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Chapitre quatre. 19/08/2014

 

 
Chapitre quatre.
 
 
 
Harry Styles
 
             Tout se brouille autour de moi et je me demande si les plumes qui volent devant mes yeux sont réelles. Je plane complètement. Je délire même. Je n'arrive plus à reconnaître les gens autour de moi, c'est à cause de ces masques à la con. Je ne vois plus personne et me demande pourquoi ça me dérange, parce qu'il y a quelques heures, j'aurais tout donné pour que la soirée se passe ainsi, c'est-à-dire, sans moi. Sauf que je n'aime pas ça. J'ai trop de drogue dans le sang et je ne supporte pas ce sentiment de ne rien contrôler. Enfin si, d'habitude j'adore ça. Mais là, ça me fait peur. Parce qu'il y a mon père, ma mère et toute ma famille, et je ne veux pas qu'ils me voient comme ça. Je ferme les yeux et essaie de reprendre mon équilibre, mais je n'y arrive pas. Tout tangue. Alors, je recule d'un pas et m'adosse contre le mur derrière moi. Et putain, c'que ça fait du bien.
 
— T'es qu'une merde, Harry.
 
Belle entrée en matière. Je me retourne vers Liam et le toise d'un air mauvais tandis que mon cousin reprend sèchement, s'adossant contre le mur, juste à côté de moi :
 
— Franchement, tu me fais de la peine. Tu ne peux pas passer une putain de soirée sans ta coke ?
— Je t'emmerde.
— Belle répartie.
 
Je m'en fous de ce qu'il pense. Je me retourne vers la salle de réception et je regarde les gens danser. J'aimerais trouver la force de me barrer d'ici parce qu'il commence à me saouler à me fixer comme ça, mais je ne la trouve pas.
 
Je reste planté près du mur et ce con d'Liam en profite pour continuer :
 
— Tu ne pouvais pas faire un effort pour l'anniversaire de Perrie ?
— Je suis là, c'est un effort.
— T'es là, mais dans quel état ?
 
Un sale état, je le lui accorde.
 
— Tu as les yeux défoncés, même à travers ton masque on le voit.
— T'as qu'à pas me regarder.
 
Liam soupire et se relève du mur pour rejoindre la soirée. Je suis soulagé de m'en être débarrassé, mais je pense déjà à demain matin et à tout ce que je vais devoir faire pour récupérer cette connerie. Et ce n'est pas gagné. Tant pis, je n'ai pas envie de réfléchir à ça pour le moment.
Je me relève à mon tour du mur et avance sans but dans la salle de réception. Toutes les plumes qui étaient sur le sol sont en train de voler autour de nous et je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Est-ce que ce sont les mouvements des danseurs ? Est-ce qu'il y a un ventilateur quelque part ? Mes pensées s'embrouillent et je continue de déambuler au rythme de la musique crachée dans les haut-parleurs. Je suis dans un sale état, mais je pense être assez lucide pour reconnaître que cette soirée est une réussite. C'était con, son truc de plume, mais c'que c'est beau quand on se promène à l'intérieur. On se croirait dans un rêve. 
 
 
La musique change. Elle s'adoucit et ça me fait du bien. Ça ne crie plus dans mes oreilles. C'est juste beau et mélodieux. C'est juste... Parfait pour le moment. Je déambule entre les danseurs, j'ai l'impression de flotter avec eux, même si je ne doute pas que je doive juste tituber comme un con. Mais je m'en fous. Je me sens tellement bien et c'est tellement rare que je me contente d'en profiter.
Je lève les yeux vers le plafond, je vois les plumes qui tombent, qui volent, qui dansent. J'ai envie de danser avec elles, mais, si je tourne maintenant, je vais m'écrouler et il en est hors de question. Je suis trop bien pour gâcher ce moment. Les couples tournent autour de moi, ils valsent les yeux dans les yeux, et je dois les déranger à traîner comme ça, au milieu de tout cet amour, toute cette perfection.
Mes yeux s'habituent aux plumes blanches qui volent dans l'air et là, je la vois, Perrie. Putain, il n'y a pas plus magnifique que cet instant. Elle porte une robe blanche qui fait ressortir son teint de porcelaine. Son masque lui couvre la moitié du visage. Il est pailleté d'or et il brille, comme elle. Cette fille est un putain de rayon de soleil. Cette fille est mon rayon de soleil. 
Alors, je m'approche pour la voir de plus près et je vois qu'elle danse déjà avec quelqu'un. Merde, elle se fait plaisir la petite. Son partenaire est sublime. Tellement sublime que ça m'étonne de ne l'avoir jamais vu. Je m'approche encore tandis qu'ils valsent au milieu de la piste. J'ai envie de crier à tout le monde d'arrêter de danser pour qu'ils regardent la beauté de ce qui se passe sous mes yeux. Ils sont tellement beaux, ils dansent tellement bien. Je vois la main du garçon encercler sa taille. Et ils tournent, ils continuent de tourner, sans jamais arrêter de se fixer. Les yeux sont le miroir de l'âme. Ça n'a jamais eu autant de sens. Ça crève d'amour. Ça crève de beauté, de jeunesse et d'amour. Et putain, j'aimerais être à sa place, j'aimerais qu'on me regarde ainsi. Mes yeux se perdent partout sur eux, comme si je voulais ne pas louper une seconde de ce qui se passait là.
Ils ne se regardent plus, ils se dévorent, littéralement. Et moi, je suis son cousin. Mon rôle, mon devoir même, c'est de m'offusquer de ce trop plein de passion, de m'offusquer de ce type sorti de nulle part et qui emmène ma cousine dans un autre monde, juste avec son regard. Mais je n'arrive même pas à m'offusquer tant je suis scotché. Parce que, merde, je viens de vivre un coup de foudre sans en faire partie. Je ne sais pas si ça doit m'inquiéter ou me faire rire.
Ils dansent encore et je la vois rire. J'imagine déjà ce qui se passe dans sa tête de petite fille qui rêve encore de conte de fées. Je la vois déjà s'esclaffer comme une folle, frapper ses neurones les uns contre les autres pour faire le maximum de bruit possible. 
Je m'arrête. Je crois que je délire complètement là. Si ça se trouve, je viens de rêver. Si ça se trouve, il n'existe pas, ce type. Je me concentre sur ce qui se passe devant moi et je me dis qu'il a l'air bien réel. Ses cheveux ébène, sa peau légèrement basanée, ses yeux sombres et envoûtants. Il est bien réel, mais je ne sais pas de quel foutu monde il est sorti.
La musique s'arrête tout doucement et j'ai envie de m'approcher pour les voir de plus près. J'ai envie de leur parler et qu'ils me confirment que je ne suis pas complètement fou. Je m'avance tout doucement lorsque j'entends un bruit sourd derrière moi.
Je me retourne et je vois Niall, par terre, parce qu'il vient de se jeter littéralement sur un type en costume noir. Et je reste tétanisé lorsque mon cousin se met à crier :
 
— C'est un Tomlinson !
 
Deux iris bleus et mon monde de plume s'écroule. Je revois le pont de Westminster, je revois la roue de Londres, je revois la nuit qui nous enveloppe. Et ces deux yeux bleus. 
 
 
Louis Tomlinson
 
 
                Je regarde mes cousins et un sourire se devine sur mes lèvres. On est entrés. On est entrés chez les Styles sans problème. C'était trop facile, j'en suis presque déçu. On s'avance dans l'immense pièce remplie de plumes blanches et je me retiens de rire. Qu'ils sont kitsch, putain. Mais d'un côté, je trouve que ça les représente bien. Beaucoup de paillettes et de doré pour pas grand-chose. C'est superficiel, à l'image de leur famille.
Je lance un regard en biais à Isaac. J'ai finalement réussi à le convaincre de venir alors qu'il était vraiment contre, à la base. Maintenant, il sourit donc ça me rassure. Je ne voulais pas qu'il se force pour me faire plaisir. Je voulais qu'il profite, comme moi, de notre dernière connerie tous ensemble. Je vois Stan se diriger vers le buffet d'alcool et ça m'étonne à peine. Aiden l'observe partir et je vois bien qu'il le surveille parce que ça l'inquiète qu'il soit ici.
Moi, j'essaie de ne pas y penser. Si jamais on se fait prendre, je pense qu'on est morts. Littéralement, morts. Enterrés dans leur jardin après avoir été découpés en morceaux. Je frissonne à cette pensée et me rassure comme je peux. La plupart des gens ici ne connaît pas mon visage et, pour les rares qui le connaissent, ils sont probablement occupés à autre chose que de scruter l'allure de leurs quatre cents invités.
 
— Je n'ai toujours pas compris ce qu'on foutait là, mais c'est cool.
 
Je me retourne vers Isaac et lui rends son sourire. Ouais, c'est plutôt cool. Je n'en reviens toujours pas qu'on ait eu le culot de s'incruster à cette soirée d'anniversaire pour lycéens.
 
— J'ai faim, enchaîne-t-il, Tu viens ?
— Je te rejoins.
 
Isaac part sans moi vers le buffet de nourriture et je lance un coup d'½il circulaire à la pièce. J'essaie de me convaincre que je ne le cherche pas du regard, mais c'est faux.
La musique s'adoucit soudainement et je vois plusieurs couples se rejoindre sur la piste de danse. Et là, je me sens percuté. Instinctivement, j'attrape sauvagement le bras de l'homme qui vient de me pousser parce que je n'ai pas l'habitude de me faire bousculer et de fermer ma gueule. Sauf que, cette fois, je relâche ma prise à l'instant où je croise le regard du type. Putain. Zayn. Zayn. Zayn. 
Il fuit, ce con. Il profite de mon moment d'hébétude pour disparaître à travers les danseurs. Je veux le poursuivre, mais je n'y arrive pas, j'ai les pieds cloués au sol. C'est un pur délire. J'ai rêvé. J'ai trop fumé. Il ne peut pas être là. Mon cousin ne peut pas être là. Il n'a pas eu de carton d'invitation. Et puis, je lui avais interdit de venir, il ne m'aurait pas désobéi ? Non. Non. Non. J'ai mal vu. C'est quelqu'un qui lui ressemble, c'est tout. Sauf que j'ai vu ses yeux et que je suis sûr que c'est lui. Je le cherche du regard de nouveau et je le vois danser avec une jeune fille blonde au masque doré.
Mais, putain, il n'a que ça à foutre, cet abruti ? Je suis tellement en colère que je ne préfère pas y aller maintenant sinon je vais tous nous griller et on aura l'air encore plus con. Faut que je réfléchisse. Non, faut d'abord que je me calme. Mon pouls s'accélère et ma respiration devient bruyante. Merde. Ce n'est pas bon du tout. Il faut que je trouve Isaac. Il saura quoi faire. C'est le plus raisonnable d'entre nous. Il a toujours une solution. Oui, il faut que je trouve Isaac avant d'agir n'importe comment et de me laisser emporter par ma colère. Je regarde de nouveau Zayn. Il danse et je n'ai pas l'impression qu'il va bouger de là. Mais je dois faire vite, on ne sait jamais.
Je reprends de grandes inspirations pour calmer les palpitations de mon c½ur. Relax, Louis. Tout va bien se passer. Tu vas trouver Isaac et il va t'apporter une solution. Il va peut-être même te dire que ce con n'est pas son demi-frère et que tu t'es fait un délire comme le paranoïaque que tu es.
Je détourne mon regard de la piste de danse et me dirige vers le buffet. Je suis sûr qu'Isaac y est encore. J'avance rapidement entre les danseurs, et j'en pousse même certains, je m'en fiche. Il faut que je trouve Isaac. Soudain, mes jambes percutent quelque chose de dur et un cri plaintif s'échappe de mes lèvres.
 
— Oh, désolé.
 
Je baisse mon regard pour voir d'où vient cette voix et reconnais de suite Niall, assis dans son fauteuil, et qui vient sérieusement de s'excuser.
Il me regarde dans les yeux et là, il me reconnaît. Parce qu'on reconnaît forcément le regard de l'homme qui vous a brisé la vie.
Je n'ai même pas le temps de réagir qu'il se jette sur moi. Complètement. Il se propulse de son fauteuil à l'aide de ses bras et me plaque sur le sol. Je tombe et ma tête cogne le carrelage blanc. Je sens tous les regards converger vers nous et j'entends le garçon hurler :
 
— C'est un Tomlinson !
 
Bordel. Je me relève brusquement et laisse Niall comme une merde, cloué au sol, alors qu'on me fusille du regard, l'air de ne pas vouloir y croire.
 
— Niall ! S'exclame une dame brune en s'approchant du garçon encore par terre, Mais qu'est-ce qu'il se passe ici, bon sang ?
— C'est un Tomlinson ! C'est lui... C'est lui qui m'a...
— Ne vous approchez pas de lui !
 
Tout le monde se retourne vers la voix qui vient de hurler et je crois que si ma mâchoire avait pu se décrocher, elle serait tombée par terre.
Putain de bordel de merde.
Mais qu'est-ce qu'il fout ? Un cri d'effroi s'échappe de la foule lorsque les invités comprennent que le mec devant eux est en train de les braquer avec un flingue. Et moi, je suis toujours sur le cul. Je suis bloqué sur l'image de Stan avec une arme dans les mains. Mon cousin de vingt-deux ans. Une arme dans les mains. Mais où il l'a eu ? Et puis non, on s'en fout de ça, qu'est-ce qu'il est en train de foutre ?
 
— Ne l'approchez pas.
 
Il continue, comme ça, les mains aussi tremblantes que sa voix. Ça ne lui va pas. Ce flingue, ce regard, ces menaces en l'air. Putain, ce n'est pas lui, ça.
 
— Calmez-vous, murmure soudainement la dame brune de tout à l'heure, Reposez ça doucement. Nous sommes à une soirée de famille.
 
Une tête bouclée se plante soudainement devant la femme. Le garçon la protège, il place ses bras autour d'elle pour la cacher derrière lui. Je percute alors qu'il s'agit probablement de la mère d'Harry Styles.
 
— Dégage ça d'elle tout de suite.
 
Ses mots sont froids et il détache bien chaque syllabe pour lui montrer qu'il n'a pas peur de lui. Et moi aussi, j'aimerais dire à Stan de reposer son flingue et d'arrêter ses putains de conneries, mais je suis toujours tétanisé par le retournement de situation. 
 
— On va partir.
 
Je me retourne vers Isaac. Alléluia, il est là.
 
— Vous êtes combien au juste ? Interroge un mec en s'approchant de nous.
 
Je crois que c'est Edward. Son visage me dit vaguement quelque chose. À moins que ça soit son petit-frère, Liam. Je ne sais plus, ça fait longtemps que je ne les ai pas vus et encore moins en pleine lumière, comme ce soir.
 
— Juste nous, enchaîne Aiden en se joignant au groupe, On va partir. Laissez-nous sortir et on ne tirera pas.
 
Je le regarde avec des yeux ronds. Bien sûr qu'on ne tirera pas. Il est taré. On n'est pas des assassins dans cette famille. Il me lance un regard qui me dit de la fermer et je comprends qu'il les fait juste marcher. Putain, oui, je suis con.
 
— D'accord, déclare soudainement une voix féminine.
 
Cette voix, je l'ai assez entendue dans ma vie pour savoir qu'elle appartient à Gemma Styles. Je la toise rapidement du regard et le sien est tellement froid et dédaigneux qu'il me fait presque frissonner. Je déteste cette fille jusque dans mes os et c'est réciproque au point qu'on n'arrive même pas à croiser nos regards sans avoir envie de vomir.
 
— Dégagez maintenant.
 
Là, c'est son petit-frère qui parle. Bouclette est toujours postée devant sa mère qui serre ses mains sur sa taille, l'air affolé de finalement comprendre que son fils est en train de la protéger d'un fou furieux avec un flingue. Je la trouve égoïste de rester derrière ce mec alors que tout le monde sait que le clan Tomlinson veut sa peau à lui. Ou bien, elle est inconsciente. Ou elle a trop peur pour réfléchir correctement. Enfin, je ne sais pas, mais c'est con, en tout cas.
 
— Oui, reprend Stan avec le flingue toujours braqué devant lui, On part. Et personne ne nous suit ou je tire.
— D'accord, répond le fils Styles sèchement, Barrez-vous.
 
Je suis tellement hébété que je remercie Isaac de m'attraper par le bras pour m'emmener avec lui. On sort tous les quatre de la salle sous le regard noir des invités. Les gens s'écartent à notre passage. Normal, Stan continue de leur braquer son flingue dessus.
On rejoint rapidement ma voiture et on entre à l'intérieur sans même parler. Mon cousin a toujours son arme dans la main, au cas où on nous bloque la route. Je fais démarrer la voiture et mes mains tremblent tellement que j'ai peur qu'on se prenne un fossé. En plus, il fait nuit, je ne vois rien du tout. Quel con, je n'ai pas allumé les phares. Je le fais et la lumière éclaire soudainement la route. On est seuls. Pas suivis. Et sortis d'affaire.
Je me relâche complètement tandis que j'entends mes cousins soupirer à côté de moi. Puis, je réalise soudainement ce qu'il s'est passé et je freine brutalement en plein milieu de la route. On cale. Ils crient derrière sous l'effet de surprise, mais je me laisse exploser :
 
— Mais PUTAIN c'était quoi cette connerie ! Un flingue mec ? Mais t'es sérieux ? MAIS PUTAIN D'ABRUTI ! Je vais te buter ! Mais t'es débile ma parole ! Bordel- Merde de conneries- de branleurs... Un flingue quoi- Mais... PUTAIN !
 
Là, ça commence à ne plus avoir de sens, mais ils me laissent me défouler alors je continue d'insulter la terre entière avant de me calmer. Enfin, c'est Isaac qui pose sa main sur mon c½ur et ça me fait comprendre que je ne vais pas tarder à faire une crise et ce ne serait vraiment pas le moment. Je ferme les yeux et je prends de grandes inspirations. Ça va mieux. Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça. Juste assis derrière le volant à reprendre ma respiration. Les gars ne disent rien, ils attendent et Stan a rangé son flingue car il comprend que je ne veux plus jamais voir ça dans ses mains.
Tout doucement, mon pouls reprend un rythme régulier et je rallume le moteur. On recommence à rouler en silence. Stan ne parle pas car je crois qu'il n'a rien à dire pour sa défense. Je continue mes respirations calmement et je coupe la radio au moment où Isaac a voulu l'allumer. Il murmure un « désolé » et son regard bifurque vers le paysage.
Moi, je reste concentré sur la route. Je repense à la soirée et, là, j'ai un putain de déclic qui fait mal au c½ur. Mon pied enfonce la pédale de frein et on cale pour la deuxième fois, encore plus brusquement.
 
— Oh putain ! Explose finalement Aiden, On sait que tu es en colère, mais pas besoin de nous tuer !
— Zayn.
— Quoi Zayn ? Interroge Isaac en fronçant des sourcils d'un air inquiet.
 
Je me retourne vers lui, totalement paniqué et prêt à clamser une deuxième fois.
 
— On l'a laissé là-bas.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il est chez nous.
— Non. Il est là-bas. Je l'ai vu. Je voulais te le dire et puis je suis tombé sur Niall... Oh putain.
— T'es... Putain- Non... T'es pas sérieux ? Dis-moi que tu déconnes.
 
Je vois Isaac blanchir. Il sait que je suis sérieux. Je ne pourrais pas plaisanter sur un truc pareil. Pas sur son frère. Je ne me le permettrais jamais.
 
— Oh bordel, souffle Aiden en se laissant tomber sur le dossier de la voiture, Mais qu'est-ce qu'on fait ?
— On va le chercher.
Je redémarre la voiture et je fais demi-tour, sans même réfléchir, alors que Stan beugle derrière :
— Mais t'es taré ! Tu veux tous nous faire tuer ?!
— Ta gueule.
— Mais réfléchis ! Reprend Aiden qui semble, pour une fois, rangé de l'avis de son petit-frère, On leur a dit qu'il n'y avait que nous, ils ne vont pas en chercher d'autre. Si Zayn n'est pas trop con et qu'il a vu ce qu'il s'est passé, il va partir tout seul !
— Je ne prends pas le risque.
 
J'appuie sur l'accélérateur pour leur faire comprendre que je ne reviendrai pas en arrière.
 
— T'es en train de tous nous condamner !
— Non. J'irai tout seul.
— Hors de question, rétorque Isaac.
— J'y vais tout seul. Point barre. Si on y va tous ensemble, ils vont se sentir agressés. J'y vais tout seul et je le récupère.
— T'es malade, m'arrête de nouveau mon cousin, Je ne te laisserai pas.
— J'aurais besoin de quelqu'un à l'extérieur si jamais ça se passe mal. Mais laissez-moi essayer tout seul. Si au bout de quinze minutes, Zayn n'est pas revenu à la voiture, vous venez voir ce qu'il se passe.
 
Plus personne ne me répond parce qu'ils savent que quand j'ai décidé quelque chose, on le fait.
 
 
Harry Styles


 
                J'allume ma cigarette en sentant mes doigts trembler. Putain, je n'en reviens pas. Les Tomlinson ont osé venir ici, chez nous, à l'anniversaire de ma cousine de seize ans. J'ai le c½ur qui bat encore tellement vite que je n'arrive même pas à fumer tranquillement et je m'étouffe à chacune de mes taffes.
Il fait froid dehors, un temps horrible, mais je m'en fiche. Le vent frais me tient éveillé et empêche mes yeux de pleurer. Ils ont braqué un flingue sur ma mère. Ils ont vraiment braqué un putain de flingue sur ma mère. Je suis choqué. Je suis choqué malgré toutes les crasses qu'on s'est déjà faites. Nos deux familles ont fait des choses dont elles ne sont pas fières, je le sais, mais de là à menacer à mort l'autre camp. Ce n'était jamais arrivé. Mais je sens que ça risque de se reproduire désormais. Une fois la limite franchie, c'est bien plus facile de la repasser. Et c'est étrange parce que, au fond, je me demande ce qu'il se serait passé s'ils n'avaient pas eu de flingue. On ne les aurait pas laissé partir. Alors quoi ? On aurait demandé une rançon ? On les aurait tabassés à mort ? Je n'en ai aucune putain d'idée, mais je crois que je ne préfère pas savoir la réponse.
Alors, une infime partie de moi est soulagée qu'ils aient eu ce flingue sous la main. Parce qu'ils sont partis et qu'il n'y a pas eu de blessés. Depuis l'accident de Niall, je ne crois pas être capable d'assumer un autre dommage collatéral.
 
— Je vais les dégommer. Je te jure, je ne sais pas encore ce que je vais leur faire, mais on ne les laissera pas s'en tirer comme ça.
 
J'entends Edward qui parle avec ses potes, du clan Styles bien évidemment, des garçons qui soutiennent notre famille depuis leur adolescence. Le visage de mon cousin est rouge et je sens bien qu'il bouillonne de rage, mais qu'il essaie de se contenir parce qu'il y a nos parents pas loin.
Je me retourne vers Liam qui fume juste à côté de moi. Il ne parle pas. Je crois qu'il s'en veut d'avoir loupé la confrontation. Tout ça parce qu'il était en train de baiser avec Jade dans les toilettes.
Je tire une autre taffe sur ma cigarette et, là, je m'étouffe littéralement. Je suis stupéfait. Louis Tomlinson. Ça ne peut pas être lui. Ça ne peut pas être lui qui revient vers nous.
 
— Il déconne là ?!
 
C'est la voix d'Edward. D'un pas rapide, il rejoint Tomlinson qui lève les mains en l'air pour nous montrer qu'il n'a pas de flingue. Mais il est suicidaire ce type à revenir tout seul, qu'est-ce qu'il nous veut ?
Je me rapproche, comme tous ceux qui sont dehors, en fait, et Edward lâche sèchement, en se plantant devant lui :
 
— Je te donne trois secondes avant de t'exploser la gueule.
— Il nous en manque un.
— Un quoi ?
— Un Tomlinson.
 
On se regarde tous, se demandant s'il ne se fout pas de notre gueule. Je vois Edward resserrer son poing sauf que la voix de ma s½ur l'arrête avant qu'il n'ait le temps de le défigurer :
 
— Je gère. Edward, tu ne le touches pas.
 
Gemma se plante devant Tomlinson et le toise d'un regard qui ferait trembler le pays entier. Elle a la classe, ma s½ur. Je l'ai toujours su, mais là, ça saute tellement aux yeux que je ressens presque de la fierté. Il n'y a plus aucun bruit autour et ils se fixent tous les deux. C'est un peu con de penser ça, mais je trouve cet instant magique. Les deux futurs héritiers de chaque clan, l'un devant l'autre, la haine au fond des pupilles comme seul point commun. 
 
— Pourquoi tu es revenu ?
— Il y a encore un Tomlinson à l'intérieur. Je suis venu le récupérer.
— Pourquoi est-ce que tu as imaginé qu'on te le rendrait ?
— Il n'a que dix-sept ans. Il n'a jamais participé au conflit. Laissez-le.
— En échange de quoi ?
— Moi.
 
Je sens mon c½ur se contracter dans ma poitrine. Alors, ouais, il se la joue un peu héros ténébreux à se sacrifier pour sa famille, mais il est tellement beau que ça rend son geste profondément dramatique. Il se rend compte qu'il n'aura plus de visage après ça ? Ou, potentiellement, plus de vie ?
 
— Quel intérêt de tabasser un Tomlinson si on peut en avoir deux ? Interroge Edward.
 
Je vois l'héritier se crisper car ses poings se resserrent et qu'il perd peu à peu le contrôle. Son masque se fissure parce qu'il est inquiet pour son cousin et, d'un côté, ça le rend plus humain.
 
— S'il te plaît, Gemma, il n'a rien à avoir là-dedans... S'il te plaît.
 
Ça lui écorche les lèvres, bien sûr, de s'abaisser à faire ça. Mais c'est rassurant de constater que la protection de sa famille passe avant son sale honneur.
 
— Il ressemble à quoi ?
— Non, Gemma, tu n'es pas sérieuse ! Explose Edward en fusillant ma s½ur du regard, On ne leur rend pas ! Ils ont apporté un flingue à notre fête. Je ne comprends même pas pourquoi on n'est pas déjà en train de lui éclater la gueule.
— Il a l'âge d'Harry, murmure Gemma, On leur rend.
 
Le regard de Tomlinson bifurque vers moi et nos yeux se fixent l'un à l'autre. En fait, non, on ne se regarde pas. On se percute, violemment. Je me perds si loin dans la profondeur de ses yeux bleus que j'en oublie de respirer. Les yeux sont le miroir de l'âme. Putain, ça n'a plus aucun sens maintenant. C'est impossible de lire dans son âme.
 
— Je t'interdis de regarder mon frère.
 
Tomlinson détourne son visage pour observer ma s½ur.
 
— Tu le regardes encore une fois et je te crève les yeux.
 
Je vois un sourire à peine perceptible sur sa face. Parce que, oui, forcément, il se doute que Gemma n'est pas au courant qu'on s'est déjà croisés, même parlés. Mon Dieu, ça me paraît à des années-lumière tant ce qu'ils ont fait ce soir me fait regretter chacun de mes mots. J'aurais dû le pousser quand j'en avais eu l'occasion.
 
— Alors ? Enchaîne-t-elle, À quoi il ressemble, ton cousin ?
— Tu crois que je suis assez con pour te le décrire sans que je vous accompagne ? Je viens avec vous le récupérer.
— Pas moyen que tu rentres de nouveau là-dedans, l'arrête Edward.
— Tu n'es pas en position de négocier, ajoute Gemma, Donc dépêche parce qu'on n'a pas que ça à foutre.
 
Il hésite. Je le vois dans son regard. J'avoue, qu'à sa place, je ne sais même pas si j'aurais confiance en nous. D'ailleurs, c'est le cas. Je ne sais pas ce que Gemma et Edward ont en tête. S'ils veulent sa description pour lui faire passer un sale moment ou pour le rendre aux Tomlinson. Je n'en ai juste aucune idée.
 
 — Dépêche, insiste Edward que son poing démange affreusement.
— Vous ne lui ferez rien ? Vous me donnez votre parole ?
 
Notre parole. J'ai envie d'en rire. Elle ne vaut rien, pas plus que la sienne.
 
— Oui, répond Gemma.
— Il est brun, taille moyenne, la peau mate.
 
J'ai l'impression de recevoir un coup-de-poing dans le ventre. Perrie. Les mots sortent de mes lèvres sans que je ne le contrôle et je vois ma s½ur qui se retourne vers moi, l'air de ne pas comprendre ce que le nom de notre cousine vient foutre là. Putain, je sens mes jambes défaillir. Elle est avec un Tomlinson. Je l'ai laissé à un Tomlinson. Non, non, NON. Pas elle. Juste pas elle.
Je me retourne et pars en courant vers la salle de réception. J'entends Liam m'appeler, mais je ne réponds pas. Je continue de courir et m'engouffre dans le bâtiment de marbre en hurlant à plein poumons :
 
— PERRIE ! PUTAIN, PERRIE !
 
Ma mère débarque affolée et m'attrape par les épaules.
 
— Qu'est-ce qu'il y a, Harry ?
— Perrie, elle est où... Perrie... Maman, ELLE EST OÙ ?
— Mais je ne sais pas, qu'est-ce qui se passe ?
 
Je n'ai pas le temps de lui répondre. Je sais que je viens de l'inquiéter, mais, tant pis, il y a plus urgent. Je me mets à courir dans la salle. Je passe entre tous les invités et j'ai envie de leur arracher leur masque. D'ailleurs, je le fais, aux jeunes filles blondes. Elles poussent toutes des cris d'indignation, mais aucun ne sort des lèvres de ma cousine. Bordel, elle est introuvable. Le mec basané non plus. Elle n'est plus là. Ce n'est pas son genre. C'est sa soirée d'anniversaire. Elle devrait être là, au milieu de la piste de danse, en train de sourire. Mais elle n'est pas là. Mon Dieu, je me jure à cet instant que si ce mec l'a touché, je le tue de mes propres mains. Même si je finis en taule comme Greg, je n'en ai rien à foutre, je le tue.
Je finis par m'avouer vaincu. Elle n'est plus là. J'ai envie de pleurer, mais ma haine est tellement forte qu'elle m'en empêche. Elle me lacère le c½ur. Je vais le tuer. Je vais tous les tuer. Tous les Tomlinson, un à un.
Je ressors de la salle et je me dirige vers le jardin à l'entrée. Tomlinson y est toujours, entouré de Gemma, Edward, Liam et leurs amis. Putain. Il va passer un sale quart d'heure. Ils me regardent tous revenir et je vois dans les yeux d'Liam qu'il est mort de trouille. Moi aussi. Mais j'essaie de ne pas le montrer. Je me jette sur Tomlinson. J'accroche son col de smoking trop soyeux et hurle :
 
— Elle est où ?! Il lui a fait quoi ?!
 
Il se dégage d'un coup brusque et je n'ai même plus la force de le retenir. Mes bras retombent le long de mon corps. Je suis pathétique.
 
— Mais de quoi tu parles ?
— Perrie ! Putain ! Ton connard de cousin est avec Perrie !
 
Je sens un crissement général. Le poing d'Edward va partir. On le ressent tous. Il y a trop de violence dans l'air pour que ça ne parte pas en baston.
 
— Je n'en sais rien, bafouille Tomlinson qui semble aussi surpris que nous.
— Te fous pas de notre gueule, crache Edward, Tu fais diversion, c'est ça ? Pendant que tes potes sont en train de l'embarquer ?
— Tu ne repartiras pas d'ici vivant si tu ne nous dis pas où elle est maintenant.
 
Là, c'est Liam qui a parlé. Ça m'étonne que ces mots sortent de sa bouche bien qu'il a l'air convaincant... Et convaincu, surtout. C'est bien ça qui fait le plus peur.
 
— Non, mais vous êtes paranos ! Il ne la touchera pas. Et puis je ne sais pas où elle est !
 
Je vois dans son regard qu'il panique. Je comprends, parce que là, il va passer un sale moment.
 
— Je te donne cinq secondes pour nous dire où elle est, reprend Gemma froidement.
— Mais, putain, pourquoi je serais venu vous parler de Zayn si on avait prévu qu'il se barre avec elle ? Vous êtes débiles, ma parole ! Je ne suis pas au courant. Je ne sais pas où il est. Je ne sais pas où elle est. Moi, je voulais juste récupérer mon cousin !
 
C'est vrai que ça se tient, son raisonnement, mais je crois qu'on est à une heure de la nuit où on n'a pas envie de trop réfléchir.
 
— Et nous, on veut juste te péter la gueule, renchérit Edward.
— Dix personnes contre un gars tout seul ? Très classe, les mecs.
 
On se retourne tous vers le son de la voix et je reconnais un autre des Tomlinson. Un grand avec des cheveux un peu bouclés, comme les miens, mais beaucoup plus courts. Du coup, c'est moche.
Derrière le type, il y a deux autres gars. Ils doivent être frères parce qu'ils se ressemblent énormément. On dirait deux jumeaux bien qu'il y en ait un qui soit beaucoup plus costaud. Et plus âgé aussi, je suppose, parce qu'il porte une barbe mal rasée alors que l'autre, celui qui avait le flingue, a encore un visage d'enfant. 
 
— Je sens qu'on va bien s'amuser.
 
Je regarde Edward et sa remarque me fait vomir. Il sourit, comme si c'était marrant. Comme s'il avait vraiment envie de revivre une bagarre générale qui a déjà coûté les jambes à notre cousin.
Je sens Gemma me prendre la main et me retourne vers elle brusquement.
 
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Tu ne restes pas là.
— Quoi ?
— Tu ne restes pas là, Harry... Et, Liam, tu viens aussi.
 
Son ton et son regard me font frissonner. C'est bien une Styles, elle. Quand elle ordonne quelque chose, personne ne désobéit. C'est comme ça. Je la laisse glisser son bras dans le mien et elle m'emporte vers la salle de réception. Liam nous suit aussi. Je crois qu'il n'avait pas très envie de rester.
Puis, là, Gemma se retourne vers Edward et elle lâche d'une voix si neutre que j'en reste estomaqué :
 
— Vas-y. Envoie. 
 
Le premier coup retentit derrière moi et je reconnais le cri de Tomlinson. En fait, je ne sais même pas comment je le reconnais parce que je lui ai très peu parlé, mais je sens que c'est lui. Les coups continuent. Les cris aussi. Putain, je ne veux pas entendre ça. Je me mets à trembler et je sens Gemma qui me serre le bras. Je ne sais pas comment elle fait pour supporter cette vie. Comment elle fait pour donner l'ordre de tabasser quatre types sans rien ressentir de particulier. Et là, tout de suite, j'ai mal de voir ma s½ur faire ça sans regret. J'ai peur pour Perrie. J'ai peur de la vengeance des Tomlinson qui va être terrible. J'en ai marre d'avoir peur. Marre de ce merdier dans lequel je m'enfonce tous les jours un peu plus.
Gemma lâche soudainement ma main pour retrouver notre mère. Elle va la rassurer, pas comme moi, son con de fils qui est incapable de gérer un foutu problème.
Liam pose sa main sur mon épaule et il murmure doucement :
 
— Ne t'inquiète pas, on va la retrouver.
 
J'ai envie de me foutre une baffe à cet instant. Parce que, putain, j'arrive encore à penser qu'à ma gueule alors que notre cousine a disparu. Edward avait raison ce matin. Je suis qu'un pauvre égoïste. J'arrive presque à penser que je devrais me faire tabasser à la place des Tomlinson. J'en arrive à un point où je suis même fatigué de me détester.
 
— Occupe-toi de lui.
 
C'est Liam qui vient de parler, mais je ne sais pas à qui il s'adresse. En tout cas, ça n'a pas l'air d'être à moi. Je relève mes yeux vers lui et je le vois s'éloigner après avoir posé sa main sur l'épaule de Azoff. 
 
— Eh, murmure-t-il, Tu vas bien ?
— J'ai l'air d'aller bien ?
— Tu n'as jamais l'air d'aller bien, me fait remarquer Azoff. 
— Tu peux, pour une fois, juste fermer ta gueule et me prendre dans tes bras ?
 
Il sourit puis m'attrape fermement pour me serrer contre lui. Je ferme les yeux, je me laisse aller contre son corps musclé et sa chaleur. Je ferme les yeux et j'essaie de ne plus penser à rien.
 
— Je suis là, me murmure-t-il à l'oreille, Je suis là et je ne laisserai jamais ces bâtards te toucher.
 

 
 
Chapitre quatre.
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Voilà le chapitre du bal masqué ! Il vous a plu ? 
Et donc, comme vous l'avez compris,
"Roméo" et "Juliette" ne sont pas les personnages principaux de cette fiction ;) 
En espérant que la suite vous plaise ! 




 

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Extra un. 21/08/2014

 
 

 
 
Zayn
 
 
 
— C'est un Tomlinson !
 
Je frissonne, instantanément, au son de cette voix alarmée.
Je me retourne vers le mouvement de foule alors que je sens ma partenaire se crisper sous mes doigts. Je reconnais Louis, au milieu des gens et le gars handicapé par terre. Sans réfléchir, ma main glisse dans celle de la jeune fille avec qui j'ai dansé et je la tire vers moi. Je tourne les talons et je l'emmène. Je ne sais même pas où je vais, mais je ne veux pas la lâcher. C'est impossible. Je sens ses doigts se resserrer dans les miens. Elle me suit. On file entre les danseurs alors que tout le monde se rapproche de ce qu'on est en train de fuir.
Le conflit, tout simplement, c'est ça qu'on fuit. Ce n'est pas lâche, c'est courageux au contraire. Parce qu'il y a trop de gens qui rentrent dans cette guerre sans savoir pourquoi. Trop de gens qui se font souffrir sans raison. Et moi, c'est ça que je trouve le plus lâche. Faire des choses insensées simplement parce qu'on nous a dit de les faire, parce qu'on nous a fait croire qu'il fallait les faire. 
Je reconnais que je ne pensais pas comme ça il y a dix minutes. J'étais venu à cette soirée pour faire comme mes cousins, pour entrer dans leur bande et leur prouver que j'étais l'un d'entre eux. Que je n'avais pas peur des Styles et que j'étais capable d'agir autrement qu'en gamin immature. Sauf que je viens de réaliser que ce sont eux les immatures, depuis le début, et je me demande sincèrement pourquoi je voulais leur ressembler. Ils sont pathétiques. Ils ne vivent qu'à travers ce conflit, qu'à travers leur haine. Ils n'ont rien d'autre dans leur vie. Moi non plus je n'avais rien d'autre avant ce soir. Mais, maintenant, j'ai une paire d'yeux magnifiques qui me regardent et une main dans la mienne. Et, surtout, un sentiment dans le c½ur que je n'avais jamais connu auparavant. Je me demande sincèrement si j'aurais besoin d'autre chose dans ma vie après ça.
On sort tous les deux de la salle de réception, côté parc, à l'arrière du château. On part en courant. Sa main serre la mienne et elle frissonne car le vent est glacial. Il fait nuit dehors et les étoiles brillent dans le ciel noir. Tout est tellement beau et parfait que je n'ai pas envie de penser à mon abrutie de famille à l'intérieur qui va passer un sale moment. Je cours, mais je sens la jeune fille me tirer en arrière. Je m'arrête et me retourne vers elle. La jolie blonde est en train de retirer ses chaussures à talons. Elle glisse ses pieds nus dans la pelouse verte puis repart de plus belle en courant. Cette fois, elle est devant moi. Elle court vite, bordel, j'arrive à peine à la suivre. Nos mains se resserrent encore plus et on continue de courir. Alors si, finalement, peut-être qu'on est en train de fuir. La réalité. On la fuit et on prie pour qu'elle ne nous rattrape pas. Jamais.
On s'arrête, totalement essoufflés, au bord d'un étang. On ne peut pas aller plus loin mais, si cette foutue flotte n'avait pas été là, qui sait, on aurait peut-être couru jusqu'en Chine.
 
— Ah putain, souffle mon ange masqué en se laissant tomber sur la pelouse du parc, C'est de la pure folie.
 
Je m'allonge à côté, mais je ne me sens pas assez proche, alors je passe au-dessus d'elle. Mes coudes plantés dans le sol pour ne pas l'écraser complètement.
 
— Qu'est-ce qui est fou ?
— Toi, murmure-t-elle du bout des lèvres en venant caresser ma joue.
 
Je frissonne. Je ne me suis jamais senti comme ça. Je veux dire, aussi vulnérable. Mais je m'en fiche parce que c'est trop agréable pour que je m'en inquiète. J'esquisse un sourire et elle passe ses deux mains derrière ma nuque. De ses doigts, je la sens dénouer la ficelle en soie qui tient mon masque. Elle le retire doucement de mon visage et m'observe pendant quelques secondes.
 
— Je ne t'ai pas invité.
 
Je ne réponds pas, mon regard perdu dans le sien. Ses yeux bleu pastel ressortent derrière son masque à paillettes et elle est tellement belle qu'aucun mot cohérent ne pourrait la décrire à cet instant.
 
— Tu es avec eux, n'est ce pas ?
 
Je hoche doucement de la tête, même si, théoriquement, je ne suis pas venu avec mes cousins.
 
— Tu es l'un d'entre eux ? Elle se corrige.
 
Sa question me fait mal parce qu'un haut-le-c½ur la saisit au moment où elle prononce ses mots. Un sourire triste se devine sur son visage car mon absence de réponse ne lui laisse aucun doute sur mes origines.
Je me mords la lèvre d'un air gêné et ajoute à demi-mots :
 
 — Est-ce que tu peux enlever ton masque, toi aussi ?
 
La jeune fille passe ses mains derrière sa nuque et elle le fait tomber tout doucement le long de son cou. Je lui enlève totalement et la regarde. Mon c½ur se pince. Se pince si fort que j'ai envie d'en pleurer. Putain, c'est injuste.
 
— De qui es-tu la s½ur ?
 
Son regard se voile et je crois que j'ai à peine besoin de la réponse même si elle me la donne, la voix tremblante :
 
— Greg... et Niall.
— Perrie ? Je comprends, à contrec½ur. 
 
Elle acquiesce et le même sourire peiné apparaît sur mon visage. Putain, non, c'est trop injuste.
 
— Et toi ? Murmure-t-elle, Je suppose que tu es Zayn ?
 
Elle était sûre de voir juste, je suis le seul métis de la famille Tomlinson. Ma mère a épousé un pakistanais, j'en ai récolté une peau mate et un père absent. Ils ont divorcé quand j'avais huit ans et il est parti. Puis ma mère s'est trouvé quelqu'un d'autre, Jackson Grant, un bon anglais sous tout rapport, au grand plaisir de mes grands-parents. Le second mariage m'a amené un frère : Isaac. 
 
— Es-tu responsable de l'accident de Niall ?
— Non, je réponds, Je n'étais pas là.
 
Elle reste silencieuse, enregistre l'information, tandis que je lui pose la question qui me brûle les lèvres à mon tour :
 
— Est-ce que tu savais que ton frère allait violer Eleanor?
— Il ne le savait pas lui-même.
 
Je l'observe interdit et elle reprend, me fixant de ses putains d'yeux :
 
— Mon frère n'est pas un violeur.
 
Mon regard se voile instantanément car je repense à la souffrance que je lis sur le visage de ma cousine à chaque fois que je la vois. Mes mains se mettent à trembler et je murmure du bout des lèvres :
 
— Mens-toi à toi-même si la vérité est trop difficile à supporter, mais ne me mens pas à moi... S'il te plaît.
 
Je vois ses lèvres trembler et des larmes cruelles se permettent de glisser le long de son visage. La souffrance dans son regard me submerge et je pose une main sur sa joue pour la rassurer.
 
— Je ne sais pas pourquoi il a fait ça, bégaye-t-elle, en larmes, Je ne sais pas... J'veux pas. Il n'a pas vraiment fait ça. Il y a un malentendu. Il ne peut pas...
 
Sans me l'expliquer, je pose mes lèvres sur les siennes, pour l'empêcher de se torturer davantage. C'est loin d'être un baiser romantique parce qu'il a tout sauf un sens à cet instant précis. Mes lèvres glissent sur les siennes et nos larmes se mélangeant parce que c'est trop bon et trop douloureux à la fois. Mon Dieu, elle me transporte cette fille. Ses lèvres, son odeur, son souffle, ses mains dans mon dos, son être m'emporte littéralement.
Je voudrais ne plus jamais la voir pleurer et je voudrais que ma famille ne soit pas à l'origine de cette douleur qu'elle ne mérite pas. Mes mains glissent sur ses joues puis partent jouer dans sa chevelure blonde. Ses lèvres s'entrouvrent et je glisse ma langue jusqu'à la sienne. Elles se touchent, s'effleurent, apprennent à se connaître avant de valser ensemble dans un plaisir indescriptible.
Je ne sais pas combien de temps on reste ainsi. À s'embrasser, se toucher, se caresser, mais tout perd son sens. Nos familles, la nuit, ce château, notre position, le froid de l'hiver. Ma seule raison d'exister est sur mes lèvres et je suis incapable de penser à autre chose. Nos doigts se lient ensemble et on continue de s'embrasser. On ne s'arrête que pour respirer et encore, même ça, c'est insignifiant.
J'ai l'impression de perdre mon temps dès que mes lèvres quittent les siennes, dès que ma peau frissonne parce qu'elle n'est plus collée à la sienne, dès que nos regards ne sont plus fixés l'un à l'autre. Alors je suis un putain de con qui est tombé amoureux sur une saleté de coup de foudre, mais je m'en fous. Je me fous de tout sauf d'elle.
 
— PERRIE !
 
La réalité.
Elle est revenue trop vite et j'ai envie de lui tordre le cou. Blague à part, c'est mon bras que je sens se tordre. On me tire en arrière brusquement et je reçois un coup-de-poing en pleine face. Je m'écroule sur la pelouse et entends mon ange hurler. Un autre de ses cousins l'attrape dans ses bras et l'empêche d'avancer vers moi.
Je croise le regard du type qui m'a frappé. Il est jeune. Il a l'air d'avoir mon âge. Il a les cheveux très courts, châtains clair, mais la noirceur dans son regard m'indique qu'il est loin d'être aussi innocent qu'il en a l'air. Et, à cet instant, je trouve ça triste. D'avoir un regard pareil à cet âge-là.
 
— Liam ! Continue d'hurler Perrie, Lâche-le ! Lâche-le ! Il ne m'a rien fait !
— Il avait la langue enfoncée dans ta bouche et il n'a rien fait ? Beugle son cousin dans une rage noire, Tu te fous de ma gueule ?
 
On pourrait tout aussi bien leur expliquer que c'était volontaire, qu'on avait tous les deux envie de s'embrasser, qu'ils n'y auraient jamais cru. Ni lui, ni le mec bouclé qui tient Perrie fermement contre son torse. Je me relève légèrement pour me remettre sur les genoux. Je sais que je ne suis pas capable de me défendre. Il est beaucoup plus musclé que moi. Et puis, de toute façon, je ne veux pas le frapper, pas devant elle.
 
— Arrête ! Continue-t-elle d'un air paniqué.
 
Trop tard, le dit «Liam» m'attrape le bras à l'aide d'une de ses mains. L'autre étant posée sur mon épaule pour me forcer à le tendre au maximum. Je n'ai même pas le temps de comprendre l'intérêt de ce geste que sa jambe se relève et percute violemment mon bras tendu.
Mon os se brise instantanément sous la pression qu'il a mise dans son coup et le bruit de craquement résonne jusque dans mes entrailles. La douleur m'envahit d'une force indescriptible.
Un hurlement s'échappe de ma gorge et je m'écroule sur le sol. Littéralement. Les larmes dévalent mes joues et je tremble de toutes mes forces. La souffrance me donne la nausée et j'ai juste la force de continuer à respirer pour ne pas tourner de l'½il.
 
— Mais vous êtes malades ! Hurle Perrie.
— C'est un Tomlinson ! S'écrie Liam à sa suite, C'est toi qui est tarée ma pauvre fille ! Et tu peux t'estimer heureuse que ce soit Harry et moi qui t'ai trouvée parce que ça aurait été Edward, je ne suis pas certain qu'il serait encore vivant !
 
Je crois qu'il me désigne du doigt parce que je sens leur regard converger vers moi, mais je continue simplement de gémir pathétiquement.
 
— Harry, ramène-la à l'intérieur.
— NON ! Lui hurle Perrie, fermement.
— Ne discute pas, tu rentres.
— Qu'est-ce que tu vas faire, toi ? Interroge le gars bouclé.
— Je ne sais pas, soupire Liam, Tu peux demander à Gemma de me rejoindre ici une fois que tu l'auras trouvée ?
— Ouais.
 
Je crois qu'il s'éloigne, je ne sais pas, j'entends Perrie crier sauf que les sons deviennent de moins en moins compréhensibles. Je suppose que le gars bouclé est en train de l'éloigner de moi.
Je rouvre les yeux et je vois le ciel étoilé malgré ma vision brouillée par les larmes. C'est bien moins joli que tout à l'heure.
Puis Liam s'approche de moi doucement et murmure à mon oreille :
 
— Si je te vois encore une fois avec ma cousine, ce n'est pas ton bras que je brise, mais ta bite. Tu m'as compris ?
 
Je hoche la tête.
 
— Bien, conclut-il en se relevant
 
 
 
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<<Zayn et Perrie en Romeo et Juliette est la meilleure idée depuis l'invention du McFlurry Granola>>, de "Lou" le 23/08/14 
Mouahahaha ♥ 

 

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Chapitre cinq. 21/08/2014

 
Chapitre cinq.

 
 
 
Harry Styles
 
                Je plante mes mains dans les poches de mon slim en frissonnant. Putain, une vraie nuit d'hiver. Il fait si froid que je n'ai même pas envie de passer par le pont de Westminster. Pour le moment, la seule chose dont je rêve est de me blottir dans ma couette au chaud, même si je sais que mon réveil va sonner dans quelques heures. C'est con. J'aurais pu rester dormir chez Azoff, je sors tout juste de chez lui. Mais... Je ne sais pas. On est souvent tous les deux et je ne sais pas trop ce qu'il représente pour moi. Alors, de temps en temps, je rentre chez moi après qu'on ait baisé. Pour qu'il se souvienne que je ne lui appartiens pas et qu'on n'est pas ensemble.
Franchement, c'est con ces moments-là parce que j'aurais vraiment bien voulu rester emmitouflé dans ses bras. Au moins pour cette nuit. Il fait tellement froid que quelques flocons finissent par tomber du ciel. Si j'avais été un romantique, j'aurais trouvé ça beau. Mais je trouve ça moche. C'est froid, c'est sale et ça glisse. Je n'aime pas la neige. J'essaie d'enfoncer mes mains un peu plus loin dans mes poches pour les réchauffer, mais c'est encore ces foutus jeans trop serrés... Il y a à peine de la place pour mes jambes, alors mes mains. Je laisse tomber. Je les retire et je les laisse pendre dans le vide.
J'ai encore une bonne vingtaine de minutes de marche. Je sais que je pourrais prendre un taxi, mais je crois que j'ai un problème avec le fait de tout faire à pied. J'adore marcher. Je mets mes écouteurs et j'écoute ma musique. J'aime cette sensation. Même si, ce soir, je m'en serais bien passé vu le temps dégueulasse.
Je tourne à l'angle d'une rue en fredonnant les paroles du bout des lèvres, lorsque je sens soudainement une main m'attraper sauvagement le bras. J'ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que je reçois un violent coup sur la tête.
... Est-ce que j'ai été inconscient ? Je ne sais pas. Je rouvre les yeux et je suis allongé par terre, dans une ruelle sombre et isolée, alors je suppose que j'ai dû perdre connaissance à un moment donné parce que je n'étais pas là, à la base. Et puis, il y a plus de neige sur le sol que tout à l'heure. Je laisse mes yeux s'habituer à l'obscurité et, après un temps interminable, je percute que je suis en danger. Parce que ce n'est pas normal que je sois allongé sur le sol, pas normal que je sois dans un endroit où je ne me suis pas rendu et pas normal que j'ai aussi mal à la tête.
Je pose ma main à l'arrière de mon crâne et je sens une croûte, du sang séché probablement. Je sors mon portable de ma poche, prêt à enfoncer la touche numéro un lorsque l'on me prend l'objet des mains. Putain de merde, je ne suis pas seul. Je crois que je suis le mec le plus abruti de cette ville. Je ne pense même pas à regarder autour de moi. Enfin, je relève les yeux vers mes agresseurs et je suis à peine étonné de reconnaître les Tomlinson.
Je ne peux pas m'empêcher de sourire parce qu'ils ont tous une sale gueule après la raclée qu'ils ont reçue à l'anniversaire de ma cousine. Pourtant, ça fait déjà deux semaines. Mais on voit encore les marques sur leur peau, les endroits plus enflés et violacés.
D'abord, il y a ce grand mec aux cheveux bouclés. Il se tient devant moi, les bras croisés contre sa poitrine, un geste qu'il doit supposer intimidant... Je ne lui ferai pas le plaisir de lui donner raison. Puis, derrière, les deux frères de la dernière fois, un sourire salace sur leur sale visage. Et le meilleur d'entre eux. Louis Tomlinson.
Lui, il ne se donne même pas la peine d'avancer. Il a le dos calé contre le mur de brique de la ruelle dans laquelle on se trouve, à quelques mètres de nous. Au début, je me dis qu'il doit être en train de surveiller que personne n'arrive et puis ça m'étonne qu'on lui ait donné ce rôle. Je réalise qu'en fait, s'il est là-bas, c'est qu'il s'en fout de ce qu'il va se passer. Il s'en fout de ce qu'ils vont me faire. Il est comme Gemma. Il donne les ordres et, ensuite, il les regarde, il ne les applique pas lui-même, il ne se salit pas les mains.
Mes yeux s'arrêtent sur lui, mais il refuse de me regarder. Je vois bien qu'il fait exprès de ne pas croiser mon regard. Ça m'énerve. Putain, il n'est même pas foutu d'assumer ce qu'il fait.
Un violent coup au niveau de l'estomac me sort brutalement de mes pensées et je me retourne vers mes agresseurs.
 
— Tu sais pourquoi on est là ? M'interroge froidement l'homme aux cheveux bouclés.
— Vous voulez me casser la gueule. Je ne crois pas que vous ayez besoin d'une raison pour le faire.
 
Il sourit, mais je suis loin de le déstabiliser. Et puis, qu'est-ce que je crois ? Bien sûr que je suis loin de le déstabiliser. Ils sont trois et je suis tout seul. Ils savent se battre et je n'ai jamais frappé quelqu'un de ma vie. Ils sont forts et musclés et, moi, je ne suis qu'un gamin de lycéen de dix-sept ans. Et, merde, j'ai juste envie de rentrer chez moi. Je me retiens de pleurer parce que je sais que je prendrais encore plus cher tandis que le gars continue :
 
— Vous n'avez pas respecté votre parole. On ne respecte pas la nôtre.
— Quelle parole ?
— Vous aviez promis de ne pas toucher à Zayn.
 
Je ne sais même pas où je trouve la force d'esquisser un sourire, mais je le fais et ça ne leur plaît pas du tout.
 
— Vous touchez à nos enfants, on touche à vos enfants, reprend le grand baraqué à la barbe mal rasée.
— Je ne suis pas un enfant.
 
J'ignore pourquoi je me défends sur ce genre de détails insignifiants. On s'en fout. Je devrais plutôt essayer de me sortir de cette situation.
 
— Liam a frappé Zayn parce qu'on l'a choppé en train d'embrasser ma cousine... Même s'il n'avait pas été un Tomlinson, il se serait pris un poing. C'est comme ça.
— Il ne s'est pas pris un poing, il a été à l'hôpital, crevard. Ton abruti de cousin lui a cassé le bras.
 
Je reconnais la voix de l'héritier et, cette fois, c'est moi qui refuse de le regarder. Je me fiche de ce qui est arrivé à son cousin. En réalité, on en a à peine parlé de ce foutu anniversaire. Je crois que tous les Styles se sont accordés sur le fait qu'il était préférable de prétendre que rien ne s'était passé ce soir-là. Même pour Perrie. Tout le monde s'est convaincu intimement qu'elle s'était faite avoir par Zayn, que si Liam et moi n'étions pas arrivés à temps, elle se serait faite violer comme Eleanor. Sauf que moi, je sais que c'est faux. J'ai vu comment ils ont dansé tous les deux, j'ai vu comment ils se sont regardés et, putain, j'ai vu comment ils se sont embrassés. Ça m'éc½ure tellement que je préfère oublier. Alors que Zayn soit allé à l'hôpital, je n'en ai juste rien à foutre. Je voudrais même qu'il y reste le plus longtemps possible et qu'il n'approche plus jamais Perrie de sa vie.
 
— C'est l'heure de la vengeance. 
 
Ça m'étonne à peine, cette phrase. Notre conflit ne se résume qu'à ça. Des coups bas, puis des vengeances. Ça se succède tellement qu'on ne sait plus très bien dans quelle étape on est. Peut-être qu'ils se vengent, ou peut-être que c'est nous qui nous vengerons après. Mais à ce moment précis, je n'en ai pas grand-chose à faire.
Les deux frères arrivent vers moi et me prennent chacun un bras. J'essaie de me défendre, mais je ne fais pas beaucoup d'efforts car je sais que ça ne servira à rien, alors autant ne pas s'épuiser maintenant. Le gars bouclé, Isaac je crois, s'allume une cigarette pendant que les deux autres me tiennent fermement. Il n'a vraiment que ça à foutre ce con ? Ils comptent vraiment me torturer toute la nuit ?
Je préfère ne pas y penser et me retourne vers Louis. Il est toujours adossé contre le mur et il me regarde, enfin. Enfin, non, ce n'est pas vraiment son regard. Je ne sais pas, c'est indescriptible. Il n'y a rien qui passe dans ses yeux, un vide monstrueux et effrayant. Un vide à l'image de son âme. Il n'y a rien dans ce type, juste sa haine et sa ranc½ur. Je me demande pourquoi je ne l'ai pas vu plus tôt.
 
— Prêt ?
 
Je me retourne vers l'abruti qui a osé me poser cette question. Comme si j'allais répondre « oui » à cet enfoiré de première. Donc, sans trop de suspens, il n'attend pas ma réponse et soulève brusquement la manche gauche de mon manteau, laissant mon avant-bras à l'air libre. Putain. Je viens de capter. La cigarette. Je donne un violent coup de bras, mais ces bâtards me tiennent fermement. Alors je m'apprête à hurler, mais le type à la barbe pose sa main sur ma bouche et couvre mon cri de désespoir. C'est trop tard. J'aurais dû réagir avant et ne pas attendre sagement comme un débile, ne pas me contenter de regarder cet abruti de Louis Tomlinson pendant que l'autre abruti faisait chauffer sa cigarette.
Et le voilà qui arrive justement. Isaac tient la cigarette entre ses doigts et je vois le bout du tabac rougir sous le crépitement du feu. Et ce con ne fait pas durer le suspens. Il enfonce la clope dans la peau de mon avant-bras et, putain, la douleur est intolérable. Je hurle, mais la main puissante du gars derrière moi couvre si bien ma bouche que je me contente de lui baver dessus. Je me mets à chialer comme une merde en me débattant. Je gigote dans tous les sens, mais ils me tiennent si fort au niveau des poignets que j'ai l'impression que je suis en train de me les tordre. La sensation sur ma peau est atroce. Ça brûle, ça pique, j'ai l'impression de me consumer dans un feu. Ce bâtard enfonce une deuxième fois la cigarette sur mon avant-bras, à l'intérieur, à l'endroit où la peau est sensible. Et il la laisse, il la laisse, il la laisse. Bon Dieu, je vais tourner de l'½il. Je me mets à convulser sous la douleur et j'ai envie de vomir tellement c'est insoutenable Je n'en peux plus. Je veux que ça s'arrête maintenant. Il retire la cigarette, mais le mal est toujours là. Ma peau est tellement brûlée qu'elle semble se consumer lentement. 
Je continue de hurler même si j'entends bien qu'aucun son ne sort de cette ruelle pourrie. Putain, j'ai tellement mal. J'observe Isaac d'un air paniqué, je le supplie du regard d'arrêter cette torture parce que là, je n'ai plus rien à perdre, même me ridiculiser devant un Tomlinson.
Alors, j'en ai rien à foutre de ressembler à une victime apeurée parce que c'est ce que je suis. Je suis qu'une putain de victime moi, et je n'ai jamais demandé à entrer dans leur conflit de merde. Je ne l'ai pas violée Eleanor, ce n'est pas moi qui ai frappé Zayn, pas moi qui ai ordonné leur passage à tabac à la soirée d'anniversaire de Perrie. Moi, j'ai juste rien fait, mais je souffre comme si je recevais toute leur haine, leur ranc½ur et leur peine. Je n'en suis pas à l'origine, bordel.
Putain, foutez-moi la paix.
Je pleure, je pleure toutes les larmes de mon corps et je continue de trembler. Ça brûle. Tout brûle autour de moi. J'ai besoin d'eau froide. Et j'ai peur, mon Dieu. Je suis à deux doigts d'appeler ma mère à l'aide comme un gosse désespéré. Désespéré au point d'être prêt à faire n'importe quoi pour que ça s'arrête.
Mais ça ne s'arrête pas et je sens une troisième brûlure sur mon bras, juste en dessous de la première. C'est toujours aussi douloureux. Je ne m'y habitue pas. J'ai même l'impression que je pourrais clamser s'il me fait revivre ça une quatrième fois. Je pleure encore. Mes larmes coulent sur mes joues car c'est la seule chose censée que j'arrive à faire, la seule chose qu'il me reste pour canaliser la douleur.
 
— C'est bon.
 
Honnêtement, je ne sais pas qui leur a demandé d'arrêter, mais je m'en fous. Ils me lâchent, tous les trois, et je m'écroule comme une merde sur le sol. Mon bras convulse et je le plante dans la neige. C'est froid et ça fait du bien. Tant pis pour les risques d'infections. J'ai trop mal pour réfléchir correctement. Je me retourne vers les Tomlinson. Je veux les voir une dernière fois. Je veux voir leur lâcheté une dernière fois. Je veux voir dans leur regard s'ils réalisent qu'ils viennent de torturer un gamin de dix-sept ans juste pour se venger d'une connerie qu'ils avaient provoquée. Mais ça me tue parce que je ne vois pas ça. Je vois juste leur sourire satisfait et Isaac qui écrase sa cigarette sur le sol gelé du trottoir.
Mon regard tombe sur l'héritier et je crache malgré toute la douleur qui me prend au corps :
 
— CONNARD !
 
J'aurais pu le dire à mes tortionnaires, mais, dans mes lèvres, c'est à lui que s'est adressé. Parce que, même s'il n'a pas de sang sur les mains, c'est lui qui le répand. Lui qui répand sa haine en reprenant la société de son père, lui qui continue ce conflit insensé. L'intouchable Louis Tomlinson. Il me dégoûte. Je sais que, théoriquement, Gemma est comme lui. Elle est puissante et elle en profite pour faire mal au clan adversaire. Mais non, je ne sais même pas pourquoi je les compare. Ma s½ur n'est pas le monstre que j'ai sous les yeux.
Ma tête tombe sur le trottoir et tout se brouille autour de moi. Je crois que c'est à cause du froid, mais je n'en suis pas sûr. Je me sens partir et c'est tout ce dont j'ai besoin. Je veux m'en aller, ne plus rien ressentir.
Je les entends s'éloigner et je tends mon autre bras pour attraper mon portable, mais je me souviens soudainement qu'ils me l'ont pris et je ne sais pas où ils l'ont foutu. Et je n'ai pas la force de chercher maintenant.
Je ferme les yeux, tant pis, je reste là. Je ne suis pas si mal, couché sur le ventre, le bras planté dans la neige et les larmes qui continuent de couler sur mes joues. Je ne sais même pas où je suis et j'ai peur. J'ai bien l'idée d'appeler à l'aide mais, vu le quartier, je crains que ça ne m'amène plus d'emmerdes qu'autre chose. Je devrais peut-être attendre demain matin. Si je suis encore vivant à ce moment-là, bien sûr. Je frissonne et, en même temps, je crève de chaud. Je ne capte plus rien. Je ne sais même plus ce que je ressens, je ne sais même plus quel bras est brûlé.
Et, là, comme ça, je crois que je finis par perdre connaissance.
  
 
 


 
Chapitre cinq.
 
 
 
Louis Tomlinson
 
 
                Je gare ma voiture sur le trottoir et je reste là, les mains fixées sur mon volant. Je lance un coup d'½il à ma gauche et je regarde la petite ruelle dans laquelle on a brûlé le bras du fils Styles. Je sens ma respiration s'accélérer. J'essaie de convaincre mon cerveau d'appuyer sur la pédale d'accélérateur pour continuer ma route, mais mon corps ne semble pas réagir. Putain. Je frissonne et je ne sais pas quoi faire. Ça fait déjà deux heures. Il est parti. Il est forcément parti. Mais s'il... Non. Je m'arrête de penser à ça. Faut que j'arrête de penser tout court.
Il l'a mérité. Son clan l'a mérité. Ce sont eux qui ont commencé. Ils avaient promis de ne pas toucher à Zayn et ils lui ont éclaté le bras juste après cette putain de promesse. On ne peut pas leur faire confiance. On ne peut jamais faire confiance à un Styles.
Je frissonne de nouveau et je regarde la neige tomber. Putain, il fait vraiment froid. Si jamais il est resté là-bas, il ne risque pas de passer la nuit. Oh merde. Je ne sais plus quoi faire. Je n'en peux plus de rester là sans rien faire. Mes mains se décrochent du volant et je quitte ma voiture. Faut que j'en aie le c½ur net. Faut que je voie cette ruelle vide et-
Merde. Putain de merde. Mais qu'est-ce qu'il fout encore là, ce con ?
Je m'approche rapidement du corps étalé dans la neige et le secoue. Il a les yeux fermés. Il dort. Quel abruti. Ce n'est pas franchement le moment de dormir. Puis là, j'ai envie de me foutre une claque monumentale. Bien sûr que non, il ne dort pas, il est en train de crever. Il y a un gamin de dix-sept ans qui est en train de crever à cause de moi et je trouve encore le temps de l'insulter.
Je pose une main sur le front de Styles. Il est brûlant de fièvre. J'attrape son bras toujours planté dans la neige et je retiens un haut-le-c½ur. C'est immonde. Putain, on est immondes. Il y a trois énormes trous sur son avant-bras qui suintent. J'ai envie de vomir. Son bras est totalement gelé. Il a mis sa peau dans la neige et le froid a encore plus brûlé la peau. Elle est rouge vif et contraste avec la blancheur de son teint naturel.
 
— Styles !
 
Je le secoue, mais il ne répond pas. Putain, il fait trop chier. Et puis, pourquoi je suis revenu d'abord ? Je suis vraiment stupide.
 
— Styles !
 
Je le vois rouvrir un ½il doucement. Oh putain, merci. Il n'est pas totalement mort.
 
— Caas- se ttt-oii.
 
Il a du mal à parler et il utilise ses dernières forces restantes pour me dire ça. Quel abruti. Je ne peux pas le laisser comme ça. Je n'ai même pas le droit de le laisser comme ça. C'est écrit dans la loi. C'est de la « non-assistance à personne en danger ». Enfin, dans l'hypothèse où c'est moi qui l'aie mis en danger, je ne sais plus très bien si ça marche ce truc-là. Bref, on s'en fout.
 
— Tu peux te lever ?
 
Styles me regarde comme si j'étais le dernier des abrutis. Je ne peux pas trop lui en vouloir. Il n'arrive même pas à parler et moi, je lui demande s'il peut se mettre debout. Je crois que la situation me dépasse. Je me retourne dans la ruelle, j'espère trouver une réponse quelque part. Je ne sais pas, un truc écrit sur un mur qui me dirait quoi faire. Mais il n'y a rien. Je vois juste son portable tombé plus loin sur la route et je pars le ramasser. Ça n'aide pas beaucoup, mais c'est déjà ça.
 
— Dé- Dé-gaage...
 
Je baisse mon regard vers lui. Cette fois, ces yeux sont bien ouverts et il pleure. Il pleure parce qu'il souffre et qu'il a peur. Ça se voit sur ses traits enfantins.
Je l'interroge :
 
— Sérieusement ? Tu veux vraiment que je te laisse tout seul ?
— Ou-Oui.
 
C'est sa fierté qui le fait parler, mais j'ai la mienne aussi. Alors, je tourne des talons et je me barre. J'avance dans la ruelle sans me retourner vers lui même si je sens son regard dans mon dos. Il va craquer. Il a besoin d'aide et il le sait.
 
— Put- Putain...
 
Je m'arrête sans me retourner vers lui pour autant et je l'entends continuer d'une voix haletante :
 
— Re- R'viens...
 
Il pleure. J'entends les sanglots étrangler sa voix et mes poings se resserrent.
 
— Je- J'veux... Pas... Cre-ver là.
 
Je suis le pire des enculés. Je lui ai infligé ces brûlures, je l'ai laissé crever deux heures dans la neige et là, je m'amuse encore à le torturer en lui faisant croire que je vais partir et le laisser mourir tout seul. Putain. Je me déteste. Depuis quand je suis devenu comme ça ? Ce n'est qu'un gamin. Un gamin arrogant, drogué et détestable. Mais un putain de gamin qui a l'âge de Zayn.
 
— Steu-plé.
 
Je me retourne brusquement vers lui et je le rejoins en courant. Maintenant, j'arrête les conneries. Je ne suis plus un Tomlinson et il n'est plus un Styles. Je dois m'en persuader, je dois le croire. Là, c'est juste un gamin qui a besoin d'aide et je suis la seule personne présente.
Je passe ma main dans sa nuque et le relève. Il tombe dans mes bras et je le serre quelques instants contre moi, sans trop savoir pourquoi. Pour le réchauffer, probablement, il est mort de froid malgré sa fièvre qui rend son visage brûlant. Sa tête tombe contre ma nuque et je sens sa bouche s'échouer sur ma peau. Ses lèvres sont bouillantes et le souffle qui se répand dans mon cou me fait frissonner. Il va me mourir dans les bras si je ne me bouge pas très vite.
Je ne suis pas très costaud et il est plutôt grand donc je prends une grande inspiration et je puise dans toute la force qu'il me reste de cette fin de nuit. Je descends mon bras dans le creux de son dos et je nous relève tous les deux bien que Styles soit toujours vautré contre moi.
 
— Tu peux... Tu peux essayer de bouger les jambes ? Je te tiens, mais il faut qu'on aille jusqu'à la voiture et je ne peux pas te porter.
 
— Ok.
 
Je sens encore son souffle chaud contre ma nuque et j'avance d'un pas. Il me suit, avec difficulté, je vois ses jambes se mouvoir bien qu'elles tremblent si fort que je me demande comment il parvient à rester debout. Je resserre mon étreinte au niveau de son dos. Nos hanches sont quasiment collées l'une à l'autre. On sort de la ruelle après des minutes qui me paraissent interminables.
 
— Ma voiture est juste là.
 
Je le vois relever son regard vers l'endroit que je lui indique et il sourit d'un air soulagé. On est à seulement quelques pas de la délivrance. Je m'arrête finalement devant ma Ferrari et ouvre la portière arrière.
 
— Allonge-toi là. On est chez moi dans quinze minutes.
 
Styles se crispe et je le comprends. « Chez moi », chez les Tomlinson. Je sais bien qu'il ne va pas applaudir mon idée, mais je n'ai pas d'autres solutions. Enfin si, il y en a des millions. Appeler ses parents, ses cousins, une ambulance, l'hôpital, les pompiers... Mais non, c'est trop risqué. Ça veut dire que je reste avec lui et ce serait impossible à expliquer à nos deux familles.
Et puis, je sais que je peux y arriver tout seul. Ça ne doit pas être si grave quelques brûlures et une mauvaise grippe. Styles a l'air de le penser lui aussi parce qu'il entre dans la voiture. En même temps, c'est ça ou mourir sur le trottoir, il n'a pas beaucoup hésité.
Il s'allonge sur la banquette après un cri de douleur lorsque son bras effleure le cuir des fauteuils et moi, je m'assois à ma place, derrière le volant. Je démarre le moteur et j'entends derrière moi :
 
— Bande d'enculés.
 
Je regarde dans mon rétroviseur et il est en train d'observer son bras, un air dégoûté sur le visage. Je reconnais qu'on ne l'a pas loupé. Je roule en silence jusqu'à mon appartement et je n'arrive pas à réfléchir correctement avec l'autre qui geint de douleur derrière moi.
Putain, qu'est-ce que je suis en train de foutre ?
Je ramène un Styles dans mon quartier, c'est presque suicidaire. Je ne sais pas ce que je fais et je me gare en catastrophe devant mon immeuble. Putain, heureusement que je vis seul. Mais si on me voyait ? Si un Tomlinson me voyait ? Maintenant, mes cousins savent à quoi il ressemble. 
Je chasse ces sombres idées de ma tête et j'ouvre ma portière arrière. Il ne parlait plus depuis quelque temps et je comprends pourquoi vu qu'il a de nouveau tourné de l'½il. Et merde. Je suis sûr qu'il est en hypothermie. Il ne pourrait pas être dans cet état pour des brûlures au bras. Je grommelle et essaie de le tirer de la voiture.
Putain. Il est trop lourd, je n'y arriverai jamais. Je le laisse choir sur la banquette arrière et je cours jusqu'à mon immeuble. Je me précipite vers le gardien, à l'entrée. Il fait presque trois fois mon poids. Je me mets à trembler comme un con en arrivant à sa hauteur :
 
— Besoin d'aide ! Venez !
 
Il ne réfléchit pas plus longtemps et me suit jusqu'à ma voiture. Je lui montre Styles sans vraiment chercher à m'expliquer davantage sur la situation et ajoute mal à l'aise :
 
— Vous pouvez le porter jusque chez-moi, s'il-vous-plaît ? Il est trop lourd.
 
L'homme acquiesce et je me sens soulagé. Je le vois prendre Styles par la taille et il le cale sur son épaule.
 
— Faites attention à son bras !
 
Il me toise d'un regard mauvais, l'air de me dire « Débrouille-toi tout seul si tu n'es pas content » et je me tais. On avance tous les trois vers l'immeuble et le mouvement réveille Styles qui regarde tout autour de lui. Mais il a l'air trop épuisé pour commenter cette situation surréaliste. D'ailleurs, moi aussi, je m'en étonnerai plus tard. Là, j'ai autre chose à faire. Le gardien le repose devant les ascenseurs et j'actionne le bouton d'appel tandis qu'il m'interroge:
 
— C'est bon ?
— Oui, merci.
 
L'homme s'éloigne et je vois Styles pouffer de rire bien qu'il soit vautré contre le mur car il n'arrive pas à se tenir debout tout seul. Je me retourne vers lui et je cingle sèchement :
 
— Quoi ?
— Tu lui as sérieusement demandé de me porter parce que tu n'avais pas assez de force?
— Je t'emmerde.
— D'un côté, vu que tu te contentes de regarder les autres se faire tabasser, je comprends.
— Va te faire Styles. Tu veux que je te laisse crever dehors ?
— Mais ne l'as-tu pas déjà fait ?
 
Je ne réponds pas parce qu'il m'énerve. Alors, je me tourne vers l'ascenseur et, lorsque les portes d'acier s'ouvrent, je m'y engouffre sans même chercher à savoir s'il me suit. J'appuie sur le bouton de mon étage et les portes se referment. Sauf que je suis tout seul. Je pousse un soupir en appuyant sur le bouton arrêt de la machine avant de ressortir dans le hall. Styles est toujours vautré contre le mur.
 
— Putain, tu me fais chier ! Dépêche, je n'ai pas que ça à foutre !
— Pourquoi je te suivrais ?
— J'aide, là.
— Je n'aurais pas besoin d'aide si tu n'avais pas ordonné à tes toutous de me torturer.
 
« Torturer ». Tout de suite les grands mots. Ce n'est pas un Styles pour rien celui-là.
 
— Viens. Tu ne vas pas rester dans le hall d'entrée. C'est un quartier Tomlinson ici. On ne peut pas te voir là.
— Je n'ai pas confiance en toi, tu es...
— Quoi ? Le méchant ?
— Oui.
 
Je me foutais de sa gueule et ça m'étonne qu'il ait répondu oui, du coup.
Je continue en pouffant de rire :
 
— Ouais, c'est ça, tu as raison. Je suis le grand méchant loup. Et toi, tu es quoi au juste ? Boucle d'or ?
— Ce n'est pas le même conte, abruti.
 
Je ne commente pas et l'attrape par son bras valide pour le tirer vers l'ascenseur. Bien entendu, ce con s'écroule sur moi et je repose de suite mon bras dans le creux de son dos pour le maintenir debout. J'enfonce le bouton de mon étage et les portes se referment sur nous.
 
— Tu ne vas pas me violer ? M'interroge Styles. 
— Je vous laisse cette spécialité.
 
Il ferme sa gueule. Tant mieux parce que j'étais vraiment à deux doigts de le laisser se vautrer par terre. Je n'en reviens pas qu'il ose blaguer sur ce genre de choses. Il me dégoûte. Je ne sais même pas pourquoi j'essaie de le sauver. Il ne le mérite pas. Même s'il n'a jamais rien fait, il soutient l'action des autres et c'est tout aussi critiquable.
L'ascenseur s'arrête à mon étage, au quatrième, et on sort tous les deux de la cage d'acier. On ne parle pas. Je crois qu'on mesure à quel point chacun de nous déteste l'autre et à quel point le fait qu'on soit collés ainsi n'est pas cohérent.
Je le dirige vers la porte de mon appartement et sors les clefs de ma poche bien que ça soit difficile avec le poids de Styles contre moi. J'arrive à attraper le trousseau et tourne la clef dans la serrure. On entre chez-moi et je referme la porte derrière nous en donnant un coup de pied dedans. La chaleur de l'appartement a l'air de détendre Styles car je le sens se détacher un peu de moi. Je le lâche doucement et il se remet debout, passant une main dans ses cheveux trempés à cause de la sueur.
 
— Va t'allonger sur mon lit, je vais te chercher un médicament.
— Et je suis censé savoir où se trouve ta chambre ?
 
Ah putain, il m'énerve avec son air dédaigneux. C'est un loft, ce n'est pas si compliqué de deviner où est ma chambre. Je suppose que sa fièvre l'empêche de réfléchir correctement. Je lui indique un mur en pavé de verre au bout de la grande pièce, derrière lequel on devine un lit. Il hoche de la tête et s'y dirige sans rien dire. Je l'entends s'affaler dessus et me permets de lâcher un long soupir.
Putain. Réfléchis Louis. Réfléchis.
Je regarde tout autour de moi et essaie de calmer ma respiration. Ce n'est absolument pas le moment de faire une crise. Ok. J'inspire. J'expire. J'inspire. J'expire. C'est bon.
Je me dirige vers ma salle de bains et ouvre les étagères au-dessus du lavabo. Je prends tous les médicaments que j'ai à l'intérieur : des compresses, des pansements, des préservatifs, des- Que ? Quoi ? Je m'empare de la boite et je la balance derrière moi. Comme si j'allais avoir besoin de ça. Je me concentre sur mon étagère. Je n'ai que du paracétamol et de l'aspirine. Je ne vais pas aller très loin.
Je ne sais pas quoi faire. Non, je ne dois pas me laisser aller. Pas maintenant.
Je sors de la pièce et me précipite vers mon bureau. Je démarre mon ordinateur portable et le temps qu'il s'allume, je prépare le médicament de Styles. Je mets trois comprimés dans un verre, vu son état, il en aura besoin, et fais couler l'eau du robinet à l'intérieur.
Je rejoins ma chambre avec le verre dans les mains. Il n'est pas endormi, mais il pleure en regardant son bras. Sauf qu'au moment où il me voit arriver, il essuie rageusement ses larmes sur ses joues et il se relève.
 
— Vous êtes des monstres.
— Pas le moment de s'attarder sur ce sujet... Bois.
 
Je lui tends le verre et il le regarde d'un air sceptique.
 
— Si j'avais voulu te tuer, je t'aurais laissé là-bas, je n'aurais pas pris la peine de te ramener ici pour t'empoisonner.
 
Il prend le verre en continuant de me fixer puis lâche amèrement :
 
— La culpabilité ne te rend pas plus humain, Tomlinson. 
 
Je sais. Sauf qu'elle est là alors j'essaie de m'en sortir comme ça. Je sors de la pièce et me dirige vers l'ordinateur. J'ouvre internet et recherche sur Google comment soigner des brûlures de cigarette. Je lis les pages qui s'ouvrent devant mes yeux et je suis prêt à tourner de l'½il. Ils disent qu'il faut appeler les pompiers de toute urgence si les brûlures dépassent le deuxième degré. Mais qu'est-ce qu'ils appellent premier, deuxième, troisième degrés ? Je n'en ai aucune putain d'idée. Je lis les instructions. Il faut désinfecter les plaies. Je n'ai pas de désinfectant. Je passe mes mains sur mon visage et j'ai mal au ventre. Je me relève de ma chaise et retourne dans la chambre. Styles a fini son verre et l'a reposé sur la table de chevet.
 
— Il faut te déshabiller et te mettre sous ma couette pour te réchauffer.
— Je le fais tout seul.
— T'es sûr ?
 
Il commence à se mouvoir pour enlever son manteau, mais je vois une grimace de douleur se dessiner sur ses traits. Putain, la fierté, qu'est-ce que ça rend con. Je crois que je suis assez bien placé pour le savoir également.
 
— Laisse.
 
Je m'avance vers le lit et m'assois sur le bord. J'attrape la manche de son bras valide et l'aide à la retirer. Je fais glisser le manteau derrière son dos. Il porte juste un tee-shirt blanc en dessous et celui-ci est trempé de sueur. On arrive à la deuxième manche. Elle est toujours relevée jusqu'à son coude et je me demande comment on va réussir à la faire passer sans frotter ses brûlures.
 
— Tu es prêt ?
— Ouais.
 
Je tire au maximum sur la manche et la fais glisser le long de son bras. J'arrive à ne pas toucher les plaies et lui retire totalement le manteau que je laisse tomber sur le sol.
 
— Tu devrais aussi enlever ton tee-shirt. Il est trempé.
— Hors de question.
— Comme tu veux.
 
Je me relève du lit et me dirige vers la sortie en ajoutant :
 
— Je vais à la pharmacie de nuit, je reviens dans dix minutes, reste là.
 
Il pouffe de rire, l'air de dire qu'il ne risque pas d'aller bien loin de toute façon et je sors de ma chambre. Je prends un papier sur mon bureau et écris les soins dont je vais avoir besoin dessus. Je sors de l'appartement puis de l'immeuble rapidement, croisant le gardien de tout à l'heure. Il me regarde d'un ½il noir, se demandant probablement pourquoi il m'a aidé vu que je n'ai pas l'air très net, mais il ne dit rien et ouvre la porte pour me laisser sortir.
Je rentre dans ma voiture et pars pour la pharmacie de nuit. Elle n'est pas très loin de chez moi. Je me gare en double file devant le magasin et vais directement à la caisse. Il n'y a aucun client. Pas étonnant à cette heure-là de la nuit. J'explique brièvement la situation à la pharmacienne et achète tout ce qu'elle me conseille. Je ne pense même pas à regarder le papier que je me suis fait.
Puis je repars avec mes courses et, en quelques minutes, je suis de retour chez moi. Le gardien me lance encore un regard blasé, me faisant comprendre qu'il en a marre de voir ma gueule ce soir et je me dirige vers les ascenseurs en lui souriant, histoire de le faire chier une dernière fois.
Une fois arrivé dans mon loft, je retourne directement dans ma chambre. Styles y est encore, bien sûr, mais il colmate sur mon lit. Je pose une main sur son front, il est toujours brûlant. Je pousse un soupir avant de me ressaisir. Je vide le sac plastique de la pharmacie et tous les produits tombent sur la couverture.
Je place ma main dans la nuque de Styles et le soulève pour le remettre debout. Je l'entends grommeler contre moi et glisse mes mains dans son dos pour soulever son tee-shirt.
 
— Qu'est-ce que tu fais ? Souffle-t-il dans mon cou.
— Laisse-moi te l'enlever.
 
Il ne répond rien donc je prends sa réponse pour un oui. Je lui enlève son tee-shirt en passant d'abord son bras valide, puis sa tête et je n'ai plus qu'à retirer brièvement le vêtement en prenant soin de ne pas toucher son autre bras. Il se laisse tomber contre mon torse et je sens sa peau brûlante contre la mienne. Étonnement, ses bras se resserrent autour de mon corps et ses doigts agrippent ma veste en jean. Il pleure encore. Je crois qu'il n'a pas conscience de ces gestes, ni de qui je suis. Les comprimés de tout à l'heure et sa fièvre doivent le faire planer et c'est surprenant pour un drogué comme lui. Je le pensais plus résistant.
 
— Allonge-toi Styles. Tout va bien.
 
Il ne bouge pas alors je suis obligé de me baisser vers l'avant pour l'obliger à se recoucher. Il glisse lentement vers le matelas, accroché à mon dos, et je me retrouve complètement au-dessus de lui alors que sa tête se cale dans mon oreiller.
 
— Lâche-moi. Je dois soigner ton bras.
 
Ses doigts relâchent ma veste et ses deux bras retombent de part et d'autre de son corps. Je reste un instant couché sur lui. Je ne l'avais jamais vu de si près. Ses lèvres charnues, sa peau blanche, ses yeux verts et un frisson dans mon corps inexplicable.
 
— Ne me regarde pas comme ça... T'as pas le droit.
 
Sa voix me fait sortir de mes pensées et je me relève brutalement. J'attrape les produits sur le lit que je viens d'acheter et me remémore les conseils de la pharmacienne. Je prends son bras délicatement et le désinfecte avec une compresse et de l'alcool. Je laisse sécher en soufflant un peu dessus puis applique une crème pour calmer la douleur, avant de bander son bras. Je le repose à côté de lui alors qu'il m'a observé faire sans rien dire. Je crois que ses yeux veulent me dire merci, mais je sais qu'il ne s'abaissera pas à le faire. Je me contente de me relever du matelas et murmure simplement avant de m'éclipser :
 
— Tu peux dormir ici.
 
Je rejoins mon salon et m'affale dans le canapé. Putain. Je n'en reviens pas. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Et qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je suis complètement paumé. Ma tête tombe vers l'avant et je la retiens à l'aide de mes deux mains. Je pousse un long, très long soupir. Quelle merde.
Je me relève légèrement et mon dos s'enfonce dans le dossier du canapé tandis que je plonge mes mains dans les poches de mon manteau. Je sens un objet dur au bout de mes doigts. Son portable. Je ressors l'objet et l'observe, dévoré par la curiosité. Il n'a pas mis de code alors je vais dans sa bibliothèque. Je parcoure les photos et je vois souvent un mec revenir. Je ne sais pas qui sait, je ne l'ai jamais vu, donc je ne crois pas qu'il fasse partie de la famille Styles.
Puis je tombe sur une image de Gemma et je frissonne. Tout son être me répugne que je ne suis même pas capable de la regarder plus longtemps. Je sors de la galerie photo et parcoure sa musique. Je suis surpris, un instant, parce qu'il n'y a qu'une seule chanson, Running Up That Hill, la reprise de Placebo. Je ne comprends pas bien l'intérêt d'écouter en boucle le même morceau.
Je continue de fouiller dans son portable puis le referme. Je n'ai même pas envie d'aller lire ses textos. Ça ne me regarde pas. D'ailleurs, rien ne me regarde le concernant et j'ignore pourquoi j'ai regardé dans son portable à la base. Je repose l'objet sur ma table basse puis ferme les yeux.
Je ne dors pratiquement pas de la nuit... Enfin, « nuit », disons, les trois dernières heures qu'il me reste. Je suis dans mon salon alors la lumière du jour éclaire rapidement la pièce. Je me relève et me dirige vers ma cuisine d'un air las pour préparer du café. Il est six heures du matin et il faut que je me prépare pour aller bosser.
D'ailleurs, on doit être lundi et je suppose que l'autre débile doit se rendre au lycée. Je ferais mieux de le réveiller avant que tout le quartier en fasse de même et le reconnaisse dans la rue.
Je rentre dans ma chambre et le vois profondément endormi. Le con. Je me tape une nuit blanche alors que lui s'est reposé tranquille dans mon pieu. Enfin, d'un côté, moi, je n'ai pas l'état de son bras.
J'appuie sur l'ouverture automatique des volets et l'entends grommeler lorsque la lumière commence à s'échouer sur mon lit. La peau de son torse brille légèrement parce qu'elle est humide et une fine pellicule de sueur coule le long de sa mâchoire.
 
— Lève-toi.
— Ta gueule.
— Faut que tu te casses d'ici Styles. T'as lycée.
 
Putain, on dirait un père qui parle à son adolescent. Je devrais simplement tirer la couette et le foutre dehors parce qu'il a l'air d'aller mieux. Mais je n'ai pas besoin de le faire car il rouvre enfin les paupières. Il se relève brutalement du lit, l'air de se souvenir de la veille, et observe son bras bandé les yeux écarquillés.
 
— Tu m'as touché ?
 
Je lève mon regard au ciel en soupirant. Ce mec est d'un dramatique, c'est consternant. Et là, par contre, je ne m'attends pas du tout à ce qui arrive. Parce qu'il se relève brusquement du lit, se plante devant moi et me crache à la gueule. Comme ça. Et sans d'autres explications, il attrape son tee-shirt resté sur le sol et son manteau sans prendre la peine de les enfiler. Il quitte ma chambre et, moi, je reste cloué au sol avant de sentir sa bave couler le long de ma joue et toucher ma lèvre. Je passe ma main sur mon visage d'un air dégoûté avant de hurler brutalement :
 
— Styles ! Je vais te buter !
 
Je débarque dans mon salon et le vois enfiler son tee-shirt. Il grimace à cause de son bras et je trouve que c'est bien fait pour lui. Quel gosse capricieux et arrogant. J'ai bien envie de lui rappeler qu'il faisait moins le fier quand il chialait dans mes bras comme la merde qu'il est et qu'il a toujours été.
 
— Ne m'approche plus jamais Tomlinson, rétorque-t-il en enfilant son manteau.
— Oh c'est bon, tu crois que j'ai pitié de toi, Styles ? Oui, tu as pris pour ton clan hier soir mais, rassure-toi, tu connaîtras des choses pires dans ta vie.
— Pire que la lâcheté que j'ai pu voir dans tes yeux ? M'interroge-t-il, amer. 
 
Puis il passe une main dans ses cheveux et ajoute sèchement en plantant son regard dans le mien:
 
— Et, tu as raison, garde ta pitié pour toi. Tu en as plus besoin que moi.
 
Il tourne des talons pour quitter mon loft, mais je l'arrête, avant qu'il ne franchisse la porte :
 
— Ton portable. Table basse.
 
Styles se retourne d'un geste brusque et fait demi-tour en soupirant. Il s'empare de son téléphone qu'il glisse dans la poche de son manteau et je l'interroge sans réussir à retenir mes propres mots:
 
— Pourquoi tu n'as qu'une seule musique ?
— Tu as fouillé dans mon portable ?
— Oui. Pourquoi tu n'as qu'une seule musique ? 
 
Il fronce des sourcils, l'air de réfléchir à la question avant de répondre:
 
— Parce que je suis quelqu'un de très exclusif.
 
Et il referme la porte de l'appartement sur ces mots.
 

 
 
 
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Un avis ou un kiff pour ce nouveau chapitre ?
Parce que ça fait toujours plaisirs :) 
J'espère que l'histoire vous plait. 
xx
 
 
 

 

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Chapitre six. 24/08/2014

 
 
Chapitre six.
 
 
 
Louis Tomlinson
 
                Je passe mes mains sur mon visage pour au moins la millième fois de la matinée. Je vois mon père me fusiller du regard alors je me relève légèrement de ma chaise et tente de me concentrer sur la conversation vidéo qu'on entretient avec des investisseurs russes.
Le rétroprojecteur nous diffuse l'image de ses hommes d'affaires au teint blanchâtre sur le mur de notre salle de réunion. Ils ont tous une sale gueule, mais je réalise qu'on ne doit pas avoir meilleure mine. On est une vingtaine de l'équipe dans la salle et on a tous un visage déconfit. Moi, parce que je n'ai pas dormi de la nuit et que je me demande toujours pourquoi j'ai sauvé le fils Styles. Les autres parce qu'ils ont une vie de merde et qu'ils le réalisent un peu plus à chaque seconde de leur existence. C'est ce que j'imagine, en tout cas.
Je retiens de nouveau un bâillement quand je vois le regard froid de mon père qui se tient à côté de moi. Je suis le futur président de l'entreprise. Je n'ai pas le droit de bâiller devant notre nouveau contrat de je-ne-sais-combien de millions de dollars. Je fronce des sourcils, l'air de m'intéresser à ce que ces hommes racontent. Mais les mots m'échappent. Il y a leur accent tout pourri que je ne comprends pas et que je n'ai pas envie de comprendre non plus. Parce que je repense sans arrêt à hier soir. Je repense à Styles allongé dans la neige, je repense à tout ce que j'ai fait pour l'aider et je repense à tout ce que ça aurait pu me coûter. L'entreprise. Clairement. Je crois que mon père serait capable de me déshériter s'il savait que j'ai aidé un Styles. Il se ficherait bien que ça soit moi qui l'ai mis dans cet état avant. Lui, ce qu'il veut, c'est le résultat. Et un Styles en moins, même de dix-sept ans, je suis sûr qu'il serait assez cruel pour s'en réjouir.
J'entends des bruits de chaise à côté de moi et sors de mes pensées brusquement. Putain, la réunion s'est terminée sans que je ne m'en rende compte et je n'ai pas remercié nos nouveaux investisseurs. Mon père va me tuer. Je le sens par son regard noir dirigé dans ma direction.
Nos collègues s'échappent un à un de la salle de réunion, rejoignant leur bureau, et moi, je reste comme un con, assis sur ma chaise. J'attends que Mark daigne m'adresser la parole, mais ça ne vient pas. Bien sûr que ça ne vient pas. Mon père ne fait aucun effort. Jamais. C'est à nous de venir vers lui, même si on sait que c'est pour se faire engueuler. Ça paraît débile parce que, au fond, je pourrais juste sortir de la salle sans demander mon reste, mais je n'ai pas été habitué à faire ça. La colère de mon père, je la connais, d'autant plus maintenant qu'il est malade et qu'il se sait condamné. Je connais sa colère et je l'accepte. Je me retourne vers lui, je plante mes yeux dans les siens et je déclare, sans baisser le regard :
 
— Désolé pour la réunion, je n'ai pas été assez réactif.
— J'ai remarqué.
— Ça ne se reproduira plus.
— J'en doute.
— Je...
— Tu ne pourras pas tenir cette banque si tu sors en boite tous les soirs Louis, me coupe-t-il sèchement, Il faut savoir faire des sacrifices dans la vie. Je pense que des millions de dollars valent le sacrifice de beuveries pour adolescents mal baisés.
 
Mon père a toujours été comme ça. Il parle crue et sans aucune arrière-pensée. Mais, même en étant habitué, ça me fait mal de l'entendre.
 
— Je serai plus sérieux désormais.
— Regarde tes yeux, tu n'as pas dormi de la nuit, enchaîne-t-il exaspéré, Et ton visage tuméfié. Grandis un peu.
— Je vais bien, je te le jure, je suis capable de reprendre la société. Tu le sais.
 
Mon père esquisse un sourire en se relevant de sa chaise. Il réajuste sa chemise hors de prix dans son pantalon de smoking qui l'est tout autant et il ajoute, narquois :
 
— Je sais surtout que tu en as l'arrogance... Mais pas le talent.
 
Je reste assis sur ma chaise sans rien dire et il part. Cette discussion fut claire et concise, à l'image de la relation que j'entretiens avec lui.
Je pose mes mains de part et d'autre de ma tête en soupirant. Putain, je suis fatigué et j'ai juste envie d'aller me coucher. Sauf que j'ai encore tout un après-midi à tenir ici et je n'ai pas le droit à l'erreur.
 
— Hey !
 
Je me relève en sursautant et vois Isaac qui se tient à la porte du bureau. Mon sourire se tend directement vers le haut et mon cousin enchaîne :
 
— Tu as le temps pour une pause-déjeuner avec moi ?
— J'ai le temps pour tout ce qui me sortira de cet enfer.
 
Je le rejoins tandis qu'il me rend mon sourire. Isaac est scolarisé dans une école de commerce à côté de notre banque et on se rejoint souvent pendant nos pauses. Ça me fait putain de bien parce que c'est la seule personne de mon âge que je côtoie dans la journée.
Je tire un peu sur ma cravate pour la desserrer et on s'engouffre tous les deux dans l'ascenseur tandis qu'Isaac m'interroge :
 
— McDo ?
 
Je voudrais répondre « oui » parce que j'ai envie de bouffer dans un fast-food comme les jeunes de mon âge. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus.
 
— Non. Nos partenaires ne doivent pas me voir dans ce genre d'endroit, ça ne fait pas sérieux de voir leur futur patron s'enfiler un Big Mac.
— Je te l'accorde. On va où ?
— Au restaurant de l'autre côté de la rue ?
 
Il acquiesce, mais je vois bien qu'il est un peu déçu. Il aurait préféré se goinfrer de frites et de Coca-Cola. Et moi aussi, bon sang.
 
— Il y a un truc que je ne comprends pas, Louis, reprend Isaac en sortant de l'ascenseur.
 
Je suis ses pas et il continue, se retournant vers moi :
 
— Pourquoi tu ne dis pas à ton père que tu ne te sens pas prêt à reprendre la banque ?
— T'es malade.
— Non, mais je ne dis pas que tu ne la reprendras jamais, mais juste... Je ne sais pas, pas tout de suite quoi. T'es jeune, tu n'as que vingt ans, il peut comprendre que tu n'as pas les épaules pour porter ce fardeau.
— Bien sûr, qu'il le comprend et ça ne lui fait pas plaisir que je sois obligé de la reprendre aussi tôt, mais il va crever Isaac, il n'a pas le choix.
— Arrête, souffle-t-il alors qu'on sort tous les deux de l'immeuble, Il pourrait la transmettre à notre oncle le temps que tu grandisses un peu. Ou alors au C.A. Et puis toi, tu continuerais de te former tranquillement jusqu'à ce que tu te sentes prêt.
 
Ce n'est pas comme si je n'y avais jamais pensé alors ça me fait mal au c½ur quand ça sort de ses lèvres. Ça paraît tellement simple dit comme ça, mais ça ne l'est tellement pas en réalité.
 
— Mark ne voudra jamais, il n'a pas confiance. Il veut que la société me revienne. Il connaît les actionnaires. Ils font tout pour le profit et ils n'en ont rien à foutre des valeurs familiales. Ils ne me redonneront jamais les parts, je ne suis même pas diplômé d'une école de commerce, je n'ai rien fait depuis le lycée.
— Et Dan alors ?
— Mon père n'a pas confiance non plus. Il craint qu'il refile la société à un de ses fils... Et, soyons honnêtes, Aiden et Stan sont beaucoup trop cons pour ça.
— Pas faux, commente Isaac d'un haussement de sourcil. 
— Et puis, laisse tomber, je reprends en soupirant, Quand mon père a une idée en tête, c'est impossible de le faire changer d'avis. Il est le fils aîné de sa famille et a repris l'entreprise de son père. Je suis le fils aîné de la mienne donc je dois faire pareil. Point barre.
 
Isaac me lance un regard en biais, un sourire peiné sur le visage, j'enchaîne brusquement :
 
— Bref, donc on peut parler d'autre chose ?
 
Il acquiesce tandis qu'on s'engouffre dans le restaurant. Comme à notre habitude, on va s'installer dans le fond de la pièce pour être tranquilles. La serveuse nous apporte les cartes puis s'éloigne tandis qu'Isaac reprend, l'air pensif :
 
— Tu crois que Styles est toujours dans la ruelle ?
 
Je sursaute légèrement et mes mains se crispent sur mon carton. Je repose la carte dans mon assiette avant de répondre le plus naturellement possible :
 
— Non, je ne pense pas.
— Ouais, murmure Isaac songeur, On ne l'a quand même pas loupé.
— Tu, je rectifie.
 
Il fronce des sourcils d'un air hébété. C'est la première fois que je sous-entends qu'on n'a pas fait un coup ensemble. En plus, c'est terriblement faux. On a décidé tous les quatre de ce plan et je l'ai validé. Je ne sais même pas pourquoi j'ai dit ça.
Je tente de me rattraper désespérément :
 
— Je veux dire que tu as bien géré. Il souffrait le martyr et je ne suis pas sûr que l'un d'entre nous aurait été capable d'aller jusqu'au bout. Donc... Félicitations.
— J'ai juste repensé à Zayn, marmonne-t-il d'un haussement d'épaules, Et ça justifiait sa souffrance.
— Oui, je sais.
— Sinon, reprend Isaac, As-tu enfin baisé ?
 
Je pouffe de rire en voyant son air sérieux. Putain, enfin une conversation de notre âge. Ça avait fini par me manquer.
 
 — Toujours pas, je réponds, Je n'en peux plus !
— Mais BAISE, qu'est-ce que tu attends ?!
 
Bien sûr, la serveuse choisit de se rappliquer à ce moment là et je la vois esquisser un sourire en me regardant.
 
— Pas besoin de lui faire les yeux doux, il est pédé comme un phoque.
 
Je regarde Isaac qui ne perd jamais une occasion de mettre les gens mal à l'aise et la serveuse se met à rougir brusquement. Mon cousin pouffe de rire, fier de sa connerie, tandis que je commande mon repas et le sien pour abréger la honte de cette pauvre fille. Elle s'éclipse rapidement puis je me retourne vers Isaac en soupirant.
 
— T'es vraiment con comme mec. 
— Je te remercie, rétorque Isaac de son plus beau sourire.

 
 
 
 
 
Chapitre six.


Harry Styles
 
— Je te promets qu'on ne laissera pas passer ça, Harry.
 
Je lance un coup d'½il discret à ma mère qui grommelle dans sa barbe depuis le retour de l'hôpital. Je ne réponds pas et elle se gare devant notre garage en continuant :
 
— Je ne te laisserai jamais revoir ce garçon. Je peux te jurer que quand ton père verra l'état de ton bras, tu vas passer un sale quart d'heure.
— Papa est en déplacement.
— Je l'ai appelé ce matin.
 
Je rouvre grand les yeux en me retournant brusquement vers ma mère alors qu'elle coupe le moteur de la voiture et détache sa ceinture l'air de rien.
 
— Tu as fait quoi ?! Mais pourquoi tu lui as dit ?
— Il rentre ce soir en toute urgence.
— Maman !
 
Elle ne m'écoute pas et sort de la voiture en claquant violemment la portière derrière elle. Je la suis en continuant d'un air exaspéré :
 
— Ce n'est pas si grave ! Les médecins de l'hôpital nous ont dit que Azoff m'avait fait les bons soins !
— Sauf que Azoff n'aurait pas eu besoin de t'en faire s'il t'avait arrêté avant que tu ne te mutiles ! Explose ma mère furieuse, Donc tu peux être sûr que tu ne referas pas de soirée avec ce garçon.
 
Je pousse un soupir en la suivant jusqu'à la maison puis j'ajoute d'un air las :
 
— Je ne me suis pas mutilé, c'était juste un jeu.
— Ahah, très drôle, tu m'as habitué à plus intelligent Harry.
 
Puis ma mère me plante là et monte les étages sans même prendre la peine de se retourner vers moi. Putain. Je déteste quand elle est comme ça. Là, elle n'est pas en colère, juste profondément déçue. Et c'est insupportable. Insupportablement douloureux. Je donnerais tout pour lui dire la vérité, lui expliquer que ce sont les Tomlinson qui m'ont infligé ça et que ce n'est pas de ma faute. Mais je ne peux pas le faire. Je ne peux rien dire. Alors, j'ai dû trouver la première excuse qui m'est venu à l'esprit ce matin. J'ai raconté que j'étais trop bourré à la soirée de Azoff  hier et qu'on m'a lancé le pari stupide de me brûler le bras avec une cigarette. Et, moi, trop fier et trop soûl pour réaliser la portée de mon geste, je l'ai fait. 
Je rigole intérieurement quand je pense que ma mère a gobé une histoire pareille. Ça paraît tellement stupide que je suis presque vexé qu'elle m'en croit capable. Enfin, au moins elle ne sait rien hormis le fait qu'elle est désormais persuadée d'avoir engendré un débile profond.
J'avale ma salive, me dirigeant d'un pas lent vers la cuisine où j'aperçois Perrie en train de prendre son goûter. Je sais qu'elle revient du lycée parce qu'elle porte encore son uniforme. Moi, je n'y ai pas été à cause de toute cette histoire de mutilation et ma mère qui ne m'a pas lâché de la journée.
Je m'assois en face d'elle et la regarde d'un air mauvais. Tout est de sa faute. Si elle n'avait pas fricoté avec un Tomlinson à sa soirée d'anniversaire, on n'en serait pas là.
 
— Quoi ? Me lance-t-elle froidement.
— Tu es fière de toi ?
— Ça va faire deux semaines Harry, tu peux passer à autre chose ?
 
Elle se relève de sa chaise pour reposer son verre de lait dans l'évier et je continue de l'interroger sèchement :
 
— Tu l'as revu ?
— Non.
— Tu ne le reverras jamais ?
— Occupe-toi de tes affaires.
 
Mes affaires. J'hallucine. On m'a bousillé le bras à cause de ses affaires et elle ose me parler comme ça. J'en ai marre. Tout me gonfle dans cette famille et je me relève brusquement de ma chaise. Perrie se crispe au son strident de la chaise sur le parquet puis se retourne vers moi pour me faire face.
 
— Sérieux Perrie, j'ai envie de te frapper ! Tu devrais plutôt t'estimer heureuse que je n'aie rien dit aux parents de tes sales fréquentations.
— Mes sales fréquentations ? Répète-t-elle hébétée, Excuse-moi, mais ce n'est pas moi qui ai un copain qui me regarde me mutiler en soirée sans rien dire.
 
Je m'arrête. Putain, ils ont vraiment tous gobé mon mensonge. D'ailleurs, je suis en train de me dire qu'il va peut-être falloir que j'informe Azoff de l'histoire et lui non plus risque de ne pas beaucoup apprécier le rôle que je lui ai donné.
 
— Il n'était pas avec moi à ce moment là, je finis par m'expliquer brièvement, Mais ce n'est pas de ça qu'on parle ! Un Tomlinson ! Tu es sérieuse ?
— Chut ! Siffle-t-elle d'un air paniqué, regardant tout autour d'elle.
 
Je pousse un long soupir. J'en ai marre de ces histoires, putain, j'en ai trop marre.
 
— Je ne le reverrai plus, l'histoire est close, rétorque Perrie brièvement.
— Bien.
 
Mais je ne crois pas spécialement qu'elle me dise la vérité.
 
— Et Pâris ? Je l'interroge.
— Quoi Pâris ?
— Tu as pu le voir à ton anniversaire, il est sympa non ?
— Très sympa, répond-elle si distraitement que je me demande si elle avait vraiment vu de qui il s'agissait vu qu'elle était obnubilée par l'autre connard.
— Tu vas le revoir, lui ?
— Je ne cautionne pas les mariages arrangés.
— Moi, ce sont les amants maudits que je ne cautionne pas donc j'espère que tu ne feras pas de conneries.
 
Je vois qu'elle veut répondre, mais elle se tait soudainement alors je me retourne vers ce qu'elle regarde d'un air inquiet. C'est Gemma. Elle se tient debout devant l'entrée, un regard inexpressif sur le visage.
 
— Tu es déjà rentrée ? S'étonne Perrie.
— Je dois parler à mon frère.
 
Son ton est si froid que je frissonne instantanément. Putain. Ma mère, je suis sûre qu'elle est montée dans sa chambre et qu'elle a prévenu sa fille aînée que j'étais rentré pour que Gemma puisse reprendre le contrôle de la situation. Parce que c'est devenu comme ça, chez nous. En bonne grande s½ur protectrice, Gemma a endossé le rôle du chef, que ce soit dans l'entreprise ou dans la famille. Je serais à peine étonné qu'ils pensent que les deux se dirigent de la même façon. Du management familial, c'est ce qu'elle fait. Elle tient ses employés d'une main ferme, tout ça pour rendre à la célèbre famille Styles le prestige qu'elle a perdue il y a bien longtemps.
J'avance vers elle, d'un pas lent. Je sais que je vais me faire tuer. Mes parents ne savent pas pour la coke. Elle, si. Enfin, je ne lui ai jamais dit, mais elle est loin d'être conne alors elle s'en doute. Elle ne me dit rien tant que ça reste en soirée et que ça ne me détruit pas. Connerie mise à part.
 
— Dans ma chambre, murmure-t-elle, les lèvres pincées.
 
Elle aurait pu dire « mon ancienne chambre », mais ça aurait sonné faux. Bien qu'elle ait pris un appartement dans un quartier voisin de Mayfair, plus proche de notre banque, Gemma passe presque toutes ses nuits dans la demeure familiale. Parce que c'est bien ce qu'un chef ne peut pas lâcher, son entreprise.
Je la suis, en silence. On monte les escaliers puis on s'engouffre dans la grande pièce. Elle s'avance vers le fond de la chambre, passe ses mains dans sa longue chevelure blonde et je l'entends soupirer à de multiples reprises. Je ne sais plus où me mettre et referme la porte derrière moi. Putain. Je déteste devoir mentir à ma s½ur.
 
— Ce sont les Tomlinson qui t'ont fait ça.
 
Je m'arrête, littéralement, le souffle coupé. Le pire, c'est que ce n'est même pas une question. Elle s'est retournée vers moi et, désormais, ce n'est plus de la colère dans ses yeux, mais une profonde inquiétude qui me retourne le c½ur. Oh merde.
 
— Non.
 
Ce fut un murmure si faible que je ne suis même pas sûr qu'elle l'ait entendu.
 
— Qui t'a fait ça ? Aiden ? Stan ? Isaac ?
 
Je reprends une grande inspiration et essaie de me calmer. Je ne dois pas repenser à ce qu'il s'est passé hier soir sinon je risque de défaillir et, là, je serais incapable de mentir plus longtemps. Alors, je me concentre sur ma haine et ma ranc½ur et je mets la peur de côté pour répondre :
 
— C'est moi qui me suis fait ça, Gemma. C'était un pari.
— N'essaie même pas de me faire gober ce mensonge. Qui t'a fait ça ?
— Moi.
— Harry !
— Moi.
— Putain, mais qui est-ce que tu protèges, bon sang ?!
 
Elle est en train d'exploser. Je le sais parce que ses joues rougissent et que ses mains tremblent contre ses cuisses qu'elle masse d'une manière exagérée. Et elle répète sèchement :
 
— Qui tu protèges Harry ?
 
Toi ! Ai-je envie de lui hurler. Toi, putain, et Liam, Perrie, Edward, Niall et toute ma famille. Ce sont eux que je protège. Ça me tue que personne ne le comprenne. Je sais que si je leur dis ce que les Tomlinson m'ont fait, ça va repartir en troisième guerre mondiale et je ne le veux pas. Je veux juste qu'on les ignore, qu'on ne les voit plus jamais, qu'on n'entende plus parler d'eux. J'en ai marre de subir les dommages collatéraux de ce conflit ridicule. On a cassé le bras de Zayn, ils ont brûlé le mien. On est à égalité. Sauf que Gemma ne comprendrait jamais ça alors je ne peux pas lui dire ce qu'il s'est vraiment passé.
 
— C'était un pari.
— Azoff ne t'aurait jamais laissé te faire subir ça.
— Il n'était pas là.
— Il ne te lâche pas des yeux lorsque tu es coké ! S'exclame-t-elle furieuse en empoignant mes épaules pour m'obliger à la regarder dans les yeux, Je sais qu'il te protège. Ton histoire n'a aucun sens, putain ! Arrête de me prendre pour une conne. Je sais que tu me mens et ça me tue. Dis-moi ce qu'il s'est passé Harry. 
 
Sa voix tremble et je sais qu'elle est inquiète pour moi. Les larmes perlent dans ses yeux et ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal car Gemma ne se laisse jamais aller. Elle porte un masque en permanence. Un masque de fierté qui est en train de se fissurer devant mes yeux. Ça m'emporte. Sa détresse me fait palpiter le c½ur et je plonge dans ses bras. On se serre l'un contre l'autre, ça me fait bizarre. On s'entend bien avec Gemma, mais on n'est pas particulièrement tactiles. Pourtant c'est tellement agréable. De sentir ses bras m'encercler, de sentir son souffle contre mon cou. Elle est morte de peur. Elle sait que quelque chose ne va pas et elle est la seule à l'avoir vu. Je l'aime tellement à cet instant précis de ne pas m'avoir pris pour un coké suicidaire que je la serre encore plus fort contre moi.
 
— Ils t'ont menacé, c'est ça ? Me murmure-t-elle dans l'oreille, Ils t'ont dit que tu n'avais pas le droit de m'en parler ? Tu ne dois pas les croire Harry. Moi, je suis là. Je vais te protéger. Ils ne feront rien contre toi. Je te le promets.
— Ce n'est pas ça.
— Arrête.
— Je ne veux pas que vous vous vengiez.
 
Je la sens se crisper contre moi. Parce que, même si elle savait déjà ce qu'il s'est passé, mon aveu vient effacer les doutes qu'elle avait encore.
 
— Qui t'a fait ça ?
— Ça n'a pas d'importance Gemma. Ne vous vengez pas.
— On doit répondre.
— S'il te plaît.
 
Ma voix s'étrangle. Mon Dieu, non. Je ne veux pas qu'elle se venge. Je me fiche de ce qui pourrait leur arriver et je pense même qu'ils mériteraient de souffrir. Mais je ne veux pas que, ensuite, ils se vengent. Parce que depuis hier soir, je sais de quoi ils sont capables. Et, en toute honnêteté, ils me font terriblement peur.
 
— On a cassé le bras de Zayn, je reprends, Et on a reçu ça en retour. C'est tout.
— C'est tout ? S'étrangle-t-elle, Ils n'ont pas le droit de te toucher. Pas toi. Pas après ce qu'ils ont fait à Niall. 
— Alors ignore-les. Arrête ce conflit stupide.
— C'est trop tard. 
 
Peu à peu, je la sens se retirer de moi et j'ai envie de pleurer. Parce que je sais qu'elle est en train de reprendre son masque et que, bientôt, ses yeux doux et protecteurs ne crieront que vengeance et destruction. Je déteste voir ce visage sur ma s½ur. Je déteste voir cette haine parce que je la ressens jusque dans mes os. Elle détourne le visage et s'éloigne plus loin dans sa chambre en murmurant :
 
— Je te promets qu'ils ne te toucheront plus jamais.
— Fais attention à toi.
 
Elle acquiesce, mais je sais qu'elle n'a pas écouté. Elle ne m'écoutera plus tant que son plan de vengeance n'aura pas détruit les Tomlinson. Ça m'insupporte quand sa vie ne tourne plus qu'autour de ça. Sans rien ajouter de plus, je quitte sa chambre et rejoins la mienne. Je m'arrête devant la porte, lorsque je vois Liam affalé sur mon lit.
 
— Qu'est-ce que tu fous là ?
— Je viens juste de rentrer du lycée, Perrie m'a dit ce qu'il s'était passé avec Azoff , à la soirée.
— Oh, mais foutez-lui la paix à Azoff  !
 
Il me regarde avec des yeux ronds, l'air de ne pas comprendre ma réaction et je lâche en me laissant tomber à côté de lui :
 
— Azoff  m'a soigné. Je me suis brûlé tout seul.
— Ok, si tu veux.
— C'était bien le lycée ?
— Tu me poses vraiment la question ?
 
Je me tais parce que, en effet, je ne sais même pas pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche. Comme si j'en avais quelque chose à foutre, de toute façon. Puis Liam se retourne vers moi pour m'interroger :
 
— Je peux prendre ton portable pour appeler mon père ? Je n'ai plus de batterie sur le mien et il voulait que je l'appelle à dix-sept heures.
— Ouais.
 
Je plonge ma main dans la poche de mon slim et lui tends l'objet tandis qu'il parcoure le répertoire avant de froncer les sourcils.
 
— Bah... C'est qui ça ?
— Qui quoi ?
— « Grand méchant loup » ?
 
Je lui reprends le portable des mains brusquement et regarde le nouveau contact affiché sous mes yeux. Oh putain, le con.
 
— C'est qui ? M'interroge Liam, de plus en plus curieux.
— Euh... Juste quelqu'un que j'ai rencontré à la soirée d'hier.
— Celui qui t'a cramé le bras ? Pouffe mon cousin.
 
Je le regarde, un air absent sur le visage. L'ironie de la situation est à son apogée, je crois.
 
— N'importe quoi, c'est moi je t'ai dit.
— Oui je sais, t'es vraiment un abruti.
 
Liam me reprend mon portable puis sélectionne finalement le numéro de son père avant de sortir de ma chambre pour l'appeler.
Je me rallonge sur mon lit, fixant mon plafond. Un soupir s'échappe de mes lèvres. Je suis enfin seul. Je ne l'avais pas été depuis ce matin. Au moment où j'ai franchi la porte de chez moi, ma mère m'a sauté dessus et fait une crise parce que j'avais découché un dimanche soir. Puis, elle a découvert l'état de mon bras et, là, crise de larmes et baffe monstrueuse qui a longtemps laissé sa marque sur ma joue.
Je passe mes deux mains dans mes cheveux bouclés tout en repensant à ma conversation avec ma s½ur. Elle va se venger, mais on est tranquille pendant un petit bout de temps car Gemma n'agit jamais sous le coup de la colère. Greg l'a fait et il en a subi les frais.
Ma s½ur est plus intelligente et manipulatrice. Je sais qu'elle va préparer son coup en douce, elle va travailler chaque détail pour faire mal là où il faut, elle va attaquer le point sensible, puis elle va attendre le moment où ils n'y penseront même plus, où ils auront baissé leur garde et elle va frapper. Fort. Très fort.
Je laisse mon bras blessé tomber contre le matelas.
Je connais la suite de l'histoire. Les Tomlinson vont se venger. Mais pas sur elle, bien sûr. Parce qu'ils veulent faire mal et qu'est-ce qui fait plus souffrir que de s'en prendre à un innocent ? Comment mieux réveiller la douleur et la haine qu'en blessant une personne qui n'a rien à voir là-dedans ?
Je sais que c'est comme ça qu'ils pensent parce que c'est comme ça que nous pensons. C'est comme ça que les Tomlinson ont pensé quand ils ont poussé mon cousin et lui ont fracassé la colonne vertébrale. C'est comme ça que Greg a pensé lorsqu'il a violé une gamine de quatorze ans qui n'avait fait de mal à personne. C'est comme ça que tout le monde pense et c'est comme ça que je pense.
Sauf que, pour la première fois de ma vie, ça me tue.
 
 
  SMS de Numéro inconnu à Grand méchant loup
22h58. T'es sérieux à me donner ton numéro ?
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
23h10. « Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis ».
23h15. Et, au passage, tu me dois 26 £.
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
23h16. ??
 
  SMS de Grand méchant loup à Boucle d'or
23h16. Pharmacie de nuit.
 
  SMS de Boucle d'or à Grand méchant loup
23h16. Et toi tu me dois un bras, connard.
 
 
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Voici le nouveau chapitre ! 
Vos avis, kiffs, sont les bienvenues ;) 
En espérant que vous accrochez à l'histoire ♥
 
 
 
 

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