— Elle pourrait vraiment nous avoir des cartons d'invitation ta copine ?
 
Je vois les lèvres de Stan se relever en un sourire victorieux. Il a gagné et il le sait.
 
— Oui, on en a parlé tout à l'heure. Elle déteste Perrie et c'est elle qui a eu l'idée.
— Pourquoi elle est invitée alors ? Interroge Isaac qui semble être le seul à ne toujours pas être convaincu.
— Perrie a invité presque tout son lycée, genre... « Fête de l'année », tu vois. C'est une Styles donc classique, elle veut être le centre de l'attention.
— Il y a les noms sur les cartons d'invitation ? Enchaîne-t-il toujours aussi sceptique.
— Ouais... Mais Perrie lui a dit qu'elle pouvait inviter des amis à elle. Isa donnera des faux noms.
— Ils ne vont pas vérifier sur les cartes d'identité ?
— Il y a au moins 400 invités, rétorque Stan, Ils ne le feront pas... Et s'ils le font, on dira qu'on a oublié nos cartes chez nous. C'est bon, on ne va pas chez la reine d'Angleterre non plus !
 
J'en doute sincèrement. Les Styles sont aussi paranos que nous en termes de sécurité. Mais, après tout ce qu'il s'est passé entre nos deux familles, je ne pense pas qu'on ait tort de s'embrigader, comme on le fait depuis quelques années.
 
— Alors ? M'interroge Stan en se retournant vers moi, On s'incruste au bal des Styles ?
C'est une mauvaise idée. Une putain de mauvaise idée qui va nous coûter cher.
— Oui, on y va.
 
Mais je crois que je m'en fous.
 
____________________
 
 
Un avis à partager pour ce deuxième chapitre ? 
Beaucoup de personnages apparaissent dans ce nouvel extrait donc j'espère que vous n'êtes pas trop perdus. Un arbre généalogique va être publié dans les prochains articles pour vous resituez dans l'histoire.
Je ne l'ai pas mis avant pour ne pas spoiler certaines relations :)
 


 

Tags : #RunUpfic - #Acte1

Chapitre trois. 19/08/2014

 
 
 
Chapitre trois.



Louis Tomlinson

 
— Je t'en supplie ! 
— C'est non, laisse tomber.
 
Zayn soupire et relâche mon bras. Il me fait la gueule, je le sais. Je l'entends taper contre le mur du couloir et je crois qu'il se fait mal à la main car il camoufle un cri dans son poing. Je me retourne vers lui et il m'assassine du regard.
 
— Cette tête de caniche désespéré ne me fera pas changer d'avis Zayn.
— Mais pourquoi ? Explose-t-il en venant se raccrocher à mon bras, Pourquoi tu ne veux pas ?
— Trop dangereux.
— Mais vous y allez tous ! Je suis toujours exclu.
— Parce que tu es trop jeune.
— J'ai dix-sept ans ! S'exclame-t-il en resserrant son étreinte sur mon bras, comme pour me prouver qu'il n'est plus un gamin, À mon âge, tu faisais déjà des trucs comme ça !
— Non, on n'a jamais fait quelque chose d'aussi risqué... Donc, c'est mort, tu ne viens pas.
 
Je l'entends grogner et m'insulter, mais je ne relève pas. Je comprends qu'il soit en colère et qu'il en ait marre d'être exclu de notre groupe. Il nous voit sortir avec les cousins, traîner dans des clubs, boire et fumer, sans que nos parents ne disent rien.
 
— Tu n'étais pas comme ça avant.
 
Je me retourne vers lui et je remarque désormais qu'il a les yeux rougis. Passée la colère, il est désormais submergé par la tristesse. Et je le comprends parce qu'il a raison. Je n'étais pas comme ça avant. En fait, on s'entendait même très bien. Au fond, on a que trois ans de différence tous les deux, c'est presque rien, c'est même moins que moi et Aiden qui a vingt-cinq ans. Alors, il ne comprend pas pourquoi je l'exclus. Enfin, je lui ai expliqué des millions de fois que je voulais seulement le protéger, que si les Styles s'en étaient pris à Eleanor – une gamine de quatorze ans qui n'avait jamais rien demandé – ils étaient tout à fait capables de s'en prendre à lui. Je le connais Zayn, c'est un impulsif. Il se ferait griller dès le départ et je n'ose même pas imaginer le sort que lui réserveraient les Styles. Alors, c'est toujours non, même si je sais qu'il me déteste comme jamais à cet instant.
 
— Je vais le dire à nos parents.
 
La menace, classique.
 
— Si tu le fais, je raconterai à Patricia comment tu as perdu ta virginité avec une de ses couguars de copine.
 
Il ferme sa gueule. Et, là, je vois vraiment qu'il essaie de se retenir de me frapper. Je sais que ça ne se fait pas ce que je viens de lui dire. Il m'avait fait confiance le soir où il m'a raconté cette histoire et je viens de la lui balancer à la gueule d'une manière totalement dégueulasse. Mais tant pis, il ne peut pas venir, je ne prendrai pas ce risque.
 
— T'es qu'un putain d'enfoiré Tomlinson.
 
Je me raidis parce que je n'ai pas l'habitude de l'entendre utiliser notre nom de famille comme ça, comme si c'était une insulte. 
 
— De toute façon, je ne vois pas pourquoi tu viens m'en parler à moi. Tu sais très bien qu'Isaac ne sera pas d'accord.
— Justement, j'espérais que tu puisses le convaincre pour que je puisse vous accompagner.
 
Il délire complètement là. Convaincre Isaac de mettre son frère en danger, il a vu la vierge.
 
— Il ne voudra jamais Zayn et tu le sais aussi bien que moi.
— Mais ce n'est même pas mon vrai frère !
 
Putain, ça y est. Il m'a cherché. Je me retourne brusquement vers lui et l'empoigne par le col de sa chemise en crachant à son visage :
 
— Tu redis encore la moitié de cette merde et je t'arrache les yeux !
— Lâche-moi !
— Ferme-la Zayn ! Tu veux savoir pourquoi on ne veut pas de toi dans le groupe ? Parce que j'ai un scoop pour toi, ce n'est pas une question d'âge, mais de maturité. Tu n'es qu'un gamin, Zayn. Tes caprices de diva et toutes tes merdes, on en a marre ! Isaac est le meilleur frère qu'on puisse rêver d'avoir et toi, tu l'as et tu lui craches dessus à longueur de journée. Parce que MERDE quoi- T'as de la merde dans les yeux ou t'es juste trop con pour reconnaître tout ce qu'il fait pour toi ?
 
Je vois ses yeux se baisser vers le sol et il marmonne un « ouais, je sais » à peine compréhensible. Je relâche ma poigne et mon cousin se recule instinctivement. Je ne me mets pas souvent en colère, enfin moins depuis que j'ai mon traitement, mais lorsque ça arrive, il vaut mieux ne pas être dans le coin. Il disparaît dans sa chambre et j'essaie de me calmer. Ma respiration se fait moins bruyante et je sens mes muscles se détendre peu à peu. Puis j'entends un mouvement à côté de moi et me retourne vers une jolie brunette aux sourcils froncés.
 
— Tout va bien. Ne t'inquiète pas.
— Pourquoi tu criais Louis ? 
 
Je regarde Eleanor et je sens mon c½ur se pincer. Elle a seize ans. Et, elle aussi, elle aurait pu organiser une superbe soirée d'anniversaire, mais elle en est privée à cause des Styles. Parce qu'Eleanor ne sort presque plus, parce qu'elle suit des cours à domicile et parce qu'elle n'a plus une seule amie, hormis ma s½ur.
 
— Tout va bien, je m'engueulais juste avec Zayn.
— Pourquoi tu t'engueulais ?
— Pour des conneries. Tout va bien, je t'assure.
 
Eleanor acquiesce d'un geste de la tête puis retourne s'enfermer dans sa chambre. Je n'en peux plus. Je suis fatigué de tout ça. Je sens mes jambes faiblir et je me réfugie dans la salle de bains que je referme à clef derrière moi. Je laisse mon dos descendre le long de la porte jusqu'à ce que mes fesses touchent le carrelage froid. Je n'en peux plus. Je vais craquer. Je n'en peux plus de voir de la douleur, toute la journée.
Eleanor, c'est qu'une partie du problème, c'est elle qui souffre, mais elle a entraîné tellement de monde dans sa chute. À commencer par ma s½ur, Lottie. Ça fait deux ans qu'elle ne vit presque plus. Elle se punit parce qu'elle était là le jour de l'agression, cachée derrière une poubelle pendant que sa cousine se faisait violemment agresser. Elle nous a expliqué qu'elle ne pouvait pas bouger, que ce connard de violeur avait un couteau et qu'il l'aurait tuée si elle était partie chercher de l'aide. Et on l'a crue. On n'a jamais remis sa parole en cause. Sauf qu'elle s'en veut. Qu'elle se le fait payer par tous les moyens. La dernière fois, c'était avec un ciseau planté dans sa cuisse. 
Et puis, il y a ma mère et ma tante aussi, elles sont totalement dévastées et terrifiées à l'idée de sortir de nos quartiers. Elles s'embrigadent, comme les riches indiens dans leurs castes qui refusent de voir la misère autour d'eux. Mais elles sont pires parce qu'elles refusent aussi de voir la misère qu'il y a chez elles, dans leur propre maison. Ça m'énerve. Que tout le monde fasse comme si tout allait bien. C'est aussi pour ça que j'ai pris un appartement. Pour ne plus entendre Eleanor pleurer parce qu'elle ne peut pas sortir, pour ne plus entendre mes parents crier sur Lottie parce qu'elle se fait du mal, ne plus entendre Zayn et ses caprices de diva qui n'a rien vécu. Je veux juste ne plus entendre la douleur. Je crois que c'est pour ça que j'aime autant le silence.
Je passe mes mains sur mon visage et j'empêche à tout prix mes larmes d'y couler. Putain. Je déteste être comme ça. Je déteste craquer et être aussi faible. Tout ça à cause des Styles. Je les hais d'une force que je serais incapable de décrire. Ils doivent payer. Ils doivent souffrir comme nous on souffre, c'est le juste retour des choses.
Je ne sais pas encore ce qu'on va faire ce soir, mais j'ai envie que ça fasse mal. J'ai envie que leurs yeux brillent de la même douleur que ceux d'Eleanor, ou de Lottie, ou de ma mère et ma tante. Je veux qu'ils souffrent. Je veux qu'ils payent le simple fait d'exister sur cette terre.
Mes poings se crispent et ma respiration devient de plus en plus saccadée. Et encore, mes problèmes de colère refont surface. Parfois, mes crises sont si fortes que je peux à peine respirer.
Je fais tomber ma tête sur la porte derrière moi et essaie de prendre de grandes inspirations comme les médecins m'ont montré. Je sens mon c½ur ralentir et je réalise que ça marche un peu, leur connerie. Je me détends enfin et relâche mes muscles. Je me félicite moi-même, j'y échappe de mieux en mieux ces derniers temps, alors que je ne prends presque plus mes médicaments.
Je me relève de ma position pour me diriger vers le lavabo. Mes mains passent sous l'eau froide du robinet et j'asperge mon visage pour retrouver une température normale. Des fines gouttes d'eau coulent le long de mes joues et on pourrait les confondre avec les quelques larmes que je laisse échapper à ma vigilance. J'attrape une serviette en coton à côté de moi et j'enfouis mon visage à l'intérieur. Et, lorsque j'en ressors, tout est parti. Le masque a repris sa place et plus aucune émotion ne traverse mon visage.
Je me regarde dans le miroir et apprécie ce que je vois. Tout simplement parce que je suis redevenu Louis Tomlinson et que, ce soir, les Styles sauront ce que ce nom signifie vraiment.
 
.
.
Chapitre trois.
 
Harry Styles
 
 
       Je pousse un soupir, regardant tout autour de moi. Je ne sais même pas pourquoi je suis venu ici. Enfin si, je sais, parce que je n'ai pas vraiment eu le choix. Perrie a insisté pour que je vienne l'aider à décorer la salle de réception. Ce que j'ignore, par contre, c'est la raison pour laquelle j'ai accepté.
— Harry, tu penses que j'accroche le cadre photo à l'entrée ou au niveau du buffet ?
— Et toi, tu penses que j'en ai quelque chose à foutre ?
 
Elle lève les yeux au ciel, telle une incomprise et part avec son cadre sous le bras pour demander un avis plus pertinent que le mien. Je m'affale sur une chaise derrière moi et observe les employés en train de s'agiter dans la salle de réception. Ma famille a loué un château à quelques minutes de Londres pour les seize ans de Perrie. C'est un rituel chez nous. Le passage à l'âge adulte, bien que je n'ai pas particulièrement l'impression que ce soit l'âge de la maturité. Mais on aime bien faire les choses rapidement chez les Styles.
Je regarde une employée de l'hôtel aux cheveux frisés répandre des plumes blanches sur le sol. Perrie a insisté pour avoir un anniversaire de princesse. Je me dis que ça lui correspond bien, d'enjoliver la réalité. On se croirait dans un conte de fée et ça me retourne le c½ur. Tout est blanc, tout est doux, tout est beau. Et c'est bien trop pur pour nous ressembler.
Je rumine mes pensées noires et à quel point je préférerais échapper à cette soirée lorsque la voix de ma mère m'interpelle au loin :
 
— Dis Harry, quitte à être inutile, tu ne veux pas remplacer la plante verte dans l'entrée ?
 
Je me retourne vers elle, un sourire sarcastique sur les lèvres. Anne se tient en face de moi, une main sur la hanche, et me fixe de ses grands yeux marron. Je l'aime, ma mère, mais elle me fait de la peine. Écrasée dans cette trop grande famille, écrasée dans cette stupide guerre des gangs, écrasée tout court. Parce qu'on ne lui demande jamais son avis, à elle.
Je me relève de ma chaise et la rejoins en traînant des pieds.
 
— Avec un sourire, s'il te plaît.
 
Je tire sur les muscles de mon visage jusqu'à le déformer et elle pouffe de rire en m'assénant d'un coup à l'épaule.
 
— Mais qu'est-ce que j'ai fait au monde pour avoir un fils aussi stupide ?
— J'apprends du maître.
— Ce n'est certainement pas moi qui t'ai donné cette éducation.
— Parce que tu m'as donné une éducation ?
 
De nouveau, elle me frappe à l'épaule et je pouffe de rire.
 
— Où est Azoff  ?
 
Je vois ses yeux pétiller quand elle me pose la question et je laisse les miens rouler d'une manière exagérée.
 
— Quoi ? Interroge-t-elle innocemment, Tu as le droit de ramener ton petit-copain ici. Ça ne me dérange pas, tu sais.
— Azoff  n'est pas mon copain, mais mon plan cul.
 
Ma mère s'offusque, mais elle fait semblant. Elle sait bien comment fonctionne le monde d'aujourd'hui. Elle sait que l'amour est une vaste connerie à laquelle plus personne ne croit. Elle sait qu'il n'y a que le cul qui retient les gens et que c'est déjà pas mal, d'avoir quelqu'un capable de me retenir. Alors Azoff , elle l'a plus ou moins accepté comme moi, je l'ai accepté dans ma vie. Comme une parenthèse.
Elle et mon père ont bien réagi à mon homosexualité. Ce jour-là, j'aurais pu leur annoncer qu'il pleuvait demain qu'ils auraient tiré la même gueule. Ça peut paraître étonnant que mon orientation sexuelle ne pose pas de problème dans une famille où la lignée et les liens du sang sont aussi importants, mais ce n'est pas le cas. Principalement parce que l'honneur des Styles, c'est Gemma. Une des conditions pour épouser la fille parfaite sera de prendre notre nom de famille. Et, franchement, je ne connais personne qui pourrait refuser vu notre renommée... À part un Tomlinson, bien sûr, mais la question ne se pose même pas. Mes parents ont mis tout leur espoir en Gemma donc le cadet peut bien baiser qui il veut, quand il veut, ce n'est pas ça qui les empêche de dormir le soir.
 
— Tata ! Se met soudainement à hurler Perrie en traversant la salle de réception en courant, Le fleuriste a oublié la moitié des roses ! Il y a eu une erreur sur le bon de commande !
 
Les yeux de ma mère s'ouvrent d'un air paniqué et je les regarde toutes les deux totalement hébété. J'hallucine, elles sont capables de s'arracher les cheveux pour de pauvres fleurs dont personne n'a rien à foutre.
 
— Harry ! S'exclame ma mère en se retournant brutalement vers moi.
 
Et là, je me dis que si j'avais été intelligent, j'aurais déguerpi avant qu'elle ne se souvienne de mon existence.
 
— S'il te plaît chéri, est-ce que tu veux bien aller acheter les roses qui manquent ?
— Il en faut combien ?
— A peu près deux cents, me répond Perrie.
— Quoi ? Mais vous êtes malades ! Qu'est-ce que vous allez foutre de tout ça ?
— C'est de la décoration, se défend-elle.
— Oui... Pas un parterre de fleurs.
 
Ma mère fronce des sourcils, l'air de me dire de la fermer, et je soupire d'un air las :
 
— Mais aucun fleuriste n'aura deux cents roses pour ce soir.
— C'est pour ça qu'il faut que tu fasses tous les fleuristes de la ville, achètes-en le plus possible à chaque endroit.
— Vous vous foutez de ma gueule ?
— Harry ! Insiste Perrie en m'attrapant le bras avec désespoir, Ce sont mes fleurs préférées !
— Des roses blanches ? Mais tu sors de quel conte de fées ?
— S'il te plaît, fais ça pour ta cousine adorée.
 
Elle prend sa petite voix mielleuse et me fait les yeux doux. Ah putain. Elle m'énerve. Je craque à chaque fois.
 
— Ok, j'y vais.
 
Ma mère et Perrie se tapent dans la main d'un air victorieux et je me dirige vers la sortie de la salle. D'un côté, ça va me faire prendre l'air et je ne servais vraiment à rien, planté comme un con au milieu de tout ce bordel.
 
— Appelle Paul ! Me crie ma mère, Il te conduira.
— Pas la peine.
 
Je sors de la pièce sans donner plus d'explications. De toute façon, elle sait très bien qui je vais appeler. Je marche un peu dans le jardin à l'entrée du château et je me décide à fumer une cigarette avant de partir à la recherche de ces putains de fleurs. Je coince la clope entre mes lèvres et l'allume avec mon briquet avant de ranger celui-ci dans la poche de mon slim.
J'en profite pour récupérer mon portable à l'intérieur et enfonce la touche numéro un. Les sonneries retentissent et j'entends sa voix ensommeillée. Le con, il dormait encore.
 
— Allô ?
— J'ai une faveur à te demander.
— Je te déteste déjà.
— Je n'ai pas fini.
— Ouais, mais ne commence pas, merci.
 
Je tire une taffe sur ma cigarette et je reprends même s'il m'a clairement fait comprendre que ça ne l'intéressait pas.
 
— Je dois acheter deux cents roses pour l'anniversaire de Perrie. Faut que je me tape tous les fleuristes du coin.
— Genre ? Te les taper vraiment ?
— Tu peux arrêter deux secondes dans ta vie d'être con ?
— Non.
— Bref, tu m'emmènes ?
— Tu n'as pas un putain de chauffeur pour ce genre de truc ?
— Si, il s'appelle Azoff , je te le présenterai un jour.
— Putain, tu saoules là, j'ai autre chose à foutre.
 
Je connais ce ton et je sens que je vais avoir du mal à gagner. Alors, j'aurais préféré ne pas utiliser cette méthode mais... Tant pis.
 
— Je te récompenserai ce soir si tu m'aides.
— Quel genre de récompense ?
— Comme si t'avais pas déjà deviné.
 
Je l'entends grommeler derrière le combiné et je souris, amusé. Ce mec ne pense vraiment qu'avec sa bite.
 
— J'arrive.
 
Il raccroche et je range mon téléphone dans ma poche tout en terminant ma clope. Ça fait longtemps que le tabac ne me détend plus, mais je continue de fumer, plus par principe qu'autre chose. Et puis, je sais que ce soir je ne pourrai pas toucher à ma came donc autant m'habituer à la cigarette et son effet pathétique.
Je relève mon visage vers le ciel. On est au mois de février. Le ciel est grisâtre et dégueulasse, à l'image de la soirée qui m'attend.
 
— Tu fais quoi planté là ?
 
Je me retourne vers Edward, le frère d'Liam, qui vient de s'arrêter devant moi, un carton rempli de photographies dans les mains.
 
— Je vais acheter des fleurs.
— Flagrant.
— Tu fais quoi avec tout ça ?
— C'est ta mère qui m'a demandé de les sortir du grenier. Elle veut recouvrir un mur avec ces vieilles photos.
 
On esquisse tous les deux un sourire avant qu'Edward ne fasse tomber le carton sur le sol. On se penche au-dessus et on attrape chacun un paquet pour les regarder. Je me mets à rire parce que, putain, c'qu'on était moches à cet âge là.
Je vois des photos de moi, Liam et Niall, des dents en moins et affublés de vieux joggings de toutes les couleurs que plus personne n'oserait porter aujourd'hui. Il y a aussi beaucoup de photos de Perrie. Des photos de toutes ses comédies musicales qu'elle nous faisait chier à aller voir tous les ans. Des photos d'elle à l'équitation, une de ses nombreuses passions. Des photos d'elle dans notre jardin, toujours prête à faire des conneries.
Puis mon regard s'arrête sur une vieille image écorchée au coin. Et là, ça me brise littéralement le c½ur. Cette photo est une des plus récentes. Une qui date de l'époque où ma vie n'était pas cette merde sans nom. On voit Perrie au milieu d'un terrain de foot, entourée de ses deux frères. Niall porte la tenue de l'équipe de Chelsea. Normal, il jouait dans ce club depuis ses douze ans. La photo a été prise le jour d'une finale importante que son équipe a remporté. Il était excellent dans ce sport et s'il n'y avait pas eu ce putain d'accident, je pourrais mettre ma main à couper qu'il serait devenu professionnel. Sur la photo, il a un immense sourire. Un sourire comme il est rare d'en voir. Ça me fait mal parce que son grand frère, Greg, a exactement le même. Sauf que quelques semaines plus tard, il se retrouvait en taule et je ne crois pas qu'il sourira ainsi de si tôt.
 
— On n'est pas obligés de mettre celle-là, murmure finalement Edward.
— On n'est pas obligés de les oublier non plus.
 
Je remets mon paquet de photos dans le carton avec celle du foot bien en évidence, sur le dessus.
 
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Pas besoin de le dire, tu le fais très bien sans parole.
— Je t'emmerde Harry. Ce n'est pas moi qui ai abandonné mon meilleur pote.
 
Je me tais parce que je sais qu'il a raison et il en rajoute une couche :
 
— Parce que moi je vais le voir en taule Greg alors que toi, tu ne te donnes même pas la peine de parler à Niall.
— J'étais pas...
— Ouais, je sais, que t'étais pas là le soir de l'accident, il me coupe, Tu l'as assez répété pour qu'on le comprenne. Je sais que tu nous en veux de l'avoir embarqué avec nous. Je sais que c'est de notre faute s'il est dans ce foutu fauteuil alors, putain, prends t'en aux bonnes personnes ! Niall, il souffre déjà assez de la situation pour en plus supporter ton indifférence. T'es qu'un sale égoïste Harry... Donc, ouais, t'étais pas là le soir de l'accident et ce n'est pas de ta faute. Mais t'as jamais été là après, t'as jamais été là quand il en avait le plus besoin, alors je te le dis, ça, c'est de ta putain de faute.
 
Edward se penche vers le sol et attrape le carton plein de photos avant de me tourner le dos pour rejoindre le château, derrière nous. Je reste comme un con, planté sur le trottoir. J'ai mal à la tête et au ventre. Cette soirée de merde me saoule.
Un coup de klaxon me sort de mon état de stupéfaction après quelques minutes d'absence totale et je me retourne vers la route. Je vois Azoff  dans sa voiture, les vitres baissées alors qu'il doit faire moins quarante dehors. Putain, il a fait vite. 
 
— Bon, tu te magnes ?
 
Je me dirige vers la voiture et m'engouffre à la place du passager.
 
— On commence par où ?
— Chez toi.
 
Azoff  se retourne vers moi, l'air de ne rien comprendre à ce que je lui raconte.
 
— On ne va pas acheter des fleurs ?
— Je m'en branle de leurs fleurs. J'ai besoin de coke. On va chez toi.
 
Il fronce ses sourcils puis il finit par faire démarrer le moteur sans rien ajouter de plus. J'adore ce type. Il me connaît si bien maintenant qu'il sait quand il doit fermer sa gueule ou pas. Et là, je le remercie de ne pas sortir un mot de tout le trajet. 
 
 
____________________
.
.
Un avis sur ce chapitre ? 
Ça fait toujours plaisirs d'avoir le ressenti des lecteurs,
surtout au début d'une nouvelle histoire ! 
Bientôt le chapitre du bal qui va vraiment "ouvrir" l'intrigue.. 
Bisous ♥
 
 


 

Tags : #RunUpfic - #Acte1