13 tagged articles #Acte4

20/05/2015

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ACTE 4 
 
ONLY IF I COULD
 
 
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Note : Cet acte sera plus "dur" que les autres, je préfère prévenir à l'avance. Pour autant ne perdez pas espoir sur la fin, toute réécriture apporte ses modifications à la version originale. 

Tags : #RunUpfic - #Acte4

Extra un. 20/05/2015

 
 
          La fatalité. Pesante. Tragique. Inévitable.
          L'écroulement. Brutal. Soudain. Irrécupérable.
          Le désespoir. Accablant. Effroyable. Irrémédiable.
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Extra un.
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Zayn
 
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_Isaac ! Non, je t'en prie ! Je dois y retourner ! Perrie ! Putain ! Elle doit savoir, elle doit-
 
Mes mots s'emmêlent dans mes larmes. Ma vie se perd dans un non-sens infernal. Mais la seule chose à laquelle je peux penser maintenant, c'est Perrie. Perrie et son regard. Perrie et ses yeux terrorisés, comme si ce coup de feu, c'était elle-même qui l'avait reçu. Comme si ce que j'avais tué, c'était chaque seconde de bonheur en elle.
 
_Isaac, je chiale tandis que les mains de mon frère sont crispées sur le volant de sa voiture comme un forcené, Isaac ! Je dois lui dire que c'était un accident, que je ..
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...Je suis désolé.
Cette phrase tambourine dans mon cerveau, dans mon c½ur, dans tout mon corps. Je suis désolé. Je suis tellement désolé, mais c'est tellement faible et inutile d'être désolé. J'ai tout détruit. Tout fait foirer. Pour toujours. Et moi la seule chose que je peux encore faire c'est de m'excuser. Je m'éc½ure. Je me donne envie de vomir. Elles ne valent rien mes excuses. Je le sais. 
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_Faut que je te fasse quitter le pays. 
_Quoi ? Je balbutie.
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Les larmes ravagent ses joues à lui aussi et mon c½ur loupe tous les battements qui m'auraient permis de rester en vie. Parce qu'il vient de me tuer. Encore une fois. Comme si j'entendais le bruit de ce pistolet une deuxième fois. Que ça me crevait les oreilles et tout le corps une deuxième fois. 
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_T'es foutu Zayn, il pleure, Totalement foutu. On l'est tous.
_Mais-
_Tu vas finir ta vie en taule.
_C'était un accident !
_Et qui le croira ?
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Et je réalise que ce qu'il me reste à faire, ce n'est même pas de m'excuser, mais de fuir. Personne ne me pardonnera jamais. Ni ma famille, ni Perrie, ni moi-même. Pour Isaac, comme pour tous les autres, c'est probablement la seule chose que je devrais faire : disparaître de leur vie. Alors je pleure encore plus. Je n'ai jamais souffert aussi fort qu'à cet instant. L'instant où tu comprends que ta vie vient de s'écrouler pour toujours, que plus rien ne sera jamais comme avant, peu importe tous les efforts du monde. Peu importe. C'est comme ça désormais. Un accident. Un putain d'accident. Un flingue qui n'avait rien à faire là. Je voulais juste me défendre. Je voulais juste lui enlever son arme. Stan aurait été rassuré et il aurait lâché Perrie. C'est ça qui aurait dû se passer. Mais la vie en a décidé autrement. La vie a décidé que ça s'arrêterait ici pour Liam, et pour moi par la même occasion. 
 
_Je ne survivrai pas, je chiale, si fort que je me demande comment les mots arrivent à sortir dans un ordre cohérent, En taule. Je ne peux pas. Je ne suis pas un meurtrier. J'ai.. J'ai tellement peur, putain.
_Je sais, grince Isaac si bien que j'ignore si ce sont des larmes de peur ou de haine.
 
Probablement les deux, d'ailleurs.
 
_Je sais putain, il répète, Et t'iras jamais là-bas.
 
Isaac appuie sur la pédale de l'accélérateur, la voiture fonce à travers la nuit, et je réalise que je n'ai aucune idée d'où il m'emmène.
 
_Louis est au courant ? Je demande.
_J'en ai rien à foutre de lui, rétorque mon frère en prenant un virage à droite.
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On s'éloigne de la route principale, s'enfonçant dans la campagne profonde. On quitte Londres. J'ignore où on va mais je n'ai pas la capacité de m'en inquiéter.
Je revois ses yeux. Les yeux de Perrie. Brillant de larmes et de.. De je ne sais quoi. L'anéantissement, peut-être ? J'ai vu ce regard qui m'était destiné. Et je pense sincèrement que je ne m'en relèverai jamais.
On roule comme ça pendant une heure. Sans parler. Moi je me contente de pleurer. Pleurer toute ma haine, mon angoisse, ma peur, ma culpabilité. J'ai tué un homme. J'ai dix sept ans et j'ai tué un homme. Je crois que je ne le réalise pas encore. Ça sonne faux. Ça sonne trop con pour être vrai. Je n'ai jamais voulu ça. Jamais. Jamais. Jamais. Ce n'est pas réel. Ça ne peut pas être réel. 
La voiture s'arrête soudainement. J'ignore combien de temps on a roulé. Je me sens pris de vertige brutalement et je sors de la voiture, la tête entre les jambes, déversant ma bile sur les pavés froids de la nuit.
Isaac arrive quelques secondes plus tard, je sens sa main exercer une pression sur ma tête. Je sens toute la tension à l'intérieur de lui. Il est complètement dépassé par les événements. Putain, mais qui ne le serait pas ? Pourtant, il trouve le courage d'essayer de sauver la situation.
Je me relève en titubant, mes pieds traînent dans le vomi mais je m'en fous. Mes yeux se plantent dans ceux d'Isaac. Et je comprends qu'il est aussi flippé que moi.
Je m'écroule contre son torse. Ses bras viennent me serrer. Et on pleure tous les deux.
J'aimerais lui dire à quel point je suis désolé de lui faire subir ça, à quel point je suis désolé d'avoir gâché ma vie, la sienne, et celle de toute ma famille, à quel point je préférerais mourir à la place de Liam, à quel point je l'aime, à quel point je me hais, je nous hais. Je nous hais et je nous aime en même temps. A quel point j'ai peur. J'ai tellement tellement tellement peur.
 
_Isaac, je sanglote contre son torse, Mais qu'est ce que j'ai fais ?
_C'était un accident, c'était un accident, c'était un accident...
 
Et il le répète comme ça en me caressant les cheveux. Il le répète comme si il essayait d'y croire lui aussi. Il le répète et moi ça me fait encore plus mal.
 
_J'ai peur, putain.
_Je suis là.
_Où je vais aller ?
 
Il me serre encore plus fort contre lui. Probablement  parce qu'il n'a aucune foutue idée de la réponse.
 
_Pour le moment, j'ai appelé des amis à moi, ils ont un bateau et ils vont te faire traverser la frontière jusqu'en France.
 
Mes poils se dressent sur ma peau. Tout mon être me brûle car je crois que je prends soudainement conscience que tout ceci est bien réel. J'ai tué un homme. Non, un ado. Un simple ado de dix-huit ans. Je lui ai tout pris, tout retiré ; sa famille, son futur, sa vie. Je suis un monstre. Un monstre qui échappe à son crime. 
 
_Après ils s'occuperont de te faire passer en Amérique Latine, il continue la voix tremblante. Ils ont un avion privé.
_Mais qu'est ce que tu leur as dis pour qu'ils acceptent ?
_Ils m'en doivent une. Ne t'inquiètes pas.
_Je ne m'inquiète pas ?! Je répète hébété en me retirant brusquement de son étreinte, Putain tu m'envoies à l'autre bout du monde et je ne dois pas m'inquiéter ?!
_Zayn...
_Non ! Non ! Non ! J'explose en sanglot, Je préfère aller en prison ! Je préfère aller en prison que de ne plus jamais te revoir.
_On se reverra.
_Quand ?! Je hurle, Tu ne sauras jamais où je suis !
_Je te retrouverai.
_Les flics te surveilleront !
_Je te retrouverai, il répète simplement, Je te promets que je te retrouverai.
_Comment ? Je chiale, Je ne sais même pas où je vais ! Je n'aurais aucun moyen de te contacter ! Putain j'ai dix sept ans Isaac ! Amène moi chez les flics !
_Jamais de la vie, il tranche.
_Isaac ! Je ne peux pas ! J'ai peur ! Je suis mort de trouille !
_Zayn, je ne veux pas qu'il t'enferme.
_Ma prison sera ma solitude, je murmure à bout de souffle, à bout de nerfs, à bout de tout, Ne me laisse pas tout seul.
_Je suis désolé, il répond.
 
Et les larmes dévalent ses joues.
 
_Je suis désolé, il s'effondre.
 
Ses genoux raclent le sol, ses épaules se voûtent, et moi je l'attrape comme je peux.
 
_Tout est de ma faute, il pleure, Je n'aurais jamais dû donner rendez-vous à Perrie, je n'aurais jamais dû, Zayn je suis tellement désolé, je devrais être à ta place, je suis tellement désolé.
_Arrêtes.
_Tout est de ma faute, il répète encore, Pardonne moi. Je ne veux pas que tu ailles en prison par ma faute. Je ne pourrais pas vivre avec l'idée de t'avoir enlevé ta liberté. C'est toi qui avait raison depuis le début. On est tous enfermés dans une cage. Et à cause de moi tu ne pourras plus jamais ouvrir la tienne.
_Isaac, Je murmure, Ma liberté ne vaut rien si je ne la partage pas avec vous.
_Il faut que tu partes, il rétorque, relevant ses yeux vers moi, Tu peux refaire ta vie.
_Non.
_Si tu peux. Ici, tu ne la referas jamais. Ici, tu vivras dans le passé comme nous tous. Ici, tu vas crever de honte, de haine, de rage et de culpabilité. Je t'en supplie. Refais ta vie. Ne paye pas pour notre connerie.
_Je vais rester caché toute ma vie, ce n'est pas ce que je veux.
_Au début tu devras te faire discret mais ça ira mieux. J'ai de bon contacts. Ils te trouveront un endroit sûr. Tu peux le surmonter. Tu peux vivre autre chose. Tu peux avoir une seconde chance. Si tu restes ici, c'est fini.
_Je ne peux pas. Pas sans vous, je pleure.
_C'est avec nous que tu n'as jamais pu avoir la vie que tu voulais. 
_Alors fuis avec moi.
 
Il est à peine surprit. Je crois qu'il y avait sincèrement pensé.
 
_Ce sera plus risqué, il murmure, On ne peut pas faire ça. On doit te sauver. Pas nous faire tomber tous les deux.
 
Et là, je le ressens enfin. Que y a pas d'issues possibles. Que le bonheur ne fait pas parti de l'équation. Que je n'ai pas le choix. Alors je ravale mes larmes. Parce que là, tout de suite, y a juste plus rien à ressentir. Juste le vide. Un vide complet et brutal qui ravage tout. La fin d'une vie. La fin de ma vie.
 
_Je viendrai te chercher, murmure Isaac en passant sa main derrière ma nuque pour m'obliger à le regarder dans les yeux, Je viendrai te chercher, il répète, Que ça prenne dix semaines, dix mois ou dix ans. Ce n'est pas un adieu.
_Mais je-
_Ce n'est pas un adieu, il me coupe, Jamais je ne te laisserai tomber. Je viendrai te chercher. Je ne mourrai pas avant de t'avoir retrouvé.
 
Les mots restent coincés dans ma gorge pourtant j'aimerais lui dire que je l'aime plus que tout au monde.
 
_Tu es prêt ? Il murmure en se relevant.
 
Je suis le mouvement, détourne mon visage pour suivre son regard, et je réalise enfin où on est. Dans un port isolé. Un yacht flotte. Un homme est à bord et nous attend. Non, il m'attends. Je suis en solo, désormais.
Pour ce soir et pour toujours.
 
_J'ai peur, je répète de nouveau, ne l'ayant jamais autant pensé de toute ma vie, J'ai peur Isaac. Je suis tout seul.
_N'oublie jamais que je viendrai te chercher.
 
L'homme nous appelle de son bateau. Je crois que le temps presse. La police doit déjà être à ma recherche.
 
_Mon Dieu, je souffle le c½ur tremblant, Je n'arrive pas à y croire.
_Moi non plus, m'avoue Isaac.
_Je suis désolé d'avoir été un frère aussi insupportable.
_T'as été un frère formidable pour moi Zayn, et tu l'es encore, et tu le seras encore. Arrêtes de faire comme si c'était un putain d'adieu !
 
Je ne réponds pas mais je n'en pense pas moins. Lui non plus. Alors il camoufle en sanglot et me serre dans ses bras. Et dans sa chaleur, dans cette étreinte désespérée, je murmure doucement :
 
_Est ce que tu peux faire une dernière chose pour moi ?
_Perrie ? Il comprend de suite.
_Je sais que ça va être compliqué, et probablement insensé, mais est ce que tu pourrais lui faire passer un message ?
 
Il hoche de la tête même si je vois la désapprobation dans son regard. Parce qu'il ne l'aime pas cette fille. Et qu'au fond, si elle n'existait pas, on en serait pas là à se dire adieu. Mais il veut me faire plaisir avant de partir alors je sais qu'il le fera. Je lui fais confiance. Peu importe quand. Peu importe comment. Il le fera.
 
_C'est quoi le message ? Il m'interroge.
_Dis lui que je suis désolé, que c'était un accident et que je m'en voudrai toute ma vie de lui avoir fais autant de peine. Dis lui que je l'aime plus que tout et que je ne l'oublierai jamais. Et surtout dis lui de continuer de voler de ses propres ailes.
_Ok je n'approuve pas du tout la dernière phrase cul-cul la praline à mort mais c'est bien ton genre alors je ferais un effort pour ne pas rire devant cette connerie.
_Vas te faire foutre.
 
Il esquisse un sourire et mon c½ur se fend en deux. On rit. Peut-être qu'on trouvait ça drôle mais je crois surtout qu'on rit parce qu'on a mal. On rit parce qu'on veut juste avoir l'impression une mini-seconde qu'on n'est pas réellement en train de se séparer.
 
_Je viendrai te chercher, il reprend, Quand les choses se seront calmées, je viendrai te chercher.
_C'est une promesse ?
_C'est une promesse.
 
Il m'attrape dans ses bras, me serre contre lui de toutes ses forces, puis vient la séparation. Ce vide immense et béant qui me broie la poitrine. J'agis comme un automate. C'est ce que je dois faire si je ne veux pas m'écrouler et me jeter dans l'eau maintenant. Je suis Isaac, je l'embrasse une dernière fois, puis je monte dans le bateau. Il tangue. Les flots sont agités cette nuit. Comme si ils se préparaient à ce qu'il allait se passer : le départ d'un fugitif.
C'est ce que je serai désormais.
Un fugitif. 
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ISAAC
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Extra un.
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Il n'est plus là.
Englouti par les flots. 
C'est l'image que je garderai en tête. 
Parce que ce n'était pas un départ mais une fuite.
Je ne l'ai pas laissé partir. 
Je l'ai laissé disparaître.
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Voici le début de l'acte 4, pas très joyeux mais vu la fin du 
dernier chapitre je pense que vous vous en doutiez. 
Donc voila ce n'est qu'un extra donc pas très long mais il devait 
arriver en premier dans la logique de l'histoire.
J'espère qu'il vous a plu et que ça vous a donné envie
de continuer à lire cette histoire, 
en tout cas moi je suis ravie de partager un nouvel acte avec vous ! 
Encore pleins d'aventures à écrire :) 
 
 
 
 
 
 
 

Tags : #RunUpfic - #Acte4 - #Extra

Chapitre un. 22/05/2015

 
Chapitre un.

 
 
 
Harry
 
 
              Y a cette phrase sur la mort dans Grey's Anatomy qu'on nous ressort à toutes les sauces. Cette phrase avec les cinq étapes ; le déni, les négociations, la colère, la dépression, l'acceptation. Cette phrase qui est devenue une doctrine de vie ou je ne sais quoi. Cette phrase qui prétend être un modèle, une voie à suivre, une façon de vivre son deuil. C'est des conneries ces étapes. Y a pas eu d'étapes chez moi. Y a tout eu d'un coup. Tout mélangés et tout aussi douloureux.
Le déni, ce sentiment au plus profond de moi qui me dit que tout ça n'est pas réel, que c'est une blague, que Liam est toujours parmi nous.
Les négociations, cette envie d'échanger sa vie contre la mienne, de faire tout mon possible pour empêcher l'inévitable.
La colère, bien-sûr. Une colère profonde, dévastatrice, insoutenable. Je suis en colère contre Liam qui s'est procuré un putain de flingue. Je suis en colère contre Edward qui aurait dû l'arrêter bien avant. Je suis en colère contre Gemma parce que c'est elle qui a envenimé la haine toutes ces années. Je suis en colère contre Perrie parce qu'elle a été assez stupide pour croire au message de Zayn. Je suis en colère contre lui, surtout, contre ce meurtrier qui a réussi à s'enfuir. Et je suis en colère contre les Tomlinson. Contre chacun d'entre eux. Contre cette ADN qui coule dans leur veine. Contre ce nom de famille affiché dans tous les journaux de la ville. Et puis je suis en colère contre moi. Contre moi et ma naïveté à croire qu'une fin heureuse m'était destinée.
La dépression, elle est là, bien présente dans chaque fibre de mon corps, comme un poison dans mes veines. Ça touche mon c½ur à chaque seconde, me rappelant que je ne devrais pas être en vie, pas si il ne l'est plus. Ça touche mon cerveau à chaque seconde, me rappelant que ma vie n'a plus de sens, pas sans lui. Ça touche mon âme à chaque seconde, me rappelant que la sienne a disparu pour toujours et que je ne m'en relèverai jamais.
L'acceptation. Étrangement, je le ressens aussi. Pas aussi fort que les autres mais elle est là. Une sorte d'acceptation de la fatalité. Parce qu'au fond, c'était inévitable. On était allés trop loin. Ça devait tomber sur quelqu'un. Mais ce que je n'accepterai jamais, c'est que c'est tombé sur lui.
 
 
_Harry ?
 
La voix de Gemma me sort de mes pensées. Comme un automate sans vie, je détourne mes yeux de la pierre tombale où le nom de Liam est inscrit en doré. Ma s½ur me regarde, ses grands yeux sans larmes. Parce qu'elle ne pleure pas Gemma. Parce que tout ce qu'elle m'a dit à Hyde Park a disparu à la seconde où elle a appris la mort de notre cousin. Alors elle a simplement renfilé son masque. La femme forte, chef de famille, courageuse, téméraire, sur qui tout le monde peut compter. Alors elle ne peut pas pleurer. Parce que y a personne au dessus pour la soutenir.
 
_Tu viens ? Elle insiste en me tendant sa main.
 
Je l'attrape, toujours sans rien dire. Je crois que ça faisait bien une heure que j'étais planté devant la tombe. On a enterré Liam ce matin. La cérémonie à l'église puis la mise en terre. Les autres de ma famille sont rentrés à la maison pour continuer l'enterrement. Moi j'ai demandé à rester au cimetière. Ils n'ont pas insisté. Mais Gemma, en grande s½ur protectrice, n'a pu s'empêcher de venir me récupérer.
 
_Tu vas avoir froid à rester là, enchaîne-t-elle en serrant sa main dans la mienne.
 
Connerie. On est en pleins mois d'août. Alors je ne réponds pas et je crois qu'elle comprend rapidement que je n'ai pas envie de parler. On se contente de marcher jusqu'à la sortie du cimetière, main dans la main. La sienne est chaude. Ou alors c'est moi qui est froid. Peut-être qu'elle avait raison. Je suis tellement gelé à l'intérieur que le soleil n'est même plus capable de me réchauffer.
On rejoint sa voiture garée à l'entrée du cimetière. Les journalistes sont partis. Ils ont eu leur meilleur cliché ce matin, je suppose. Quand les parents de Liam, tout juste rentrés de Chine, se sont écroulés devant le cercueil de leur fils. Bande de connards. Ça alimente leur journaux depuis trois jours. La guerre des clans, ils l'appellent. Ils trouvent ça drôle, je crois. Ces deux familles de riches qui se tapent dessus. Je retiens un rire. Qui se tirent dessus, maintenant. Ça me donne envie de vomir.
 
_Tu ne devrais pas rester tout seul Harry, murmure Gemma lorsque je détache ma main pour rejoindre la voiture, côté passager.
 
Je sais de quoi elle parle bien qu'elle-même n'ait aucune idée de quoi elle parle.
 
_On a rompu je t'ai dis, je grince finalement entre mes dents, Je ne veux pas en parler.
_Tu ne devrais pas le rejeter maintenant. Ta peine n'a rien à voir avec lui.
 
Je pourrais en pleurer ou en rire, au choix. Elle est tellement à côté de la plaque. Alors je ne réponds pas et elle continue, ignorant à quel point elle brise mon c½ur déjà émietté en milles morceaux.
 
_La mort de Liam te fait perdre la raison. Tu ne peux pas le quitter maintenant. Tu l'aimes.
_Plus maintenant.
_Harry, s'il te plaît, tu-
_Je-ne-veux-pas-en-parler, j'articule froidement.
 
Gemma se tait, allumant le moteur de la voiture. Elle ne sait pas. Personne ne sait. La mort de Liam a été un tel choc pour tout le monde que plus personne ne se souvient de la conversation qu'on a eu juste avant. Et puis ça sonne faux. Ça sonne comme si ça n'avait jamais existé maintenant. Comme si tout ça n'avait été qu'un mauvais rêve.
Je n'ai eu aucune nouvelle de Louis depuis la mort de Liam. Il n'en a eu aucune de moi. La seule chose que je sais des Tomlinson, c'est ce que je lis dans les journaux. Isaac a été arrêté pendant quelques jours, soupçonné d'avoir aidé son frère à quitter le pays, mais faute de preuves et doté d'avocats redoutables, il a été relaxé hier après-midi. J'ai été à peine surpris, ce n'était pas comme si cette famille n'avait jamais échappé à la justice.
 
_On va rentrer à la maison et grignoter un morceau, d'accord ?
 
Elle m'énerve. A me parler comme ça. Comme si j'étais un gamin de cinq ans. Elle devrait me laisser vivre ma dépression comme je le veux. Et puis, elle devrait le ressentir aussi, cette dépression, merde ! Il est passé où son putain de c½ur ?
 
_Je n'ai pas faim.
_Harry, tu dois manger quelque chose.
_Quand est ce qu'ils vont me renvoyer dans le camp ? Je la coupe sèchement.
 
Elle se tait pendant une seconde, avale sa salive, et finit par me répondre :
 
_J'en ai parlé avec papa hier.
_Et ?
_Tu n'y retourneras pas.
 
Je me retourne vers elle, essayant de lire dans son regard si elle tente de me manipuler, mais elle a l'air sincère.
 
_Quoi ? Je balbutie.
_La mort de Liam est un choc pour tout le monde, elle répond, ses mains crispées contre le volant de sa voiture, ce qui me rassure sur le fait qu'elle n'est pas totalement insensible, Avec papa on pense qu'on devrait tous rester soudés. Tous ensemble. Et ne plus se séparer.
_Et mes problèmes de drogue ?
 
Tiens, première fois que je le reconnais.
 
_Je lui ai promis que je m'en occuperai.
 
Bah ouais, tiens. Elle a qu'à s'occuper de ça aussi. Du deuil de la famille entière, d'une des plus grandes banques du pays, des problèmes de justice avec les Tomlinson, de la presse et des paparazzis, et puis des problèmes de drogue de son frère.
 
_C'est comme ça que tu oublies ? Je murmure la gorge nouée.
_Pardon ?
_C'est comme ça que tu oublies la mort de Liam ? Je répète durement, En te chargeant de tous les problèmes du monde. Pour ne pas y penser.
_Probablement, elle répond, les yeux rivés sur la route.
_Est ce que ça marche ?
_Pour le moment.
_Tu sais que ça s'écroulera un jour, hein ? Je l'interroge, Tu sais que peu importe la manière dont tu fuis, tu te retrouveras face à toi-même un jour où l'autre.
 
Elle freine, brusquement. Ma tête se projette à l'avant et j'ai juste le temps de la voir détacher sa ceinture et sortir de la bagnole en trombe, sur le bord de la route.
Derechef, je détache la mienne à mon tour et me rue dehors.
 
_Mais qu'est ce que tu fous ? Je hurle.
 
Elle se tient sur le bord de la route, ses mains contre ses tempes, comme si elle était prête à exploser d'une minute à l'autre.
 
_Gemma ! Je l'appelle, Qu'est ce que tu fous ?
 
Je me plante devant elle. Je m'attendais à la voir pleurer mais c'est juste de la haine que je lis dans ses yeux. Elle les relève vers moi. Et comme un électrochoc, je comprends que cette haine m'est destinée.
 
_Tu m'as menti, elle grince le regard noir, Cette nuit là, tu m'as dis que tu rejoignais ton copain. Pourquoi tu ne m'as pas dis ce qu'il se passait ?
_Qu'est ce que ça aurait changé ? Je soupire.
_La mort de Liam ! Elle hurle, Sa putain de mort Haz ! C'est ça qui aurait changé ! Putain, si je l'avais su, jamais je ne vous aurais envoyé là-bas ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Pas alors que je savais que Stan avait un flingue ! J'y serais allée toute seule ! Mais toi putain ! Toi tu l'as envoyé la-bas ! Il est mort par ta faute !
 
Le sang quitte mon visage. Je me sens défaillir. Et je lis dans ses yeux à quel point elle est soulagée de me dire ça même si elle se hait de le penser. Que depuis tout ce temps. Que tout ce qu'elle cachait. Que tout ce qu'elle avait enfouit au fond d'elle. C'était ça. Que le coupable, c'était moi.
 
_Si tu me l'avais dis Harry, j'y serais allée toute seule. Je n'aurais jamais pris le risque de vous mettre en danger.
_Alors ça pourrait être toi, dans la tombe.
_Mais moi je l'aurais mérité, elle rétorque, Moi je devais payer. Pas lui, putain. Pas lui.
 
Je ne sais pas quoi lui répondre. Elle a raison. J'ai provoqué tout ça. J'ai appelé Liam. Je lui ai demandé d'y aller. Mais c'est trop tard et je suis fatigué de tout ça. Alors je me met à pleurer et je sens ses bras m'encercler quelques secondes plus tard.
 
_Je suis désolée Harry, je n'aurais jamais dû te dire ça. Ce n'est pas de ta faute. Je suis désolée. Pardonne-moi, je suis juste à cran.
_Gem, je murmure, niché contre son cou, J'ai tellement.. Mal.
_Moi aussi, tellement.
 
Elle se détache de moi et je lis dans ses yeux à quel point elle le ressent, comme moi, cette douleur atroce, cet abandon, cette perte, comme si on avait arraché une partie de moi. De nous. Une partie des Styles.
 
_Tellement, elle répète.
_Tu as le droit de pleurer.
_Ce ne sont pas les larmes qui me soulageront Haz, elle me répond.
_Qu'est ce qui te soulagera ?
 
Et la réponse se lit dans ses yeux : rien. Rien ne la soulagera. Rien n'apaisera sa peine. Comme rien n'apaisera la mienne. C'est trop tard. Il est mort. Parti pour toujours. Qu'est ce que des larmes y changeront ?
 
_On rentre ? Elle enchaîne en se dirigeant vers la voiture.
_Je ne suis pas sûr d'être capable de le supporter. Voir les autres.
_Ils ont besoin de toi.
_Ils ont besoin de Liam, je rectifie, Comme nous tous.
 
Elle approuve d'un hochement de la tête. Alors on se dirige vers la bagnole et on rentre à l'intérieur, en silence. Et, toujours sans parler, elle fait démarrer le moteur. La voiture reprend sa route. Mon regard se perd dans les paysages qui défilent bien trop vite à mon goût. J'ai peur. Retourné dans cette maison, voir leur visage. Y a des moments dans la vie où la peine est juste tellement forte qu'on ne peut plus rien ressentir d'autre. Juste cette douleur intense. Cette chose au fond du c½ur qui ne partira plus jamais. Elle s'estompera, au fil du temps, au fil des larmes, elle s'estompera. Mais jamais elle ne disparaîtra. Et c'est cette chose qu'on lit sur leur visage à tous. Cette petite chose qui ne nous quittera plus jamais. Cette perte qui ne sera jamais remplacée.
La voiture s'arrête devant notre maison. Je détache ma ceinture, lentement, comme si j'essayais au maximum de faire reculer cet instant. Gemma effleure ma main. Je sors de la bagnole, le c½ur lourd et l'impression de suffoquer, l'impression que l'oxygène ne me suffit plus à rester en vie.
Tant pis. Ce n'est pas comme si j'avais le choix. Je me dirige vers l'entrée. Ma famille est encore à l'intérieur. Tantes, oncles, cousins, grands-parents, voisins, amis du lycée.
Je passe entre les groupes. Je n'ai envie de parler à personne. Je monte les escaliers malgré le fait que j'entende mon prénom franchir les lèvres tremblantes de ma mère. Je ne m'arrête pas. Plus que quelques pas. Quelques pas et ma chambre. Quelques pas et..
Je me stoppe au milieu du couloir. La chambre de Liam est ouverte. Perrie est assise sur le lit, Jade – sa meilleure amie – en larmes et installée dans ses bras. Niall dans son fauteuil se tient à côté d'elles. Edward, quant à lui, est assis sur la chaise du bureau, le regard vide.
Je sens un mouvement derrière moi. C'est Gemma qui vient de me rejoindre. Sans même me parler, elle attrape ma main et me fait entrer dans la pièce. Elle referme la porte derrière elle. Et, sans un bruit, on se regarde tous. Tous les cousins. Tous les Styles. Dans la chambre de Liam. On se regarde et aucun mot ne serait à la hauteur de ce moment. Aucun mot ne traduirait la douleur qu'on ressent à cet instant, aucun mot ne traduirait le soulagement d'être ensemble dans ce moment là.
Une douleur comprise.
Une douleur à moitié partagée.
Une douleur insupportable qu'on apprendra à supporter ensemble.
 
_Viens, murmure Gemma tous bas avant de s'asseoir en tailleur sur le sol de la chambre.
 
Je suis le mouvement, m'installant à côté d'elle. Personne ne parle, on est simplement assis en silence, tous ensemble. Y a quelque chose qui règne dans la pièce. Quelque chose de réconfortant. Un calme inhabituel. Un calme apaisant. Juste nous. Juste nous dans ce bordel inexplicable.
 
_Peut-être qu'on devrait lui laisser un dernier message, murmure Gemma, Chacun notre tour.
_Non, souffle Edward, les yeux noyés de sang et de larmes, Ne fais pas ça.
_Ça quoi ?
_Prétendre qu'il nous entendra. Il est parti.
_Alors faisons le pour nous, ajoute Perrie, Faisons le juste pour nous.
 
On acquiesce, sauf Edward prostré dans son mutisme et sa peine.
 
_Qui commence ? Interroge Niall.
_Moi, répond sa s½ur en se relevant légèrement du lit, bousculant sa meilleure amie, Moi je voudrais lui dire qu'il est con. Ouais, regardez moi comme vous voulez, mais si il était devant moi je lui dirais qu'il est con. Con d'avoir emmené ce flingue. Con de l'avoir braqué sur Zayn, con de-
_Perrie, gronde Gemma, Arrêtes tout de suite ce que tu-
_Et quoi ? La coupe-t-elle à son tour, On ne va tirer aucune leçon de ça ? On va rester encore les même ? J'en ai marre de me taire, marre de ne pas dire les choses. C'est là que ça nous a amené. Tous ses mensonges, ses trahisons, ses non-dits. Alors laissez moi parler putain !
 
Et, ouais pour le coup, tout le monde ferme sa gueule parce qu'on sait qu'elle a raison.
 
_Je lui dirais qu'il est con d'avoir été aussi aveugle. D'avoir vu que de la haine. D'avoir préféré sa haine à tout le reste. 
_Et moi je voudrais dire que si tu n'avais pas été à ce rendez-vous il serait encore là, crache Edward.
 
Ça fait mal. Mais c'est nécessaire. Ces reproches. Autant que ça sorte maintenant. C'est pour ça que personne ne l'arrête.
 
_Parce que toi aussi t'es aveugle Perrie. D'avoir cru que cet amour pour adolescente allait tout réparer. On était trop cassés pour ça. C'était trop gros, trop brutal. Ce conflit. Il n'allait pas se réparer avec un amour de jeunesse à la con.
_Alors il allait se réparer avec quoi Edward ? L'interroge-t-elle sèchement, Parce que tu ne crois pas en l'amour mais tu ne crois en rien non plus. Pour toi y a rien qui le réparera parce que t'en a jamais eu envie.
_Parce qu'ils ne le méritent pas, il crache, Niall est dans ce fauteuil par leur faute. Liam est mort. Qu'est ce que tu veux réparer, putain ?!
_Y a rien à réparer, murmure Gemma, Pas avec eux en tout cas.
_Alors avec qui ? Je demande, bêtement.
_Nous, elle me répond, Nous on doit se réparer. C'est le plus important.
 
Un silence. Nos respirations. Puis une petite voix qui sort de nulle part :
 
_Nous on était amoureux.
 
On se retourne tous vers Jade, en larmes, tandis que Perrie s'exclame hébétée :
 
_Pardon ?
_Puisqu'on est là pour se dire la vérité, je voulais te dire qu'on était amoureux. On sortait ensemble depuis plus d'un an.
_Quoi ? Souffle-t-elle prise de court, se retournant vers nous pour attendre une réaction de notre part.
 
Et, ne venant pas, elle enchaîne perplexe :
 
_Mais vous étiez au courant ?!
_Bien-sûr, répond Gemma en levant les yeux au ciel, C'était tellement évident.
_Quoi ? Elle répète encore, se retournant vers Jade.
_Oh Perrie, soupire son frère, Et c'est nous qui sommes aveugles.
 
Y a un silence gênant qui suit sa vanne. Un long silence. Puis mon rire. Ouais, mon rire. Parce que sa remarque n'a aucun sens maintenant. Parce que, merde, j'ai envie de rire. Et lorsque j'entends le ricanement de Niall, suivit par le soupire de Gemma, je ne me retiens plus. Je laisse tout sortir. Les autres me suivent. Ils pleurent et ils rient en même temps. Ça fait mal et ça fait du bien à la fois. Je crois que c'est juste l'absurdité de la situation qui nous fait rire. Je crois qu'on attendait tous le moment où Perrie découvrirait leur histoire de cul mais qu'on n'aurait jamais imaginé que cela se passe dans ces circonstances. Alors on en rit, au moins. On rit à se crever le c½ur. Mais on rit. Et, l'espace d'une seconde, ça nous rappelle que si on est encore capable de rire, c'est que la vie ne nous a pas tout pris. 
 
 
Louis
 
 
           Mes baskets de sport frottent contre le sol trop blanc de l'hôpital. Je tombe de fatigue, mes cernes me font presque mal au visage tant je les sens lourdes et pesantes. Ça fait trois jours que je suis ici. Assis sur ce fauteuil. Je relève mon regard vers le lit dans lequel mon père est allongé, presque mort. Il est tombé dans le coma après le départ de Zayn. Son c½ur déjà affaibli n'a pas pu supporter la nouvelle. Un enfant meurtrier, fugitif. Un autre coupable de l'avoir fait quitter le pays. Et encore un autre arrêté pour possession d'arme et tentative de nuire à autrui. La presse et la justice à nos trousses. Notre nom de famille salit dans tous les médias du pays. Je pense qu'il s'est dit que s'en était trop pour lui, que ça avait été trop loin, qu'il était temps de rendre les armes. Je ne lui en veux pas. Je crois sincèrement, qu'à sa place, j'aurais fais la même. Je leur aurais dis : continuez sans moi les enfants, là vous m'avez perdu.
Ouais, on l'a perdu. On a perdu toute la famille.
Y a toujours eu deux clans chez les Tomlinson. Les grands et les petits. Et, nous, les grands on a sacrément merdé. Complètement merdé. Plus personne ne nous parle. Waliyha, Lottie, Eleanor, Félicité, les jumelles. Je n'ai même plus le droit de poser les pieds chez moi. C'est pour ça que je reste à l'hôpital.
Je relève mon visage vers la porte de la chambre lorsque je l'entends s'ouvrir. C'est ma mère qui vient d'entrer. Ses yeux rouges et gonflés de larmes ne me lancent qu'un vague coup d'½il. Elle détourne son regard immédiatement parce que je crois qu'elle ne la supporte même pas, la vision de moi.
 
_Tu peux me laisser seule avec lui ?
 
Elle daigne cependant s'adresser à moi. Pour me dire de sortir de la pièce, soit, mais elle me parle au moins.
 
_Tu veux que j'aille te chercher du thé ? Je demande.
 
Pas de réponse. J'aurais au moins essayé. Je sors de la pièce, refermant doucement la porte derrière moi alors que j'entends ma mère exploser en sanglot. Elle aussi elle vient ici tous les jours. La plupart du temps, elle m'ignore.
Le reste de la famille, je ne les vois plus beaucoup. Mes grands-parents du côté maternelle sont venus s'installer à la maison pour s'occuper des filles. Elles ne viennent pas à l'hôpital très souvent. Isaac et Stan, quant à eux, ont passé quelques jours en prison. Mais aidés par les avocats de la famille, ils ont réussi à s'en tirer avec une liberté conditionnelle le temps du procès. Honnêtement, je ne sais même pas où ils sont. Je crois que Stan et Aïden ont déménagé chez des potes à eux. Isaac est parti chez sa mère. Patricia et son père lui en veulent pour Zayn. Je comprends leur réaction. Je veux dire, quelle putain d'idée de lui faire quitter le pays, le livrer à lui-même alors qu'il va être recherché par toutes les polices du monde. Je sais que c'est con en plus de le mettre en danger, j'en ai conscience, mais j'ai dû mal à le juger. Peut-être que j'aurais réagi de la même manière si il avait s'agit de mon frère. Je préférerai le savoir en liberté que en train de croupir dans une prison. En plus, on sait que c'était un accident, qu'il n'a jamais voulu ça. Mais qui l'aurait cru ? La justice est au courant de nos déboires avec les Styles. Elle n'aurait jamais laissé passer ça. Pas après l'avoir déjà fais pour Niall. La fuite était sa seule solution. Mais je sais que ma famille a du mal à l'accepter parce qu'elle n'accepte déjà pas l'acte en lui-même.
Je m'arrête devant la machine à café. Je sors les quelques pièces qui traînent dans le fond de ma poche, les insérant dans la fente. Je regarde la boisson chaude couler dans la timbale. Je suis tellement fatigué que je pourrais m'endormir sur cette image. Mais je sens mon portable vibrer soudainement dans ma poche, me tirant de mes rêveries.
Je sors mon téléphone de ma poche, étonné parce que ça fait bien longtemps que quelqu'un a tenté de me joindre.
 
WTF
WTF
WTF
WTF
 
C'est impossible. Je suis tellement fatigué que je dois mal lire les lettres inscrites sur l'écran.
 
WTF
WTF
WTF
WTF
 
Le portable vibre dans ma main. J'ai l'impression que ces trois lettres me font l'effet d'électrochoc dans ma poitrine.
 
WTF
WTF
WTF
WTF
 
Mais pourquoi elle m'appelle ? Est ce qu'elle a tout découvert ? Est ce qu'il est arrivé quelque chose à Harry ?
 
WTF
WTF
WTF
WTF
 
Mon pouls s'emballe. Est ce que je dois décrocher ? Les sonneries vont bientôt se terminer et..
 
WTF
 
Putain, merde. J'appuie sur le bouton vert.
 
_Allo ?
 
C'est bien Gemma au bout du fil. Je reconnais sa voix entre mille. Bien que d'habitude, elle soit bien plus grave et imposante.
 
_Allo ? Elle répète encore, tandis que je reste tétanisé d'effroi devant ma machine à café, C'est moi. Gemma. La grande s½ur d'Harry.
 
Elle laisse un blanc passer. Je suis incapable de parler de toute façon, elle reconnaîtrait ma voix elle aussi, j'en suis persuadé.
 
_T'as probablement pas envie de me parler vu que mon frère t'as largué du jour au lendemain, elle continue, Donc euh.. Je te remercie au moins d'avoir décroché.
 
Toujours aucune réponse de ma part.
 
_Peut-être que tu peux juste écouter ce que j'ai à te dire du coup... Et, comme tu n'as pas encore raccroché, je suppose que ça veut dire oui.
 
Mon c½ur se contracte dans ma poitrine tandis qu'elle continue d'une voix faible et tremblante que je ne lui aurais jamais imaginé :
 
_Je suppose que tu as lu dans les journaux ce qu'il s'est passé avec notre cousin.
 
Je l'entends avaler sa salive, se mordant probablement les lèvres pour ne pas pleurer au téléphone. Parce qu'elle reste fière dans toute circonstance, cette fille.
 
_Alors je comprends que ça te fasse flipper, et que c'est probablement pour ça que tu n'as pas essayé de retenir mon frère, parce que .. Sérieux, qui voudrait se foutre dans une famille comme ça, pas vrai ?
 
Elle rit. Un peu. Mais on sent dans sa voix qu'elle ne trouve pas ça drôle du tout.
 
_Et je sais que ce n'est pas mon rôle, je veux dire, de t'appeler comme ça, sans qu'il le sache, c'est bizarre... Et votre histoire ne me regarde pas. Et je sais aussi que mon frère est trop fier et surtout trop malheureux en ce moment pour rattraper le coup. Ça doit te paraître con que je te supplie comme ça mais tu ne peux pas le laisser partir.
 
Elle hésite un peu puis elle ajoute, brisant mon c½ur encore un peu plus :
 
_Il a besoin de toi...
 
Même si je pouvais lui parler je ne saurais pas quoi lui répondre à cet instant. Parce que ça fait plus de mal que de bien, d'entendre ça.
 
_Liam, c'était comme son meilleur ami, elle continue, Ce n'est pas humain ce qu'il est en train de vivre. Il a besoin de toi. Je ne te connais pas mais je sens qu'il a besoin de toi. Alors, je ne sais pas, réfléchis-y au moins. Je sais que notre famille n'est pas un cadeau. Et ce n'est pas un cadeau pour lui non plus, tu sais. Il n'a juste pas choisi de naître ici... Mais il t'a choisi toi. A un moment de sa vie, il a décidé de te choisir toi. Et crois moi, il n'a jamais vraiment fais de bon choix avant toi.
 
Et je suis probablement le pire qu'il n'ait jamais fais. Putain, faites la taire. Et pourquoi je ne raccroche pas, moi ?!
 
_Je connais mon frère, tu sais, et peut-être qu'il ne te l'a jamais dis avec des mots mais... Mais il te l'a montré. Je suis sûre qu'il t'a montré à quel point il t'aime.
 
Elle marque une pause. Peut-être qu'elle a conscience qu'elle est lentement en train de m'achever.
 
_Et tu l'as vu aussi, n'est ce pas ? Je sais que tu l'as vu. Tu sais qu'il t'aime. Alors ne le laisse pas reprendre de mauvaises décisions. Parce que t'avoir quitté en était une.
 
Le souffle court, le c½ur à l'abandon, et ces derniers mots assassins :
 
_Et si tu ne le retiens pas, ça deviendra la tienne.
 
Y a des petites choses qui ravagent des vies entières parfois. Ces mots à elle. Ce coup de téléphone. Ça ravage ma vie à cet instant. Parce qu'en même temps d'avoir raison, elle a tellement tort à la fois. Et c'est ça qui me fait le plus de mal. Alors je raccroche.
Y a un silence qui m'entoure après ça. Y a toujours la machine devant moi. Le café chaud qui m'attend. Mais y a plus de sens à tout ça. A l'hôpital. A Zayn. A ma mère. A mon père. A Isaac. Plus aucun sens. Parce qu'à trop mentir sur sa vie, on finit par oublier où est la vérité dans tout ça.
Alors je prends le café et je le jette à la poubelle. Je me dirige vers la chambre de mon père. A l'intérieur, plus personne. Je suppose que ma mère parle au médecin. Je reprends ma place habituelle, sur mon fauteuil, mais je le rapproche du lit de façon à pouvoir lui prendre la main.
 
_Hey papa.
 
C'est bizarre. Ces mots qui sortent de mes lèvres. Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas appelé comme ça.
 
_J'ai quelque chose à te dire. Sur moi. Enfin, sur nous, en fait, je reprends, Je sais que je t'ai déçu souvent. Que je n'étais pas beaucoup impliqué dans cette histoire de banque parce que, en réalité, ça me faisait chier. Ce n'est pas ce que je veux faire. Bosser comme ça, comme un forcené, tout ça pour remplir notre compte en banque. Je ne sais pas si tu l'as réalisé mais tout ce fric, ça nous a jamais vraiment rendu heureux. Je le croyais moi aussi au début. Qu'on avait de la chance d'avoir tout ça. Les meilleurs écoles, les meilleurs vêtements, les meilleurs vacances. Je sais qu'on nous a envié dans la ville, qu'on m'enviait partout où j'allais. Et ça a suffit à me faire croire que j'étais heureux. Qu'on était tous heureux. Car ça aurait été malhonnête de ne pas l'être, avec tout cet or autour de nous, toute cette chance d'être né ici et pas ailleurs. Ça aurait été hypocrite, non ? De ne pas s'en contenter ? Moi je m'en suis contenté pendant longtemps. Et t'avais raison quand tu disais que le travail était la contre-partie à tout ça. Mais si aujourd'hui y a plus aucune des deux parties qui me va, ça n'a plus de sens, pas vrai ? De continuer ? Tu sais ce que je viens de te dire sur le bonheur. Que maintenant je réalise que l'argent ne m'en a pas donné. C'est parce que j'ai rencontré quelqu'un. Et lui il m'en a donné alors, à côté, je ne sais pas, ça parait futile le reste. Et.. Ce que je vais te dire ne te donnera probablement pas envie de te réveiller mais.. Ce quelqu'un c'est Harry Styles.
 
Je mesure mes mots. C'est la première fois que je le dis comme ça, à voix haute. Et oui c'est lâche parce que mon père est inconscient. Mais j'espère au plus profond de lui qu'il m'entend. Et qu'il me comprend surtout.
 
_Oui Harry Styles, l'autre clan. Tu peux m'en vouloir et... Tu m'en veux probablement déjà. Et je suis désolé parce que je ne peux même pas te l'expliquer. Pourquoi lui ? Je ne sais pas. Franchement je ne sais pas, papa. Ça aurait pu tomber sur n'importe qui d'autre. C'est juste tombé sur lui. Mon bonheur, je murmure, Il est tombé sur lui.
 
Je trouve que c'est une belle image. Il aurait pu se poser sur lui mais il est tombé. Littéralement, tombé. Brutalement. Comme un coup de massue. Comme si il n'y avait pas d'autres choix possible.
 
_Alors oui, tu t'en doutes, il ne veut même plus m'adresser la parole désormais. Je respecte. Je veux dire, son cousin est mort à cause de Zayn.
 
Ça aussi, c'est la première fois que je le dis à voix haute et, merde quoi.
.
_Je ne sais pas quoi faire papa. Je ne sais plus quoi faire. Si tu savais comme je l'aime et si tu savais comme j'ai honte aussi... Je ne sais pas, je ne sais plus, j'ai plus la force. Je.. Et je suis désolé. Je suis désolé de ne pas être celui que tu aurais voulu. Je ne le suis pas non plus. Ce que je voulais être. Je ne le suis pas. Je ne voulais pas. Tomber amoureux de lui. Je ne voulais pas. Et ça fait tellement mal de savoir que rien dans ce monde ne changera ça. Le fait que je l'aime, je veux dire. Pas l'argent, pas l'espace, pas le temps. Rien.
 
Un sanglot étrangle ma voix.
 
_Je l'aime, papa. Et maintenant, il est parti pour toujours.
 
Un raclement de gorge derrière moi. Je tressaute. Je sens les muscles de mon dos se raidir. Lentement, je me retourne vers la porte. Et elle me regarde. Elle me regarde de ses grands yeux remplis de larmes. Comme si elle n'avait pas déjà tout le poids du monde sur ses épaules.
 
_Maman, je murmure bêtement en me relevant de mon fauteuil, Je-
_Non Louis, elle me coupe sèchement, Tais-toi.
_Je peux t'expliquer.
_Tu ne peux pas expliquer une relation qui n'a pas de sens.
 
Et, ouais, je sais, elle a raison. Il n'y a pas d'explications. Pas de raisons. Pas de solution. Y a juste lui. Il est rentré dans ma vie et je n'ai pas envie de le laisser en sortir.
Alors je murmure, la gorge nouée :
 
_Mais je sais tout ça, que ça n'a pas de sens, qu'on va droit dans le mur, mais je suis amoureux de lui. Je suis vraiment amoureux de lui, maman. Tellement que j'en oublie que c'est le frère de Gemma, tellement que je me dis que je pourrais vivre avec ça.
_Toi Louis, elle rétorque, Toi tu pourrais... Mais pas lui.
 
Je m'apprête à dire quelque chose mais, dans le fond, y a assez peu de mots pour répondre à ça.
 
_Son cousin est mort.
 
Elle laisse sa phrase en suspens. Parce qu'il y a de la tristesse dans sa voix. Pas de haine. De ranc½ur. De conflit. Juste la tristesse d'avoir laissé ça arriver.
 
_Louis, j'ai entendu. J'ai entendu que tu l'aimais. 
 
J'ai presque envie de pleurer. Parce qu'elle ne hurle pas au scandale, parce qu'elle ne me regarde pas avec dégoût, parce que dans ses yeux, elle est juste désolée pour moi.
 
_Mais ça, vous ne le surmonterez pas.


Mon estomac se noue douloureusement.  
 
_Tu l'as dis toi-même, Louis, il est parti pour toujours.
.
.
.
 




Chapitre un.



<< Parce que tous les levers du jour, sans toi, ne se relèvent pas >>
                                                                                  Saez- Les meurtrières 



____________________

Premier chapitre de l'acte 4,
toujours pas la joie comme vous pouvez le remarquer, 
mais ne vous inquiétez pas, l'action va rapidement revenir :p 
Bisous à toutes, j'espère que ça vous a plu 
xx

Je suis répertoriée sur un nouveau blog :
 


Tags : #RunUpfic - #Acte4

Chapitre deux. 11/06/2015

 
 
Chapitre deux.

 
 
Louis
 
 
         Je pénètre dans la pièce sombre, le c½ur contracté dans ma poitrine. Ma main cherche l'interrupteur sur le mur. Le salon s'éclaire d'une lumière criarde qui me brûle les yeux. Je suis chez moi. Dans la maison de mes parents. J'étais avec ma mère à l'hôpital. Elle a insisté pour qu'on rentre ensemble. Elle voulait que je passe dire "bonjour" à mes s½urs puisque ça fait presque quatre jours que je ne les ai pas vu. J'imagine qu'elle a raison. J'imagine que c'est ce que je devrais faire. Ce qu'un grand frère devrait faire.
Je m'allonge sur le canapé. Les jambes lourdes et cette envie de m'effondrer un peu plus à chaque seconde. L'état de mon père ne s'améliore pas. Il est toujours dans le coma et les médecins n'ont plus beaucoup d'espoir.
Mon regard se porte vers l'horloge au dessus de la télévision. Il est vingt-trois heures. Je sais que les jumelles doivent être en train de dormir. Je les verrai demain matin au réveil. J'ôte mes chaussures à l'aide de mes talons alors que j'entends ma mère entrer dans la pièce à son tour.
 
_Tu devrais aller te coucher, tu as des cernes monstrueuses Louis.
_Je te retourne le compliment, maman.
 
Elle esquisse un vague sourire puis me rejoint pour passer une main dans mes cheveux. Elle dépose un baiser sur mon front puis un « bonne nuit » se fraye un chemin jusqu'à mon oreille. J'entends ses pas s'éloigner puis la porte de sa chambre se fermer. Elle va rejoindre son lit. Seule. Et ça aussi ça me fait mal. Sa solitude. La mienne. La notre. Comme si faire partie de la même famille ne nous suffisait pas. Comme si on était tous seul, mais ensemble.
Mes yeux se ferment. Je pourrais remonter dans ma chambre mais je crois que je n'en ai pas envie. Je n'ai pas envie de m'allonger pour la première fois depuis quatre jours. Je n'ai pas envie de penser. Pas envie de souffrir. Pas envie de dormir. J'ai juste envie de le voir.
 
_Qu'est ce que tu fais là ?
 
Je sursaute à l'entente de la voix d'Isaac.
Je me retourne vers lui, les yeux écarquillés. Je ne savais pas qu'il était à la maison ce soir.
 
_Euh, je bafoue en me relevant légèrement du canapé, J'étais à l'hôpital avec ma mère. On est rentrés ensemble.
 
Il s'assoit dans le fauteuil en face de moi, les traits tout autant fatigués que les miens.
 
_Comment tu vas ? Je l'interroge.
_Drôle de question.
 
Je reste silencieux, avalant ma salive, tandis qu'il enchaîne :
 
_Comment va Mark ?
_Toujours dans le coma.
_J'aimerais pouvoir l'être aussi, il murmure doucement, Ne plus vivre ça.
_Moi aussi.
_Dommage de l'avoir provoqué dans ce cas.
 
Je relève mon regard vers lui. Je sais qu'il souffre. Je sais qu'il a mal plus que tout le monde. Parce qu'il a laissé son frère partir et qu'il le regrette. Je sais tout ça. Mais moi aussi j'ai mal. Et ce n'est pas en déversant sa culpabilité sur la mienne qu'il se sentira mieux.
 
_Tu as envoyé ce message à Perrie, je te rappelle.
_Parce que tu aurais dû arrêter leur relation dès que tu l'as su, il rétorque, piqué au vif.
_C'est ce que j'ai essayé de faire.
_En tombant amoureux de l'autre pédale, il grince, Belle réussite.
_Ne parle pas de lui comme ça.
_Tu crois que tu peux encore me donner des ordres ?
 
On s'arrête tous les deux, se toisant du regard comme deux animaux prêt à se battre alors que tout ça n'a aucun sens. Dans une bataille, il y a un trophée à remporter, un prix à gagner. Là, il n'y a rien. Pas de victoire. Pas de défaite. Y a juste notre haine et notre culpabilité qui s'affrontent en duel. Tout ça pour oublier. Mais on n'oubliera pas.
 
_Je suis désolé pour Zayn, je finis par murmurer.
_Je suis désolé pour ton pd d'Harry Styles que tu ne pourras plus baiser.
 
La provocation. Sa seule raison d'exister encore. Je ne peux pas lui en vouloir. C'est ce que j'ai fais pendant des années. Alors là, je m'avoue vaincu. Je suis trop fatigué pour lui répondre. Au moins, je peux faire semblant de croire qu'il est désolé. Je soupire puis me relève du canapé, me dirigeant vers l'escalier.
Je m'arrête brusquement. Le souffle coupé en deux.
Deux grands yeux bleus noyés de larmes. Deux grands yeux bleus dont le monde s'écroulent. Deux grands yeux bleus qui me fendent le c½ur en milles morceaux.
 
_Harry Styles, murmure Lottie la voix tremblante, Tu te tapais Harry Styles ?
_Non, je murmure blême en me rapprochant de ma s½ur.
 
Mais elle a un violent mouvement de recul à mon égard.
 
_Non Lottie ! Je m'exclame, Attends !
_Ne me touches pas ! Se brusque-t-elle, les larmes coulant désormais sur ses joues, Tu me dégouttes !
_Attends !
_Mais comment tu peux faire ça à Eleanor ?
_Laisse moi-
_Tu me dégouttes Louis ! T'es dégoûtant ! T'es sale !
_Mais-
_Ne me touches pas j'ai dis ! Hurle-t-elle.
_Laisse moi t'expliquer !
 
Mais elle ne m'écoute pas. Elle est braquée. Apeurée. Choquée. Jusque dans son âme. Je peux le sentir partout en moi à quel point elle pense ses mots. A quel point je la dégoutte. A quel point elle me trouve sale. Sali d'avoir touché l'autre clan.
Les Styles la rendent malade depuis le viol de notre cousine. Elle punit son corps à cause d'eux. Et moi je touche celui de l'un d'entre eux. J'embrasse celui de l'un d'entre eux. J'aime celui de l'un d'entre eux. Et ce n'est pas juste. Je le sais.
 
_Lottie, je murmure, S'il te plaît.
_Ne me parle plus, ne me regarde plus, ne me-
 
Elle s'étrangle, dans ses sanglots, et moi je ne sais même plus quoi dire pour la retenir.
 
_Je te déteste.
 
Puis elle tourne des talons, brusquement, courant jusqu'à la porte d'entrée. Je n'ai même pas le temps de réaliser qu'elle est déjà sortie. Et ça me fait tilte, d'un coup. Les cicatrices sur son corps. Le mal qu'elle se fait. Je ne peux pas la laisser partir. Pas dans cet état là.
Alors je me lance à sa poursuite. Il fait nuit dehors. Trop. Je mets plusieurs secondes à la repérer dans le noir. Lorsque je vois son ombre se dessiner au loin, je hurle son prénom et lui courre après. Mais elle va vite et mes larmes me brouillent la vue. La fatigue et la pression de ses derniers jours ont raison de moi. Je suis épuisé. Je n'arrive même pas à la rattraper. Je tente une dernière fois de l'appeler mais même ma voix est trop faible pour qu'elle entende son prénom. Et,quand bien même, je sais qu'elle ne s'arrêterai pas.
Je m'effondre au sol. Épuisé et vidé. Je n'ai aucune idée d'où elle a pu partir. Mais je ne peux pas abandonner. Je dois rentrer à la maison. Prendre ma voiture. La chercher toute la nuit. Je dois être fort. Pour elle. Pour ma famille que j'ai abandonné pendant si longtemps.
Je me force à me relever. Mes jambes sont lourdes et tremblantes. Tant pis. J'avance. Je courre. J'essuie mes larmes. Je me rue dans la maison, le salon, Isaac est toujours sur le canapé. Il se retourne vers moi, lentement, et des mots glacés sortent de ses lèvres avec amertume :
 
_T'es plus un héros pour personne, maintenant.
 
Une boule d'angoisse me comprime la gorge mais j'arrive à lui répondre, encore essoufflé de ma course :
 
_Je ne l'ai pas retrouvé.
_Ton problème.
_Isaac tu peux m'en vouloir à moi mais Lottie n'a pas à payer. J'ai besoin de ton aide. Et Stan. Et Aïden.
 
Il ne réagit pas. Mais je vois dans son regard qu'il sait que j'ai raison.
 
_Faut la retrouver. C'est dangereux. Pour elle.
_Je sais, il soupire en se relevant, Je prends ma voiture. Prends la tienne.
_Et-
_J'appelle les gars, il enchaîne en enfilant son blouson, Dépêches.
 
Il sort de la maison et je ne peux m'empêcher de me sentir soulagé. Parce que – quoi qu'il arrive – je sais qu'ils seront toujours là pour nous.
Nous, les Tomlinson.
 

 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac » ; « Stan » ; « Aïden ».
00h10. Des nouvelles ?
 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
0h10. Non, j'ai fais tout le quartier autour de la maison et Chelsea. Je bouge vers Kensington.
 
✉ SMS de « Stan » à « Louis ».
0h12. Rien côté Ouest, on bouge dans le sud avec Aïden.
 


 

✉ SMS de « Louis » à « Isaac » ; « Stan » ; « Aïden ».
01h26. J'ai fais toutes les maisons de ses potes et les endroits qu'elle fréquente. Rien. Votre côté ?
 
✉ SMS de « Aïden » à « Louis ».
01h34. Rien.
 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
01h42. Rien à Kensington non plus. T'as fais Hyde Park ?
 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac ».
01h42. Le premier truc que j'ai fais.
 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
01h42. Elle n'avait pas d'argent. Elle n'a pas pu aller bien loin.
01h43. ... Quartier Styles ?
 
✉ SMS de « Louis » à  « Isaac ».
01h44. Trop risqué. Si un de nous rentre dans le quartier, on en ressort pas vivant.
01h44. Et elle a trop peur d'eux pour aller là-bas.
 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
01h44. Ok. Je vais à Kings Cross. Toi ?
 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac ».
01h44. Westminster.
 


 

✉ SMS de « Stan » à « Louis » ; « Isaac ».
02h21. Toujours rien.
 
✉ SMS de « Louis » à « Stan » ; « Isaac ».
02h22. J'appelle les flics.
 

 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
02h36. T'as prévenu ta mère ?
 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac ».
02h38. Non on la laisse dormir.
 

 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac » ; « Stan » ; « Aïden ».
03h25. Les flics ne la trouvent pas non plus.
 
✉ SMS de  « Aïden » à « Louis ».
03h27. J'ai appelé Eleanor, elle a aucune idée d'où elle a pu partir. Mais elle va appeler ses amies.
 

 
✉ SMS de « Louis » à « Isaac ».
03h41. Je panique trop mec...
 
✉ SMS de « Isaac » à « Louis ».
03h44. On va la retrouver. Ce n'est pas la première fois qu'elle fugue.
 

 
✉ SMS de « Stan » à « Louis ».
04h01. Eleanor a appelé toutes les amies de Lottie. Aucune n'a de nouvelles.
 
✉ SMS de « Louis » à « Stan ».
04h01. Ok merci. Je tente un dernier truc.
 

✉ SMS de « Numéro Inconnu » à « Boucle d'Or »
04h15. Hey, Harry, c'est moi, Louis. Je sais que tu ne veux plus entendre parler de moi mais, je t'en supplie, lis ce message jusqu'au bout. Lottie, ma petite s½ur, a appris pour nous deux il y a quelques heures. Elle a fugué de la maison. Tu sais que c'est grave si je t'envoie ce message. Je t'ai déjà parlé d'elle. Elle peut aller très loin. Je suis mort de trouille. On a cherché partout dans Londres. Sauf dans vos quartiers, c'était trop risqué. Surtout Mayfair. Est ce que tu peux juste vérifier si elle est là ? Peut-être qu'elle s'est cachée là-bas. Je ne sais pas. Je l'ai cherché toute la nuit. Je perds la tête. J'angoisse. Je sais que je t'en demande trop mais je suis désespéré là. Tu peux m'en vouloir de toutes tes forces mais Lottie mérite de s'en sortir. Je t'en supplie, aide moi. x
 
 

 
Harry
 
 
        Il fait frais dehors. Cinq heures du matin. Le soleil se lève lentement, ses rayons se frayant un chemin entre les hauts buildings de la capitale. Je marche, les mains dans les poches, le vent dans mes cheveux bouclés. C'est presque agréable, cette promenade. C'en est juste pas une. Malgré tout ce que j'essaie de me faire croire, je suis bien en train de la chercher. Sa stupide s½ur. Je ne sais pas pourquoi je me suis levé après ce message. Je n'y ai pas répondu mais je me suis levé. Pourtant, ils le méritent tout ça. Cette angoisse. Cette peur de perdre la personne qu'on aime. Ce sentiment horrible de réaliser qu'on ne peut rien faire pour la sauver. Ils méritent de vivre ça.
Alors pourquoi je suis là ? Pourquoi j'essaie d'aider ?
J'y réfléchis mais je n'ai toujours aucune réponse. De la pitié ? De l'humanité ? Peut-être. Au fond, il a raison. Elle n'a pas mérité ça cette gamine. Elle est juste tombée dans la mauvaise famille, un peu comme moi. Alors si j'ai pitié pour moi, je crois que je peux avoir pitié pour elle.
Je m'arrête devant une boulangerie et la douce odeur de pain chaude remplit mes narines. J'ai fais presque tout le quartier de Mayfair. Elle n'est pas là. Du moins, pas à l'extérieur. Mais c'est grand, Londres, elle pourrait se cacher n'importe où.
Je me laisse tomber sur un banc du trottoir, sortant mon i-pod de ma veste et des écouteurs.
Running Up That Hill.
La seule musique qui me permet encore de réfléchir. Je ferme les yeux et je m'imagine à sa place. A elle. A cette gamine de quatorze ans qui se mutile. C'est un peu comme une drogue, j'imagine. Sa souffrance à elle. Paradoxalement, ça la rattache à la vie. Elle se fait payer le fait d'être encore ici, d'être ici et d'avoir laissé sa cousine se faire violer devant ses yeux. Elle-
Je rouvre mes yeux, instinctivement.
Je sais où elle est.
Je me relève brusquement, hélant un taxi au coin de la rue. Je me précipite sur la bagnole, donne l'adresse du bout des lèvres. Je n'ai jamais été là-bas. Je n'ai jamais voulu. J'avais trop peur d'imaginer ce qui avait pu s'y passer. Mon cousin qui viole une fille. Je tente de rejeter cette image de ma tête. La voiture démarre. Le trajet dure une dizaine de minutes. Ce n'était pas très loin de nos deux maisons mais c'est un quartier oublié. Ni Styles, ni Tomlinson. Comme si on avait voulu l'effacer de l'histoire, le rayer de la carte, le supprimer de nos mémoires. On a plutôt bien réussi d'ailleurs. Je suis persuadé que les Tomlinson n'ont pas pensé une seule seconde qu'elle avait pu aller là-bas.
Le taxi finit par s'arrêter dans la rue. Cette rue précisément où tout a basculé. Une rue étroite et un peu isolée. Je paye le chauffeur puis sors de la voiture. Je n'aime pas cet endroit. Je m'y sens mal. Pourtant, je continue d'avancer dans la rue.
Je suis à peine surpris, je crois, quand j'aperçois une petite tête blonde recroquevillée sur elle-même. Quand j'entends des sanglots résonner entre ces murs humides et sombres. J'avance vers elle. Je ne l'ai jamais vu, Lottie. Bien-sûr, les Tomlinson ont toujours pris soin de cacher leurs filles depuis l'accident avec Eleanor. Elles n'ont pas eu le droit de se rendre au procès. Moi non plus. Il n'y avait que Gemma et Edward, là-bas.
Je finis par m'arrêter en face d'elle, mais de l'autre côté de la route. Mon dos se cale contre la brique, je me laisse descendre jusqu'à ce que mes fesses touchent le sol.
Et je murmure du bout des lèvres :
 
_Oh putain, pas ce soir.
 
Elle sursaute et relève ses yeux pleins de larmes vers moi. Et là, ça ne peut être personne d'autre que la s½ur de Louis. Ces yeux. Ce regard. Un portrait craché. Mon c½ur se resserre monstrueusement dans ma poitrine parce que cette vision me rappelle à quel point il me manque.
 
_Quoi ? Elle crache.
_J'ai autre chose à foutre que de sauver une gamine dépressive, j'enchaîne bien qu'elle ne comprenne absolument pas la référence.
 
Elle me toise d'un regard mauvais. Elle ne sait pas qui je suis. Bien-sûr, elle ne m'a jamais vu non plus.
 
_Je ne t'ai rien demandé, finit-elle par répondre.
 
Je reporte mon regard vers son corps, tremblant et frêle. Ses ongles grattent la peau de son poignet.
 
_Arrêtes de faire ça.
_Dégages, elle siffle.
_Qu'est ce que tu attends ici ? Toute seule ?
_Ça ne te regarde pas, fous moi la paix.
_Un mec bizarre, c'est ça ?
_Tu viens d'arriver, me fait-elle remarquer.
 
J'esquisse un sourire, sans m'en empêcher. Elle ressemble tellement à Louis.
 
_Moi je ne suis pas le gars que tu recherches, je réponds, Je ne vais pas te violer.
 
Cette fois, son regard me transperce de tout part. Parce que j'ai compris ce qu'elle faisait ici et qu'elle ne comprend pas comment.
 
_Pardon ? Elle souffle.
_Ce que tu attends n'effacera pas ton passé, Lottie. Il rendra juste ton présent encore plus cruel.
 
Et la peur commence à se lire dans ses yeux.
 
_T'es qui ? Se braque-t-elle, tentant de se recroqueviller encore un peu plus sur elle-même, comme si elle pensait réellement que ça allait la faire disparaître, C'est mon frère qui t'envoie ?
_Oui.
_Mais t'es qui ? D'où tu me connais ? Je ne t'ai jamais vu !
_Je crois que tu as déjà compris qui j'étais.
 
Et, oui, bien-sûr, elle a compris. Ça se lit dans ses yeux. Ça se voit sur son corps. La peur prend le dessus sur la haine. Elle voudrait continuer à me tenir tête mais je suis un Styles. Et ça l'effraie plus que sa propre mort.
 
_Pourquoi t'es là ? Elle bafoue, Pourquoi tu voudrais l'aider ?
_Ce n'est pas lui que j'essaie d'aider là.
_Lui et moi c'est pareil. On est les Tomlinson.
_T'es différente d'eux Lottie, je réponds, Parce que toi tu ne mérites pas ça. Parce que t'as rien fais pour que ça t'arrive mais que ça te tombe dessus quand même. Comme Eleanor.
 
Je m'arrête un peu tandis qu'elle continue de me fixer.
 
_.. Et comme Niall, je finis par ajouter, Comme Perrie. Comme... Moi.
 
Je vois qu'elle lâche ses poignets qu'elle continuait de torturer. Elle frisonne et moi je continue :
 
_On est un peu pareils, tous les deux. On est le cadet de nos familles et le cadet de leur soucis. C'est marrant cette expression, non ? Celui qui l'a trouvé devait savoir de quoi il parlait.
 
Elle esquisse un demi-sourire. Pas que c'était particulièrement drôle mais je crois que je lui parais plus sympathique.
 
_Je suis désolé de ce qui est arrivé à Eleanor, je murmure.
_Je suis désolée pour Liam, elle répond.
 
Un silence pesant nous enveloppe tous les deux. Parce que c'est con comme situation, dans le fond.
 
_Tu en veux à ton frère ? Je finis par lui demander.
_Tu ne lui en veux pas, toi ?
 
Si, bien-sûr. Je lui en veux de s'être enfui cette nuit-là. Et puis, non, même pas. Pas que cette nuit là. Je lui en veux de s'être enfui toute sa vie. De ne jamais avoir rien assumé. L'accident de Niall, le conflit avec Gemma, la mort de Liam. Rien. Il a passé sa vie à fuir. Mais, de toute façon, je ne suis même pas sûr d'avoir envie qu'il me rattrape désormais.
 
_Tu as peur de moi ? Je l'interroge alors que je la vois de nouveau frissonner.
_J'ai appris à l'être.
 
C'est triste, comme réponse, parce que c'est cruellement vrai. C'est ce qu'on lui a appris. Se méfier des Styles. Ou même se méfier des hommes, en général. C'est ce qu'on apprend aux filles dès la naissance, non ? On leur dit que leur innocence est un défaut, que c'est dangereux de faire confiance aux hommes. Alors elles voient le mal partout, elles se méfient. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. L'innocence ne devrait pas être un défaut mais une qualité. Parce que refuser de voir le mal en chacun d'entre nous est la preuve qu'il n'a pas raison d'exister. Ne pas comprendre ce mal est la preuve qu'il n'a aucun sens. Mais Lottie, elle est comme les autres. Le mal, elle le voit partout. Elle ne voit plus que ça, même. Et c'est ça, désormais, sa normalité.
 
_Qu'est ce que tu attends ? Je continue.
_Que tu partes.
_On se cache souvent pour être retrouvé, je rétorque, Alors qui est ce que tu attends ?
_Pas toi, en tout cas.
_Louis ?
 
Elle sursaute. Peut-être que ça lui fait bizarre d'entendre son prénom dans ma bouche.
 
_C'est pour ça que tu fais tout ça ? J'enchaîne, Te mutiler, fuguer ? Pour avoir son attention ?
_Dégages avec ta psychologie de comptoir à deux balles.
_Je sais ce que ça fait. Retenir ceux qu'on aime comme on peut.
_Mais tais-toi !
_Ce n'est pas en te faisant du mal qu'ils reviendront vers toi, tu sais... Parce que le mal, ça fait peur aux gens. Alors de loin ils essaieront de t'aider mais ils ne le feront jamais vraiment. Tu le sais, ça ?
_Ferme ta gueule, elle grince, les larmes coulant sur ses joues, Arrêtes de parler.
_Mais il faut que tu comprennes qu'ils ne t'aideront pas. C'est ton corps, Lottie. Si tu décides de l'abîmer, il n'y aura jamais personne pour t'en empêcher. Y a que toi là dedans. Y a que toi dans le bateau. Ou tu coules ou tu restes à flot.
_Ferme la, elle répète, ses ongles reprenant se griffures au poignet, jusqu'à s'en faire saigner.
 
Alors je relève la manche de mon blouson, lui exposant mes brûlures de cigarette à l'intérieur du bras.
 
_On a tous des cicatrices. Et celles de l'extérieur n'ont rien à voir comparées à celles que tu as à l'intérieur, je le sais.
_Arrêtes ! Elle crie, se griffant encore plus fort.
_Je pourrais t'empêcher de te faire du mal maintenant, je reprends, Je pourrais te foutre une baffe pour que tu t'arrêtes, mais qu'est ce que ça changerait ? Hein ? Qui me dit que tu ne continueras pas de le faire quand tu rentreras chez toi ? Lottie, tu-
_Arrêtes de prononcer mon prénom !
_Tu dois t'arrêter toute seule. Ton frère ne sera pas toujours là pour ça.
_MAIS IL N'EST JAMAIS LA ! Explose-t-elle.
 
Et je crois qu'on y est, au fond du problème.
 
_Il a tout provoqué ! Elle pleure, Tout ! Tout est de sa faute ! Et il n'en paye même pas le prix ! On le paye à sa place ! Moi, Eleanor, ma mère, Félicité, les jumelles qu'il ne voit jamais ! Tout ça parce qu'il préfère notre nom de famille aux personnes qui la compose ! Et, maintenant, j'apprends que pendant tout ce temps, ce temps qu'il ne passait pas avec nous, il le passait à baiser avec toi ! Comment il peut faire ça à sa propre famille, hein ? Toi qui as réponse à tout ! Comment ? Pourquoi ?
 
Je reste sans voix. Je sais qu'elle a raison. Je sais que ça fait mal. Parce que je n'ai rien à lui répondre.
 
_Ah bah tu la fermes, maintenant, ta grande gueule ! Elle s'esclaffe, mitigée entre le rire et les larmes, Tu ne le connais pas comme moi, Louis. Tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Tu ne sais pas à quel point il nous a ignoré, nous, sa famille, sous prétexte qu'il en était le chef. C'est une corvée pour lui, ce clan. Ça se sent. Ça se voit. Il se force, tout le temps. Ça le fait chier d'être avec nous. Il tire la gueule à tous les repas de famille. Pour lui, y a que ses cousins qui comptent. Parce que ce sont les seuls qui l'aident dans ce conflit de merde. Moi, Félicité, les jumelles, il s'en fout. Il s'en fout, elle continue de pleurer, Il s'en fout de tout, de tout le monde.
_Calme toi.
_Non je ne me calme pas ! Elle s'emporte, Y a jamais rien dans la vie qui l'a intéressé à part toi ! Putain ! Dans toutes les personnes qui habitent Londres, il a fallu que ça soit toi, elle crache avec tout le dégoût du monde dans la voix, Alors, je ne sais pas, ça t'es jamais arrivé toi ? Ce moment où tu réalises que la vie se fout vraiment de ta gueule ?
_Presque tous les jours, je réponds.
_Et qu'est ce que tu fais ?
_Je me drogue.
_Ça t'aide ?
_Il paraît que non.
 
Lottie baisse la tête vers ses poignets en sang. Je crois qu'elle a honte.
 
_Ça t'aide toi ? Je demande, De te mutiler ?
_Parait que non.
 
Elle hausse les épaules d'un air renfrogné. Et je la comprends. Je comprends ce qu'elle ressent. Cette pression qu'on exerce sur elle. A lui dire qu'elle fait mal les choses, qu'elle prend les mauvaises décisions. Je connais tout ça. Cette antipathie pour les gens comme nous. Parce qu'on sait que les autres essaient de compatir mais y aura toujours ce truc dans leur regard, cette lueur qui te dit : « Mais prends sur toi et fais comme tout le monde. T'es pas tout seul à être malheureux mec alors arrêtes avec ta dépression. Tu soûles les gens avec tes problèmes. Parce qu'au fond, si tu voulais vraiment t'en sortir, tu ferais des efforts pour être moins con ». Peut-être qu'ils ont raison. Peut-être qu'on ne fait pas d'effort. Peut-être. Je ne sais pas.
 
_Tu l'aimes ?
 
Sa voix timide me sort soudainement de mes pensées. Je relève mon regard vers elle. Ses yeux interrogateurs me transpercent l'âme.
 
_Paraît que oui, je murmure.
_Paraît que lui aussi.
 
L'espace d'un instant ça me fait chaud au c½ur de l'entendre. Mais, la seconde d'après, je me rappelle de Liam, Zayn, Perrie, Niall, Gemma et Stan. Je me rappelle de tout et ça me refroidit immédiatement.
 
_Qu'est ce que tu vas faire ?
 
La question résonne lourdement dans la ruelle. Putain, ouais, qu'est ce que je vais faire ? J'en ai aucune foutue idée. Enfin, ce n'est pas comme si j'en avais déjà eu une. Une idée de ce que je faisais, je veux dire... L'oublier. Probablement la meilleure solution. Je n'arrive juste pas à en avoir envie. Alors, paumé, je lui retourne la question :
 
_Toi, qu'est ce que tu vas faire ?
_Attendre que tu bouges d'ici crétin.
 
J'esquisse un sourire qui me fait mal au c½ur. Cette répartie. Cette voix. Ces yeux. Tout me rappelle Louis et me donne envie de pleurer mes tripes. Alors on arrête de parler. Parce qu'on a tous les deux aucune idée de la suite.
Je commence à somnoler, là, assis sur mon bout de trottoir dans cette rue glauque, lorsque j'entends sa voix me murmurer doucement :
 
_Emmène-moi, s'il te plaît.
_Où ça ?
_Où tu veux. Je ne veux pas rester là.
 
Je me relève, mes jambes tremblent d'avoir été trop longtemps recroquevillées. Je lui tends ma main qu'elle attrape pour se relever. Ce n'est qu'une effleurement de trois secondes mais il nous gêne tous les deux. On se recule l'un de l'autre mais au moins on avance dans la même direction.
Le soleil commence à se lever. Je sais que Louis doit être mort d'inquiétude puisque je ne lui ai donné aucune nouvelles. Mais je n'ai pas envie de l'appeler. Je n'ai pas envie d'entendre sa voix. Je n'ai pas envie de-
 
_Ha... Harry ?
 
Hiroshima et Nagasaki m'explosent le c½ur à la même seconde. Je frissonne. J'ai chaud et froid en même temps. J'ai mal mais c'est tellement bon à la fois. Sa voix. Et lui. Ses cheveux en bataille sur sa tête, ses cernes monstrueusement sexy, sa dégaine de mec qui a zoné toute la nuit. Et la beauté dans ses yeux. La beauté quand il m'a vu avec sa s½ur. Quand il a compris que je l'avais retrouvé. Pour lui. Non pour elle. Attends. Lui. Elle. Non, c'était pour elle. Pour Lottie. Mais qu'est ce que je raconte putain ?! Bien-sûr que c'était pour lui. Merde.
 
_Tu.. Tu.. Il bégaye avant de se retourner vers sa s½ur et d'exploser, les larmes au bout des lèvres, Putain mais je t'ai cherché partout Lottie ! J'ai eu tellement peur !
 
Puis il se jette dans ses bras. Elle a l'air surprise de cet élan d'attention et moi je ne comprends toujours pas ce qu'il fout ici. Comment il nous a retrouvé ? Comment il a pensé à cet endroit ? J'interroge Lottie du regard et elle finit par me répondre :
 
_Je lui ai envoyé un message.
 
Sa petite voix frêle fait sortir Louis de ses pensées qui se rappelle brusquement de mon existence. Il se retourne vers moi, encore plus perturbé qu'il y a quelques secondes, et me regarde comme si il voulait s'assurer que je n'allais pas m'envoler.
 
_Tu..
_C'était pour elle, je le coupe avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit.
 
Il s'arrête pendant une seconde, encaissant mon ton dédaigneux et froid alors que la seule chose à laquelle je rêve s'est d'embrasser ses lèvres tremblantes de chagrin.
 
_Bien-sûr, il se reprend, Merci. Je.. Je ne sais pas quoi te dire à part merci. Vraiment.
_Ça suffit.
_Oui.. Je.. D'accord.
 
Louis se retourne vers Lottie, mal à l'aise et les larmes aux yeux. Putain, qu'est ce que j'aimerais qu'il me retienne, là, tout de suite. Il l'avait promis. Qu'il viendrait me chercher. Pourquoi il abandonne comme ça ? Pourquoi il n'essaie même pas ? Son cousin a tué le mien. Ça n'a pas de sens. Je ne vais pas lui courir après. C'est à lui de le faire. A lui de me supplier. A lui de s'excuser. Il ne l'a jamais fais. Pas un mot. Pas un seul putain de mots.
 
_Donc, euh, il reprend en glissant maladroitement une main dans la poche de son jean, On va y aller alors.
 
Je le déteste. Je le déteste. Je le déteste. Mais retiens moi bordel !
 
_Tu veux que je te raccompagne quelque part ?
 
Retiens moi vraiment.
 
_J'ai ma voiture.
 
Retiens moi vraiment.
 
_Je peux te déposer ou tu veux.
_Non merci, je réponds, glacial.
_Tu-
 
Il s'arrête dans sa propre phrase, ne sachant pas quoi ajouter. Qu'est ce que j'attendais, dans le fond ? Qu'est ce qu'il aurait pu dire pour me retenir ? Rien. C'est trop tard. Bien trop tard. Il n'y a plus rien à espérer de cette relation. Et puis comment j'ose faire ça à Liam ? Comment j'ose même penser à continuer quelque chose avec un Tomlinson ? Quel genre de cousin je suis ? Un monstre égoïste. C'est ça, ce que je suis. Même après que son clan ait détruit le mien, pour toujours, je continue de l'aimer comme un fou. Comme si c'était une partie de moi qui ne partira plus jamais. Un morceau de moi. Ouais, exactement, il est devenu un morceau de moi.
Et ça me fait mal au c½ur, là, tout de suite, de le voir à côté de sa s½ur. Parce que lui il l'a retrouvé. Lui on lui a laissé une chance de la retrouver. Moi pas. Liam, il n'est pas caché quelque part dans une rue londonienne. Liam, il est partit pour toujours. Et c'est à cet instant précis que je le réalise enfin. Que je réalise qu'il est mort.
Mes jambes tremblent et mes yeux se remplissent de larmes. Putain, il est mort. Mort. Mort. Mort. Mon c½ur se contracte. Un poids m'écrase les épaules. Le poids de la vie, de la mort, de tout ce qui m'entoure. Je me sens tomber. Et je fais la seule chose que j'ai toujours su faire : fuir.
Je pars en courant. Juste comme ça. J'entends Louis m'appeler mais je ne m'arrête pas. Je continue de courir comme un forcené. Je courre sans destination. De toute façon, je n'ai nulle part où aller. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi. D'entendre Perrie pleurer dans sa chambre. De voir Edward au bord du gouffre tandis que ses parents continuent de lui mettre la mort de son frère sur le dos. Pas envie de parler à Gemma qui essaie de prétendre que rien ne s'est passé et qu'elle est toujours le chef de clan, forte et indestructible. Pas envie de voir Niall encore plus malheureux qu'il ne l'était déjà. Je n'ai plus envie de rien, en fait. Manger, dormir, m'amuser, rire, pleurer, danser, jouer. Plus rien. Comme si j'étais complètement vide.
Et je repense au pont. Westminster. C'est là-bas que je me sens vivant. Là-bas que je me rends quand je me sens aussi vide.
Je prends la direction du pont, je continue de courir. Liam est mort. Ça se répète en boucle dans ma tête. Ça me brûle les yeux, de douleur et de chagrin. Ça fait trop mal pour être réel. Ouais, non, c'est con cette phrase. Ça ne ferait pas aussi mal si ce n'était pas réel. C'est ça qui est horrible dans l'histoire, sa mort, elle est réelle.
Je m'arrête, essoufflé. J'y suis déjà, au pont. Je ne sais même pas comment j'ai fais pour aller aussi vite. Ma respiration est tellement saccadée qu'elle me fait souffrir. J'accroche mes doigts à la rembarre. La Tamise. Toujours là. Toujours calme et sauvage à la fois.
Je monte. Ma vie au bout du fil. Ma vie au bout du rouleau. Je m'en fous. Qu'elle se déroule jusqu'au bout, cette vie, y a plus grand chose à en tirer, plus grand chose de bon à en ressortir.
Le vent sur mon visage balaie mes larmes. Et elle est là, encore, cette envie de sauter dans le vide. Et je m'apprête à le faire. Je m'apprête vraiment à le faire lorsque je sens mon portable vibrer dans ma poche. Je le sors en tremblant.
 
 
 
✉ SMS de « Numéro inconnu » à « Boucle d'Or »
5h40. Ou tu coules ou tu restes à flot. Lottie.  
 
 
Chapitre deux.

 
 
 
"Si tu veux pleurer, pleure. Si tu veux espérer, prie.
Mais de grâce, ne cherche pas de coupable là où tu ne trouves pas de sens à ta douleur."
 
                          - Yasmina Khadra
 
 
____________________
 
 
 Nouveau chapitre !
J'espère qu'il vous a plu :D
Je suis désolée, je mets vraiment beaucoup de temps à poster, 
je n'ai pas trop le temps entre la fin de l'erasmus et le début de mon stage 
de journalisme, je suis un peu en transition en ce moment ! 
Bref j'espère que vous avez aimé ce nouveau chapitre ! 
Je voulais aussi en profiter pour remercier ma s½ur (alias @Ellie_Lefevre) 
pour toute l'aide qu'elle m'apporte. Parce que cette petite ne me sert pas uniquement de 
relecture (et vu son niveau d'orthographe, heureusement) mais elle est un moteur de l'histoire,
elle lance les réflexions autour des personnages et de l'histoire et contribue aussi au dialogue ! 
Donc voila, merci à elle et pour vous, à plus dans le bus. 


 
 

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